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Quand les signes se noient dans les signalements

Temple de St-Laurent (5/5) Culte de Longue Veille
Diffusé sur Espace 2 le 24-12-2013
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Espace2

Culte de Longue Veille à 23h

« Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

Parmi tous ceux qui couraient à Bethléem pour le recensement, combien de personnes sont passées devant l’étable sans voir le « signe » offert aux bergers ? Ou combien sont passées en ne voyant qu’une étable, un jeune couple et un bébé ?

Pourquoi est-ce si difficile de reconnaître les signes de Dieu ? Parce qu’ils sont trop discrets ou parce que nous croyons toujours savoir ? Et les Roms qui dorment à même le pavé, en plein mois de décembre, de quoi sont-ils signes ?

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Prédication : Jean Chollet, pasteur

Musiciens : Amérique Latine en Choeur sous la direction de Johanna Hernandez

Présentation : Gabrielle Desarzens

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Quand les signes se noient dans les signalements

Et voilà.

Luc, chapitre 2 , versets 1 à 14

24 décembre 23 heures 28 minutes… Tu es au bout de la course ! Au bout du marathon de décembre !

Tu as pensé aux cadeaux pour

Tes enfants,

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Tes parents,

Ton mari,

Ta belle-sœur,

Ton frère,

Tes beaux-parents,

Tante Hélène,

Les cousins de Berne,

Les cousins de Vevey,

Les cousins de Begnins,

Les cousins d’Echallens.

Tu as préparé un petit mot gentil

Pour ton concierge,

Ton facteur,

Ton garagiste,

Ton coiffeur

Ton teinturier,

Pour la voisine qui garde le chat

Et la voisine qui promène le chien.

Tu as organisé un concert de musique ancienne le 7,

Tu as assisté à l’audition de tes petits-enfants le 12,

Tu as préparé l’apéritif de quartier le 15,

La méditation paroissiale le 18,

Le Noël de l’EMS de ta vieille maman le 20,

Le Noël du Lion’s Club le 21,

Tu as fait les nocturnes le 22,

Tu as fait les dernières courses et décoré le sapin le 23,

On est le 24, c’est FINI. NI, ni.

Bon.

Maintenant, il te reste encore un mauvais moment à passer, écouter la prédication du pasteur qui va t’expliquer - une fois de plus - que tout cela c’est de la folie. Que ça n’a rien à voir avec Noël, que le commerce et la spiritualité ne font pas bon ménage et que globalement, tu as fait tout faux.

Seulement cette année, tu as écouté très attentivement la lecture de l’Evangile de Luc et tu n’as plus envie de te faire envoyer dans les cordes, parce que tu viens de découvrir quelque chose de formidable : l’agitation, la folie, les hôtels sans la moindre chambre disponible, les restaurants où tout est réservé, les parkings où tu n’arrives jamais à te garer, ça ne date pas d’aujourd’hui !!! Ça a commencé tout de suite.

Dès le début. Dès le premier Noël. Noël, ça a toujours été comme ça !

César Auguste fait recenser tous les habitants de l’Empire romain. Et au lieu d’envoyer des agents recenseurs sur toutes les routes de l’Empire, il oblige les gens à aller s’inscrire eux-mêmes dans leur commune d’origine. Cinglé, ce César Auguste. Ou pour le moins malade…inconscient. Cette décision, prise dans un cabinet ministériel, ça a dû mettre des dizaines, des centaines de milliers de personnes sur les routes. Et ça a généré un stress monstrueux chez les hôteliers et les restaurateurs…

Daniel Fatzer

A ta broche, marmiton, vaurien !

C’est le temps peut-être de bâiller à la fenêtre !

Mets l’oie au feu.

Le dindon est-il plumé ?

Me l’a-t-on vidé et flambé ?

Qu’on m’épluche deux oignons,

Un ail, du thym

Vite !!!

Nous traitons ce soir le Recenseur de l’Empire,

Ses scribes, ses gens.

Va voir si huit bancs vont nous suffire,

Ou neuf pour les faire asseoir.

Marie ! Fermez ces volets.

Ces gueux qui flairent,

Qui mangent mes poulets et mes tourtes de dehors

Me dérangent !

Dans toutes les communes d’origine de l’Empire, c’est la pagaille ! Tu imagines un peu tous les Fatzer à Romanshorn ! Tu me diras… Romanshorn, c’est une ville. Il y a de la place. Mais tous les Chollet à Maracon ! Déjà qu’à Maracon, il n’y a pas d’hôtel, et pas de restaurant…j’ose pas y penser.

Non. Sérieusement. En relisant l’Evangile de Luc, tu ne peux que répéter comme l’Ecclésiaste : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Noël, c’est la pagaille. C’est comme ça. C’est génétique. » Je te dirai alors que la génétique des fêtes, ça se discute, mais bon, on ne va pas chipoter sur les détails un soir de Noël.

Mes amis…qu’est-ce qui s’est passé ?

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Pour qu’année après année, on répète la même pagaille ?

En réfléchissant bien, je me suis dit que nous nous sommes trompés. Nous nous sommes trompés parce que nous avons confondu

Le papier d’emballage et le cadeau,

La bouteille et le champagne,

Le cadre et le tableau.

Reprenons l’Evangile de Luc.

« Dans la même région, il y avait des bergers. Ils vivaient dans les champs et pendant la nuit ils gardaient leurs troupeaux. »

Des bergers.

Mais des vrais bergers.

Pas des bergers d’opérette,

Pas des bergers pour faire joli.

Non.

Des bergers dont le métier, c’est le mouton.

Des bergers qui bossent.

Pas des adolescents joueurs de flûte,

Pas non plus des grand-papas barbus sous des chapeaux bretons.

Des gars rudes. Costauds.

Solides. Bruts de décoffrage.

Dehors par tous les temps.

Obligés de vivre loin des villes,

A cause des bêtes,

Et donc coupés de toute vie sociale

Coupés de la vie religieuse.

Evidemment, ils ne sont jamais là pour les sacrifices.

Ce sont de mauvais juifs.

Des gars qui ont appris à ne compter que sur eux-mêmes

A n’attendre rien, de personne,

Même de Dieu.

Ils connaissent les champs,

Les sentiers,

Les sources.

Le ciel et les étoiles.

Ils savaient que ça, c’est du solide, que cela ne changera jamais.

Que les surprises et les miracles, c’est bon pour les histoires qu’on raconte aux enfants.

Et voilà que c’est chez eux, avec eux,

Que quelque chose se passe.

Quoi exactement ? On ne le saura jamais.

Mais quelque chose de suffisamment EXTRAORDINAIRE pour que les bergers parlent d’anges.

Et de leur peur.

Ils ont peur parce qu’ils se sont tellement habitués à ce que Dieu soit loin d’eux,

Que si d’un seul coup, d’un seul, il se fait tout proche,

Ça leur fout les jetons.

Et du coup, l’annonce de l’ange les calme un peu.

Elle leur remet le palpitant au pas

« N’ayez pas peur… je vous annonce une bonne nouvelle

Qui réjouira tout le peuple.

Aujourd’hui, dans la ville de David

Un Sauveur est né pour vous.

C’est le Christ, le Seigneur.

Et voici le signe qui vous le fera reconnaître :

Vous trouverez un bébé

Enveloppé dans une couverture

Et couché dans une crèche ».

« Voici le signe qui vous le fera reconnaître. »

Là, on n’entre pas dans un trivial poursuit

Mais dans un « angel poursuit ».

Quel est le « signe » que donne l’ange ?

L’ange ne dit pas :

Allez au centre ville

Devant la Mairie

Là où il y a le plus de monde

Le plus de lumière

Le plus de bruit

Quand vous serez au cœur du barnum

Ce sera là !

Pas du tout. Il parle

D’« un bébé enveloppé dans une couverture

Et couché dans une crèche ».

Où est-il ce bébé ?

Probablement dans un étable puisqu’on parle de crèche.

Un endroit assez banal

Plutôt à l’écart du barnum

Un endroit où il ne se passe rien

Un endroit où personne ne passe

Un abri pour quelques bêtes

Qui dorment qui ruminent parce que c’est la nuit.

C’est léger comme « signe ».

Nous, nous aurions demandé au moins un « signalement ».

Une sorte de « portrait robot » du « Sauveur »

Pour que nous ayons une petite chance de le trouver

Dans toute cette foule.

Et puis même avec un portrait robot, nous aurions encore hésité.

- En plein recensement

Avec cette pagaille qu’il y a en ville

Vous me demandez de trouver un gamin couché dans une mangeoire !

Autant chercher une épingle dans une botte de foin !

Et puis des gamins couchés dans

Des mangeoires,

Des paniers,

Des brouettes,

Il doit y en avoir des centaines ! Y a plus de place nulle part.

On couche les gamins dans tout ce qu’on trouve.

C’est comme si l’ange nous disait aujourd’hui

- « Voici le signe qui vous le fera reconnaître

Vous trouverez un petit Rom

Couché dans un carton

Sous un pont

Son papa vous demandera un peu d’argent pour le téléphone et les médicaments.»

- Pardonnez-moi Monsieur l’Ange, mais des Roms comme ça,

Y en a beaucoup !!!

Une étable.

Quelques animaux domestiques,

Un jeune couple et un bébé.

C’est tellement loin de nous tout ça.

Trop loin.

C’est peut-être pour cela que nous nous sommes trompés.

Ça nous ressemble pas de nous mettre en quête de rien.

Nous, il nous faut de l’extraordinaire,

Quelque chose qui fasse péter les statistiques,

Qui fasse les titres des journaux télévisés.

Samedi dernier, 14 millions de Français ont acheté des cadeaux de Noël.

Ces dix derniers jours, ils ont acheté pour ½ milliard de chocolat.

Là, il se passe quelque chose.

Bien sûr.

Mais c’est le cadre, pas le tableau

C’est le papier, pas le cadeau.

Vous connaissez la formule : « Quand le sage montre la lune, l’abruti regarde le doigt ».

Les bergers de Bethléem n’étaient pas des abrutis

Ils n’ont pas chipoté : ils sont partis.

Avec cette confiance extraordinaire

Des gens simples ou des enfants

Qui prennent des risques.

Et non seulement ils sont partis,

Mais ils ont trouvé.

Ils n’ont rien vu d’EXTRAORDINAIRE

Un jeune couple

Un peu perdu dans ce barnum,

Un homme qui attendait que femme reprenne des forces pour aller faire le sacrifice rituel et rentrer à la maison.

Et un bébé.

Que sa maman avait installé

Du mieux qu’elle pouvait,

Avec les moyens du bord.

Il y a certainement eu des dizaines, des centaines de personnes

Qui ont passé devant cette étable,

Qui ont vu ce jeune couple et ce gamin

Et qui ont continué le plus naturellement du monde

Pour aller s’inscrire avant que le bureau ne ferme,

Ou pour aller dormir à la campagne,

Parce qu’en ville c’était impossible.

Ils ont passé juste à côté du signe promis aux bergers

Et ils n’ont rien vu. Rien du tout.

Les bergers eux, ont vu.

Parce qu’ils sont habitués au silence

Et qu’ils savent interpréter le moindre froissement de la nuit.

Les bergers ont vu

Parce qu’ils sont habitués à l’obscurité

Et qu’ils savent lire les étoiles.

Là, je pourrais conclure en disant :

« Puissions-nous frères et sœurs

Marcher à la suite des bergers

Jusqu’à Bethléem

Et y voir nous aussi le signe qui nous est promis ».

Mais non.

Non, mes amis, je crois que cela ne suffit pas.

Que cela ne suffit plus.

Dans la tradition juive, quand on veut se souvenir de quelque chose de très important

On ne lit pas seulement un texte

On ne raconte pas seulement une histoire

On fait quelque chose physiquement.

Pour la fête des cabanes, par exemple, cette fête qui rappelle la bonté de Dieu pendant l’Exode, un bon juif, pendant toute une semaine, prend ses repas dans une cabane. Même une petite cabane, qu’il a installée sur son balcon, à New York.

La prochaine fois que vous fêterez Noël,

Prenez le temps d’aller quelque part la nuit

Dans un endroit où tout n’est pas éclairé comme en ville

Où tout n’est pas sonore comme nos rues où les orchestres se battent pour trouver un espace

Et vous verrez alors un morceau du tableau

Et vous serez convaincus, j’en suis sûr, que le tableau, c’est bien plus beau que le cadre.

Et puis une dernière chose,

Vous n’aurez peut-être même pas besoin

De parler beaucoup pour vous mettre en chemin.

Alors je commence déjà…

Et je ne dis pas « Amen », mais « chut ».


Jean Chollet, pasteur
Jean Chollet, pasteur

Après une licence en théologie à l’Université de Lausanne, Jean Chollet suit les cours de l’École Romande d’Art Dramatique (Lausanne), puis entre dans la classe de Michel Bouquet au Conservatoire de Paris.

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Sous le pseudonyme de Jean Naguel, il est l’auteur de très nombreux textes diffusés par la Radio Suisse Romande ou France Culture et également pour le théâtre.

Depuis le 1er septembre 2008 il a terminé sa formation pastorale en accomplissant un stage à Vevey (avec Gérard Pella) puis en étant désigné comme suffragant à Saint-Laurent-Eglise. Il a été consacré pasteur dans l’EERV en septembre 2012.

Pensant que "le monde est confié aux hommes pour qu'ils en fassent quelque chose, avec toute la liberté et les risques que cela comporte", il souhaite apporter un souffle nouveau à l'Eglise protestante et lui rendre sa "dimension artistique et émotionnelle", étouffée "au profit de l'intelligence et d'une certaine froideur".

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