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Le « bon Dieu », bon débarras !

Temple de Chexbres (1/3)
Diffusé sur Espace 2 le 18-09-2011
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Espace2

Prédication : Eric Bornand, pasteur

Organiste : Pas d'organiste

Musiciens : Orchestre Philarmonique de Moreillon (ensemble paroissial, OPM)
Claude Barras, violon
Bernard Bolay, guitare
Nicole Bron, flûte
Anne Mausli, flûte traversière
Lorenzo Pestalozzi, violon
Samuel Verdan, flûte de pan, clarinette

Présentation : Sabine Petermann

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Le « bon Dieu », bon débarras !

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

Luc, chapitre 19 , versets 9 à 27

Ils croyaient que le Royaume allait venir immédiatement. Un autre que Jésus aurait profité de son succès passager pour recueillir encore plus de suffrages et prendre le pouvoir. Or, c’est tout le contraire qui se passe. Jésus raconte cette énigme, qui lui sert à Jésus à résister à son propre succès. Il crée une confrontation, un malaise même : il rappelle les déboires historiques de son peuple avec ses rois. Vous croyez que le Royaume arrive, réfléchissez-bien.

Que diriez-vous d’un maître qui se comporte ainsi – je vous relis les deux versets de la fin de la parabole : « A celui qui possède, on donnera. A celui qui n’a rien, même ce qu’il a lui sera pris. Quant à ces ennemis qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les et égorgez-les devant moi. » Luc 19, 27. En deux lignes on a le sommet de l’horreur économique – prendre aux pauvres pour enrichir les riches, et le sommet de l’horreur politique : l’exécution des opposants au régime. Qu’est-ce que ça fait dans la Bible ?

Pendant longtemps, j’ai fait subir à ce texte ce que je lui reproche : je l’ai éliminé. On est ainsi fait, nous les humains, que l’on croit pouvoir se débarrasser de ce qui dérange, que ce soient des gens ou des textes d’ailleurs. Quelques amis m’ont aidé à lire. Ils se reconnaissent ici et reçoivent mes remerciements.

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Car cette histoire peut être gardée dans l’Evangile. Elle doit l’être, si on la lit comme un avertissement prophétique et non comme un programme politique. Elle vient volontairement nous compliquer la vie. Elle nous oblige à nous demander quel genre de maître nous voulons. Elle raconte ce qui risque de se passer si l’on ne prend pas garde à nos motivations. Cette énigme ne nous parle pas tant de Dieu que de nos attentes à Son égard.

A chaque ligne on se demande de qui Jésus veut parler. Et à chaque étape on peut se demander : « Et moi, comment aurais-je réagi dans ces circonstances ?» Cet « homme bien né » qui revendique le pouvoir, est-ce un héros ou un tyran ? Est-ce que j’aurais dû participer à l’ambassade qui refuse son autorité ou aurais-je été content de le servir ? Et si on me confie une mine, est-ce que je la reçois comme un signe de confiance ou comme une mise à l’épreuve ?

Et comment réagir face à des collègues qui réussissent mieux que moi ? Et que penser d’un maître qui pratique le salaire au mérite ? Et que penser d’un maître qui me juge selon mes propres paroles ?

Oui, alors que le ciel se dégage devant Jésus, que le triomphe est à sa portée, il redonne les cartes autrement. Les temps ont bien changé. Nous n’attendons pas que le règne de Dieu se manifeste ce soir. On attend juste de savoir jusqu’où l’Euro va s’effondrer et c’est peut-être pourquoi nous peinons à déchiffrer l’énigme.

J’imagine alors une autre histoire, diamétralement opposée, une histoire pour ceux qui n’attendent plus rien du ciel. Une histoire pour ceux qui capitulent devant les statistiques des sociologues prédisant la disparition des Eglises, diluées dans le relativisme le plus absolu.

Aujourd’hui, ce serait donc l’opposé de notre parabole qu’il nous faudrait entendre, quelque chose comme ça : Un homme régnait sur son pays à la plus grande satisfaction de ses concitoyens. Il était d’humble naissance, mais sa réputation de bonté lui assurait le respect de tous. Il confiait à chacun des responsabilités selon ses capacités et tout le monde avait droit à un juste salaire pour vivre. Mais allez savoir pourquoi, le compte de fées n’a pas duré, certains ont voulu prendre le pouvoir et éliminer le roi juste et bon. C’est lui qu’ils ont égorgé.

C’est drôle, inversée ainsi, la parabole ressemble étrangement au récit même de la vie de Jésus, de sa naissance humble à sa mort sur la croix, après sa courte période de succès populaire. On va ainsi du temps de Noël au temps pascal. C’est l’Evangile : à ceux qui n’attendent plus rien du Royaume de Dieu, il faut à nouveau raconter l’histoire étrange du Roi qui n’a pas voulu prendre le pouvoir !

Voici à quoi nous avons à faire ce matin : un récit énigmatique, au cœur d’un Evangile énigmatique, au sein d’un monde énigmatique. Et nous qui cherchons le sens et de la Bible et de nos vies, nous trouvons ici de quoi « nourrir de sens» notre Jeûne fédéral. Cette tradition est une invitation à dire merci et à demander pardon, c’est un jour pour chercher à reconnaître Dieu. C’est un jour que nous apprécions parce qu’il nous offre un congé supplémentaire : je le prends au mot : l’Evangile de ce matin nous invite à prendre congé de nos faux dieux.

Aujourd’hui, beaucoup aimeraient se débarrasser d’un certain dieu et ils ont raison ! Quel bon débarras ce serait que de renoncer aux superstitions, aux peurs de fin du monde, aux charlatans du religieux, aux intégrismes. Oh oui, bon débarras de tous les dieux qui s’amusent et rient et profitent de nos malheurs. J’ai remarqué ces temps que les banquiers et les économistes utilisent plus souvent que moi le terme « confiance ». N’est-il pas temps de décider si nous voulons vraiment encore faire confiance aux lois du marché pour décider de la marche à suivre de nos sociétés ?

Nous pouvons en revanche garder un lien avec le Dieu de Jésus-Christ, parce qu’Il est Dieu qui s’est caché pour nous laisser la place. Il est ce Créateur qui lâche l’emprise qu’il serait en droit d’avoir sur nous pour nous apprendre la liberté. Ne voulons-nous pas garder contact avec ce Dieu surprenant, qui se contente des définitions que nous lui attribuons ? « Tu savais que je suis austère » dit le maître de l’énigme et il ajoute « je vais te juger sur tes propres paroles. »

Serait-ce donc, à contrario, que si je fais à Dieu le crédit qu’Il est amour, générosité, tendresse, pardon, c’est de ces valeurs là que je vais pouvoir vivre ? Vous aurez le roi que vous voulez. Incroyable liberté des enfants de ce Dieu-là et du coup, vertigineuse responsabilité de chacune, de chacun de nous.

Frère et sœurs, il faut donc non seulement se débarrasser des faux dieux, mais aussi si, j’ose dire, du « Bon Dieu », c'est-à-dire du mauvais. Se débarrasser du Dieu des comptes de fées, celui de nos fantasmes, celui que nous réinventons sans cesse, mais c’est pour en faire toujours plus une représentation à notre échelle, une surface de projection pour nos misères intérieures.

Un seul Dieu est digne d’être adoré, dit l’énigme au cœur de l’histoire de Jésus : c’est le Dieu qui ne demande pas à l’être. Un seul Dieu est digne que je Lui reconnaisse pouvoir et autorité sur moi, c’est celui qui s’est révélé sur la croix, faible et même impuissant. Oui, l’énigme du roi nous met au défi de nous débarrasser du « bon Dieu » pour chercher le Dieu bon. Celui qui ne répond pas – ou en tout cas pas trop vite – à nos questions. Devant ce Dieu bon, nos existences restent des énigmes, parfois drôles, parfois tragiques.

Devant ce Dieu bon nos peurs et nos angoisses s’apaisent. Ne craignez pas la fin du monde en 2012, Dieu est déjà présent. Continuez à chercher le Dieu bon, si possible avec d’autres.

Avec un tel Dieu, je peux même garder encore dans ma Bible les étranges versets qui mettent tout sans dessus-dessous. C’est un excellent moyen pour rester en alerte à propos de ce que je laisse régner sur moi. Jésus montant vers le calvaire a démontré immédiatement par ses actes qu’il renonçait définitivement au chemin de la tyrannie. C’est sans doute pour cela que les étranges histoires qu’il racontait peuvent encore nous parler.

C’est vrai, à vues humaines, on peut craindre le pire. Aujourd’hui beaucoup s’indignent contre les pouvoirs en place, manifestent parfois violemment leur refus des autorités. Mais d’autres avant nous ont su garder confiance à travers des circonstances tout aussi difficiles. Ces fidèles qui nous ont précédé ont rendu vraie l’autre phrase, celle qui promet beaucoup à ceux qui sont déjà riches – riches non pas d’argent, mais de confiance.

Alors que le monde était à feu et à sang pendant la seconde guerre mondiale, une jeune femme, Etty Hillesum, cherchait elle aussi son identité devant Dieu. Parmi ses écrits, je relève cette prière qui peut nous tenir lieu de ligne de conduite dans notre recherche : « Dans un moment difficile, il m’arrive de me demander ce que tu veux faire de moi mon Dieu. Mais peut-être cela dépendra-t-il justement de ce que je veux faire de toi ? »

Amen !


Eric Bornand, pasteur
Eric Bornand, pasteur

Originaire de Ste-Croix, Eric Bornand-Aubort obtient un baccalauréat et une maturité fédérale scientifique. Après sa licence en théologie à l’Université de Lausanne, il commence son ministère pastoral comme stagiaire dans la paroisse de Vallorbe-Ballaigues en 1988.

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Depuis, son parcours l’a mené dans plusieurs paroisses de la région et même outre-mer pour le DM (département missionnaire) en Nouvelle Calédonie, où il a enseigné pendant deux ans dans une école pastorale. Ses domaines de compétence l’ont conduit ces dernières années à un engagement au sein de l’association professionnelle des pasteurs et diacres vaudois, ainsi qu’à l’animation biblique oecuménique romande dont il anime régulièrement les sessions.

Marié avec Claire, il est père de 3 jeunes adultes.

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