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Culte

Centre paroissial de Bernex (3/4)
Diffusé sur Espace 2 le 24-04-2005
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Espace2

Prédication : Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure

Production : Sabine Pétermann

Prédication

PRÉDICATION (I)

Jean, chapitre 8

Laurence Mottier

C’est une femme que l’on va lapider

C’est une femme qu’il s’agit de tuer à coups de pierre. Son destin semble scellé dans la pierre des lois de Moïse : elle le sait, ils le savent. Elle a fauté et elle va payer de sa vie ; c’est la loi.

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C’est une femme seule qui se retrouve au milieu du cercle de la haine…

Où est son amant qui vient de faire l’amour avec elle ? N’est-il pas coupable lui aussi ?

Où est son mari ? ne va-t-il pas la secourir s’il tient à elle ?

Où est sa famille ? n’y a-t-il pas quelqu’un pour la soutenir ?

Non, il n’y a personne pour la défendre…tous sont d’accord : elle doit mourir pour ce qu’elle a fait.

Abandonnée de tous, elle se retrouve livrée aux autorités morales et bien-pensantes. Quelle jouissance pour ces hommes de pouvoir ainsi juger, condamner et détruire un coupable !

Au milieu du cercle de la haine meurtrière et de la condamnation sans appels se retrouvent génération après génération des femmes et des hommes, qui n’ont pas suivi le code moral en vigueur : hier c’étaient les personnes divorcées, véritable stigmate sociale, c’étaient les « filles mères », une honte indélébile ; il y a peu c’étaient les mariages entre deux cultures ou deux religions différentes, vouées bien évidemment à l’échec selon les préjugés ambiants; ce sont aujourd’hui les couples du même sexe, qui dérangent encore, même si on les admet avec beaucoup de gêne…. Des femmes actuellement ne sont-elles pas sacrifiées sur l’autel d’un soi-disant honneur de leur clan, de leur famille ou de leur religion? que ce soit à coups de pierre, d’acide ou d’alcool à brûler ?

La sexualité nous fait-elle si peur qu’on doive la contraindre, la restreindre, l’endiguer et surtout punir sans pitié les contrevenants ?

La femme, fille d’Eve la séductrice, fait-elle elle si peur aux hommes qu’ils doivent contrôler son corps et sa sexualité ?

L’homme, ce Don Juan en puissance, fait-il si peur aux femmes qu’elles doivent s’en protéger pour éviter viols et abus?

Gabrielle Pilet-Decorvet

Et dans cette histoire, il y a plus encore. La femme coupable devient entre les mains des pharisiens, une femme-objet. Elle, elle ne compte pas. Ce qui compte, c’est d’atteindre Jésus, car c’est bien à la vie de Jésus qu’ils en veulent, c’est lui qu’ils visent, les lanceurs de pierre. Et le piège qu’ils lui tendent est parfait.

Si Jésus prend parti pour la femme, il est contre la loi et c’est lui qui mourra.

S’il abandonne lui aussi la femme à la justice des pharisiens, alors, non seulement la femme mourra mais lui perdra toute autorité. Les pharisiens auront gagné. Au nom de Dieu, on pourra continuer à lapider en paix… et ils se seront débarrassés du petit gêneur de Nazareth. D’une pierre, ils auront fait deux coups !

PRÉDICATION (II)

Caroline Hoffet

Jésus résiste aux pharisiens. Et il le fait à sa manière : il refuse l’escalade de la justification de ces hommes de loi. En se penchant, il se fait plus proche de la femme jetée à terre. Il se met à sa hauteur. Il ne la fuit pas, ni elle ni son adultère. Dans ce geste, il sonde la femme, sa honte, sa peur et sa souffrance. Il prend en compte la personne et sa situation comme elles sont. C’est une étape indispensable face à la violence d’un conflit : se donner le temps et les moyens de découvrir la souffrance de l’autre.

Gabrielle Pilet-Decorvet

Tous les couples passent par des crises où des actes, des paroles ont profondément blessé. Comment vivre alors ensemble avec le mal subi et commis ? Suis-je en droit de juger l’autre, de me venger, de renoncer à la relation ?

Il ne s’agit pas de minimiser la souffrance infligée... Mais pour reconstruire une relation blessée, il faut d’abord faire le deuil d’une comptabilité quotidienne de la vengeance, du genre : «Tu vas payer pour ce que tu m’as fait ! ».

Notre réflexe est de vouloir prouver à tout prix que l’on a raison. Nous croyons être en droit de faire payer à l’autre le mal subi jusqu’à utiliser la violence et la manipulation.

Caroline Hoffet

Jésus, lui, trace des signes dans le sol. Il prend son temps. Il aménage l’espace nécessaire pour permettre à l’essentiel d’émerger : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ».

Avec cette phrase, c’est un univers qui s’effondre et un autre qui s’entrouvre. La femme était au centre, enfermée au milieu du cercle de haine des hommes. Désormais, tous sont concernés par l’interpellation de Jésus.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »….

Gabrielle Pilet-Decorvet

Pécher, ici, n’est donc pas une question de pureté ou d’impureté. Le péché serait plutôt une cible manquée, un rendez-vous raté entre Dieu et moi, entre l’autre et moi. C’est comme si quelque chose avait dérapé et que je m’éloignais inexorablement de l’autre…

C’est aussi ce que Jésus cherche à faire comprendre aux Pharisiens…

Ils ne sont pas au dessus de la loi qu’ils disent appliquer. Ils ne peuvent pas prétendre juger l’autre, tant qu’ils ne se sont pas posés les mêmes questions sur eux-mêmes.

La loi est là pour nous donner un cadre commun de vie dans le respect de chacun, de son intégrité physique et psychique. Elle peut nous aider à comprendre ensemble ce qui fait grandir la relation et ce qui la détruit.

Caroline Hoffet

Jésus, on le voit, ne se focalise pas sur la femme. Il tient également compte de son entourage

Miguel Fernandez (un pharisien)

« Je suis pharisien, j’étais présent. J’avais déjà choisi ma pierre pour liquider cette traînée ; je l’ai déjà fait, comme l’autorise notre loi. Je l’aurais refait et je le ferais même pour ma propre femme si elle osait aller avec un autre homme. Mais ce petit Rabbi de Nazareth me perturbe. Et à voir les réactions autour de moi, je ne suis pas le seul. Etre sans péché pour lancer la première pierre ?… Evidemment, ça change tout. Qui peut se prétendre sans péché ?

Je l’avoue, j’ai moi-même fréquenté d’autres femmes. La chair est faible, vous le savez aussi bien que moi. Il m’arrive parfois de désobéir à la loi de Dieu. Ce Jésus me fait réfléchir, je dois l’avouer : qui suis-je, tout pharisien que je suis, pour juger de manière définitive une personne ? De quel droit puis-je décider de sa vie ou de sa mort ?

Non, ce n’est pas moi qui lancerai la première pierre. »

PRIERE D’INTERCESSION

Gabrielle Pilet-Decorvet

Dieu, nous te prions

Tu as créé l’humain, homme et femme,

Différence prometteuse

Dissemblance douloureuse

Donne à nos vies de couple

En quête de bonheur

L’amour dans l’incomplétude

La rencontre en dépit du manque

La joie abritée de tendresse

Fais grandir chacune et chacun

À l’ombre de ta présence bienfaisante,

Cicatrise les blessures,

Accueille les erreurs

Transforme les échecs

Nous te prions pour toutes les personnes

Abusées sexuellement,

maltraitées dans leur couple,

discriminées en raison de leur sexe

ou de leur comportement

Aide-nous à mieux les écouter

Apprends-nous à ne pas les juger

Fais de nous leur prochain

Dieu, notre compagnon de route

Traverse de ton souffle nos jours

Eloigne de nous la dureté du coeur

Et l’indifférence résignée

Pour tisser des relations

Aimantes et constructives

Avec ceux et celles que nous rencontrons

PRÉDICATION (III)

Laurence Mottier

C’est une femme debout qui repart loin du cercle brisé de la violence. C’est une femme libérée du poids de la faute qui peut recommencer une autre vie. C’est une femme rendue à son statut de sujet qui peut à nouveau marcher au milieu des siens…

Caroline Hoffet

Jésus est parvenu à desserrer l’étau autour de la femme, en renvoyant ses accusateurs à leur conscience et à leurs actes.

Laurence Mottier

Cela devrait marquer la fin de toute lapidation, de toute mise à mort, de toute exclusion violente et négatrice d’autrui…qui sommes-nous pour juger les autres ?

Caroline Hoffet

Jésus sauve la femme et lui rend sa place dans la société.

Il lui permet de retourner parmi les siens, de renouer avec ce qui définit son identité. Respecter la dignité de chacun, même fautif, ne pas ajouter à l’humiliation permet un nouveau départ..

Laurence Mottier

« Va et ne pèche plus », voilà l’envoi libérateur et exigeant qui accompagne la femme debout, parole de Jésus, qui lui est lancée comme un défi : si les pierres n’ont pas été tirées sur elle pour l’anéantir, à elle maintenant de vivre en ne manquant plus sa cible : qu’elle vive en se dirigeant selon l’amour et la loi de Dieu. Qu’elle reste intègre dans son corps, dans ses relations et dans ses choix.

Caroline Hoffet

Elle est non seulement saine et sauve, elle est aussi sauvée. Jésus lui témoigne du pardon que Dieu donne gratuitement. Ce pardon est le socle sur lequel elle va pouvoir revivre.

Nous n’avons pas à douter de la volonté de Dieu de nous relever. Son pardon nous est promis dans le domaine de la sexualité, comme dans les autres aspects de notre vie. Ce pardon est une liberté qui nous est offerte. Nous sommes invités à nous remettre en route, sans nous laisser rattraper par un passé qui peut être parfois un cercle de mort.

Laurence Mottier

« Va et ne pèche plus », voilà une invitation audacieuse à prendre sa vie en main et à y remettre de l’ordre et du sens.

Gabrielle Pilet-Decorvet

C’est bien beau tout ce discours ! Mais aujourd’hui, dans notre société, avec la libération sexuelle, il n’y a plus de péché, de jugement ou de condamnation. Plus rien n’est tabou !

L’adultère n’est plus condamné par la loi. La jouissance, la recherche du bonheur et de l’âme-sœur motivent les couples, plus que les normes, la peur ou la culpabilité. C’est quand même un pas en avant !

Laurence Mottier

Oui, sûrement… Mais ça ne résout pas toutes les questions. Il y a une grande part d’irrationnel dans la sexualité, une part qui ne fait que croître avec la levée de tous les interdits. Et la dictature du plaisir à tout prix nous fait oublier ce qui fonde une relation amoureuse…le corps de l’autre est tellement souvent utilisé comme un objet à posséder, à conquérir, le sexe est décrit comme un assouvissement et une technique à maîtriser et finalement tromper l’autre est de plus en plus admis comme un mal nécessaire, comme si c’était impossible d’aimer une même personne toute une vie…On relativise cette relation fondatrice à tel point que tout et n’importe quoi devient possible.

Caroline Hoffet

C’est une responsabilité qui nous est confiée, de respecter notre corps et celui d’autrui comme des créatures de Dieu. Aimons-nous corps et âme tant que nous sommes conscients de ce que cela représente aux yeux de Dieu ! Si les lois humaines et civiles évoluent, pour Dieu, sexualité et amour vont toujours ensemble. Le face-à-face amoureux révèle l’amour divin. Il engage deux êtres dans une relation essentielle et fondamentale.

Laurence Mottier

Il est vrai également que cette intimité sexuelle où l’on se donne à l’autre, devient le lieu des plus grandes blessures en cas de trahisons, de perversions sexuelles, ou de papillonnage irresponsable. La nudité n’est-elle pas un cadeau que j’offre à l’autre et qu’il m’offre dans le respect de nos fragilités réciproques ? La jouissance partagée n’est-elle pas une trace de Dieu en nous, qui nous fait participer à la création et qui est bien plus qu’un besoin, mais le signe du désir qui nous habite et qui ne peut jamais être comblé totalement ?

Gabrielle Pilet-Decorvet

Alors il est vital de redire que l’autre ne peut jamais devenir un instrument pour mon plaisir, qu’il soit d’ordre sexuel, affectif ou social. Que le manque est indissociable de toute relation humaine et que nous pouvons choisir de vivre avec plutôt que de fuir dans une course effrénée. A l’intérieur du mariage, dans une union libre ou dans un couple de même sexe, nous sommes chaque fois invités à laisser Dieu interroger nos relations amoureuses et sexuelles comme le reste de notre vie.

Caroline Hoffet

Laissons agir la parole du Christ pour briser nos cercles de violence et de jugement. Donnons à Dieu la possibilité d’habiter nos relations de son pardon et de son amour. Il nous rend libres et responsables d’aimer !

Amen


Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure
Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure

Caroline Hoffet est née en 1975 à Mulhouse, en Alsace. Elle est arrivée à Genève pour ses études de théologie, grâce à des attaches familiales en Suisse. Elle a effectué deux années de stage dans l'Église Réformée de France à Nîmes, puis dans l'Église Protestante de Genève, à la paroisse de Petit-Lancy/Saint-Luc. Après une année de remplacement dans cette paroisse, elle est devenue en 2002 pasteure de la paroisse voisine d'Onex, avec des responsabilités auprès de la jeunesse pour la région Plateau-Champagne.

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