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Pourquoi une généalogie sans retouche photoshop ?

Temple de St-Laurent (3/5)
Diffusé sur Espace 2 le 15-12-2013
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Dans la généalogie de Jésus, on lit ceci : « Jessé est le père du roi David. David est le père de Salomon, la mère de Salomon était la femme d'Urie »! Mais pourquoi diable, au milieu d’une généalogie toute émaillée d’hommes de foi qui ont brillé par la force de leurs convictions, rappeler cette triste histoire d’adultère de David ? Pourquoi ne pas avoir céder à la tentation d’une petite « retouche photoshop » qui aurait rendu cette généalogie « moralement plus correcte » ?

Ce sera la question que posera le pasteur Jean Chollet dans sa prédication.


Prédication : Jean Chollet, pasteur

Musiciens : Hechizo Flamenco groupe, sous la direction de Bartolomé

Présentation : Gabrielle Desarzens

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Pourquoi une généalogie sans retouche photoshop ?

A relire cette histoire de David et Bethsabée, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi diable Matthieu en parle dans sa généalogie de Jésus.

Matthieu, chapitre 1 , verset 6

Ce n’était pas difficile d’être discret : « Obed est le père de Jessé. Jessé est le père du roi David. David est le père de Salomon, Salomon est le père de Roboam ». Qu’est-ce qui manque ? Sérieusement !…

Qu’est-ce que cette allusion à un épisode sordide de la vie du roi David apporte de constructif à la généalogie de Jésus ?

Là j’entends déjà l’avocat de David prendre la parole :

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- Sordide… sordide, c’est un peu vite dit. Je voudrais tout de même signaler deux choses, Votre Honneur. D’abord, que cette Bethsabée était une véritable bombe sexuelle, que son attitude était pour le moins provocante, et que mon client n’était pas de bois. Il me semble qu’il y a là des circonstances atténuantes.

Ensuite, que mon client a été non seulement

• un jeune guerrier courageux – rappelez-vous son combat avec le géant Goliath –

• un stratège exceptionnel,

• un roi remarquable,

• un homme de foi et un poète à nul autre semblable,

• l’auteur de psaumes priés, mis en musique, chantés dans le monde entier, pendant des générations et des générations.

Pourquoi voulez-vous clouer cet homme au pilori pour un petit accroc dans ses relations conjugales !

- Un « petit accroc » ? (ça, c’est l’avocat de la famille d’Urie le Hittite, qui s’étouffe de rage) Un petit accroc, Votre Honneur ? Heureusement que j’étais assis lorsque j’ai entendu mon collègue prononcer une pareille ineptie ! Il ne s’agit pas d’un petit accroc, mais d’un crime !

Nous sommes au printemps. David envoie ses hommes faire la guerre et lui se prend du bon temps. Il se promène sur sa terrasse. Il voit Bethsabée et immédiatement, sans la marque de la plus élémentaire courtoisie, il la fait venir au palais.

J’entends bien évidemment mon confrère demander pourquoi Bethsabée prenait un bain de soleil sur sa terrasse ? Mais enfin, messieurs les jurés, si l’on ne peut plus prendre un bain de soleil sur sa terrasse, sauf à se faire immédiatement convoquer au palais, c’est à désespérer des plaisirs de la vie !

Donc David la fait venir, il couche avec elle, elle tombe enceinte et il n’assume rien. Il n’a qu’une obsession : cacher cette vérité. On dirait un président de la République française.

Il demande qu’on accorde une permission à Urie.

• Et je te fais un cadeau,

• et je m’inquiète de ta santé,

• et je prends des nouvelles de la guerre, de l’armée …

• et comme tu es un bon soldat, je t’accorde la faveur de passer une nuit chez ta femme.

Mais Urie a beau être militaire, Messieurs les jurés, il n’est pas idiot. Les nouvelles vont vite à l’armée. Urie a compris le dessin de David et il résiste.

David s’entête. Il soûle son militaire. Parfaitement! Ce sont les termes utilisés par la chronique, vous l’avez entendu tout à l’heure. Il le soûle pour le faire plier, mais Urie ne se soumet toujours pas. Ivre peut-être, mais lucide.

David aurait pu s’arrêter là. Eh bien non. Il est tellement obsédé par son image qu’il fait assassiner Urie pour épouser la pauvre veuve éplorée et avoir un enfant légitime !

Si vous tolérez qu’on appelle ce genre de comportement un « accroc », Votre Honneur, moi, je renonce au barreau !

Nous ne sommes pas les jurés de ce procès imaginaire, mais le serions-nous que nous accorderions peut-être plus de crédit à l’avocat de l’accusation qu’à celui de la défense. Le comportement de David, dans cette histoire, est indéfendable.

Mais alors, pourquoi l’avoir conservé dans le Livre de Samuel ? Pourquoi n’avoir pas opéré une petite retouche « photoshop », et surtout pourquoi en parler dans la généalogie de Jésus ???

Jésus. Celui qu’on attend comme le « merveilleux », le « conseiller », le « Dieu fort », le « Prince de la paix » … Jésus ne devrait-il pas avoir une généalogie exemplaire?

Certains considéreront peut-être que Matthieu cite cette femme et cet épisode par honnêteté intellectuelle … Mais cet argument ne tient pas. Parce que Matthieu n’est pas un historien au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Ce qu’il nous propose ici, c’est une généalogie choisie, triée. En effet, beaucoup de noms connus par l’Ancien Testament n’y apparaissent pas - il omet pour sa construction des générations entières - et pire : il ajoute des noms. Et pas n’importe lesquels.

Tamar, c’est la femme qui se fait passer pour une prostituée auprès de son beau-père pour assurer une descendance à son défunt mari ; Rahab – Daniel Fatzer en a parlé il y a quinze jours – c’est une prostituée de Jéricho ; Ruth devient la femme de Booz en se glissant subrepticement dans son lit un soir d’été, et Bethsabée se baigne nue sur sa terrasse pendant que son mari fait la guerre.

Tout de même bizarre, comme généalogie royale, vous ne trouvez pas ?

En tout cas, beaucoup de sexe. Ces femmes sont des ensorceleuses. Des Carmen. Des femmes en face desquelles le beau-père le plus brave, l’espion le plus professionnel, le propriétaire terrien le plus sage ou le roi le plus en vue perdent tous leurs moyens.

Et pourtant, c’est le choix de Matthieu. Qu’est-ce qu’il veut nous dire ?

Avec sa généalogie, Matthieu veut nous redire que les hommes de foi ne sont pas des héros. Ce sont des êtres humains qui cherchent Dieu parfois, souvent…et qui sont capables de grandeur, de générosité, d’enthousiasme, de passion…et qui sont aussi capables de médiocrité, de faiblesse et de lâcheté.

Jusque là, rien de très original. Tous les êtres humains sont peut-être comme ça. Mais là où c’est véritablement nouveau, original, c’est que DIEU FAIT AVEC.

Il y a plusieurs manières de « faire avec ». On peut « faire avec » parce que personne n’y peut rien changer : la météo, par exemple. On peut « faire avec » parce que l’évolution est inéluctable : le vieillissement, la maladie, par exemple. On peut « faire avec » parce que ce n’est pas moi qui décide : les toquades de mon patron, par exemple, ou les choix incompréhensibles de mon chef ; on peut « faire avec » parce que ça demanderait trop d’énergie de se battre pour que quelque chose change … ON SUPPORTE.

Mais on peut « supporter » au sens anglais du terme. Devenir « supporter ». Comme on est supporter d’un club de foot. Et dans toute l’histoire de sa relation à son peuple, Dieu ne supporte pas son peuple parce qu’il ne peut pas faire autrement, parce que ce n’est pas lui qui décide ou parce que c’est inéluctable : il ne tolère pas les êtres humains, il est leur meilleur SUPPORTER. Leur supporter numéro 1.

Il est même tellement le « supporter » des hommes qu’à Noël, il vient tisser son histoire avec celle des humains, il vient mêler sa destinée à celle des hommes en venant les visiter. Il ne parachute pas son assistance comme des caisses de nourriture de l’ONU, il tricote son histoire à celle des hommes.

A Noël, on dit que les anges chantaient « Paix sur la terre et bienveillance envers les hommes ». Mais avant cela, je suis certain qu’ils scandaient, comme dans un stade de foot, une phrase comme :

On le veut

On l’aura,

Le bonheur du genre humain.

Evidemment. Quand je le dis tout seul, ça n’a aucun impact.

Je vais demander à Luca, notre percussionniste du jour, de s’installer à sa percussion, et à vous qui êtes ici à Saint-Laurent-Eglise, de reprendre le slogan avec moi. Juste pour voir si ça pourrait fonctionner …

ON LE VEUT

ON L’AURA

LE BONHEUR DU GENRE HUMAIN

ON LE VEUT

ON L’AURA

LE BONHEUR DU GENRE HUMAIN

Si l’on regarde attentivement la liste de Matthieu, on remarque qu’à chaque fois que la généalogie est menacée, il y a un petit épisode irrégulier, immoral, socialement discutable qui intervient. Et l’histoire repart !!!

Pourquoi ? Parce que le véritable supporter, c’est celui qui soutient son équipe même quand elle perd ! Regardez Lausanne Sport… 17 matchs… 2 victoires. Si vous continuez à soutenir LS dans ces conditions, alors, c’est que vous êtes un véritable supporter.

Et comme Dieu est un véritable supporter, il continue à l’être… même lorsque nous perdons.

Et si c’était cela aussi l’Avent, le cheminement vers Noël… une histoire faite de coups francs, de cartons jaunes et d’irrégularités en tous genres. Mais une histoire qui accouche d’une formidable bonne nouvelle.

Une bonne nouvelle qui dit que Dieu n’est pas d’abord un comptable

Mais un père.

Que l’homme – l’être humain –

N’est pas d’abord un présumé coupable

Mais innocent.

Que je ne suis pas d’abord jugé

Mais aimé.

Et que quelle que soit mon histoire

Et quelle que soit l’histoire de mes ancêtres

Quelles que soient les « crevées » dont j’ai pu être responsable

Je fais partie de la famille des enfants de Dieu.

Evidemment, tout cela est assez loin de nous.

Nous, nous aimons les catégories

Les bons et les mauvais

L’Ivrée et le bon grain.

Nous aimons ce qui est juste

La bonté est récompensée

La méchanceté est punie.

Nous aimons ce qui est « normal »

Les bons types en vacances,

Les crapules en prison

Nous aimons ce qui est défendable

Le respect des lois,

La soumission aux normes

Et du coup,

Nous avons beaucoup, beaucoup

De difficultés à accueillir

L’esprit de Noël.

Parce qu’à Noël, tout est à l’envers.

Les balances de Dieu sont truquées

Elles penchent,

Comme disait Philippe Zeissig,

Mais elles penchent du côté de l’amour.

Amen.


Jean Chollet, pasteur
Jean Chollet, pasteur

Après une licence en théologie à l’Université de Lausanne, Jean Chollet suit les cours de l’École Romande d’Art Dramatique (Lausanne), puis entre dans la classe de Michel Bouquet au Conservatoire de Paris.

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Sous le pseudonyme de Jean Naguel, il est l’auteur de très nombreux textes diffusés par la Radio Suisse Romande ou France Culture et également pour le théâtre.

Depuis le 1er septembre 2008 il a terminé sa formation pastorale en accomplissant un stage à Vevey (avec Gérard Pella) puis en étant désigné comme suffragant à Saint-Laurent-Eglise. Il a été consacré pasteur dans l’EERV en septembre 2012.

Pensant que "le monde est confié aux hommes pour qu'ils en fassent quelque chose, avec toute la liberté et les risques que cela comporte", il souhaite apporter un souffle nouveau à l'Eglise protestante et lui rendre sa "dimension artistique et émotionnelle", étouffée "au profit de l'intelligence et d'une certaine froideur".

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