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Bartimée, aveugle et assis chemine guéri à la suite de Jésus

Eglise St-Martin à Vevey (3/3) à l'Occasion de la journée de la canne blanche
Diffusé sur Espace 2 le 15-10-2006
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Alain Décoppet, diacre

Organiste : Marc Dubugnon

Musiciens : Ben Ali, resp. aveugle de la chorale "Fraîche Rosée",
Coco Bertin ou Daniel Bueche

Présentation : Valdo Sartori

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Bartimée, aveugle et assis chemine guéri à la suite de Jésus

Est-ce que vous connaissez l’histoire de cet Anglais qui, par un après-midi maussade, sort se promener à Londres ? Et voilà que tout à coup tombe sur la ville, un de ces brouillards comme il n’en existe que dans les histoires anglaises ; un brouillard si épais que notre homme ne voit plus le bout de se pieds ! Et notre gentleman, qui a toujours son parapluie avec lui, le sort et l’utilise comme une canne blanche pour trouver son chemin : il tâte à droite, à gauche, et il avance ainsi – tout va bien – mais tout à coup son parapluie bat dans le vide. Inquiet, il tâte à droite… son parapluie bat dans le vide. Il tâte à gauche… son parapluie bat encore dans le vide. Alors il fait demi-tour et tâte fébrilement devant lui… et son parapluie bat toujours dans le vide ! Mais, comme c’est un Anglais très flegmatique, il décide d’attendre que le brouillard se dissipe. Et quand le brouillard se fut dissipé… – voyons, c’est élémentaire mon cher Watson – il vit que son parapluie était cassé !

Psaumes, chapitre 119 , versets 41 à 50
Marc, chapitre 10 , versets 46 à 50

Cette histoire – qui nous fait sourire et qui est quelque peu fantastique, il faut le dire – illustre l’un des problèmes essentiels des handicapés de la vue : le déplacement. Pouvoir se déplacer, c’est précieux. C’est la possibilité d’aller voir des amis, de se rendre là où l’on rencontre des gens, d’aller au travail. Mais ceux qui sont empêchés de se déplacer sont condamnés à la solitude et souffrent souvent beaucoup. C’est pourquoi les aveugles apprennent très jeunes à utiliser la canne blanche, cet auxiliaire très précieux, pour se déplacer. C’est donc avec raison que le 15 octobre a été décrété « Journée Internationale de la canne blanche ». La technique de la canne blanche consiste à balayer devant soi pour détecter les obstacles ou les trous, afin de les éviter. À chaque pas, la canne permet ainsi de sécuriser le mètre qui est devant soi et de s’y engager. Un nouveau pas peut être effectué et un nouveau mètre, sécurisé. Ainsi, mètre par mètre, l’aveugle fraie son chemin, pour franchir ce que j’appelle le mur de la nuit.

Cet aveugle qui tâtonne, il cherche au fond à étendre son espace de vie. Il est l’image de ce que nous sommes tous, aveugles et voyants, quand nous aspirons à l’espace de vie dont nous avons besoin pour vivre et nous épanouir. Cette aspiration est d’ailleurs tout à fait dans la ligne de ce que Dieu veut pour chacun de nous. Le psaume 119, verset 45, lu tout à l’heure, établit un lien entre la parole de Dieu et l’espace de vie dont on a besoin pour exister : « Je marcherai au large, car je recherche tes directives. »

Ce verset signifie donc que celui qui recherche les directives de Dieu peut marcher au large et donc que la Parole de Dieu nous appelle à vivre au large. Et au verset 105 de ce même psaume, on lit : « Ta parole est une lampe pour mes pieds, une lumière pour mon sentier. » La Parole de Dieu est comme une sorte de canne blanche qui ouvre et sécurise notre chemin, nous permet d’avancer d’un pas et d’aller de l’avant. Elle traduit la volonté de Dieu de nous donner de l’espace pour vivre.

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Et sous cet angle-là, de la Parole de Dieu qui nous donne un espace pour vivre, j’aimerais méditer avec vous l’histoire de Bartimée que vous avez entendue tout à l’heure dans l’Évangile de Marc. J’ai prêché déjà plusieurs fois sur ce texte pour présenter le travail de la Mission Évangélique Braille parmi les aveugles, mais je ne l’ai jamais abordé sous cet angle de la Parole de Dieu qui éclaire notre route et y crée un espace de vie. Interprétée sous cet angle, cette histoire prend des reliefs inattendus.

Si vous considérez Bartimée, au départ de ce récit, vous vous apercevez que c’est un homme qui a peu d’espace pour vivre. Il nous est dit qu’il est assis. « Être assis », dans le langage biblique, cela peut vouloir dire « être cloué sur place, ne pas avancer, rester immobile ». Et puis, il est au bord du chemin, ce chemin de la vie où les hommes passent, en lui jetant parfois une pièce en guise d’aumône. Bartimée n’est pas pris en considération en tant que personne. C’est simplement un aveugle quelconque à qui on fait l’aumône. D’ailleurs, « Bartimée », ce n’est pas un nom. Le texte dit bien qu’il s’agit du « fils de Timée ». C’est comme si cet aveugle vivait par procuration, sous le nom de son père. Mais ce n’est pas être quelqu’un que d’être là au nom de son père. Les enfants de vedettes ou de personnages célèbres souffrent quand ils ne sont considérés que parce qu’ils sont fils ou fille de telle ou telle grande personnalité et non en fonction de ce qu’ils sont eux-mêmes.

Il y a donc une aspiration à être reconnu pour ce qu’on est, ce qui est tout à fait normal. Donc Bartimée est ignoré ; il vit par procuration. Les aveugles ont souvent l’occasion de vivre quelque chose de ce genre lorsqu’ils sortent accompagnés d’une personne pour les guider. Il arrive fréquemment, dans un restaurant par exemple, que le garçon ou la serveuse ne s’adresse pas directement à l’aveugle pour savoir ce qu’il désire consommer, mais parle à l’accompagnant pour demander : « Qu’est-ce qu’il prendra ? ». Comme si le fait de ne pas avoir de contact visuel faisait que la personne n’existe pas. Et pourtant, les aveugles, comme Bartimée, ont une personnalité bien réelle et bien marquée, mais cachée en eux et qui n’a pas toujours l’occasion de s’exprimer.

Bartimée était bien dans ce cas. Il voulait s’en sortir. Et quand, avec ses longues oreilles qui traînent, comme celles de beaucoup d’aveugles, il perçoit un bruit de foule et qu’il comprend au travers des bribes de conversations qui lui parviennent, que c’est Jésus de Nazareth qui passe, celui qui guérit, celui qui est le Messie, il l’appelle, il crie pour appeler Jésus à l’aide : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Il est un peu comme un homme qui se noie et qui sait qu’il faut à tout prix attraper la bouée de sauvetage qu’on lui jette.

Mais la foule le rabroue. Les aveugles sont souvent dérangeants ; déjà peut-être par le fait qu’ils renvoient aux gens leurs propres faiblesses, leurs propres handicaps, leurs peurs de devenir handicapés. La foule cherche à faire taire Bartimée. Mais lui ne se décourage pas et il crie de plus belle : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Et quelque chose d’extraordinaire, un miracle, se produit : Jésus s’arrête. Dans cette parole « Jésus s’arrêta », il y a quelque chose d’extraordinaire. On pourrait penser que Jésus qui monte à Jérusalem pour y souffrir et sauver le monde, a bien d’autres choses à penser que de s’occuper de ce pauvre aveugle qui est au bord du chemin. Non, Jésus s’arrête et il prend un moment pour s’occuper de lui. Il dit : « Appelez-le !» Et cela suffit à retourner la foule. Je trouve cela extraordinaire. C’est peut-être le plus grand miracle de ce récit. La foule qui voulait faire taire Bartimée change tout à coup d’opinion.

L’une des tâches importantes de la Mission Braille est de sensibiliser l’Église et les populations au sort des aveugles. La chorale de Fraîche Rosée, l’ONG partenaire de la Mission Braille en Côte d’Ivoire, sillonne le pays pour sensibiliser les Églises et les populations aux problèmes des aveugles et dire qu’on peut faire quelque chose pour eux, qu’on peut les réhabiliter, que l'aveugle dont on a honte et que l’on cache souvent, est une personne à part entière qui a de la valeur, qui peut apprendre à lire, à travailler, qui peut devenir une personne digne, capable d’apporter quelque chose aux autres.

Et nous en avons la démonstration ici par les lectures bibliques et par les chants que vous avez entendus. Nous avons M. Coulibaly qui – comme cela a été dit dans l’introduction – a été abandonné dans la rue par ses parents quand il avait cinq ans. Il va vous chanter tout à l’heure son témoigne et montrer la transformation que Jésus opère dans la vie de ceux qu’il rencontre. Et Bartimée est de ceux-là. Quand Jésus l’a fait appeler, il a jailli de dessous son manteau et s’est précipité vers l’endroit où se trouvait la voix qui l’appelait. Jésus lui demande « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » C’est peut-être la première qu’on demande à Bartimée ce qu’il veut. Et Bartimée répond qu’il veut retrouver la vue. Il aurait peut-être pu répondre autre chose. Mais Jésus, là, le prend au mot et lui rend la vue. C’est un miracle, certes, mais le véritable miracle est surtout dans le fait que Bartimée est maintenant un homme debout. Si vous regardez le début du récit, il est assis au bord du chemin, maintenant, c’est un homme qui chemine à la suite de Jésus. C’est un homme qui a de l’espace pour vivre. Et ça, c’est vraiment l’œuvre de Jésus.

Jésus veut donner à chacun de vous, frères et sœurs, un espace pour vivre. Peut-être vous sentez-vous comme devant un mur, peut-être êtes-vous immobilisés, comme dans un brouillard épais, ne voyant pas le bout de votre pied, avec un parapluie cassé, mais Jésus est là et il a une parole qui veut éclairer votre route. Jésus a dit « Ta foi t’a sauvé », à Bartimée. La foi, ce n’est pas faire un pas dans le vide, dans l’inconnu, mais c’est faire un pas en faisant confiance que la parole de Dieu qui nous dit de faire ce pas, est bonne et qu’elle nous conduit plus loin. La Parole de Dieu n’éclaire souvent qu’un petit bout de notre route, à la fois. Il ne nous est généralement pas demandé de faire un marathon aujourd’hui : un seul pas peut suffire. Mais ce pas que nous allons faire aujourd’hui est important : il nous permettra, demain, de faire un autre pas. Alors allons, frères et sœurs, faisons ce pas que le Seigneur éclaire maintenant de sa parole, parce qu’il veut que nous vivions !

Amen !


Alain Décoppet, diacre
Alain Décoppet, diacre

Né en 1953, Alain Décoppet est marié à Myriam et père de 3 enfants adultes.

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Il est malvoyant (1/10 de vue au meilleur oeil). Il a suivi sa scolarité primaire, au moyen de l'écriture braille, à l'Institut des Aveugles de Lausanne. Il l'a poursuivie dans des classes ordinaires avec des voyants: (Ecole Supérieure de Commerce, Institut Biblique Emmaüs), puis comme auditeur en Faculté de Théologie à Lausanne. En 1981, il a été consacré au ministère diaconal dans l'Église Évangélique Réformée du Canton de Vaud.

Depuis 1980, il exerce son ministère au sein de la Mission Évangélique Braille (MEB), à Vevey, où il est responsable du secteur braille – Édition de la Bible (TOB et Français fondamental), bibliothèque de livres en prêt, correspondance avec les aveugles, édition d'une revue et adaptation de "Paroles en Textes". Ainsi, grâce au braille, les aveugles peuvent accéder à cette précieuse littérature.

Avec la MEB, il oeuvre pour que les handicapés de la vue francophones d'Europe et d'Afrique aient une place reconnue dans l'Église et la société.

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