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L’humain a créé un Dieu à son image

Temple de Chexbres (2/3)
Diffusé sur Espace 2 le 25-09-2011
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Bernard Bolay, pasteur

Organiste : Sylvain Junker

Musiciens : Arielle Pestalozzi, chant
Maryse Innis, chant

Présentation : Michel Kocher

Production : Sabine Pétermann

Prédication

L’humain a créé un Dieu à son image

Mes amies et mes amis,

Jérémie, chapitre 2 , verset 5
Jérémie, chapitre 2 , verset 11
Jean, chapitre 8 , verset 12

Sœurs et frères dans le Christ,

Qu’avons-nous fait ? Et qu’ont fait nos ancêtres, les hommes et les femmes qui nous ont précédés ? Qu’avons-nous fait pour que sans cesse le mot crise revienne dans nos discussions, nos journaux, nos émissions de télévision, que la crise soit morale, économique ou écologique ? Qu’avons-nous fait pour que notre avenir soit si souvent perçu comme menaçant et sombre ? Qu’avons-nous fait pour ne plus avoir la fierté du monde que nous laissons à nos enfants ?

Je conserve, encore vives en ma mémoire, les images du 11 mars dernier et surtout l’angoisse qui a suivi et qui se perpétue, après la catastrophe de Fukushima et l’impossibilité pour les hommes de maîtriser l’atome qu’ils avaient cru domestiquer et les aveux d’impuissance après les premiers mensonges.

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Qu’avons-nous fait en cherchant le dépassement de la condition humaine par le contrôle des forces de l’univers ? Qu’avons-nous fait ? Qu’avons nous mis en route ?

Nous avons cherché par nos technologies à réduire les contraintes de l’espace et du temps, nous avons cherché la diminution de nos efforts, l’augmentation de notre confort, le dépassement de nos limites, jusqu’à chasser la nuit pour y vivre comme en plein jour. Mais à quel prix ?

Je conserve encore vives en ma mémoire les inquiétudes des gouvernements à l’entrée dans l’été quand l’euro et les marchés s’effondraient, souffrant d’une crise de confiance majeure et l’inquiétude n’est pas retombée.

Qu’avons-nous fait en donnant à l’économie aveugle la place centrale dans nos sociétés ? Qu’avons-nous fait en dérégulant les marchés et en faisant confiance à la main invisible qui devait, par la recherche de l’intérêt de chacun, conduire au bien de tous ?

Je conserve, toujours vives en ma mémoire – la publicité se charge régulièrement de me les rappeler – les injonctions impératives du moment qui me demande de paraître pour être, de me singulariser, comme les autres, pour être accepté par les autres, de penser à moi d’abord en m’inventant au quotidien.

Qu’avons-nous fait en divinisant l’individu, au mépris du bien commun ? La parole du prophète Jérémie, adressée au peuple d’Israël il y a plus de 2500 ans, conserve toute son actualité : « Est-ce que vos ancêtres ont une faute à me reprocher, demande Dieu ? Ils se sont éloignés de moi pour suivre des dieux qui ne valent rien et devenir eux-mêmes des gens qui ne valent rien ! » « Mon peuple a commis une double faute : il m'a abandonné, moi, la source d'eau fraîche qui donne la vie. Et il a creusé des citernes. Mais ces citernes sont fendues, elles ne retiennent pas l'eau ! »

Au siècle des Lumières, les intellectuels, Diderot, Voltaire, d’Alembert, nos ancêtres sur le plan de la pensée, ont commencé à jeter le soupçon sur Dieu – soupçon qui devait aboutir à l’annonce de son décès un siècle plus tard.

Ces intellectuels protestaient, avec raison, contre une certaine image de Dieu que pouvaient donner les grandes institutions ecclésiales et leurs dogmes. Un Dieu castrateur, ennemi du progrès et de la raison, un Dieu jaloux et souffrant, ne supportant pas la recherche et le désir d’autonomie des humains, un Dieu morbide se complaisant dans l’humiliation des hommes et des femmes, un Dieu à l’origine des guerres qui avaient ensanglanté l’Europe, un Dieu coupable du tremblement de terre de Lisbonne.

Ce Dieu-là, il fallait le tuer, comme on tue le père, pour que l’humanité enfin parvienne à sa majorité, à l’état adulte, libérée, émancipée de la tutelle de ce Dieu qui n’aimait l’être humain que soumis. Les intellectuels ont trouvé de quoi reprocher à Dieu et l’ont associé à l’obscurantisme quand eux, les Lumières, divinisaient la raison. Comme souvent, le mouvement du balancier, dans la recherche d’équilibre, est allé trop loin. Ce n’est pas seulement ce Dieu-là – le dieu terrible, le potentat, l’empêcheur de penser – qui s’est trouvé évacué, mais Dieu tout court.

Le Dieu de la promesse, le Dieu créateur de la relation, le Dieu vivant qui n’a d’autres joies que la joie des humains, ce Dieu-là a été mis à la porte. Et sans remerciement. Dieu congédié. Dieu, en ce qu’il représente les aspirations profondes de l’être humain et ce vers quoi et celui vers qui mon désir me porte, ce qui me dépasse infiniment, sans me détruire, sans m’anéantir, celui qui me dépasse infiniment, m’ouvrant une voie pour être et vivre en liberté.

Dieu congédié. Dieu encore, en ce qu’il me dit et rend visibles à mes yeux les limites fondatrices de l’humain et le mystère de ma vie. Dieu qui me dit que je ne peux me suffire à moi-même, quand bien même je le voudrais et que cela n’est ni grave, ni humiliant, ni avilissant, mais qu’au contraire, c’est la condition même de toute relation et de toute rencontre.

Mais à la suite des Lumières, ce n’est pas seulement de la caricature de Dieu que nous nous sommes séparés – cela aurait été une vraie libération – mais de Dieu lui-même, qui dit oui au désir profond de l’être humain et qui dit non à son désir devenu fou, à ce qui le détruit. Mais de Dieu lui-même en ce qu’il est ce que l’humain n’est pas et qui lui donne densité, identité, avenir.

Ecoutons encore une fois Jérémie : « Ils se sont éloignés de moi pour suivre des dieux qui ne valent rien et devenir eux-mêmes des gens qui ne valent rien ! » « Mon peuple a commis une double faute : il m'a abandonné, moi, la source d'eau fraîche qui donne la vie. Et il a creusé des citernes. Mais ces citernes sont fendues, elles ne retiennent pas l'eau ! »

La sagesse populaire dit : chasser le naturel, il revient au galop. En repoussant Dieu, ce n’est pas Dieu seulement que l’on chassait, mais bien le naturel de l’être humain, le propre de l’homme, cette part de lui qui se tourne vers plus grand que lui, qui le cherche et qui reçoit de lui vocation et identité.

Si nous avons cru pouvoir nous dispenser de Dieu ou des dieux, nous avons mal cru. Dieu chassé ne s’entête pas à revenir où il est indésirable. Mais du naturel de l’être humain, est-il possible de se défaire ? Ce Dieu que nous ne voulions plus, nous l’avons échangé contre ce qui n’est pas dieu.

Car d’une part le cœur de l’être humain a horreur du vide et ce vide que Dieu laisse ne demande qu’à être rempli et cette aspiration profonde à plus grand que soi, l’être humain cherche à la satisfaire, même avec des ersatz et ce désir d’absolu, il tente de le combler avec ce qui promet de l’être.

Car d’autre part, jouant les apprentis sorciers, nous ne savons plus comment freiner les mouvements et les mécaniques que nous avons mis en route et qui aujourd’hui nous dépassent infiniment. Ce que nous avions cru domestiquer se retourne en maîtres contre nous et nous impose leurs volontés.

À la suite des Lumières, nous avons cherché et nous cherchons encore à nous émanciper de tout ce que nous considérons comme une limite, un frein à notre épanouissement et à notre liberté, de tout ce que nous pensons comme une tare ou un obstacle que la technologie saura et devra surmonter.

S’émanciper de l’espace et du temps, s’émanciper des liens et des attaches qui font de chacune et de chacun de nous un être de relation, s’émanciper des autorités et des règles qui rendent la vie commune possible, s’émanciper de nos devoirs pour ne conserver que nos droits. En un mot, s’émanciper de la condition humaine – qui est de me recevoir, dans une forme que je n’ai pas choisie – pour s’inventer chaque jour.

S’émanciper. Voilà le projet, voilà l’intention. Mais il ne suffit pas de vouloir pour que l’émancipation ait lieu, pour qu’elle se réalise réellement, pour que la liberté advienne. C’est ici que les dieux nouveaux s’engouffrent.

En s’émancipant des relations humaines contraignantes et de certaines structures sociales qui donnaient à chacune et à chacun une place et un rôle avec – il est vrai – peu de possibilités d’en changer, nous n’avons pas vu et réalisé que nous nous imposions un fardeau plus lourd encore : être et devenir par soi-même, être le seul porteur de son existence, avec le devoir d’excellence, au risque de la fatigue d’être soi, s’ériger en créateur de soi-même tout en désespérant d’y parvenir jamais. L’individu divinisé est un maître implacable !

En libérant l’économie des règles et des normes et en la plaçant au cœur des sociétés occidentales – et en l’imposant partout ailleurs – nous n’avons pas vu ni réalisé que nous nous forgions une nouvelle idole, terrible et toujours insatisfaite, exigeant son lot de victimes humaines ici et là-bas, une idole vivant, paradoxalement, de la confiance même que nous refusons à Dieu. Il suffit que la confiance disparaisse et les marchés s’écroulent et les spécialistes ne savent plus alors à quels saints se vouer tout en multipliant les discours qui se veulent rassurants !

En confiant à l’atome – et pas qu’à lui – et à la technologie censée l’apprivoiser, le soin de nous libérer de la peine musculaire, nous n’avons pas vu ni réalisé les risques et les engagements sur le très long terme que nous prenions. Pèse sur nous aujourd’hui la menace d’une catastrophe majeure. Comme le jugement d’un dieu terrible et fantasque qui peut brusquement faire éclater sa colère, pour un oui, pour un non ! Et c’est justement de ce dieu-là que les Lumières ne voulaient plus, et nous avec eux !

Atome, marché, individu, ce qui n’était pas Dieu nous les avons fait devenir dieu et nous avons cru à leurs promesses, mais que sommes-nous devenus ? Pour qui veut l’entendre et l’accueillir, Dieu revient, moins pour reprocher – ce qu’il fait aussi en interrogeant douloureusement : pourquoi abandonner la source d’eau fraîche ? Pour qui veut l’entendre et l’accueillir, Dieu revient pour offrir l’eau vive où l’eau frelatée s’est évaporée et pour porter la Lumière où les Lumières l’ont voilée.

C’est ici qu’il faut entendre et réentendre la parole de Jésus : « La lumière du monde, c'est moi. Si quelqu'un me suit, il ne marchera pas dans la nuit, mais il aura la lumière qui donne la vie. » Jésus est celui qui éclaire le monde et la vie dans le monde. Non pas d’une manière magique ou incantatoire, non pas comme une idole qu’il faudrait adorer et qu’il suffirait d’appeler pour qu’elle nous sauve. Non !

Jésus éclaire le monde en ce qu’il est capable de nouer avec Dieu, qu’il nomme son père, une relation vivante, vivifiante, dans laquelle chacun trouve sa place. Jésus éclaire le monde en tant que fils qui tisse avec son père des relations d’amour, de respect et d’affection, sans avoir besoin de tuer le père pour éprouver la liberté et exister. Jésus n’est pas devenu en tuant le père, mais en acceptant de ne pas l’être.

Jésus éclaire le monde en vivant une vie d’homme sans chercher à en dépasser les limites et sans lire, dans les liens qui l’attachent à Dieu, le signe infamant d’une dépendance indigne. Jésus éclaire le monde en donnant de Dieu le visage du Tout Autre qu’un autre, car c’est bien ici que réside la confusion dramatique, nous avons rejeté Dieu en lui prêtant nos intentions, nos caractères, nos défauts et nous lui avons substitué, sans le vouloir, sans le savoir, des dieux sourds, implacables, impérieux, sans voir qu’ils étaient à notre image !

Voilà ce qui peut nous orienter encore et encore et éclairer notre marche dans le monde où nous vivons, la vie de Jésus offerte à notre regard, la vie du fils qui ne lorgne pas vers le père avec jalousie ou méfiance, mais qui apprend du père en le regardant faire. La vie du fils qui se dérobe quand on veut le faire roi, qui ne cherche pas sa propre gloire quand même ses frères l’y incitent, mais qui salue, émerveillé, le Tout Autre qu’un autre qui lui donne identité.

À celles et ceux qui le suivent, à celles et ceux qui renoncent aux promesses des dieux qui n’en sont pas, à celles et ceux qui osent la limite à leurs désirs, Jésus promet la vie, comme lui la reçoit du père qu’il imite. À celles et ceux qui, comme lui, se savent filles et fils et non père, il promet la lumière.

Explorer tous les possibles de la condition humaine, sans chercher à en franchir les limites, voilà ce qu’il nous faut apprendre à conjuguer et à décliner ensemble au quotidien, c’est ainsi qu’à notre tour nous éclairerons le monde.

« La lumière du monde, c'est moi, dit Jésus. Si quelqu'un me suit, il ne marchera pas dans la nuit, mais il aura la lumière qui donne la vie. »

Amen !


Bernard Bolay, pasteur
Bernard Bolay, pasteur

Bernard Bolay est né en 1959, marié à Claire, il est père de quatre enfants. Il a étudié la théologie aux facultés de Vaux-sur-Seine et de Genève. Après un ministère pastoral de huit ans dans les Assemblées évangéliques en Suisse romande à Cologny, il a enseigné la théologie pendant six ans dans un institut biblique. Engagé dans l'EERV depuis 2001, il est pasteur à mi-temps dans la paroisse de St-Saphorin et formateur d'adultes dans le nouvel Office Protestant de la Formation. Il pratique la course à pied avec assiduité et s'adonne à l'écriture poétique. Il a publié, en 2002, aux éditions Ouverture et Presse Biblique Universitaire, "D'ombres et de lumière", un recueil de textes, poèmes et nouvelles illustrés par son épouse, artiste peintre.

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