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La fête aussi pour les grands frères de la Parabole

Temple de Couvet (2/2)
Diffusé sur Espace 2 le 17-07-2011
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Prédication : David Allisson, pasteur

Organiste : Jean Samuel Bucher

Présentation : Michel Kocher

Production : Sabine Pétermann

Prédication

La fête aussi pour les grands frères de la Parabole

Résumé de la première partie de la parabole

Luc, chapitre 15 , versets 25 à 32

Si vous avez participé au culte dimanche dernier, vous avez eu l’occasion de méditer sur la première partie du texte de la parabole dite du fils prodigue. Jésus s’est fait interpeller par les bien pensants instruits de son temps : les pharisiens et les scribes. Ceux-ci se plaignaient et murmuraient : « Celui-là prétend parler de la part de Dieu et il fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux ! » En guise de réponse, Jésus raconte des histoires. Il raconte trois histoires : un berger perd un mouton et part à sa recherche jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvé, une femme perd une pièce et cherche partout dans sa maison jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée. Et la troisième, aussi très connue : la parabole du fils prodigue. Un père avait deux fils. Le plus jeune lui demande sa part d’héritage. Il la reçoit et part tout dépenser à l’étranger dans une vie de désordre. Désespéré, sans ressources, affamé par une famine qui s’est déclarée dans le pays, le fils décide de rentrer chez son père. Il n’est plus digne d’être considéré comme son fils, mais sûrement qu’il pourra travailler pour lui. Le père exprime une profonde pitié. Il l’attend sur le chemin. Il l’accueille. Il fait préparer une fête. Il veut se réjouir et faire partager sa joie car, dit-il : « mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l’ai retrouvé. » Et il commencèrent la fête.

Voici la suite.

Traditionnellement, c’est comme cela qu’on appelle cette parabole. « La parabole du fils prodigue ». Le fils qui dépense tout et n’importe comment, sans compter, sans respect pour l’héritage reçu de son père. Ce nom fait du tort au père qui est peut-être le vrai héros de cette histoire. Ce nom fait aussi du tort au fils aîné, le grand frère dont beaucoup de commentateurs et de prédicateurs ne savent pas très bien quoi faire. Comme je vais m’essayer à parler de ce fils aîné, vous verrez vous-même s’il m’a inspiré quelque chose d’intéressant.

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Cette prédication aimerait compléter une chose que ne paraît pas dans le texte. Non que l’Evangile soit ici incomplet, mais plutôt que le récit, dans la manière dont il est construit, attire beaucoup l’attention sur le fils cadet et le père. Du coup, nous oublions trop souvent le grand frère. C’est comme s’il ne servait, dans cette histoire, qu’à donner la possibilité au père de répéter la phrase qui conclut chacune des deux parties du texte : « Ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé ! »

Moi qui suis l’aîné dans ma fratrie, j’aime bien cette idée de chercher à en savoir un peu plus sur le grand frère. Cela sera aussi, j’espère une manière de découvrir que ce récit nous ouvre la porte d’une invitation à la fête.

Le fils aîné a lui aussi sa partie de récit et il n’est pas seulement le bon exemple de celui qui est resté sagement à la maison pendant que le petit frère dépensait la fortune du père n’importe comment. Il a, ce fils aîné, des manières qui le rendent tout aussi coupable que son petit frère. Il a en plus – pour l’enfoncer encore un peu – les manières de celui qui ne reconnaît pas son tort. Dans sa première réaction, c’est évident. Il se fâche de la fête que son père organise. Il se plaint que la fête soit organisée pour quelqu’un qui n’en est pas digne. Quand il parle avec son père, il ne dit pas « mon frère ». Il dit : « ton fils ». Il est invité à entrer pour participer à la fête.

Mais on ne sait pas s’il va y aller ou non. La fin de l’histoire est silencieuse à ce sujet. Elle ne dit pas ce que va choisir le fils aîné. A mon sens, ce silence sur ce que va choisir de faire le grand frère, entrer ou rester dehors, c’est une invitation à nous identifier à lui. C’est peut-être assez difficile, parce que ce grand frère, c’est un grognon. Cela ne sera pas forcément agréable de nous imaginer dans sa peau. J’ajoute même que plus nous y ressemblons, plus c’est difficile de nous identifier à lui. Nous préférons grogner dans notre coin ou en chœur avec lui.

Le fils aîné, c’est le protestant qui grogne contre le cérémonial catholique ou orthodoxe pour en critiquer le faste qui oublie la vraie signification de la grâce et de la simplicité de Dieu. Il préfère ne pas trop en faire et ne pas déranger. Quitte à ne jamais se déranger lui-même, ni vivre et reconnaître la beauté d’une liturgie.

Le fils aîné, c’est le chrétien qui grogne parce que ces gens qu’on ne voit jamais dans l’assemblée des célébrations viennent faire baptiser leur enfant. Nous sommes tellement sûrs qu’ils font cela pour ne plus revenir ensuite qu’on ne pense parfois même pas à les accueillir et les inviter à revenir ! Alors en effet, ils ne reviennent plus.

Quand nous sommes fiers de notre manière de voir et que nous ne pouvons pas concevoir qu’il y a une autre façon de faire ; quand nous ne pouvons plus imaginer sortir de notre ordinaire et de notre habitude religieuse ; quand nous mettons plus d’énergie à conserver les acquis qu’à simplement vivre, nous ressemblons au grand frère.

Ce fils aîné, c’est celui qui est resté à la maison. Il a profité du confort de son chez soi. Bien sûr, il travaille. Il va aux champs avec son père. Il est peut-être en train de prendre le relais de son père dans l’entreprise familiale. Du coup, la tradition de lecture de la parabole en a, un peu vite, fait l’exemple à suivre. C’est celui qui ne se révolte pas, qui reste fidèle, qui soutient son père. Oui, mais. Il est resté à la maison, mais c’est comme s’il était absent, en dehors du coup. C’est comme s’il était parti, lui aussi. C’est comme si, lui aussi, il avait manqué quelque chose dans la relation avec son père.

Peut-être avez-vous déjà remarqué que dans la parabole, la très grande majorité de l’action se passe en dehors de la maison. Il n’est fait mention de la maison que pour dire qu’on en sort. Seuls le partage des biens du père, tout au début et la fête au retour du fils cadet se passent à l’intérieur. Et comme le fils aîné, nous n’en entendons que les bruits et la musique, du dehors. Tout le reste se passe hors de la maison : le fils cadet part et dilapide sa fortune à l’étranger. Le père attend son fils sur le chemin, à l’extérieur de la maison. C’est là qu’il l’accueille et c’est de là qu’il organise la fête.

Pendant ce temps, le fils aîné était aux champs et revient à la maison. Entendant les bruits de la fête, il fait sortir un serviteur pour se faire expliquer ce qui se passe. Finalement, le père sort à nouveau de la maison pour prier son fils d’entrer. La discussion entre le père et le fils aîné se tient à l’extérieur et nous ne savons pas si le fils se joindra ou non à la fête.

La décision, la rencontre, la reprise des relations se passent à l’extérieur. L’intérieur de la maison, c’est le lieu de l’approfondissement de la joie et des relations. C’est le lieu de la fête du royaume. On en vit les premières notes ou pas de danse déjà à l’extérieur, déjà en s’approchant.

C’est quand même étonnant que ce grand frère soit devenu un exemple dans tellement de commentaires et de prédications. Cette tradition prend pour argent comptant la réflexion du fils lui-même quand il explique sa colère à son père : « Écoute, il y a tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à l'un de tes ordres. Pourtant, tu ne m'as jamais donné même un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé ! »

Ici, c’est bien le moment où nous nous identifions le plus facilement avec ce fils aîné. Comme lui, nous savons reconnaître ce qui est juste de ce qui est inconvenant. Comme lui, nous aimons que la justice soit respectée et, s’il le faut, que la justice soit faite. Nous l’aurions peut-être réhabilité ce fils cadet, mais pas sans réparation sous une forme ou une autre.

Et voilà le fils aîné lui-même victime de l’injustice. Il est resté tout ce temps pour travailler avec son père et il ne se sent pas reconnu dans son effort. Les biens de son père sont à sa disposition au quotidien et il trouve que le père ne lui a rien donné. Si le fils cadet a dépensé son argent en vivant une vie « dans le désordre » selon le début du texte, le fils aîné précise, sans savoir, que ce désordre inclut le paiement de prostituées.

Il a fait tout ce qui lui semblait être juste et bon. Il n’a jamais fait un pas de côté et voilà que c’est l’autre fils que l’on fête. Il y a de quoi être frustré. C’est comme s’il s’était privé de liberté pour rien. C’est comme si sa droiture ne valait rien. C’est comme si le père ne pouvait voir que l’autre, celui qui avait été absent si longtemps.

Mais lui, le fils aîné, à ce moment de l’histoire, il ne peut pas le voir, son frère. Pour lui, ce n’est plus son frère : il dit « ton fils » en s’adressant à son père. Il ne peut pas le voir parce qu’il y a les murs de la maison qui le séparent encore de la fête. Mais l’écran est plus épais que cela. Il ne peut pas voir son frère, parce que pour lui c’est simplement inimaginable qu’il se soit retrouvé. Il ne peut pas voir son frère parce qu’il en est resté à la première partie de la remarque du père : son frère est mort ; son frère est perdu. Il s’est tellement acharné à être juste qu’il ne se voit pas perdu lui-même au moment d’accueillir son frère. Pour lui, ce n’est plus possible que les choses se passent autrement que ce qu’il attendait.

Même resté à la maison, le fils aîné devra faire l’effort d’un retour. Les événements donnent tort à ses attentes. Il doit faire face à l’imprévu d’un père qui accueille non pas selon la justice mais selon la générosité et la joie de la vie retrouvée. Pour entrer dans la fête, il devra vivre la même chose que son petit frère : admettre que son choix, s’il lui a fait faire certaines expériences, ce n’était pas encore la vie dans tout ce qu’elle peut offrir. Comme son frère, il lui faudra faire le pas d’un retour vers ce père dont sa colère vient de l’éloigner.

Au moment où le père a vu son fils cadet revenir sur le chemin près de sa maison, il en eut profondément pitié. Il a été remué jusqu’au fond de lui-même parce qu’il allait retrouver son fils. Cette émotion, il l’a partagée avec sa maisonnée en organisant la fête pour le retour de son fils.

Cette émotion, il l’éprouvera aussi pour le fils aîné au moment où, après son éclat de colère, il entrerait dans la maison pour fêter avec les autres et retrouver son frère. Sa générosité, le père l’exprime de cette manière pour le jeune fils : il court à la rencontre de son fils qui revient, il se jette à son cou et le couvre de baisers, il est si pressé de fêter ce retour qu’il interrompt le discours de repentir pour organiser immédiatement la fête.

La remarque du fils aîné contient tout ce que nous aurions voulu voir chez le père pour marquer le coup sur le fait que le fils cadet avait fait des bêtises. Cela le met en rupture avec son père et leur demandera un chemin de réconciliation et de retrouvailles, à eux aussi. Mais tout cela, l’histoire ne le dit que dans ses silences. Et Jésus n’enfonce pas le clou quand il raconte la parabole.

Jésus ne conclut pas son récit. Il ne le commente pas non plus. Il n’y a pas d’autre explication à donner que le regard du père de la parabole sur la situation : « Nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé » (Lc 15, 32) Nous ne savons pas si le fils aîné est entré faire la fête avec les autres. Peut-être sommes-nous ce fils aîné ? Allons-nous participer à la fête ? Pouvons-nous nous réjouir du retour à la vie du frère mort et maintenant de nouveau vivant, qui était perdu et maintenant retrouvé ?

Entrons. La fête est aussi pour nous. C’est à cette fête-là que nous sommes invités au moment de la Sainte Cène. C’est une fête où tous sont là : ceux qui sont partis à l’étranger loin de la maison du père pour faire leurs expériences et ont peut-être tout perdu, ceux qui sont restés là, gardiens de la tradition et qui n’ont peut-être pas gagné grand-chose, ceux qui se trouvaient juste là et qui ont préparé la table, tous ceux que vous pouvez imaginer.

Oui, tous ceux que vous pouvez imaginer qui ont été sensibles au moment de l’invitation au fait que le père, pour l’histoire ou le Christ, pour la Sainte Cène, sont intéressés avant tout à établir ou à rétablir une relation. Le père, le Christ, sont intéressés avant tout à reconnaître la vie retrouvée de celui qui s’approche et se laisse approcher.

Nous devions faire une fête pour nous réjouir de tous ceux-ci qui étaient morts et qui sont revenus à la vie, ils étaient perdus et les voilà retrouvés ! Cette fête est aussi pour nous, les grands frères.

Amen !


David Allisson, pasteur
David Allisson, pasteur

Engagé à 70% comme pasteur de la paroisse du Val-de-Travers, établi à Fleurier, David Allisson a fait sa formation à la faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel. Il est actuellement engagé dans l’organisation et l’animation paroissiale du catéchisme des adolescents. Cette activité comprend l’animation des rencontres de catéchisme pour les 14-15 ans et l’encadrement d’anciens catéchumènes se formant pour participer à l’animation du catéchisme.

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Au Val-de-Travers depuis septembre 2006, il a exercé précédemment un ministère pastoral à La Chaux-de-Fonds. Marié à Béatrice, ils ont trois enfants.

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