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Les quatre cultes de l'avent à St-Laurent / Lausanne

Temple de St-Laurent (2/4)
Diffusé sur Espace 2 le 04-12-2011
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Diane Barraud, pasteur

Organiste : Daniel Favez (piano)

Musiciens : Flavie Crisinel, chanteuse soliste de Negro spirituals, accompagné de Daniel Favez

Présentation : Michel Kocher

Production : Sabine Pétermann

Prédication

A Noël, Dieu vient comme un migrant

Abraham est parti, il a quitté son pays. Et depuis Abraham nous marchons, l'humanité est en migration. Parfois nous voyons une migration de promesse, comme Abraham, encouragé par Dieu. Ou comme, aujourd'hui, celui qui vit petitement dans son pays et se dit que là-bas, ailleurs, ce sera peut-être tellement mieux.

Deutéronome, chapitre 26 , versets 5 à 11

Mais parfois nous voyons une migration de fuite, comme Joseph qui doit emmener en Egypte Marie et l'enfant, pour échapper à la persécution d'Hérode. Ou comme, aujourd'hui, celui qui déserte une armée pour ne pas devoir tuer son frère ou comme celle qui est persécutée parce qu'elle dénonce des violences envers des orphelins ou comme celle qui a été emprisonnée parce qu'elle a critiqué le gouvernement et parvient à s'échapper ou encore comme celui qui a refusé de collaborer avec une milice violente et fuit pour n'être plus pourchassé et comme et comme et comme...

Parfois aussi nous voyons une migration de survie, comme les fils de Jacob qui vont en Egypte pour trouver le grain qui manque à Canaan. Ils ont faim. Une simple migration économique comme aujourd'hui celui qui ne trouve pas encore d'avenir ni de travail dans son pays en transformation, comme celui qui en a marre de la disette, des routes défoncées et des coupures d'électricité, sans compter la violence ambiante ou comme celle qui n'en peut plus de ne pas arriver à nourrir correctement sa famille ou encore comme celui qui se dit simplement que c'est mieux, un pays où il existe des soins médicaux pour tout le monde, de l'eau potable facilement accessible, une assurance perte de gain et un système de retraite, comme celui qui est dans un pays en crise, payant ses intérêts aux banques mais ne créant plus d'emploi pour ses travailleurs. Comme tant d'autres !

Parfois encore nous sommes témoins d'une migration qui semble une sorte de mode de vie, à l'image d'Abraham qui va faire paître ses troupeaux en Canaan, puis d'étape en étape se déplace vers le Néguev, puis va en Egypte, puis revient en Canaan. Comme aujourd'hui ceux qui laissent un temps leur pauvre maison quelque part, viennent à la recherche de quelque argent ici en travaillant, jouant de la musique ou tendant la main, puis s'en retournent avec de quoi vivre pour trois mois, avant de repartir encore. Ou comme ceux qui aimeraient bien venir travailler ici quelques années, dans l'idée ensuite d'investir dans un projet au pays, ah si c'était possible !

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J'aurais pu mettre des prénoms dans tous ces types de migration, sur toutes ces raisons pour se mettre en route, et il y en aurait sans doute encore bien d'autres Aslan, Khaled, Narmandakh, Véronique, Igor, Elvire, Francisco, Benjamin, Tigsti, Nicolae, Janine et bien d'autres, tant de prénoms que j'ai la chance de découvrir et de mieux comprendre au travers du travail que nous menons à Point d'Appui.

Abraham a quitté son pays, et depuis l'humanité est en migration. Et nous, peut-être sommes-nous en migration ? Ou l'avons-nous été, ou nos parents ? En tous cas nous sommes témoins des migrations qui aujourd'hui traversent le monde. Qui traversent notre pays ou le choisissent comme terre d'immigration. Qu'en dirons-nous, que ferons-nous ?

Dans ses innombrables récits de migrations, la Bible apparaît pleinement consciente des différentes facettes de cette expérience. Consciente d'abord de la fragilité de la situation d'émigré. Le migrant arrive en terre étrangère, ayant misé sa vie quelque part, tout est à refaire. Il n'a pas de liens ou peu ; il est un temps en transition, instable, il doit chercher sa nouvelle vie ; il arrive dans de l'inconnu et doit l'apprivoiser, l'apprendre et doit se faire adopter ; il demande une place qu'on est pas forcément prêt à lui donner.

Et en effet la Bible est consciente aussi des négociations difficiles qu'il peut y avoir entre un être ou un peuple qui arrive et ceux qui sont déjà là. C'est une rencontre, qui comme toute rencontre ne marchera que si chacun y met sa bonne volonté, sa bonne foi aussi et fait preuve d'ouverture. Cette rencontre se fait dans la négociation et celles que la Bible raconte ressemblent à celle d'aujourd'hui : parfois elle débouche sur une cohabitation pacifique, parfois sur un échec, un « niet », parfois sur de la violence.

La Bible est attentive encore à l'évolution possible des rapports entre ceux qui se considèrent comme « de souche » et ceux qui restent « émigrés », à l'image du peuple hébreu dont on nous parle dans le texte du Deutéronome : il se portait plutôt bien en Egypte, jusqu'à l'apparition d'un nouveau Pharaon qui choisit d'attiser la peur, les dépeint comme des ennemis et en fait des esclaves. Lisez l'Exode au 1er chapitre, c'est édifiant.

Mais la Bible est consciente aussi de la richesse qui peut naître de la rencontre entre les migrants et ceux qui étaient déjà là : elle raconte des partages de savoir-faire, l'accroissement de la richesse du pays dans tous les sens du terme, comme avec Joseph et ses frères en Egypte et aussi des histoires d'amour, de nouvelles familles et de beaux métissages.

Au fond la Bible est témoin réaliste et sans fard de l'expérience de migration, de ses beautés, de ses espoirs et de ses difficultés. Elle est témoin de son importance pour un individu comme pour un peuple et invite à toujours la garder en mémoire. Comme vous l'avez entendu, elle en fait même le creuset de la rencontre avec Dieu.

L'Europe elle aussi en sait quelque chose, de la migration. Elle qui a envoyé ses enfants conquérants partout dans le monde. Elle qui a envoyé ses enfants pauvres vers les Eldorado d'Amérique ou d'Australie. Tenez, rien que pour la Suisse, un demi-million de personnes ont quitté le pays entre 1815 et 1940, se faisant migrants économiques vers l'Amérique Latine ou du Nord, chassés par la pauvreté des campagnes et rêvant d'un avenir meilleur. A ce sujet, je vous conseille « Paysans suisses et migrants dans la tourmente » ; c'est la prochaine brochure de la Commission protestante romande Suisses-immigrés en janvier.

L'Europe en sait quelque chose de la migration, elle encore dont les populations n'ont cessé de se déplacer à l'intérieur du continent, au fil des guerres, des disettes, des besoins de main d'œuvre ou des opportunités économiques. Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une Europe qui attire, entre autres migrants, des enfants plus pauvres ou plus persécutés que les siens, et c'est la migration dont on parle le plus.

Mais voyez ce qui se produit, c'est étrange ! Depuis quelques décennies, l'Europe – Suisse comprise, sur ce chapitre ça paraît facile ! – l'Europe semble se dire que la migration est quelque chose de mauvais. Elle se dit qu'il serait temps d'en stopper le flux à ses frontières. Et toutes les nations qui la composent de se doter de législations, parfois communes, qui font la vie de plus en plus dure à ceux qui veulent entrer, comme à ceux qui ont réussi à entrer, comme à ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas partir.

L'Europe a l'air de dire qu'il faudrait maintenant arrêter avec la migration ; le programme est lancé, « il faut maîtriser, puis stopper le flux migratoire » disait un ministre européen en 2001. Quelle ambition ! Stopper la migration aux frontières de l'Europe ? Arrêter cette longue et immémoriale marche des peuples de la terre, qui a toujours poussé les hommes et les femmes à chercher la vie ailleurs quand elle fait défaut dans le pays où on est né ?

Tout cela, en plus à une époque où les voies de communication n'ont jamais été si généreuses et où l'on veut faire de plus en plus circuler les marchandises ? A une époque où les déséquilibres du monde, la misère des uns et l'abondance des autres, la violence chez les uns et la paix chez les autres, se voit tous les jours sur n'importe quel écran d'ordinateur ou de téléphone portable.

Il y aurait de quoi rire. Rire d'une telle illusion. « On n'empêchera jamais les gens de voter avec leurs pieds », aimait à dire un ami. Qui empêchera un jeune homme plein de vie de venir tenter sa chance, qui empêchera une femme persécutée de chercher son salut dans la fuite ? Et qui leur en voudra ?

Mais il y a aussi de quoi pleurer. Parce que cette attitude entraîne avec elle des pratiques et des durcissements qui génèrent beaucoup de souffrance, d'angoisse et de précarité. Qui font des gens malheureux, des gens en colère, des gens qui se sentent coincés – et qui le sont, d'ailleurs – des gens menacés même de perdre la raison, tant leur situation est difficile. Cela, malheureusement, nous en sommes témoins tous les jours à Point d'Appui. Cette attitude européenne sème dans les cœurs un sentiment d'injustice et de violence, au lieu de la paix.

Alors comme chrétienne, comme lectrice de la Bible, je ne peux que me dire : «Ça ne va pas. Il faut faire autrement. ». Si j'arrive à partager un tant soit peu cette mémoire de la migration, toujours présente au fil des pages de la Bible, je me rends compte qu'il faut inventer de nouvelles choses. En effet, nous avons lu cette grande confession de foi du Deutéronome, qui pose la migration à la base de l'histoire du peuple. Cette mémoire débouche logiquement, dans d'autres textes, sur des attitudes bien précises, voire sur quelque chose comme des commandements : « Tu n'exploiteras pas et n'opprimeras pas l'émigré, car vous avez été émigrés au pays d'Égypte. » lit-on en Exode 22 et 23. « J'étais étranger, et vous m'avez accueilli.» dit Jésus au chapitre 25 de l'Evangile de Matthieu. « Cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l'un de vous. Tu l'aimeras comme toi-même. », lit-on en Lévitique 19, le chapitre qui quelques versets plus haut énonce l'un des plus grands commandements : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Comme chrétienne, comme lectrice de la Bible, si je veux prendre ces paroles au sérieux, elles sont une interpellation extrêmement forte. Peut-être même une exigence. Il me revient donc de chercher comment les traduire dans la réalité. Alors j'en arrive à la conclusion qu'il doit être possible d'accueillir le migrant comme un frère, une sœur, de me faire son prochain. Qu'il faut mieux comprendre les migrations d'aujourd'hui telles que notre monde les génère, comprendre leur message et de travailler à plus de justice et de partage. Cela nous est clairement demandé et comme Dieu ne nous demande pas l'impossible, qui lui est réservé, ce doit être possible !

Possible d'accueillir les migrants comme des frères, de sœurs, des prochains et travailler ensemble à un monde plus juste. Quelques-uns, dans les Eglises, dans la société, s'y attellent, ils sont minoritaires dans le contexte d'aujourd'hui, mais je me sens appelée à les rejoindre. Il y faudra sans doute beaucoup de dialogue, de la confiance, de l'audace peut-être. Il faudra avant tout reconnaître la personne migrante comme un frère, une sœur, mon prochain, c'est-à-dire comme un égal, absolument.

Mais pourquoi parler de tout cela en préparant Noël ? Parce que notre Dieu lui-même, à Noël, vient comme un migrant. Il vient en hôte fragile. Sa lumière naît dans notre accueil. Ecoutez. Nous lisons dans l'Evangile de Jean, au premier chapitre : « La lumière brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont pas comprise. La Parole était la vraie lumière, qui en venant dans le monde illumine tout homme. Elle était dans le monde, elle est venue dans son propre bien, mais les siens ne l'ont pas accueillie. Et la Parole s'est faite chair et elle a habité parmi nous. »

Amen !


Diane Barraud, pasteur
Diane Barraud, pasteur

Pasteur de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, Diane a exercé son ministère dans la paroisse du Jorat et à la Mission Populaire évangélique de France à Paris. Elle a commencé son travail en tant que médiatrice Eglise Migration le 1er juillet 2011 pour le canton de Vaud et la région lausannoise.

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