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Quand le fil fait des noeuds

Temple de St-Laurent (4/5)
Diffusé sur Espace 2 le 22-12-2013
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La liste des ancêtres de Jésus ? ça dépend : celle de l'Evangile de Matthieu ? ou celle que Walt Disney aurait préférée ?

La liste qui ouvre l'Evangile de Matthieu a donné le fil rouge des cultes radiodiffusés depuis Saint-Laurent-Eglise ces derniers dimanches. Elle nous a fait rencontrer Rahab de Jéricho, Joseph, David et Bethsabée. Ce dimanche, le fil rouge fait des noeuds : parmi les ancêtres de Jésus, il y a les "rois loosers", ceux qui ont fini honteusement déportés à Babylone. Que vient faire la sombre histoire de l'exil dans la généalogie du Sauveur ? Walt Disney a son idée là-dessus… et vous ?

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Prédication : Hélène Küng, Pasteure

Musiciens : Madrijazz, sous la direction de Jean-Luc Dutoit

Présentation : Pierre-Yves Moret

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Quand le fil fait des noeuds

Il y a la liste des ancêtres de Jésus selon l’Evangile de Matthieu.

Matthieu, chapitre 1 , versets 6 à 11

Et il aurait pu y avoir la généalogie de Jésus selon Walt Disney ! Oui, le grand Walt !

On raconte qu’au ciel, un jour, Walt Disney a voulu rencontrer l’Evangéliste Matthieu. Il a parcouru le ciel de long en large, en vain. Il faut dire qu’il cherchait Matthieu parmi les vieillards chenus à barbe blanche – et il y en avait beaucoup ! Puis, un type lui a tapé sur l’épaule – sans barbe, les cheveux rasés :

- « Vous cherchez Matthieu l’Evangéliste ? C’est moi !

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- Vous ? Mais vous ne ressemblez pas à…

- Aux types à longue barbe et cheveux longs ? Je n’ai jamais pu m’y faire : c’était le trend chez les peintres au 6e siècle – et ça nous colle toujours aux baskets, j’sais pas pourquoi… Alors vous vouliez me parler ? C’est vraiment vous Walt Disney ? J’aime beaucoup ce que vous faites…

- Justement, on pourrait faire du show-business ensemble ! Vous avez de bonnes idées, mais alors, votre scénario…

- Mon scénario ??

- Votre Evangile là – le début, ça ne va pas du tout ! Votre généalogie de Jésus : ce n’est pas comme ça qu’on pose un héros ! Des histoires louches - et surtout, la déportation à Babylone : l’échec ! Le peuple en exil à cause de ces rois qui ont fait tout faux, le roi Yekonia et les autres crétins : des bons à rien, des loosers – ça ne va pas…

- Ah bon, vous ne l’auriez pas mentionné, vous ?

- Surtout pas ! Regardez ce que les Studios Disney ont fait pour Hercule : ça c’est pro ! Dans la légende antique, Hercule est le fils du dieu Jupiter et d’une des nombreuses femmes qu’il a séduites – mais chez Disney, Hercule est le fils de Jupiter et de son épouse, Junon, et les ennuis viennent de l’extérieur de la famille, pas de l’intérieur !

- Ah ? Et les gens, ils croient à votre histoire ?

- Parce que vous imaginez qu’ils croient à la vôtre ?

- Euh… Mais vous, Walt : vous avez un héros qui veut oublier son passé – et c’est quand il est enfin d’accord de le regarder en face que ça devient intéressant : Simba, le Roi Lion !

- …Bon, ok, Matthew, on verra… On peut manger quelque chose dans le coin ? Il y a un MacDonald ?

- Un MacDonald ? pour manger ???

- Oui, un MacDonald fast food restaurant…

- Un restaurant, non – mais des MacDonald, j’en ai rencontré tout plein ici : des immigrés, des crève-la-faim qui ont fini par quitter leur Ecosse natale pour survivre, des bosseurs…ils en ont vu des chantiers et des plantations et des plonges… Mais viens, Walt : moi je t’emmène goûter un méchoui de l’époque apostolique, assaisonné aux herbes amères, tu m’en diras des nouvelles…

Et il paraît qu’ils s’en sont allés tous deux bras dessus, bras dessous en fredonnant : « Il en faut ’ peu pour être heureux, Vraiment très peu pour être heureux : chassez de votre esprit tous vos soucis… »

Mais nous revoici loin du ciel et ses splendeurs…

Qu’est-ce que c’est que ce sombre épisode que Matthieu aurait mieux fait de ne pas mentionner ? L’exil ? L’histoire de Yekonia, roi de Juda, et de ses frères, presque 600 ans avant Jésus-Christ ? C’est quoi ?

C’est l’échec lamentable d’une politique hésitante, un Etat ravagé, une population affamée, racketée par ses voisins, une ville et son temple (le Temple de Salomon !) détruits, un chef d’Etat vaincu, humilié et emmené pour faire plante verte à la cour du nouveau boss de la région, le roi de Babylone…

Histoire ancienne, folklore antique ? Oh non : une histoire qui ressemble à x autres histoires de pouvoir et d’oppression, d’humiliation des vaincus, une histoire de toutes les époques, indémodable dans toutes ses variations : une histoire qui connaît bien plus d’épisodes, de saisons et de re-make que vos charmantes success-stories happy-end à la sauce hollywood (élémentaire, mon cher Walt).

Dans l’histoire du peuple d’Israël, l’exil, c’est resté une trace indélébile, une blessure à vie. Rien ne sera jamais plus comme avant l’exil, une génération après l’autre. Ça ne se guérit pas, ça ne s’efface pas.

Et demandez aujourd’hui à celles et ceux de toutes origines qui ont été exilés sans l’avoir choisi, ou qui ont fini par le choisir par force : parce que rester était encore pire, parce que c’était ça ou la torture, ça ou les menaces sur la famille, ça ou se vendre pour survivre, ça ou la conscription forcée dans une armée… L’exil, la perte, la découverte que « avant ne reviendra jamais » ; ça ne s’efface pas.

Et vous qui entendez cette sombre histoire : peut-être qu’elle sonne tout-à-coup très proche, normale – car elle ressemble étrangement à vos exils, anciens ou tout neufs, vos épreuves ; ces déchirements que vous connaissez mieux que personne, et qui vous déracinent même si vous n’avez pas bougé de votre lieu de naissance… Ils ont toutes sortes de noms : ce qui n’aurait jamais dû arriver, ce qui n’est jamais vraiment réparé, ce cauchemar devenu réalité, cette erreur qu’on ne pourra pas combler, cet échec dont les conséquences vont rester, cet accident à vie, cette maladie sans issue… Ce drame. Cette perte. Ce deuil. Cette humiliation…que le temps ne peut pas estomper malgré ce que disent de bonnes âmes bourrées de bonnes intentions.

Alors : cacher tout cela, faire comme si de rien n’était, le nier ?

Nier la blessure, faire semblant de vivre sans. Ou vivre avec ?

Vivre avec ? M’accepter blessée, et marquée ? Accepter cette part de mon histoire – et m’accepter moi ainsi ?

Il y en a Un qui l’accepte, qui ne l’oublie pas, qui ne la nie pas, cette histoire – et qui en l’acceptant m’accepte aussi, t’accepte, t’accueille toi, vous accepte et vous accueille à bras ouverts : c’est Dieu.

Ce Dieu, que l’Evangile de Matthieu essaie de nous raconter.

Dieu venu naître dans une histoire de blessure à vie, dans cette histoire-ci, c’est incroyable !

Dieu venu inscrire Jésus comme descendant direct des gens marqués par l’exil, l’échec, la perte, le deuil.

Ne pas en parler ? Mais non ! J’ai besoin que quelqu’un permette qu’on en parle, que quelqu’un en parle le premier ; que quelqu’un, en osant parler de ce qui est si lourd, me permette de ne plus en être écrasée.

Merci Dieu ! Merci Matthieu.

Dieu venu naître ici, en droite ligne des histoires d’échec, en héritier de nos épisodes à oublier.

Dieu venu s’enraciner chez nous, en nous, dans notre histoire, dans nos histoires…

Certains cantiques de Noël disent que Jésus vient naître « dans nos cœurs » - mais selon Matthieu c’est bien plus grave, bien plus énorme : Jésus naît dans nos vies, dans nos tensions humaines, dans nos histoires écartelées, dans nos sociétés en turbulences, dans nos politiques et nos géopolitiques !

Si le Messie, le Sauveur, venait juste naître dans nos cœurs, il n’aurait jamais eu d’ennuis ! Il n’aurait pas été persécuté par le Roi Hérode, dénoncé comme un dangereux hors-la-loi, jugé en procédure expéditive par le Conseil des Anciens, livré aux occupants Romains, exécuté comme un rebelle, crucifié comme un esclave en fuite.

Le bébé de Noël, descendant en droite ligne de rois loosers et d’un peuple blessé à vie, cet enfant de Noël est reconnu, selon Matthieu, comme le Sauveur tant espéré. Il porte une promesse folle, qui va grandir avec lui :

« Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Sur ceux qui vivent au pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu lui a donné l’autorité. On l’appelle Conseiller merveilleux, Prince de la paix. L’Esprit du Seigneur est sans cesse avec lui : Il ne jugera pas selon les apparences, il ne décidera rien d’après des racontars, mais il rendra justice aux défavorisés, il sera juste pour les pauvres du pays.

Pas étonnant que ce Messie à l’ascendance louche ait des descendants qui portent la marque de fabrique, de génération en génération, sur toute la terre, des sortes de blessés chercheurs de justice, qui s’en vont bras dessus, bras dessous en fredonnant « Ce n’est pas un sacrifice que demande le Seigneur, mais l’amour et la justice dans l’humilité du cœur… »

Si vous croyez que ce n’est qu’un doux rêve, qui va s’éteindre comme une jolie bougie de Noël arrivée en bout de course sur son sapin – écoutez juste cette histoire, garantie sans sapins, sans bœuf ni âne :

Il y a quelques années, dans une petite ville de la région, un groupe de bénévoles s’est constitué pour organiser un petit lieu d’accueil pour des requérants d’asile logés dans un grand Centre de procédure voisin.

Un petit lieu d’accueil : un coin-café, juste de quoi sortir un peu de l’isolement et de l’inactivité forcée, rencontrer les gens du lieu, perdre quelques idées toutes faites sur la Suisse, tuer le temps, adoucir l’attente. Café, thé, biscuits, journaux, et des informations sur la loi sur l’asile en Suisse. Pour cela, les bénévoles ont demandé au Service d’Aide Juridique des œuvres d’entraide d’avoir une permanence au même endroit que le café. Les autorités leur ont loué un petit local. Après quelques mois, les propriétaires posent un ultimatum : Servir des cafés et des biscuits, on n’a rien contre, la charité, c’est bien – mais la permanence juridique là, ça ne va pas ! Donner un appui juridique aux requérants dans la procédure, ça dépasse les bornes. Ou bien vous stoppez cette permanence et vous gardez juste les cafés et les biscuits, ou bien on double votre loyer.

Les bénévoles se sont concertés et ont dit non. Juste les cafés sans la permanence juridique : non. La charité sans le droit, non ! Et leur loyer a été doublé. Et ils ont tenu bon.

Quelques années plus tard, le grand centre pour requérants est toujours là – et les bénévoles sont toujours là, dans des locaux plus grands, avec le café ET la permanence juridique…et avec le soutien des autorités locales.

C’est un épisode de l’histoire de l’association ARAVOH à Vallorbe, et du Service d’Aide Juridique aux Exilés, le SAJE.

Des histoires comme ça, garantie sans bœuf ni âne, il y en aurait à raconter.

Des histoires comme ça, de toutes sortes : vous en êtes ! Et vous en faites. Vous en êtes les porteurs, les acteurs, les héros et les héroïnes – vous les descendants du Messie Jésus, vous les exilés ou les descendants d’exilés de tous les temps, vous qui, comme les prophètes d’autrefois, ne vous contentez pas de charité, mais qui avez faim et soif de justice. Car pour vous, avec vous, chez vous, un enfant nous est né, un fils nous est donné.

Dieu lui-même habite parmi vous, à la vie à la mort.

Amen


Hélène Küng, Pasteure
Hélène Küng, Pasteure

Hélène Küng est née en 1957. Elle a passé son enfance aux USA, puis à Lausanne où elle a étudié la théologie. Elle a travaillé 7 ans au Rwanda à l'École de Théologie de Butare, avec son mari Jacques Küng. Tous deux ont été consacrés au ministère pastoral au sein de l'Église presbytérienne au Rwanda. De retour en Suisse, elle a exercé diverses activités bénévoles dans l'Église réformée vaudoise (animation biblique et liturgique, catéchisme, rencontres au niveau suisse pour la Décennie des Églises solidaires des femmes). Elle a travaillé 7 ans à l'aumônerie œcuménique auprès des requérants d'asile au Centre d'Enregistrement de Vallorbe, puis 10 ans comme directrice du Centre Social Protestant Vaud. Elle est actuellement pasteure dans la paroisse du Coude du Rhône Martigny-Saxon (Église réformée évangélique du Valais). Elle est mère de 4 enfants.

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