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"Moi-même" pour une fois !

Chapelle du Gottau, Châtel-St-Denis (1/2)
Diffusé sur Espace 2 le 29-06-2003
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Pierre-Philippe Blaser,

Organiste : Elisabeth Pasche

Musiciens : Nihaya Pasche, violon alto

Présentation : Nathalie Bloesch

Production : Sabine Pétermann

Prédication

"Moi-même" pour une fois !

Aujourd'hui, je suis bien embarrassé. Je viens de constater que j'ai dans ma cave une dizaine de boîtes de sardines qui ont passé la date de péremption. Que vais-je faire, elles n'ont passé la date que de 15 jours ? Les jeter à la poubelle? Ce serait tout de même du gaspillage. Et puis, je ne sais pas, après tout, elles sont peut-être encore propres à la consommation ?

Matthieu, chapitre 7 , versets 6 à 12

Oui, mais enfin, elles ont passé la date ! Et, comme le disent certains, il n'est pas totalement exclu qu'une espèce de méchant microbe soit venu se glisser sournoisement dans la boîte la nuit qui a suivi la date d'échéance.

Je pourrais téléphoner à ma voisine, lui demander ce qu'elle en pense. Mais, en définitive, en sait-elle plus que moi ? Je sais ce que je vais faire. Je vais ouvrir une boîte et goûter quelques sardines. On verra bien si je survis.

Oui mais, et si je ne survis pas ? Ou si j'attrape une indigestion ? Ce serait cher payer la réponse à mon doute. Je ne vais tout de même pas me faire le cobaye de ma propre expérimentation. Se sacrifier pour la science, merci bien, très peu pour moi !

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Il ne reste qu'une solution, je vais les donner au chat et on verra s'il les goûte ou non. S'il les mange, je décide que je pourrai les manger aussi.

C'est tout de même pratique un chat ! Il peut tester les aliments à ma place. Moi, je ne saurais pas comment me débrouiller si personne ne testait les aliments. Perdu dans quelque nature sauvage, livré à moi-même, je me demande ce que je ferais. Je ne connais même pas les champignons. Et je ne distingue pas les plantes toxiques des autres plantes.

Au fond, c'est pas si mal de vivre ici, en Europe ; il y a toujours quelqu'un qui teste pour moi. Il y a des laboratoires. Il y a des instituts de recherche épidémiologique. Je puis être sûr qu'on dispose sur l'étalage de la nourriture bien préparée, bien analysée. Je peux avoir confiance.

Mes lointains ancêtres, eux, ils savaient sûrement se débrouiller mieux que moi dans tout ça. Ils mangeaient, paraît-il quelques framboises des bois, quelques champignons succulents. Ils avaient l'odorat bien aiguisé et l'ouïe très développée. Ils repéraient le gibier à plusieurs kilomètres à la ronde, ils entendaient les ennemis s'approcher. Sur ce point de la débrouillardise en tout cas, ils ne s'en sortaient pas si mal.

Cela dit, il paraît même que certaines tribus savent aujourd'hui encore se débrouiller sans détecteur de microbes et sans Migros data. Je les admire aussi. Ils savent, eux, ils ont encore du nez, ils savent écouter, observer les nuages, entendre les sons lointains. Je me demande comment ils préparent les sardines, ces gens-là.

Vivre ici, c'est pas mal, d'accord, mais moi, je sais plus faire grand-chose dans le domaine des tests. On teste toujours à ma place ! Les aliments, les dentifrices, l'eau du robinet, les appareils électroménagers, les jeux, les voitures, les émissions de télévision, les livres. On m'apporte le tout sur un plateau, testé lui aussi naturellement.

Ce qui m'étonne, c'est qu'il faut toujours que quelqu'un me dise que c'est bien pour que j'essaie. Et puis si on me dit que c'est pas terrible, je préfère pas trop me lancer. C'est comme le Migros data, quand c'est passé, c'est passé. J'achète, j'achète pas ? Allons voir ce que dit la pub. Si elle me dit que c'est bon… Et puis je demanderai aux autres. Il y a des jours où je suis un peu lassé qu'on me mâche le travail. C'est vrai, bon sang, j'aimerais me faire une idée par moi-même!

Seulement pour ça, faudrait que j'en sois capable. Je ne suis même pas capable de tester des sardines. Faudra-t-il aussi que je demande à mon chat qu'il teste les opinions que je dois adopter, les idées que je dois rejeter ?

Non, je suis capable de me faire une opinion ! Que je lise mon journal, que je regarde la télévision, que j'écoute la critique des livres, finalement, ce sera quand même moi qui me ferai une idée. En mon âme et conscience !

Je vais essayer de prendre un exemple où je me suis fait ma petite opinion, ah, ben tiens, je vais prendre un sujet pas trop difficile : la religion par exemple. Oui, c'est ça, prenons la religion ! Voyons donc, rassemblons quelques souvenirs. La tante Eugénie, que disait-elle déjà, ah oui : c'est bien mais faut pas exagérer. L'excès nuit en tout. Il y avait aussi mon journal préféré, dans lequel il me semble avoir lu que c'était la religion qui faisait le plus grand mal dans le monde. Le prof de math, lui, il disait : mieux vaut relativiser. Il y avait aussi Fredo, qui aimait bien répéter un truc du style : il faut être ouvert et prendre ce qu'il y a de bon dans tout. Chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin. Ah oui, dernièrement j'ai entendu : mieux vaut pas trop chercher à comprendre c'est pas mal ça. Je ne me rappelle plus quel auteur célèbre disait ça. Il ne faut pas que j'oublie le grand-père à Suzy, je l'entends encore répéter : Moi, je crois ce que je vois, si vous voyez ce que j'entends.

Récapitulons : - " la religion, c'est bien mais pas trop, sans ça on devient fanatique " (hum je crois pas que je puisse me reprocher d'avoir exagéré) ; - " tout est relatif... " (ouais, c'est vrai, les religions m'énervent avec leur manie de se croire dans la vérité) ; - " faut être ouvert... " (c'est juste, personnellement je suis ouvert vraiment à tout). Voilà. Je me suis fait, je crois, une opinion honnête en la matière. J'ai pris position. Quelle satisfaction ! Je suis tout de même capable de me forger une opinion !

Mais bon, ne serait-ce pas un peu comme ces satanées sardines ? Ai-je vraiment testé ? Je me demande tout de même ; si je testais tout seul, ce que ça donnerait. Une indigestion? Une dysenterie ? Une intoxication spirituelle ? Nom d'une pipe, ces sardines, voilà qu'elles me font réfléchir à la religion maintenant ! Je ne les ai pas goûtées que j'hallucine déjà ! Au train où vont les choses, je vais encore me mettre à chercher ma voie!

" Chercher ", " chercher ", ça me rappelle quelque chose ça, " chercher ", ah oui, " cherchez et vous trouverez ". Après tout, je ne perdrais peut-être rien à chercher. Peut-être que, tout bien considéré, la recherche m'apporterait plus de satisfaction que cette habitude à laisser les autres tester à ma place.

Mais comment m'y prendre ? " Cherchez et vous trouverez " ; " Frappez, et l'on vous ouvrira ".C'est marrant, ces souvenirs qui me reviennent. Bon, tout ça ne me dit pas ce que je dois faire avec ces sardines ! Il faut absolument que je reprenne cette réflexion plus tard.

Je pourrais peut-être lui dire à Dieu que j'ai envie de goûter moi-même. Car, jusqu'à ce jour, je me suis passablement attardé sur l'emballage. Il ne faudrait pas que je prenne Dieu pour une sardine. Même si j'ai parfois l'impression qu'il est resté enfermé dans les arrière-fonds des grandes surfaces. Il faut que je lui dise… Voilà que j'ai envie de parler à Dieu maintenant, on aura tout entendu. Après tout, à part ces sardines serrées dans leur boîte, personne ne m'écoutera, je ne risque pas de me ridiculiser!

Pour être plus discret, je vais écrire une lettre. Voici ce que je vais écrire :

Châtel-St-Denis, le 29 juin 2003.

Cher Dieu, (comme on t'appelle souvent),

En réponse à la suggestion de chercher et de frapper à la porte, dont il me reste un souvenir nébuleux, je me permets de t'écrire.

En mettant de l'ordre dans ma cave, je me suis aperçu d'un oubli : 10 boîtes de sardines périmées. Ça me fait mal au coeur de les jeter, mais je n'ose pas y goûter.

C'est cette hésitation qui me conduit à t'écrire. Non pour te demander conseil en matière d'hygiène alimentaire. Seulement pour observer si je suis suffisamment informé te concernant. J'ai le sentiment de vivre dans un monde qui me décourage à chercher. On teste pour moi. On dit à ma place les opinions que je crois avoir. A ton sujet, il n'y a plus de débat, plus de délibération. On ne fait que répéter des opinions et des analyses toutes faites. Je suis un peu lassé. Je souhaiterais pouvoir distinguer moi-même entre les discours périmés et les discours propres à la consommation. Je souhaiterais mener une recherche, mais pas n'importe comment.

Alors voilà, que tu sois loin de moi ou à côté de moi ou en moi, qu'il soit possible de prouver ton existence ou ton inexistence, je te demande de m'assister dans ma recherche. Aide-moi à ne pas abandonner, même lorsque j'en aurai fini avec ces sardines.

Je t'écris cela, car j'aurais l'impression de manquer beaucoup si je passais à côté. Et je ne voudrais pas laisser à l'abandon cette part de ma vie.

En espérant que tu auras pris bonne note de ma requête, je te prie d'agréer, cher Dieu, mes respectueuses salutations.

(Que vais-je signer ?) " Moi-même ", pour une fois !


Pierre-Philippe Blaser,
Pierre-Philippe Blaser,

Pierre-Philippe Blaser est né à Neuchâtel. Après ses écoles à Peseux et à la Chaux-de-Fonds, il étudie la théologie à la Faculté Universitaire de Théologie Protestante de Bruxelles. Il exerce son ministère pastoral à Châtel-St-Denis depuis 1996 de concert avec sa femme, Florence. Il est le père d'une petite Elisa et d'un petit Charly. Ils sont pasteurs de la paroisse de Môtier-en-Vully depuis l'été 2005.

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Hobbies : promenades, lecture, musique (guitare), arts visuels (gravure, caricature).

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