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Les quatre cultes de l'avent à St-Laurent / Lausanne

Temple de St-Laurent (1/4)
Diffusé sur Espace 2 le 27-11-2011
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Jean Chollet, pasteur

Musiciens : Flavie Crisinel, chant
Daniel Favez, piano

Présentation : Pierre-Yves Moret

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Oser une case vide dans notre calendrier de l’Avent !

1er dimanche de l’Avent : attention « Top chrono, c’est parti ! » La pendule de la préparation de Noël tourne ! Et quand je qu’elle tourne, ce n’est pas pour faire « tendance », c’est bien parce que jusqu’au 24 décembre, nous avons tous, une planification extrêmement serrée. Il s’agit de ne pas mettre les deux pieds dans le même soulier. Nous avons une quantité incroyable de choses à faire. Et pour ne pas nous perdre, nous avons déterminé des temps intermédiaires, des paliers qui nous permettront de faire le point et de vérifier que nous sommes bien « en ligne » pour arriver à Noël le 24 décembre au soir.

Luc, chapitre 1 , versets 26 à 45

Penser à des cadeaux pour : mes enfants, mon mari, ma belle-sœur, mon frère, mes beaux-parents et la tante Hélène. Les cousins de Genève, les cousins de Nyon, les cousins d’Yvorne et les cousins de Ballens. Préparer une attention avec un petit mot gentil pour mon concierge, mon facteur, mon garagiste, mon coiffeur, mon teinturier, la voisine qui garde le chat et celle qui promène le chien.

Envoyer suffisamment à l’avance des invitations pour le calendrier de l’Avent que j’organise le 7, le concert de mes petits-enfants que je soutiens le 10, l’apéritif de quartier auquel je participe le 12, les temps de méditations que nous proposons à la paroisse chaque jeudi soir, le Noël de l’EMS de maman le 18, le Noël de la gym le 19, le Noël de la fanfare de mon mari le 20, le Noël des sans-abri le 21, le Noël du Rotary le 22. Tiens, il n’y a rien le 23, j’ai dû oublier quelque chose et le Noël de la paroisse le 24 au soir.

Non, décidément, s’il y a un moment dans l’année où « faut y aller », c’est bien le mois de décembre. Les grands magasins l’ont bien compris, eux qui pour nous « déstresser », nous proposent d’acheter nos sapins de Noël et nos décorations de table en octobre déjà ! C’est un peut tôt, bien sûr, mais c’est tellement mieux que de s’énerver au dernier moment. Parce que le seul secret pour pouvoir vivre Noël en toute sérénité, c’est l’organisation. Anticiper, déléguer, contrôler.

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Et c’est la raison pour laquelle dans nos paroisses il y a un responsable pour chaque chose. Le groupe du culte de l’enfance prépare la saynète, le concierge dresse le sapin, les dames de la couture décorent l’église, les conseillers de paroisse servent le vin chaud, l’organiste s’adjoint la collaboration de quelques musiciens supplémentaires, le pasteur cherche un passage de l’Evangile de Luc sur lequel il n’a pas prêché ces dernières années, le journal local fait un brève avec une petite photo pour rappeler la veillée à toute la population et le 24 au soir : miracle. Tout le monde est là et tout le monde est heureux parce que tout « roule » puisque tout a été préparé avec la précision des horlogers helvétiques.

Le problème, c’est que Noël – je veux dire le 1er Noël, le véritable Noël, ça ne marche pas comme ça. Noël, Dieu parmi les hommes, « Emmanuel », c’est une histoire où rien n’arrive comme prévu ! Voyez plutôt. Qu’est-ce qu’on attendait en Israël ? On attendait un Messie ! Un Messie au visage de Dieu, un Messie glorieux, puissant, qui allait remettre – excusez l’anachronisme – l’église au milieu du village. Et au lieu d’un Messie, qu’est-ce qu’on découvre ? Un enfant. On attendait un prophète, un de ces prophètes comme on en avait déjà connu le feu aux yeux, la hache à la main, le couteau des mots entre les dents et c’est un gamin qui arrive, un clandestin, un bâtard, un pauvre gosse au fond, illégitime ! Pour accueillir « celui qui devait venir », l’histoire avait bâti une capitale triomphante : Jérusalem. Et où est-ce que les choses commencent ? A Nazareth. Au bout du bout du coin. Un bled inconnu, un trou, perdu, dans un oubli de la Galilée. Pour accueillir « celui qui devait venir », la foi avait dressé un Temple d’or et de marbre, avec le « saint des saints », le portique, les colonnes, le grand escalier, les autels, l’encens, les sacrifices et tout se passe dans la maison d’un particulier. Et encore quand je dis « dans la maison », si au moins !

A la vérité, tout se passe dans la grange, l’étable, le garage d’un particulier. Depuis David, les prêtres et les grands prêtres avaient établi un calendrier liturgique des fêtes, des célébrations, des anniversaires, avec les rites, les règles et tout, et tout. Ils avaient organisé les quarantaines, calculé les Pâques de lune, les Pentecôte de moissons, les sabbats minutieux, alors pour Dieu, ce n’était pas compliqué de faire naître son fils sur une date qui faisait sens, non ? Eh non ! Il a fallu qu’il naisse un jour ordinaire, un jour non préparé, sans agenda, sans rendez-vous, sans calendrier.

Non décidément, « Noël, venue de Jésus », « Noël » Emmanuel » – c’est du côté des hommes en tout cas – tout le contraire de l’organisation. C’est même une gigantesque improvisation. L’improvisation, au théâtre, c’est un art qui demande de la souplesse parce qu’il n’y a pas de texte. Quand on « improvise » on connaît le premier mot : ensuite, c’est l’aventure. Et c’est exactement ce que l’ange Gabriel vient annoncer un jour à Marie : une aventure.

« Réjouis-toi. Le Seigneur Dieu t’a montré son amour d’une manière particulière. Il est avec toi. » En entendant cela, Marie est très émue et se demande : « Que veut dire cette façon de saluer ? » Ah ! Il a le sens du « suspense », Gabriel. Il en dit juste assez pour qu’on dresse l’oreille… et juste assez peu pour qu’on ait envie d’écouter la suite.

« Tu vas mettre un monde un Fils, tu l’appelleras Jésus. Personne ne sera aussi important que lui. On l’appellera Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le royaume de David, son ancêtre. Il sera le roi du peuple d’Israël pour toujours et son pouvoir n’aura pas de fin. » Oh là. Tout ça. D’un coup. Vous imaginez, une jeune fille de quinze ans. Parce qu’elle est jeune, Marie. Elle n’a pas fini l’école. Elle n’a pas son permis de conduire. Elle n’a pas le droit de vote. Quand on lui dit qu’elle est encore un enfant, évidemment, ça la vexe, mais ce n’est pas tout faux. Elle n’est pas encore une adulte. Alors pourquoi dire tout cela à quelqu’un qui est si jeune ?

Peut-être parce qu’elle est jeune. Justement. Elle n’a pas les plis de l’adulte, elle n’a pas les manies de l’adulte, elle n’a pas les raideurs, de l’adulte, la prétendue « sagesse » de l’adulte. Elle est certainement plus « disponible » qu’un adulte ! Imaginez l’ange Gabriel qui débarque chez une journaliste à Montréal : (Avec l’accent) « Excuse-moi, c’est à quel sujet ? Je te dis ça parce que présentement je suis sur une autre ligne. Donne-moi ton numéro je te rappelle tantôt ! Non, non, je t’assure, je te rappelle avant qu’il ne soit tard … »

Ou alors chez un médecin, à Paris (toujours avec l’accent) : « Je suis navré, mais là, je suis totalement débordée. Est-ce que je peux vous demander de prendre rendez-vous avec ma secrétaire ? »

Ou un pasteur à Lausanne : « Ecoutez cher Gabriel, je suis certain que vous avez quelque chose d’important à me dire et je demande pas mieux que de vous écouter. Mais j’ai un service funèbre dans une heure et je n’ai rien préparé. Vous comprendrez que … » (Et Gabriel comprendrait certainement !)

Ou un conducteur de locomotive, à Olten : « Je vous écoute volontiers. Pas de problème. Mais je repars aux 58 ! Vous en avez pour long ? »

Pas de doute, en choisissant une jeune fille, Dieu a fait le bon choix. Marie est jeune, mais elle a les pieds sur terre : « Comment cela peut-il se faire ? Je ne vis pas avec un homme ». Réaliste, Marie. Elle sait depuis longtemps que les histoires de choux et des cigognes, ce sont des histoires. Pour faire un enfant, faut être deux. Et la réponse de l’ange n’est pas d’ordre gynécologique, mais d’ordre spirituel. « L’Esprit saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira comme une ombre. »

Comme une ombre. Comme l’ombre qui au début du début du monde, planait sur les eaux. Et la naissance de Jésus pourrait être une nouvelle création. Comme l’ombre qui marchait devant le Peuple d’Israël, en tête, comme un drapeau pour traverser les déserts. Et la naissance de Jésus pourrait être un nouveau départ. Et constituer un nouveau peuple. Comme l’ombre qui couvrait la montagne du Sinaï, lorsque Moïse y conversait avec Dieu. Et la naissance de Jésus serait un livre neuf et une loi nouvelle. Comme l’ombre qui fait irruption lors de l’inauguration du Temple de Salomon. Et désormais, la maison de Dieu ce ne sera plus le Temple, mais le ventre d’une jeune fille enceinte et c’est l’Homme (avec un grand H) qui sera le Temple de Dieu. La question était peut-être plus « technique ». La réponse ne l’est pas et pourtant, elle satisfait Marie. Elle satisfait Marie au point qu’elle accepte.

Depuis plusieurs mois, avec une quarantaine de jeunes, nous préparons le spectacle qui s’intitule « La Navidad ». C’est un spectacle sur Noël. Et comme nous avons déjà monté un « Noël à Brooklyn », un « Noël tsigane », nous nous sommes dit : mais comment est-ce que nous allons raconter encore une fois l’histoire des berges, des anges, de l’aubergiste, des mages sans tomber toujours dans les mêmes images ? Et comme point de départ, nous avons fait exactement la démarche que je signalais tout à l’heure : nous avons renversé la vapeur. Nous avons cherché un espace inconnu et vide. Un « non-espace » de célébration.

Notre Navidad se déroule à Manzanillo, une ville du Mexique. Les hommes et les femmes à qui on annonce la naissance de Jésus ne sont pas des bergers, mais des dealers (vous savez que le trafic de la drogue au Mexique c’est une plaie terrible) et le lieu dans lequel se vivra véritablement Noël, ce sera une prison. Prendre un chemin de traverse, Retrouver le vide. Retrouver le vide, pour retrouver le goût, la saveur, la couleur de Noël.

C’est comme lorsque dans la nouvelle cuisine, on a voulu retrouver la saveur des légumes. On a supprimé toutes les sauces béchamel de nos grands-mères pour retrouver le goût d’une carotte ou d’un fenouil ou lorsqu’on veut retrouver les couleurs d’une fresque qui date du 15e siècle, que fait-on ? On commence par enlever toutes les couches de poussières et de suie qui l’ont peu à peu recouverte pour retrouver la vivacité des couleurs. Et alors la fresque paraît, avec toutes ses couleurs d’origine !

Lorsque nous aurons enlevé toutes nos couches de mémoires, de connaissances, d’habitudes, nous pourrons peut-être dire comme Marie : C’est d’accord. « Je suis la servante du Seigneur. »

Souvent, à la fin d’une prédication, nous sommes invités à ressembler à tel ou tel personnage biblique. Et nous nous prenons alors à rêver d’être comme Gédéon, comme Moïse, comme Abraham. Et nos rêves sont si grands que souvent, nous ne réalisons rien du tout. La barre est trop haute.

Aussi, ce matin, j’aimerais vous proposer quelque chose de très modeste. Et vous dire : est-ce que vous ne croyez pas que dans notre course contre la montre jusqu’à Noël, nous pourrions laisser un moment – juste un, ce n’est pas très exigeant un moment – de vide. Mais totalement vide. Rien dedans. Même pas une lecture biblique. Même pas une prière. Même pas une méditation. Et faire confiance à Dieu qui a de l’humour et qui saura certainement profiter de ce petit vide pour nous faire un clin d’œil, et qui sait peut-être que notre course en avant pour arriver au 24 se transformera en formidable « aventure » avec Dieu ?

Amen !


Jean Chollet, pasteur
Jean Chollet, pasteur

Après une licence en théologie à l’Université de Lausanne, Jean Chollet suit les cours de l’École Romande d’Art Dramatique (Lausanne), puis entre dans la classe de Michel Bouquet au Conservatoire de Paris.

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Sous le pseudonyme de Jean Naguel, il est l’auteur de très nombreux textes diffusés par la Radio Suisse Romande ou France Culture et également pour le théâtre.

Depuis le 1er septembre 2008 il a terminé sa formation pastorale en accomplissant un stage à Vevey (avec Gérard Pella) puis en étant désigné comme suffragant à Saint-Laurent-Eglise. Il a été consacré pasteur dans l’EERV en septembre 2012.

Pensant que "le monde est confié aux hommes pour qu'ils en fassent quelque chose, avec toute la liberté et les risques que cela comporte", il souhaite apporter un souffle nouveau à l'Eglise protestante et lui rendre sa "dimension artistique et émotionnelle", étouffée "au profit de l'intelligence et d'une certaine froideur".

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