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Les quatre cultes de l'avent à St-Laurent / Lausanne

Temple de St-Laurent (4/4)
Diffusé sur Espace 2 le 18-12-2011
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En collaboration avec :

Espace2

Prédication : Christian Vez, Pasteur

Organiste : Christine Donzel

Musiciens : Chœur Lep's Go de l’Uni et de EPFL (negro spiritual)

Présentation : Gabrielle Desarzens

Production : Sabine Pétermann

Prédication

« Un seul être vous naît, et tout est transformé ! »

Et c’est vrai, même bien avant qu’il soit né, ce petit bébé ! Elles s’appellent Denise, Karin, Sophie et encore Sophie, Thalia, Catherine, Priscille, Lucile ou encore Sandy : ce sont des femmes de mon entourage, et elles ont la particularité d’être actuellement toutes enceintes. Je ne sais pas comment ça se passe pour vous, mais pour moi, c’est toujours une surprise lorsqu’une femme m’annonce qu’elle est enceinte. On s’y attendait peut-être un peu, voire beaucoup ou alors carrément pas du tout, mais on ne peut s’empêcher d’être étonné.

Luc, chapitre 1 , versets 23 à 45

Et immédiatement, on regarde la femme enceinte autrement. A commencer par son ventre bien sûr, qui s’est déjà plus ou moins arrondi, mais plus encore sa vie en général. Est-ce que la grossesse se passe bien ? Pas trop de nausées ? pas trop de fatigue ? pas de complications ? Et puis les questions continuent : comment tu vas t’organiser ? pour la grossesse, pour l’accouchement, et surtout lorsque l’enfant sera là ?

C’est qu’il faut tout prévoir, tout aménager : son temps, son emploi, aviser son patron, déterminer comment on va prendre son congé-maternité, si on va réduire son temps de travail, en discuter bien sûr avec le futur papa, voir avec une garderie, avertir les futurs grands-parents. Et puis il faut aussi organiser son espace. Il faut préparer la chambre du bébé, se déterminer pour une poussette, trouver un siège auto, une table à langer.

Non, non, je vous le dis : ce n’est pas si simple d’attendre un enfant aujourd’hui: un seul être vous naît et tout est complètement transformé. Pour la femme enceinte, cette transformation commence au plus profond d’elle-même : son ventre s’arrondit peu à peu, ses humeurs changent, elle se découvre sous un jour nouveau. Les 9 mois de sa grossesse seront pour elle une période tout à fait exceptionnelle.

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Tout, absolument tout dans sa vie se trouve transformé : les habitudes alimentaires « non merci pas d’alcool pour moi ! », le rythme de vie, les sorties, les efforts physiques. Au fil des mois, elle se focalisera de plus en plus sur cette naissance à venir : choisir un prénom, des parrain-marraine, prévoir les faire-part et tout ça dans une atmosphère d’attente joyeuse jusqu’au jour où ça y est : la naissance aura eu lieu, elle sera annoncée, célébrée, et fêtée comme il se doit.

C’est vrai ou ce sera vrai, pour Denise, Karin, Sophie et toutes les autres et pour toutes ces femmes qui portent aujourd’hui en elle un petit brin de vie, promesse d’autant d’avenirs. C’était vrai aussi bien sûr pour Elisabeth et pour Marie. Même si ce n’était peut-être pas si simple pour elles et pas seulement à cause des conditions sanitaires de l’époque, tout comme ce n’est d’ailleurs pas si simple non plus pour nombre de femmes aujourd’hui encore.

Pour l’une, Elisabeth donc, c’était trop tard, c’était même beaucoup trop tard. C’était tellement tard en fait que sa grossesse lui apparaît comme une sorte de maladie honteuse, comme une tuile qui lui tombe dessus alors qu’elle s’était apparemment fait une raison. C’est qu’on n’a pas toujours envie que tout soit transformé comme ça dans notre vie. On a nos petites habitudes, on a nos petits train-train. C’est fatigant de tout devoir changer dans sa vie, surtout quand on ne s’en sent plus ni l’énergie, ni la motivation.

Elisabeth est enceinte, soit, mais elle se cache. Oh, ce n’est pas tout à fait un déni de grossesse, mais ça y ressemble un peu ! Sa grossesse lui paraît tenir plus de l’accident que du désir profond de porter la vie. Au point qu’on l’entend presque se dire à elle-même : « Il en a de bien bonnes – Dieu – de me délivrer seulement maintenant de ce qui causait ma honte devant les hommes. Je ne suis plus assez jeune. Je n’ai plus assez d’énergie. Ce n’est plus de mon âge. »

C’est vrai qu’on n’a pas toujours envie d’être délivré non plus. Vous en connaissez sûrement tout comme moi des gens qui n’existent que par leurs malheurs et qui passent leur temps à vous les raconter sans jamais s’autoriser la permission de dire « Je vais bien !» C’est que le malheur peut se révéler bien pratique pour susciter la compassion des autres, et nous donner ainsi une raison d’exister à leurs yeux. « Oh mon pauvre, comme je te plains, comme la vie est dure pour toi ! Tu es déjà bien assez chargé comme ça. Ne t’inquiète pas, je ne vais rien te demander de plus »

C’est donc trop tard donc pour Elisabeth qui se cache, et qui en se cachant fait comme si la naissance qui se prépare en elle n’allait rien changer à sa vie. Et je me pose la question : combien y en a-t-il – et parfois nous sommes du nombre – des gens qui se préparent à vivre Noël comme Elisabeth, dans la résignation la plus totale ? Noël et alors ? Noël je m’en fous. Noël ? Vivement janvier, qu’on arrête tout ce cirque et qu’on passe à autre chose !

Et si c’est trop tard pour qu’Elisabeth puisse véritablement se réjouir de ce qui lui arrive, c’est en revanche bien trop tôt pour Marie. Imaginez un peu cette jeune adolescente qui va devoir expliquer à Joseph, à ses parents, et à tout son entourage l’histoire abracadabrante de la visite de l’ange et de la grossesse qui s’en est suivie. Ah, c’est vrai que ça a dû jaser sec à Nazareth, en voyant le ventre de la petite Marie s’arrondir. On imagine bien les commérages et les radotages qui ont dû fuser dans le quartier. On les imagine même tellement bien que la Bible n’a rien besoin de nous en dire.

Pour Marie aussi, un seul être lui naît et sa vie tout entière se retrouve transformée. A commencer par Marie elle-même qui court chez Elisabeth. C’est qu’elle ne tient pas en place notre Marie. L’ange lui a parlé d’Elisabeth, alors elle fonce. Qu’importe les qu’en-dira-t-on, les commérages, les problèmes, les mille questions qui doivent se bousculer dans sa petite tête? Ce qui est transformé par l’annonce de sa grossesse, ce n’est pas seulement son corps, mais c’est sa vie tout entière. Seul compte désormais pour elle cette promesse d’avenir qu’elle porte dans son ventre.

Ça ne vous a jamais tentés, vous, d’être à la place de Marie, de franchir comme elle à toute allure les montagnes abruptes de Judée comme on enjambe un vulgaire petit obstacle, d’être transportés par une joie plus forte que les questions, plus forte que les ragots, plus forte que tout ce qui se dresse sur notre chemin ? Ça fait rêver non ?

Dans le film de Jacques Demy intitulé : « l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune » – de quoi pensez-vous qu’il s’agisse ? – eh bien, il arrive au personnage incarné par Marcello Mastroianni quelque chose de réellement extraordinaire : il se retrouve enceint ! Oui, vous avez bien entendu : un homme enceint, avec un bébé dans son ventre et tout ce qui va avec .Ah, le film ne manque bien sûr pas de comique. Imaginez : un homme qui attend un enfant ! Situation incroyable où se vérifie une fois encore l’adage de ce matin : un seul être vous naît – et en l’occurrence, pour le personnage incarné par Marcello Mastroianni – tout est définitivement transformé.

Et pourtant, poussé par l’audace de cette série de cultes radio célébrés à Saint-Laurent-Eglise qui nous invite à imaginer des situations nouvelles et quelque peu hypothétiques en cette période de l’Avent et pourtant donc, je me dis : et si… oui, et si à l’instar d’Elisabeth et de Marie, et si c’était à nous qu’il incombait de porter ces enfants appelés à jouer un rôle si déterminant dans l’histoire de Dieu avec les hommes. Et si donc, nous étions nous aussi les hommes comme les femmes, enceints : enceints de Jean-Baptiste, enceints de Jésus.

Le texte biblique nous le dit bien : rien n’est impossible à Dieu. Personne n’est ni trop jeune, ni trop vieux, ni trop stérile, ni du mauvais sexe, pour imaginer ce cas de figure. Par le pouvoir de mon imagination, nous voici donc tous enceints les uns et les autres. Trop tard pour revenir en arrière, il fallait réfléchir avant de venir à Saint-Laurent, avant d’allumer la radio, vous voilà pris, nous voilà enceints je vous dis.

Qu’allons-nous faire ? A qui et comment allons-nous annoncer la chose ?

« T’as fait quoi ce week-end ? »

« Ben j’ai été au culte »

« Ah bon et alors ? »

« Ben, euh, c’est-à-dire que je suis, comment dire ?, enfin il s’est passé un drôle de truc.»

« Ah bon, mais quoi ? Accouche bon sang ! »

« Eh ben tu ne crois pas si bien dire ? »

« Comment ça ? »

« Ben je suis enceint ! »

Et là, la suite du dialogue, je vous laisse l’imaginer vous-même : comment allez-vous annoncer la chose à vos familles, à vos collègues, à votre médecin ? Enceint ? Non mais vous vous rendez compte ? Ça pour un scoop, ce serait un sacré scoop ! Mais au-delà du scoop, au-delà de l’inimaginable, ne serait-ce pas extraordinaire ?

Une fois le choc de l’annonce passée, ne serait-ce pas magnifique de nous voir les uns et les autres nous atteler à préparer cette naissance qui germe en nous, de nous voir nous mettre à vivre en fonction de cet avenir littéralement inespéré que nous nous mettrions à porter, de nous voir nous préparer nous-mêmes, préparer nos entourages, nos maisons, nos agendas à cette vie qui mûrit en nous. Quelle effervescence il y aurait alors dans chacune de nos vies !

Et peut-être commencez-vous à vous dire avec moi que le conditionnel n’est au fond pas si nécessaire. Car d’une certaine manière, nous le sommes bel et bien enceints. Mais oui. Nous sommes porteurs les uns et les autres de cette présence que Dieu a déposée au fond de chacun de nous, et dont il espère que nous lui donnerons vie.

Et je me pose la question : en quoi cette naissance qui s’annonce pour chacun de nous est-elle elle aussi en train de transformer nos vies ? En nous-mêmes, face à nos entourages, nos familles, nos collègues, dans nos appartements, dans nos loisirs ? Peut-être serons-nous tentés de réagir à la façon d’Elisabeth, et de nous dire que ce n’est pas – que ce n’est plus – le bon moment pour nous de porter ce projet de Dieu en nous. C’est bien trop tard. Nous n’y croyons plus. Nous avons déjà baissé les bras depuis longtemps.

Ou alors peut-être que nous sommes amers. Trop d’espérances non réalisées. Trop de signes qui nous montrent que finalement, avec ou sans ces bébés de Noël, le monde ne changera jamais. Alors, comme Elisabeth, nous nous terrons dans notre coin, spectateurs désillusionnés suite aux trop nombreux projets avortés auxquels nous avions voulu croire, et qui nous ont finalement laissés sur le carreau.

Ou peut-être sentirons-nous au contraire grandir en nous l’énergie de Marie. Cette énergie qui nous pousse à braver les qu’en dira-t-on et à oser laisser notre joie de porter en nous le projet de Dieu transformer notre quotidien. Sans devenir des doux illuminés pour autant. Mais simplement en nous laissant porter, voire carrément transporter par les perspectives d’avenir que Dieu nous donne. Qui reprocherait à une femme enceinte de se réjouir de ce qui lui arrive ?

Mais la joie de Marie va même encore beaucoup plus loin, puisque du simple fait de sa visite totalement spontanée à Elisabeth, son enthousiasme va retentir au plus profond d’Elisabeth, il va secouer son bébé d’un spasme d’allégresse et la sortir du coup, comme malgré elle, de sa torpeur. C’est qu’elle est contagieuse, cette joie de Marie.

Mais surtout elle est libre et sans effort. Elle puise sa source dans cet enfant qu’elle porte. Sa vie est transformée, tous ses projets bouleversés, sa situation est on ne peut plus précaire, mais peu lui importe. Sa joie est plus forte que tous les obstacles. Comme lorsqu’une naissance se prépare aujourd’hui et qu’il faut entièrement réorganiser sa vie, non par dépit, mais par réjouissance.

Entre Marie et Elisabeth, l’éventail est large des attitudes que nous pouvons adopter face à l’étonnante nouvelle que nous sommes enceints du projet de Dieu. Chacun y réagira comme il pourra au fond. Et ça ne changera en définitive pas grand-chose au projet de Dieu lui-même, qui finira bien par s’accomplir quand même. Qu’elle provoque joie ou déception, si elle ne connaît pas de complication, une grossesse finit par arriver à son terme, et l’enfant finira bien par naître.

Ce qui change, c’est bien la façon dont nous allons en faire quelque chose, la façon dont nous nous laisserons transformer, déjà maintenant par cette incroyable aventure. Un seul être nous naît et tout dans notre vie est transformé. Alors je vous le demande : par quoi allez-vous commencer ?

Amen !


Christian Vez, Pasteur
Christian Vez, Pasteur

Christian Vez est actuellement aumônier à l’EPFL, après avoir été aumônier de jeunesse dans la région d’Yverdon. Son travail dans ce secteur contribue à ouvrir constamment son horizon de vie et de pensée en le faisant rencontrer des gens venant des quatre coins du monde, avec leur culture et leurs traditions. Son but est de contribuer à préserver un brin d’humanité dans cet univers scientifique, marqué par la technologie et la sélection.

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Christian Vez aime chanter, tout particulièrement le gospel, qui est une musique qui lui donne la pêche lorsqu’on la chante. Il aime aussi écrire des pièces de théâtre, les mettre en scène et parfois aussi y jouer des rôles, ceci lui permet de mettre en perspective le message biblique, tout en le questionnant, en le mettant à l’épreuve de circonstances nouvelles, par exemple en le déplaçant dans différentes époques.

Partageant son bureau depuis plus de 10 ans avec des collègues catholiques, il travaille dans une perspective oecuménique qui est devenue une évidence pour lui.

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