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Culte

Chapelle de St-Loup (1/1)
Diffusé sur Espace 2 le 14-09-2003
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Espace2

Prédication : Hélène Küng, Pasteure

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Nous venons de le chanter : « Dieu, n’es-tu pas mon libérateur ? Qu’aurais-je donc à craindre ? » Et pourtant, ma foi chancelle, mes certitudes vacillent. Le moindre souffle d’actualité redonne sa pleine vigueur au doute. Dieu sauve, nous dit-on ? Dieu a envoyé son Fils pour redonner vie au monde, pas pour le condamner ? Je ne demande qu’à le croire – mais où se cache-t-elle, cette vie offerte au monde ? Quelque part derrière les armements, les bulles financières, les guerres sans merci, les accords non respectés, la paix torpillée, le fossé entre riches et pauvres aggravé et les licenciements et les menaces sur l’agriculture…? A l’horizon d’aujourd’hui, pas de salut. Ça devient presque indécent d’affirmer que Dieu veut que l’humanité vive.

Nombres, chapitre 21 , versets 4 à 9
Philippiens, chapitre 2 , versets 5 à 9
Jean, chapitre 3 , versets 12 à 9

Dieu sauve : une vue de l’esprit ? Un vœu pie ? Un espoir lointain pour ailleurs, pour plus tard, pour tenir le coup en attendant ?

Dieu sauve ! Ce dimanche, dans les églises catholiques et bien des églises protestantes on lit les récits que nous venons d’entendre : le récit des serpents dans le désert, et les paroles de Jésus : «… comme le serpent de bronze dans le désert, le Fils de l’Homme va être élevé. » Parce que Dieu veut sauver le monde, sauver l’humanité, rien moins que ça !

Mais raconté comme ça, c’est difficile à croire.

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Le récit des serpents, tiens : le peuple de Dieu marche dans le désert, n’en peut plus, et le dit. Chapeau, au moins ils ne font pas semblant que ça va quand ça ne va pas. Et Dieu les prend au mot. Vous en avez assez, la vie vous dégoûte ? Alors mourrez : exécution, par morsure de serpents. Mais non, ce n’est pas ça qu’ils voulaient ! Cris, supplications – les voilà sauvés au compte-gouttes, par un stratagème tortueux, bien moins rapide que la sentence de mort d’avant. « Façonne un serpent de métal et fixe-le sur une perche. Quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve. » Dieu a sauvé, ouf ! Quand même ! Mais de quoi au fait ? De sa propre sentence ? Peut-on entendre un récit pareil sans broncher ? NON ! Alors je bronche.

Enfin : on n’aurait plus le droit de se plaindre quand la vie n’est pas une vie – sans être aussitôt gratifié d’une exécution sommaire ? Dans quel régime religieux totalitaire cette histoire nous plonge-t-elle ? Dieu deviendrait celui devant qui on n’ose rien dire. Et comme il est censé être partout, on n’aurait plus nulle part où dire non ? Plus le droit de penser, même en secret, même dans sa tête, qu’on en a assez ?

Ce Dieu-là hante nos vieux souvenirs. Ce Dieu avec lequel des parents ou des grands-parents nous ont fait peur – car eux-mêmes avaient appris à en avoir peur. Et si tu as bien peur de lui, et que tu es bien sage, il t’enverra son Fils pour te sauver. Parce que voilà, c’était juste pour faire peur, pour ton bien, pour ton salut.

Ce serait si facile de pouvoir dire : tout ça, c’est du passé, des vieux textes de l’Ancien Testament, avec Jésus c’est différent. L’ennui, c’est que Jésus lui-même dit le contraire : « de même que Moïse a élevé le serpent, de même le Fils va être élevé… » ! Dieu de Moïse et des serpents, Dieu de Jésus et de la Croix – même combat ! Non, mais ça ne va pas ?

Si on veut comprendre, c’est là qu’il faut chercher. Là où ça ne va pas. Là où ça coince. Bon. Eh bien, retour au désert, les amis.

Le récit des serpents est insupportable à entendre ; eh bien c’est très exactement pour cela qu’il a été soigneusement écrit et transmis. Il a quelque chose d’imbuvable à dire et il doit le dire. Ce récit a été transmis exprès, parce que l’enjeu est trop gros, l’expérience rapportée est trop grave et trop fondamentale pour qu’on nous la cache. Ça commence ainsi : c’est quand on n’en peut plus qu’on nous enfonce la tête encore un peu plus bas. Quand on n’est plus en état de rien du tout, le pire réussit encore à venir.

Si c’est pas de l’histoire vraie, ça ? Ça arrive plus souvent qu’on ne pense. « Tout près de chez vous… » Mais le récit biblique ose raconter cette expérience comme la rencontre de Dieu, sous un jour insupportable : Dieu qui envoie le pire quand on n’en peut déjà plus. Dieu qui sauve et qui persécute. Le même qui donne la vie et qui rend la vie impossible. Parce que la vie qu’il offre n’a rien d’une partie de plaisir.

C’est ainsi que la Bible ose évoquer Dieu sauvant son peuple. Il le fait passer de la mort à la vie sans aucune saveur de paradis. Il le tire d’esclavage à hue et à dia, il le traîne vers une vie libre : quel parcours d’obstacles, quelles mers à franchir, quels déserts à traverser. Qu’on fasse un détour ou qu’on prenne le raccourci ou qu’on rêve de prendre la tangente, on va d’impasse en impasse, et c’est comme pire qu’avant le départ.

Pas étonnant que les libérés protestent. Arrêtez, on veut descendre ! C’est pas une vie ! Mais on ne veut pas qu’on nous l’enlève, cette vie : on n’en a pas d’autres. Arrêtez, on veut remonter !

Avec Dieu qui sauve et Dieu qui accable, il y a des humains qui n’en peuvent plus de vivre, mais qui veulent encore vivre.

Et bizarrement, étrangement, alors que le pire est là, en pleine impasse, une issue s’ouvre. Une issue, lente, laborieuse – alors que le pire était arrivé d’un coup. Une issue qui ne permet pas de contourner le malheur, ni de l’effacer, mais qui oblige à le regarder tout droit. Le récit biblique raconte cette expérience comme la rencontre de Dieu. Dieu à l’œuvre à la fois dans le pire qui envahit tout, et dans l’issue qui fait regarder le pire en face. Et de mordu, mourant on redevient vivant. Pas épargné, mais mordu, et vivant.

Voilà qui fait du dégât dans nos espoirs. Voilà qui expédie aux vieux débris notre rêve d’une foi qui nous épargnerait les épreuves, d’un Dieu qui préserverait les siens du pire. Croire, ça protège ? Non. Avoir foi en Dieu, ça détourne les coups durs ? Non. Vivre avec Dieu ça préserve des malheurs ? Non.

Dieu sauve – et ça ressemble à une traversée du désert, serpents compris. Cette vie, ce n’est pas une vie de planqués, c’est une vie de mordus.

On n’est pas épargné, on est des mordus – mais des mordus qui regardent en face, regardent sans détour les sinuosités de leur vie.

« De même que Moïse a élevé le serpent de bronze dans le désert – et tous ceux qui étaient mordus et le regardaient avaient la vie sauve – de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie… »

Quand Jésus dans l’évangile de Jean fait référence au récit des serpents, c’est peut-être à cette expérience fondamentale qu’il renvoie. Expérience d’une humanité jamais épargnée, mais atteinte, mordue, blessée alors même qu’elle progresse vers la liberté. C’est à ce même Dieu qu’il renvoie : ce Dieu dont on peut toujours et encore craindre qu’il condamne – et Jésus le sait bien, lui qui précise : « Dieu n’a pas envoyé son fils pour condamner le monde, mais pour sauver le monde par lui. » Cette crainte, il la connaît.

Et cette crainte-là peut resurgir à tout moment. Dans les aléas de ma vie, de ta vie personnelle ou dans les soubresauts de la vie du monde, de tromperie en guerre, et d’injustice en violence. Est-ce Dieu qui permet ces folies ? Est-ce Dieu qui m’accable ?

C’est cette crainte-là que nous avons à regarder en face. En regardant Jésus élevé, hissé, exécuté. Est-ce Dieu qui accable l’humanité ? Un Dieu qui se plairait à faire exécuter son fils ? Qui se plairait à des sacrifices humains – un de plus ? Ou un Dieu qui n’est pas resté là-haut, mais qui est descendu au niveau des serpents, et des humains, et des morsures. Un Dieu qui est venu se mettre du côté des mordus, du côté des exécutés. Et qui dit : regardez ! Oserez-vous regarder cela en face ? C’est ça votre vie, je la vis avec vous, à travers tout cela, sans rien éviter, mais en l’affrontant de face.

Suivre cette piste-là, regarder vers ce Dieu-là, et le découvrir à mon côté ici en bas. C’est me permettre, c’est te permettre de continuer à dire NON. Ne pas dire que ça va quand ça ne va pas. Oser dire que ce n’est pas une vie quand c’est devenu invivable, pour toi ou moi, pour elle, pour vous, pour eux, eux là-bas.

J’aurai encore peur : peur du mal, peur du malheur, peur de ma peur – mais je les regarderai en face, et je verrai celui qui nous dit : Continuez, vivez.

Amen !


Hélène Küng, Pasteure
Hélène Küng, Pasteure

Hélène Küng est née en 1957. Elle a passé son enfance aux USA, puis à Lausanne où elle a étudié la théologie. Elle a travaillé 7 ans au Rwanda à l'École de Théologie de Butare, avec son mari Jacques Küng. Tous deux ont été consacrés au ministère pastoral au sein de l'Église presbytérienne au Rwanda. De retour en Suisse, elle a exercé diverses activités bénévoles dans l'Église réformée vaudoise (animation biblique et liturgique, catéchisme, rencontres au niveau suisse pour la Décennie des Églises solidaires des femmes). Elle a travaillé 7 ans à l'aumônerie œcuménique auprès des requérants d'asile au Centre d'Enregistrement de Vallorbe, puis 10 ans comme directrice du Centre Social Protestant Vaud. Elle est actuellement pasteure dans la paroisse du Coude du Rhône Martigny-Saxon (Église réformée évangélique du Valais). Elle est mère de 4 enfants.


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