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"Je suis le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis"

Eglise St-Martin à Vevey (2/4) Vendredi Saint
Diffusé sur Espace 2 le 10-04-2009
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Jean Chollet, pasteur

Organiste : Daniel Chappuis

Musiciens : Choeur Couleur vocale, direction Roland Demiéville

Présentation : Sabine Petermann

Production : Sabine Pétermann

Prédication

"Je suis le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis"

Lorsque nous apprenons la mort de quelqu’un, il y a une question qui revient presque systématiquement sur nos lèvres, cette question, c’est « pourquoi ? ». Pourquoi elle ? Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Et lorsqu’il s’agit de la mort d’un jeune adulte ou d’un enfant, notre pourquoi exprime bien plus que de l’incompréhension, il exprime notre révolte.

Jean, chapitre 10 , versets 11 à 12

Pourquoi Jésus est-il mort ? C’est une question que les chrétiens n’ont pas cessé de se poser pendant deux millénaires, une question qui a suscité d’innombrables ouvrages de théologie, des bibliothèques entières. Et pourtant, Jésus n’avait-il pas répondu à cette question ? « Je suis le bon berger, le bon berger donne sa vie pour ses brebis.»

Bien sûr, mais ce n’est pas la réponse que les hommes attendaient. Ils attendaient une explication et voilà que Jésus avait proposé une image. Comme tous ceux qui nous ont précédés, nous sommes désorientés, un peu comme les disciples, lorsqu’ils posent des questions précises « Combien de fois dois-je pardonner ! » « Qui est mon prochain ? » et que Jésus leur offre une parabole plutôt qu’une explication.

Il y a en a beaucoup d’images dans l’Evangile. Il y a même beaucoup d’images avec lesquelles Jésus parle de lui :

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· Je suis le cep

· Je suis le chemin

· Je suis la lumière du monde

· Je suis la résurrection et la vie

Pourquoi toutes ces images ? Parce que Jésus aimait parler en images ? Probablement. Comme il aimait parler en paraboles. Mais attention : pas parce qu’il aurait particulièrement affectionné cette figure oratoire comme d’autres affectionnent les citations ou les péroraisons ! Jésus parlait en images ou en paraboles parce que les réalités dont il parlait ne se laissent pas enfermer dans les définitions, les démonstrations ou les exposés précis.

L’amour, la fraternité, le pardon, l’espérance, la rencontre, la vie, la mort – ne peuvent se dire qu’en images ou en paraboles parce que les images et les paraboles ont ceci en commun que jamais une image ou une parabole n’épuise le sens profond d’une réalité.

Je peux regarder une image 10 fois, 20 fois, 100 fois et découvrir à chaque regard une autre richesse, une autre dimension de l’image, un autre détail qui m’avait échappé, une autre parcelle de sens. Je peux écouter une parabole 100 fois et avoir envie de l’écouter une 101e parce que j’ai l’intuition qu’elle ne m’a pas encore tout dit.

Alors, j’aurais beau me répéter mille fois que la surface d’un triangle est égale à la base fois la moitié de la hauteur, je n’en saurai pas plus qu’à ma première lecture. L’amour de Dieu, comme la Vie en général – la vie avec un grand V – ne se laisse pas enfermer dans un plan excel. L’amour de Dieu, en Jésus-Christ, ne peut que se raconter. Ne peut que s’évoquer en images. C’est tout à la fois sa force et sa fragilité.

Le bon berger donne sa vie pour ses moutons. On sera peut-être tenté d’objecter : une image, ça n’engage à rien ! Il y a toujours le « flou » artistique. C’est poétique, bien sûr, enthousiasmant parfois, stimulant peut-être mais enfin, ce ne sont que des mots joliment agencés et il y a parfois long de ces mots à la réalité.

Allons voir de plus près. Nous sommes à Vendredi Saint : je vous propose de nous arrêter à la dernière « image » que Jésus a donnée à ses disciples. Une image particulière où les mots et les gestes sont tramés dans le même instant.

C’était hier soir, jeudi. Jésus a pris un repas avec ses disciples. Le repas de la Pâques, un repas traditionnel. Un repas que Jésus et ses disciples prennent « normalement » presque jusqu’à la fin. Et puis tout à coup Jésus prend du pain et dit : « Prenez ceci, c’est mon corps… » et puis ensuite, il prend du vin, remercie Dieu, le passe aux disciples qui en boivent tous et Jésus leur dit : « Ceci c’est mon sang, le sang de l’alliance de Dieu qui est versé pour un grand nombre de gens. »

On les a tellement entendus ces mots, ces mots qui sont au centre de notre liturgie de Sainte Cène, que plus rien ne nous nous choque dans cette image. Mais vous imaginez un peu la tête qu’ont dû faire les disciples quand Jésus leur a dit cela ?

Parce qu’il dit quoi, au fond ? En d’autres mots, il dit « Je suis le repas ». Je suis le repas. Jésus ne le dit pas exactement comme cela, mais c’est cela que ça veut dire. Je suis le repas parce que de même que le pain et le vin disparaissent au cours du repas, je vais disparaître. Et de même que le pain et le vin disparaissent pour vous donner des forces, je vais disparaître pour vous donner la vie. Je vais disparaître de votre vue, pour apparaître dans votre vie. Bon berger, je donne ma vie pour mes brebis. Allons un peu plus loin.

Jésus partage le pain et partage le vin. Il donne du pain à chacun, il fait circuler la coupe de vin pour que tous en boivent. Pourquoi ? Par équité ? Pour que chacun ait suffisamment à boire ou à manger ? Certainement pas. On n’est pas au début du repas : les disciples ont déjà mangé de quoi satisfaire la faim. On est dans une autre logique.

Il faut qu’ils en mangent tous, parce qu’ainsi, aucun d’entre eux n’aura reçu la totalité du pain ou du vin. Aucun disciple, ni Pierre le sérieux, ni Jean le disciple que Jésus aimait, ni Judas, ni aucun autre ne pourra dire « c’est à moi qu’a été donné « le corps du Christ ». ou «c’est moi qui ai reçu le sang de l’alliance ». Le signe de la mort et de la résurrection a été partagé.

Dernier point qui est en quelque sorte une conséquence de ce partage : l’Evangile ne peut se dire qu’à plusieurs. Quand Jésus envoie ses disciples, il les envoie deux par deux. Ce matin, nous avons dit l’Evangile de ce jour à plusieurs voix. Rheinberger, le compositeur, le Chœur Couleur Vocale, son chef Roland Demiéville, les lectrices Thérèse Huber et Marie-Claire Briot, Daniel Chappuis à l’orgue, Alain Jaquier et vous. Vous ici à St-Martin, vous là-bas, plus loin, ailleurs, vous qui êtes beaucoup plus nombreux que nous, vous qui êtes des milliers et qui avez pris un moment, ce matin, pour dire l’Evangile de ce jour avec nous. Merci de l’avoir fait.

Et cette dernière image, Jésus ne l’évoque pas seulement en espérant qu’elle va nous rester, il nous invite à la répéter. C’est ce que nous faisons à chaque fois que nous célébrons la Cène. C’est ce que nous allons faire maintenant. Et pour que nous puissions continuer à dire l’Evangile ensemble, je vous suggère, à vous que nous ne voyons pas, si vous le pouvez, d’aller jusqu’à la cuisine, de prendre un morceau de pain, un verre de vin, et nous vivrons la Cène ensemble.

Amen !


Jean Chollet, pasteur
Jean Chollet, pasteur

Après une licence en théologie à l’Université de Lausanne, Jean Chollet suit les cours de l’École Romande d’Art Dramatique (Lausanne), puis entre dans la classe de Michel Bouquet au Conservatoire de Paris.

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Sous le pseudonyme de Jean Naguel, il est l’auteur de très nombreux textes diffusés par la Radio Suisse Romande ou France Culture et également pour le théâtre.

Depuis le 1er septembre 2008 il a terminé sa formation pastorale en accomplissant un stage à Vevey (avec Gérard Pella) puis en étant désigné comme suffragant à Saint-Laurent-Eglise. Il a été consacré pasteur dans l’EERV en septembre 2012.

Pensant que "le monde est confié aux hommes pour qu'ils en fassent quelque chose, avec toute la liberté et les risques que cela comporte", il souhaite apporter un souffle nouveau à l'Eglise protestante et lui rendre sa "dimension artistique et émotionnelle", étouffée "au profit de l'intelligence et d'une certaine froideur".

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