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Ouvre-toi et écoute

Temple de Payerne (2/3)
Diffusé sur Espace 2 le 23-06-2002
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Nicolas Charrière, pasteur

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Ouvre-toi et écoute

Allo, allo, est-ce que vous m'entendez ? Si oui, alors vous, chers frères et sœurs, vous tous qui êtes auditeurs, n'êtes pas sourds, en tous cas apparemment pas ! Alors, écoutez bien ! Oui, je sais, écouter, c'est précisément ce que vous êtes en train de faire. Et écouter, en général !, c'est quelque chose que l'on aime faire. Mais quand même, je vous le dis : écoutez bien ! Pas seulement d'une oreille, pas même avec les deux, mais tâchez de prendre aussi votre esprit et votre cœur avec.

Marc, chapitre 7 , versets 31 à 37
Esaïe, chapitre 55 , versets 1 à 37
Jacques, chapitre 1 , versets 19 à 37

Dans notre civilisation occidentale, l'écoute est avec la vue le sens le plus utilisé. Où que nous alliions, quelles que soient nos activités, nos oreilles sont mises à contribution : la musique est omniprésente, le trafic dans les villes nous submerge. C'est fou le nombre de peurs que l'on camoufle avec des sons : dis-moi le bruit que tu fais, je te dirai de quoi tu as peur ! Dans notre foi chrétienne aussi, l'écoute est le sens le plus usité : imaginez un culte où il n'y aurait pas d'officiant à écouter, seulement à voir, à toucher, à goûter. " Mais Monsieur le pasteur, comment on fait si vous ne dites plus rien ?" Ne vous inquiétez pas chers fidèles, à défaut d'être votre moulin à prières, je suis votre moulin à paroles ! Imaginez une prière que vous feriez non avec vos paroles, mais avec vos corps ou en mangeant. Je sais, on le vit parfois, mais on s'empresse de remplir avec des mots ce qui pourrait résonner simplement sans eux !

L'écoute - et la parole qui lui est corrélative - est pour beaucoup le sens que nous préférons aujourd'hui pour entrer en relation avec Dieu, mais aussi et d'abord avec les autres. Sauf que souvent, trop souvent, nous écoutons du bruit, c'est-à-dire quelque chose qui ne peut pas donner un sens à notre vie, voire même plus modestement la divertir, l'amuser : bref, la remplir. Alors notre monde se peuple de bruits, mais ceux-ci restent extérieurs à nous; alors nous désapprenons comment écouter; alors nous ne sortons plus de nous-mêmes pour écouter; alors nous ne nous mettons plus en question.

Bon, ça ne sert à rien de se blâmer parmi. Comment peut-on faire autrement alors que nos oreilles peuvent entendre en l'espace de cinq minutes un flash sur les massacres en Israël-Palestine, une pub pour les Pampers et le début d'un match de football ? Ou alors, dans une même fin de journée, les collègues de bureau qui conversent, puis le concert de klaxons et enfin la famille qui raconte sa journée, puis la télévision, puis enfin la nuit où pour certaines le silence ressemble à des ronflements ! Voire encore écouter un culte à la radio, puis une page d'annonces pour le festival Paléo de Nyon, puis une action caritative en faveur des paysans défavorisés du Tadjikistan Sud, puis le résumé de la course automobile d'Imola, puis la messe catholique, puis la prière musulmane, puis la méditation bouddhiste, puis, puis, puis…

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Et bien ça finit par y ressembler, à un puits, catégorie sans fonds ! Toutes ces sollicitations usent nos oreilles et les émoussent. Les choses finissent par se niveler, " et puis c'est pas tout ça, mais y a encore tous ces soucis qui me pèsent… ". Dans le chaos sonore qui baigne et rythme nos quotidiens, face à toutes les offres qui parviennent à nous, nous devons faire la sourde oreille sous peine littéralement d'exploser !

Alors, nous entrons mal en relation, avec les autres, avec Dieu. Parce que nous nous comportons comme des sourds qui auraient des oreilles. Et j'ajouterai que, ne parvenant plus à écouter, nous ne pouvons pas non plus nous sentir écoutés (ou alors il faut devenir pasteur, et encore !). C'est quand, la dernière fois où vous avez réellement eu l'impression d'être écoutés, accueillis, aimés dans tout ce que vous êtes sans exception ? C'est quand ? Nous sommes devenus sourds faute d'entendre trop : sourds à nous-mêmes, sourds aux autres, sourds à Dieu.

Jésus est venu guérir un homme sourd. Et qui plus est, parce qu'il entendait mal, un homme qui avait de la difficulté à parler : il avait la langue " nouée " dit le texte. C'est vrai, on ne parle bien que lorsqu'on écoute bien ! Or, le Christ va guérir la surdité de cet homme par la chose apparemment la plus absurde à faire : il va lui parler. Parler à un sourd, il faut le faire tout de même ! Bravo le discernement serais-je tenté de dire, si le miracle n'avait pas eu lieu ! Mais voilà : les oreilles du sourd se sont ouvertes, la langue s'est dénouée.

C'est une parole du Christ qui permet d'écouter à nouveau, c'est une parole qui se donne à écouter et qui rend la vie. Là vous pourriez me rétorquer : " Merci, on était au courant ! Et puis ça ne fait qu'une parole de plus à écouter, autant dire qu'on n'est pas sorti de l'auberge ! " Le problème, c'est que lorsque nous sommes sourds à la vie, à la Bonne Nouvelle ou lorsque d'autres de notre entourage le sont, nous voulons commencer par la parole, par une parole. Alors que ça ne peut qu'aggraver les choses, une parole de plus !

Jésus, lui, ne commence pas par là. Avant que le sourd puisse recevoir une parole, il faut un bout de chemin, que Jésus va faire avec lui.

Revoyons la séquence, avec une question que je vous poserai à chaque fois. Elle démarre avec la demande des proches de la personne sourde ; c'est un temps pour se tourner vers le Christ, un temps pour faire confiance, un temps pour porter celles et ceux qui nous sont proches. Question : pouvons-nous entendre Dieu sans commencer par se tourner vers lui et lui porter les humains dans l'amour ? Mieux : par être porté vers lui par ceux qui nous aiment ?

Puis, deuxième mouvement, Jésus part à l'écart avec cette personne; prendre de la distance, s'éloigner, faire silence : car c'est faire silence, pour un sourd, que de se priver de ceux avec qui il communique visuellement. L'écart, la distance. Pour apprendre à écouter. Pour être écouté, il faut souvent commencer par faire une place à ce qui ne s'écoute pas : le vide, le silence, la mort peut-être. Question : quelles sont les solitudes, les mises à l'écart, les vides de nos existences ?

Ensuite, troisièmement, le Christ a ces gestes formidablement simples, ces gestes de guérisseur de l'époque, tellement faits avant et après lui, tellement que rien ne le distingue d'un autre soignant. Après la vue, c'est le toucher qu'il utilise. Petit à petit, il s'approche sans encore affronter directement la surdité de cet homme. Prendre les choses au sérieux demande du temps. Nous avons besoin d'étapes, nous avons besoin de temps. Et surtout, nous avons besoin d'être tout entier rejoints par ce Dieu d'amour; tout entier dans notre chair, dans notre cœur, dans notre esprit, dans nos tripes, que sais-je ? Question : Où avons-nous besoin d'être rejoints, pour commencer ?

Ensuite, enfin, seulement, vient la parole. " Ouvre-toi ".

Et il est remarquable que dans cet ordre, le Christ, par sa parole, fasse du sourd un acteur de sa guérison, c'est à lui de s'ouvrir, de répondre à cette parole. Et il peut le faire grâce au chemin qui vient d'être esquissé, grâce aussi à cette parole qu'on lui adresse. La parole qui perce la surdité, qui vient enfoncer les portes du silence pour permettre à l'homme de redevenir acteur de sa vie, cette parole " ouvre ". Elle fait ce qu'elle dit.

Cela nous renvoie à nos vies quotidiennes : quelles sont les paroles, les sons, autour de nous, qui provoquent l'écoute de tout notre être ? Quelles sont les voix du monde qui viennent rendre une relation complète ? Qu'est-ce que tu écoutes ? Quelle est la parole qui nourrit ta vie ? Où la cherches-tu ? Réfléchissez-y : trouvez dans vos parcours les paroles, ce que vous avez écouté et qui vous a portés, qui vous a ouverts, qui vous a fait respirer mieux. Prenez le temps de réécouter cela. Si vous êtes des personnes merveilleuses - et vous l'êtes aux yeux de Dieu ! - quels sont les événements qui vous ont permis de devenir au sens fort ? Qu'est-ce qui vous a portés ?

Pour Esaïe, c'est écouter Dieu. Ecouter Dieu, c'est manger ce qui est bon, dit-il. Pour notre homme sourd, écouter Dieu, c'est d'avoir été accueilli qui est bon pour lui, ce qui l'ouvre et le délie. Alors, écouter cette parole, rencontrer ce Christ comme il ne pouvait jusqu'ici pas ou plus rencontrer un être humain, ça lui a permis de pouvoir à nouveau vivre, en faisant des choix. " Ouvre-toi ! ", bien sûr, écouter Dieu ne va pas de soi : on en a dit, des bêtises sur lui, on lui en a fait dire aussi ! La chance que l'on a, c'est que Dieu ne s'écoute pas comme vous m'écoutez en ce moment. Il faut s'y prendre autrement, avec un bout de chemin à faire, dans lequel il y a nos proches, une mise à l'écart, du silence aussi, la prise de conscience de la proximité de Dieu, là tout près au cœur même du vide, puis la parole qui prend sens. C'est une chance, le bruit de Dieu ne ressemble pas à tous les autres, à condition qu'on se donne les moyens de l'entendre, ou que d'autres nous portent lorsque nous n'y parvenons pas.

Et puis, rappelez-vous que la Parole de Dieu est bonne à manger, elle ouvre et délie : donc si vous croyez l'entendre mais que ce n'est pas cela qui se passe dans votre vie, alors méfiance ! C'est une parole qui continue à nous être adressée. " Ouvre-toi ! " par l'écoute, réalise ta vie; par l'écoute, réalise ce que tu écoutes et qui te fait vivant. Car écouter, c'est toujours être et faire. Si l'on ne fait pas ce que l'on écoute, si l'on ne le vit pas, alors comment cela peut-il être concret dans notre quotidien ? Difficile ! Or, la condition pour ne plus être sourd, c'est bien que ce que l'on entend change quelque chose dans notre vie !

Vous qui écoutez en ce moment la radio, nous qui sommes rassemblés ici, nous qui sommes sourds alors même que nous croyons entendre, comment recevons-nous cette parole du Christ : " ouvre-toi " ? Comme un vague bourdonnement avec verni " garanti chrétien ", semblable à tous les autres bruits qui nous entourent sans cesse ? Comme une parole qui change tout, tellement belle et bonne qu'elle ouvre les oreilles, dénoue la langue, rend la vue, restaure le toucher, redonne du goût, respire la vie ?

Cette parole qui vient provoquer l'écoute brise la mort du silence : là où tout semble vide et vain, il y a encore une place pour l'inattendu de Dieu. Alors quelle est la parole qui vous permet de vivre cela ? Est-elle faite de mots ou de gestes ou de visages ou de…

Ce qui est formidable, c'est que cette parole du Christ est tout le contraire de ce que nous partageons ensemble à ce moment précis. Elle n'est pas lancée du haut d'une chaire, mais elle est l'aboutissement de la proximité de Jésus qui a accueilli la demande, pris à l'écart, touché, fais des gestes banals mais si rassurants de médecine populaire, prié. Alors, n'en restons pas là ! Sortons de cette église, éteignez vos radios, et allons découvrir cette parole que l'on entend qu'après avoir pris soin : quelqu'un pour nous, nous pour quelqu'un.

Circulez, y a rien à voir ! Mais y a tout à écouter ! Même le silence qui nous entoure, même ce qui résonne du vide de la mort. C'est là que la parole de Dieu a surgi pour cet homme, pour nous peut-être ?

Amen !


Nicolas Charrière, pasteur
Nicolas Charrière, pasteur

Né à Lausanne en 1973, père de trois enfants, mari d’une seule femme, Nicolas Charrière est un petit pasteur de campagne plutôt sympathique et parfois un peu caractériel.

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Il est bon de le lui pardonner : c’est un émotif qui se cache derrière un cérébral. Il parle volontiers de lui à la troisième personne, comme César. Il « aime énormément » (il paraît que le verbe « adorer » ne saurait être utilisé pour parler d’autre chose que de Dieu et des Beatles ?) la bonne musique, c’est-à-dire celle qui démarre avec Elvis Presley et les grands bluesmen pour culminer dans les années 60 et 70 avant de décliner quelque peu, sauf dans les cercles alternatifs.

Il a laissé un bout de son cœur, son âme et son esprit (n’est-ce pas ?) au Québec, où il a vécu quelques mois pour sa formation, chez les jésuites français où il a étudié une année, dans quelques monastères divers et d’été, dans les rues de Lausanne auprès des personnes qui les connaissent mieux que lui, et à Rive-Neuve auprès des personnes en fin de vie (ou plutôt en soif de vie !). Il ne fait pas de sport, car c’est trop dangereux pour la santé, et affectionne les mygales, dont Moloch, une ravissante et poilue Brachypelma Smithi.

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