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La promesse de l'Esprit dans Jean 14

Chapelle de Crêt-Bérard (VD) (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 16-05-2004
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Pierre-André Pouly, pasteur

Musiciens : Choeur des jeunes de Lausanne (30 pers.), dir. Nicolas Reymond et Dominique Tille

Présentation : Anne Baecher

Production : Sabine Pétermann

Prédication

La promesse de l'Esprit dans Jean 14

Frères et sœurs, Jésus-Christ représente tant pour nous ! N'est-il pas pour tous les croyants l'achèvement de toute la révélation de Dieu? Or, à entendre ce qu'il dit à ses disciples vers la fin de son ministère, on peut se demander s'il nous a vraiment tout dit. Autrement dit, on peut se demander si la somme relativement modeste des paroles que nous tenons de lui est à la hauteur de tout ce qu'il représente pour nous. Les paroles de Jésus rendent-elles bien compte de toute la mission accomplie dans son obéissance au Père ? On dit que Jésus nous révèle tout de Dieu.

Jean, chapitre 14 , versets 23 à 29

Cependant, ses discours n'ont pas l'allure d'un tout achevé. Les paroles de Jésus ne font pas vraiment penser à ce qu'on imaginerait devoir constituer toutes les bases nécessaires à l'édification d'une nouvelle religion. Son enseignement ne cadre pas bien avec l'image qu'on pourrait se faire d'un maître spirituel qui, après des années d'enseignement, quitte ses disciples en leur disant : " Voilà, je vous ai tout enseigné, je vous ai légué tout mon savoir, vous avez tout ce qu'il faut pour continuer. " Jésus dit d'ailleurs un peu plus loin dans l'évangile de Jean : " J'ai encore bien des choses à vous dire… " (Jn 16, 12). Choses qu'apparemment il ne dira pas.

Alors pourquoi ? Pourquoi cette impression d'inachevé touchant les paroles de Jésus ? On pourrait mettre cela sur le compte de la précipitation, en admettant que ce sont les événements qui ont précipité les choses avec l'hostilité provoquée au sein d'une partie de son peuple. Son arrestation, sa condamnation puis sa mort auraient interrompu prématurément son discours. On pourrait imaginer que s'il n'a pas tout dit, c'est parce qu'il n'y avait personne capable de recevoir ses paroles. Il aurait ainsi respecté la capacité de comprendre de ses auditeurs. On peut encore imaginer qu'il avait un goût particulier pour le secret - que sais-je ?

Si Jésus pouvait se trouver ici, parmi nous, en ce moment, est-ce qu'on ne serait pas tenté de lui dire : " Mais enfin, Jésus, maintenant, dis-nous tout ! Après tout, ce que tant de générations ont imaginé, pensé, construit à partir de tes paroles. Après toutes les sommes théologiques et tous les catéchismes. Après les volumes de commentaires apportés à tes paroles, dis-nous enfin tout ! " Que pourrait-il répondre ? Est-ce qu'on peut tout dire ? Et qu'est-ce que cela voudrait dire, tout dire ?

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Je vous propose d'imaginer un instant Jésus quittant ses disciples en disant : " Voilà, maintenant je vous ai tout dit. " Ces paroles nous apparaîtraient comme une espèce de catéchisme achevé, d'héritage parfait. Ces paroles formeraient un tout. Un tout clos, à conserver, à préserver, à la limite à barricader, à enjoliver, voire à commenter. Mais il n'y aurait rien à ajouter. L'Église se trouverait dans le rôle de dépositaire des oeuvres complètes de Jésus-Christ ! .Belle image, à vrai dire ! Alors que Jésus a dit : " Je suis venu jeter un feu sur la terre. " (Lc 12, 49) et non pas : " Je suis venu vous apporter les œuvres complètes de Dieu. " Jésus, s'il était parti en disant : " Je vous ai tout dit ", est-ce qu'il ne se serait pas en quelque sorte enfermé dans ses propres paroles ?

Car autant il est vrai que Jésus se donnait tout entier à connaître dans les paroles qu'il prononçait, autant il ne se laissait pas enfermer dans ce qu'il disait. Si Jésus avait quitté ce monde en disant : " Voilà, je vous ai maintenant tout dit. " il serait comme une sorte de limite, indépassable. Une sorte de fin après laquelle il ne pourrait plus rien y avoir. Vous me direz peut-être que sur la croix, il a quand même dit : " Tout est achevé. " (Jn 19, 30). Oui, " Tout est achevé. ", mais non : " Tout est dit. ". D'ailleurs, nous sommes d'accord, dans une conversation, si, à un certain moment, un des interlocuteurs dit : " Maintenant tout est dit. ", c'est une manière de mettre fin au dialogue, une manière de signifier qu'il n'y a plus rien à ajouter, une manière d'interrompre la relation.

Personnellement, je crois profondément que Jésus n'a jamais eu pour ambition de vouloir tout dire. Cela n'était pas du tout le sens de sa mission. Il n'a rien voulu sceller, il n'a rien voulu verrouiller, comme on dirait aujourd'hui, par ses paroles. Il n'a pas voulu, par son enseignement, faire le tour des choses. Dans ses paroles, il s'est donné à connaître, complètement. C'est-à-dire qu'il y a mis tout ce qui faisait l'intimité de sa relation avec le Père.

Et ces paroles fortes de toute l'intensité de cette relation qu'il les a confiées. Confiées à l'autre. A l'autre divin, à l'Esprit-Saint qui va parler en son nom. Et à l'autre humain, à nous. A nous qui avons à témoigner et dire à notre tour qui il est, mais qui il est pour nous, en nous, au milieu de nous. Il a voulu que ses paroles, totalement pleines de sa relation au père et de son amour pour les hommes ne restent pas qu'à lui seul mais qu'elles deviennent celles de l'Esprit, et qu'elles deviennent les nôtres. N'avait-il pas d'ailleurs commencé par dire qu'elles n'étaient pas les siennes, mais celles du Père ?

Donc Jésus, c'est comme s'il s'effaçait. Il s'efface devant l'Esprit, dont la mission sera de conduire les disciples dans la vérité tout entière (Jn 16, 13). Et c'est tout de même remarquable, cela : un maître spirituel qui s'en va en disant : ce n'est pas moi qui vous conduirai dans la vérité tout entière, mais celui qui va venir après moi, l'Esprit de vérité qui parlera en mon nom. Et puis Jésus s'efface aussi devant nous. Il laisse la place pour notre parole. Une parole inspirée par l'Esprit. Jésus n'a pas tout dit, de même qu'il n'a pas tout fait, puisqu'il a dit à ses disciples : " Vous ferez des œuvres plus grandes encore que celles que vous me voyez faire. " (Jn 14, 12)

L'image que tout ceci donne de l'Incarnation est celle d'un temps résolument ouvert. D'un temps ouvert sur le temps de l'Esprit. D'un temps ouvert sur le temps de l'Église. Un temps fait à la fois pour " se ressouvenir de tout de qu'il a dit ". Un temps pour être " enseigné en toutes choses " par l'Esprit. Un temps pour être " conduits par l'Esprit dans la vérité tout entière". Il est bien question ici de totalité, (se souvenir de tout, être enseigné en toutes choses, être conduit dans la vérité tout entière), mais cette totalité, elle est à venir, et elle sera vécue dans une relation, dans une communion.

C'est pour cela que la parole de Jésus ne sera jamais une parole totalisante, close sur elle-même. On n'aura jamais fini de s'en ressouvenir. Elle aura donc toujours une porte ouverte pour qu'on puisse entrer et lui rendre visite. Elle reste à jamais une parole ouverte et active. Elle n'aura jamais fini de nous réorienter vers la vérité de nos vies en Dieu. Elle n'aura jamais dans ce monde un sens définitif que l'on pourrait cerner et exprimer par nos concepts humains. C'est ainsi que je comprends Jésus disant : " Le ciel et la terre passeront. Mes paroles, elles, ne passeront pas. " (Mt 24, 35). Et c'est aussi ce qui me fait esquisser une interprétation des tout derniers versets de l'évangile de Jean. L'évangéliste dit : " Jésus a fait encore bien d'autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu'on écrirait. " (Jn 21, 25). Ne serait-ce pas, sous une apparence un peu naïve, une manière d'exprimer que la parole et l'œuvre de Jésus ne pourront jamais être contenues par ce monde, dans le sens qu'on ne pourra jamais en faire le tour et leur trouver une place, calée entre deux volumes sur le rayon d'une bibliothèque.

Je trouve cela d'une grande importance. Car l'enjeu, ne l'oublions pas, n'est rien moins que de nous révéler Dieu, de nous dire qui est Dieu. Or, voilà que dans l'Évangile, Dieu se révèle à nous comme un Père qui s'efface devant le Fils : sur la montagne de la transfiguration, il dit non pas " Écoutez-moi ! " mais " Écoutez-le ! ", lui, le Fils bien-aimé. Dieu se révèle à nous dans le Fils, qui parle, mais en même temps s'efface lui aussi, n'accaparant ainsi pas toute la parole. Il ne dit pas tout. Il s'efface devant l'Esprit. Et enfin Dieu se révèle à nous dans l'Esprit-Saint. Et voilà que l'Esprit lui-même ne parle pas tout seul. Il s'efface lui aussi pour parler à travers nous. L'Esprit ne peut pas se passer de notre parole pour parler.

Voilà comment Dieu se révèle. Un Dieu qui est tout, mais pas tout seul. Un Dieu qui est tout, mais qui ne dit pas tout. Un Dieu qui est tout, mais qui ne fait pas tout. Un Dieu qui est tout, mais qui ne prend pas toute la place. Et c'est dans ces " mais " que Dieu se révèle. Alors que de notre côté, nous aimerions tellement mieux un Dieu qui se révèlerait non pas dans des vides, mais dans les pleins de totalités puissantes et achevées.

Ne sommes-nous pas attirés, plus ou moins consciemment, par ce qui relève de totalités ? On aime tellement pouvoir faire le tour des choses. On aime tellement pouvoir dominer les situations. On aime tellement contenir, maîtriser. Et c'est finalement une forme redoutable de notre fascination pour la toute-puissance. Or, la tentation est grande de projeter ce fantasme de toute-puissance sur Dieu. Elle est grande la tentation de projeter ce fantasme sur l'institution religieuse qui devient alors une sorte de vérité achevée, à brandir contre d'autres. C'est ainsi qu'on aboutit à des religions qui s'affrontent comme des totalités inconciliables, des vérités achevées et inattaquables.

Nous, nous sommes comme cela. Mais lui, Jésus, il vient précisément nous délivrer de cette illusion désastreuse. Il vient nous tourner vers l'infini de la relation à l'autre. Ce qu'il veut nous transmettre, au travers de chacune de ses paroles et de chacun de ses actes, c'est l'infini de sa relation avec le Père. C'est cette vérité-là que nous sommes appelés à vivre en communion avec lui et entre frères et sœurs humains. Cette vérité, on ne pourra jamais l'identifier à une somme quelconque d'idées, de pensées ou d'écrits. Elle ne sera jamais assimilable à un quelconque catéchisme achevé, à une somme théologique, si magistrale qu'elle puisse être. Parce que cette vérité est une vérité de communion. Et la totalité de cette vérité, elle ne sera réalisée que dans la communion parfaite que nous vivrons dans le Royaume.

Mais cette communion elle est déjà en germe, ici-bas, chaque fois que nous revenons de notre fascination pour des totalités achevées et maîtrisables pour nous tourner, nous risquer à l'infini de la relation avec l'autre. Chaque fois que nous nous ouvrons à cette parole que Jésus nous a confiée dans l'Esprit. Chaque fois que nous lui faisons confiance et que nous vivons des signes qu'il nous donne de cette communion. En particulier ce signe que nous allons partager tout à l'heure autour de la Table sainte. Repas qui est l'image même de cette communion en chemin ici-bas et qui sera rendue parfaite dans le Royaume.

Amen !


Pierre-André Pouly, pasteur
Pierre-André Pouly, pasteur

Né en 1951, Pierre-André Pouly est marié et père de 2 enfants. Après ses études primaires et secondaires à Montreux, il fréquente le gymnase de la Cité à Lausanne. Son diplôme de théologie en poche, il est pasteur dans les paroisses de Longirod-Marchissy-St George et Pully. Il est le pasteur résident de Crêt Bérard depuis l'été 1997.

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