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De tradition, de liberté

Temple de Nyon (1/2)
Diffusé sur Espace 2 le 27-01-2002
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : André Joly, pasteur

Organiste : Daniel Meylan

Musiciens : Choeur

Présentation : Anne Baecher

Production : Sabine Pétermann

Prédication

De tradition, de liberté

La tradition a toujours été claire. La descente au temple se faisait toujours trop tôt, mais au moins pouvait-on choisir sa place ! Les chuchotements cessaient dès l’entrée dans ce temple majestueux, mon père plongeait le nez dans son chapeau, je l’entendais dire amen et il se rasseyait en attendant le grand jeu d’orgue qui annonçait le début du culte. La cérémonie pouvait alors commencer. La liturgie m’était un peu absconse, la prédication ferme et soutenue – normal avec ce pasteur qui appelait un chat un chat – jusqu’au moment de la bénédiction intermédiaire qui reposait sur celles et ceux qui ne souhaitaient pas communier et qui s’en allaient. Les mauvaises langues affirmaient que les dames allaient mettre en route le dîner.

Marc, chapitre 7 , versets 1 à 8

Un peu plus tard, la remontée à la maison était motivée autant par ce que nous avions vécu au temple que par la perspective d’un repas de famille et de l’incontournable promenade de l’après-midi. La tradition était ainsi sauve et, sans nous l’avouer vraiment, nous avions ainsi fait quelque chose de notre dimanche.

La tradition est bien cette part de références et de sens que nos histoires ont petit à petit constitué pour nous relier aux autres et au temps. Et ainsi nous dire que nous ne sommes ni perdus, ni isolés.

Nous vivons tous de cela, surtout en Église qui est souvent considérée comme le dernier rempart contre les valeurs qui s’en vont – même si certains la voient comme l’oasis de l’immobilisme et de l’ennui.

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La tradition n’est pas une vue de l’esprit, elle concerne les activités de la vie quotidienne, et c’est bien sur ce terrain que les maîtres de la loi souhaitent entendre Jésus. L’alternative semble limpide : ou bien Jésus est au service de la tradition, et dans ce cas ses disciples sont à reprendre et à dénoncer, parce qu’ils ne la respectent pas, ou bien il se situe en dehors de cette tradition, et dans ce cas il ne peut pas prétendre à une quelconque révélation divine et il s’exclut lui-même de la communauté.

On ne peut en même temps se réclamer de Dieu et transgresser les règles de purification. Le débat semble clair aux yeux des gardiens de la morale et de la théologie – puisque c’est Dieu lui-même qui a instauré ces pratiques. Ou bien ils sont dedans, et cela a un prix ou bien ils sont dehors, et cela doit se savoir.

Dedans ou dehors. Inclus ou exclus. Mangeant avec des mains pures ou des mains impures.

Jésus voit bien dans quelle impasse ce débat peut mener. Celle des règles qu’il s’agirait simplement de respecter pour voir Dieu satisfait et nous, par la même occasion, être assurés d’en être, sans autre question.

Aujourd’hui, la question se pose différemment, mais il reste en nous des relents d’appartenance, et probablement qu’ils nous accompagneront longtemps. La question pourrait être reprise en ces termes : à quoi reconnaît-on notre relation à Dieu ? À quoi se vit-elle ? Tout au long de notre vie et de ses événements, la question de Dieu et notre relation avec lui vient enjamber nos expériences. Où puis-je rencontrer Dieu dans le chômage de mon conjoint ? Où est Dieu dans la mort de ma petite-fille ? Que dois-je comprendre de ces batailles pour ma santé ?

Le Christ va ouvrir ce questionnement à l’attitude fondamentale que nous pouvons développer avec Dieu : une attitude de transparence, de vérité, d’accessibilité. Ce n’est pas d’abord ce que je dois faire qui me qualifie aux yeux de Dieu, mais qui je suis. Jésus ne méprise pas la tradition, ni même les rituels ou les actes communautaires, il nous dit : la question n’est pas là; vous ne pouvez avoir d’autre relation avec Dieu que dans la transparence et dans la vérité. Ne vivez pas de relation déchirée, où ce que vous faites est loin de votre cœur, ce que vous dites loin de votre esprit.

Tant de gens regardent l’église – je veux dire ceux qui la fréquentent – avec une double question : comment se fait-il que ceux qui en sont ne soient pas meilleurs que les autres ? Et aussi comment rejoindre Dieu qui nous semble tellement inaccessible ? Alors on se retire, tout en rappelant qu’on en est, mais pas pratiquant. Nous lisons les contradictions, soit des autres soit les nôtres.

Et nous voilà incapables d’entreprendre une quelconque relation avec Dieu. Ce qui fait que nous nous donnons de bonnes raisons de ne rien entreprendre. Pour le reste, nous nous disons que la tradition, même partielle nous aidera à conserver ce lien avec Dieu. C’est une manière de phagocyter Dieu et de se dire que nous sommes toujours dedans la communauté des croyants tout en vivant dehors. Nous voilà alors ligotés avec notre culpabilité ou notre bonne conscience.

Dieu ne ligote personne. Ni par des prescriptions, ni par des rituels, ni par l’offrande, et encore moins par la tradition qui ne peut en tout cas pas justifier une quelconque raison d’appartenance. La seule appartenance se règle dans le cœur à cœur avec Dieu. Et c’est bien là la question. La question de Dieu et aussi la nôtre.

Dieu n’est pas seulement le Dieu de l’histoire, la grande et la nôtre, mais il est d’abord celui de notre présent et du temps à venir. Je ne peux pas faire l’économie de ma relation avec Dieu aujourd’hui sous prétexte que j’ai d’excellents états de service. Si, si.

Je ne peux pas vivre déchiré devant Dieu. Le Christ est précisément celui qui me redonne une unité pour pouvoir reprendre une relation avec Dieu. Et il suffit de me présenter à lui tel que je suis et pas caché derrière les cartons de la tradition, si belle soit elle, pour enfin vivre sans faux-semblant, sans attache à ces images qui me collent à la peau et qui aimeraient faire de moi celui que je ne suis pas.

L’expérience du Christ est d’abord celle de la libération et de la liberté. Libération de ce qui me contraint et me force à vivre pour pouvoir entrer en relation avec Dieu, liberté d’être qui je suis face à Dieu. Liberté de reconnaître que je ne suis guère brillant et que mon chemin de vie sera fait de bas et de hauts, de temps de luttes, de misères et de temps de pardon et de joie, de séparation et de retrouvailles, de difficulté à vivre, y compris avec Dieu, et de bonheur à reconnaître les bouleversements heureux.

Je ne suis jamais exclu d’une relation avec Dieu, comme je ne suis pas systématiquement inclus. Ce qui fait de ma relation avec Dieu une vraie relation, c’est ma capacité d’être et de reconnaître qui je suis, jusque dans mes brouillons et mes incohérences, jusque même dans la pratique traditionnelle de ma foi, à la condition de ne violenter personne, pas même moi.

L’invitation du Christ aujourd’hui est d’abord celle de ne plus nous cacher, d’entrer en relation avec Dieu unis avec nous-mêmes, avec les mots que nous croyons, avec la louange que nous portons, avec la misère que nous reconnaissons et avec les engagements que nous prenons et qui font cohérence avec qui nous sommes. Mais de grâce, n’essayons pas de cacher Dieu sous des doctrines, des prescriptions ou des rituels. Dieu est plus grand que cela, plus accueillant que cela, plus pardonnant que cela.

Deux ou trois choses menacent pourtant ce lien avec Dieu : la propriété ou l’argent, l’orgueil de s’être fait tout seul, en affaires et avec Dieu sont les plus grands soporifiques de notre vie spirituelle, rappelle le Deutéronome. C’est le grand défi perpétuel : retrouver Dieu malgré le fatras qui encombre notre vie, malgré ou à cause de cette tradition qui nous a enracinés ou qui nous a déportés à cause de son poids et de ses lourdeurs. Retrouver Dieu, même si maintenant je peux dire que c’était d’abord lui qui venait à nous ces dimanches marqués comme du papier à musique. Retrouver Dieu malgré ou à cause de cette religion qui l’a enfermé par peur de le perdre. Retrouver Dieu pour qu’enfin nous ne soyons plus déchirés entre ce que nous disons et ce que nous faisons, entre ce que nous prions et ce pour quoi nous nous engageons.

Jésus le Christ est d’abord ce lien, ce passeur entre Dieu et les hommes, qui lève les barrières de l’histoire, de la culpabilité, de la peur et des fantasmes tellement entretenus. Un Christ qui m’a accompagné durant tous ces dimanches tellement ordinaires et qui déposait en moi cette curiosité de Dieu.

Aujourd’hui, dans les paroisses vaudoises, ce dimanche et l’offrande qui l’accompagne sont consacrés au DM cœur – Échange et Mission. Puisse notre mission commune, rendre compte de l’espérance que Dieu a déposée en nous dans la personne du Christ, puisse cette espérance nous aider à grandir et à entretenir une relation avec ce Dieu qui ne requiert que notre coeur pour partager cette vie confiée et dont il est dit que le Christ l’a portée avec nous pour que nous ne nous perdions pas, mais que nous trouvions avec lui le chemin de la louange et de la liberté.

Amen !


André Joly, pasteur
André Joly, pasteur

Pasteur vaudois, avec un ministère dans le Pacifique sud (Tahiti), puis à St-Légier, Nyon, Chailly-La Cathédrale, et finalement ministre de la Cathédrale.

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