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Ne nous contentons pas d'observer, devenons acteurs!

Eglise française de Berne (2/2)
Diffusé sur Espace 2 le 21-09-2014
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On critique Jean-Baptiste, parce qu’il vit comme un ascète. On critique Jésus, parce qu’il aime manger! Et si l’on cessait de juger les autres pour ce qu’ils sont ou ne sont pas. Et si l’on se mettait soi-même à l’œuvre, plutôt que d’observer à distance. Le texte d’évangile pour le dimanche du Jeûne fédéral nous invite à un regard critique sur nous-mêmes, sur notre pays, et à un nouvel engagement.


Prédication : Olivier Schopfer, pasteur

Organiste : Antonio Garcia

Musiciens : Jeanne Gollut, flûte de Pan

Présentation : Miguel Fernandez

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Dépasser les apparences

Chers Amis,

Matthieu, chapitre 11 , versets 7b à 10
Matthieu, chapitre 11 , versets 16 à 19

Jésus harangue les foules, entre deux pôles :

« Qu'est-ce que vous êtes allés voir ? »

« Et qu'est-ce que vous en avez dit ? »

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Et l’on voit bien, dans ce que les gens en ont dit, qu'ils sont passés à côté de l'essentiel : ils ont vu un Jean-Baptiste qui ne mange presque pas, et l'ont traité de fou. Ils ont vu un Jésus qui mange et boit, et l'ont traité de glouton.

Ils ont vu sans voir, et ils parlent de ce qu’ils ne connaissent pas !

Jésus les critique pour cette sorte de superficialité, ce passage trop rapide du « voir » au « dire ». Il les critique surtout pour leur façon de rester en dehors du jeu, d'être des spectateurs passifs, de bouder aussi bien la joie que la tristesse. Il les critique d'être des « blasés », des gens qui pensent avoir tout compris !

Ce sont pourtant des hommes et des femmes qui ont fait une démarche ! Ils se sont mis en route, ils sont allés voir Jean-Baptiste dans le désert ! Et ces gens sont maintenant là, en train d'écouter Jésus ! Ils sont aussi venus ! C'est déjà pas mal !

Mais Jésus demande : « Qu'est-ce que vous êtes venus voir ? »

On ne se met pas en route sans une certaine idée de ce qu'on va voir. Est-ce que vous allez au cinéma sans savoir quelque chose sur le film qui est à l'affiche ?

Si des foules vont voir un prophète dans le désert, c'est qu'elles s'attendent à entendre une parole forte ! Justement pas un « roseau agité par le vent », mais du « tout solide » !

Je pense à la chanson de Boris Vian : « On n'est pas venu pour se faire engueuler, on est venu essayer l’auréole ! »

Quand on va voir un prophète, on s'attend précisément à se « faire engueuler » ! On s'attend à entendre ce prophète critiquer notre façon de vivre et de consommer. On s'attend à le voir donner l'exemple, sûrement pas en portant de beaux habits, plutôt des peaux de bête…

Alors, pourquoi rester extérieurs ? Pourquoi se poser en spectateurs, en juges, en arbitres ?

« Qu’est-ce que vous êtes venus voir ?», demande Jésus. Êtes-vous venu à cause des autres, parce que c'est la mode ? Est-ce que c'est aussi la mode de rester extérieurs, de ne pas s'impliquer ?

Une curiosité de voir de nouvelles choses, doublée d'un solide blindage d'idées préconçues : cela me fait beaucoup penser à notre société, qui est encore plus centrée sur l'image, sur le spectacle, sur l'immédiateté : voir, juger, et passer à autre chose.

Par les journaux, par la télévision, par Internet, par les réseaux sociaux, à la maison, en déplacement, au travail, partout et sans cesse on peut aller voir quelque chose, et on est poussé à le faire.

Qu'êtes-vous allés voir ? La question de Jésus nous touche aussi ! Qu'êtes-vous allés voir sur Internet ? Qu’êtes-vous allés voir dans le journal ?

Quand on allait voir un prophète dans le désert, c'était au vu et au su de tous ! Quand on renifle sur Internet, c'est dans un secret qui libère notre curiosité, pour ne pas dire notre voyeurisme. « Qu’êtes-vous allés voir ? » Parfois, il vaudrait mieux qu'on ne nous pose pas la question…

Il est vrai qu'on peut aujourd'hui « aller voir » tout et son contraire. Mais la liberté est toute relative. On est quand même guidé vers certains types de contenu. La publicité est partout. On nous suggère ce qu'il faut aller voir. L'industrie du tourisme nous vend des destinations, comme si elles étaient des produits.

En son temps, Jean-Baptiste se serait sûrement bien vendu : « Vivez une expérience à la rencontre de vos limites, dans le désert, y compris voyage à dos de dromadaire, une nuitée sous tente, goûtez du miel sauvage et des sauterelles grillées, et en prime exclusive : rencontre avec un prophète ! Le tout à un prix forfaitaire, sacrifié ! »

En matière religieuse, hier comme aujourd'hui, ce qui se vend bien, c'est ce qui est un peu exotique ou alors ce qui a un parfum subversif : « Les vérités qu'on nous a toujours cachées » !

En revanche, ce qui se vend mal, c'est ce qui est bien de chez nous. Pourquoi ? Parce qu'on croit déjà tout savoir ! Parce qu'on pense avoir vu et revu la culture chrétienne.

Je suis surpris de voir avec quelle assurance les ennemis de la religion pensent tout savoir à son sujet, alors que, souvent, ils mélangent tout, qu'ils mettent tout dans le même panier. À les entendre, la religion serait la cause de tous les maux ! Mais c'est quoi « la religion » ? Quelque chose que l'on pouvait comprendre du dehors ?

Jésus reproche à la foule de venir vers lui comme elle est allée vers Jean-Baptiste : avec la curiosité du voyeur en quête de sensations, mais en ne se mouillant surtout pas, en restant à l'écart, comme quand on lit un journal gratuit ou qu'on regarde une vidéo sur Internet !

Une foule de gens qui ne s'impliquent personnellement que pour prononcer des jugements superficiels, répétant ce que d'autres ont dit avant eux.

L’ermite Jean-Baptiste : c'est un fou !

Jésus le Galiléen : c'est un glouton !

Jugements à l'emporte-pièce sur la base d'un seul aspect : ce que l'un et l'autre mangent ou ne mangent pas !

Bien à l'image de nos « j’aime » ou « j'aime pas » sur les réseaux sociaux ! Des coups de cœur, sans aucun recul.

La vie, comme un spectacle : je vois, je dis, et je ne fais rien ! Plus je vois, moins je fais ! Je commente, je juge, mais ce ne sont que des mots…

Des mots qui creusent des fossés. Des mots qui polarisent. Des mots, par lesquels certains deviennent des ennemis pour nous, et nous des ennemis pour eux !

Des mots qui, insidieusement, créent une logique de confrontation. Des mots qui préparent à une violence déléguée à d’autres, mais une violence bien réelle, qui fait déjà des milliers de morts.

⇒ Ces derniers mois, on a vu apparaître une mouvance islamiste dont personne n'avait parlé jusque-là.

Aujourd'hui déjà, chez nous, tout le monde répète : « ISIS ce sont des fous ! »

⇒ Ces derniers mois, on a vu une révolution et des mouvements de troupes en Ukraine, et déjà chez nous tout le monde répète : « Poutine, c'est un glouton, il veut avaler l'Ukraine ».

C'est oublier qu’en même temps, en Irak et en Syrie, certains nous présentent nous comme des fous et des ennemis de Dieu.

C'est oublier qu’en même temps, en Russie, en Crimée, à l’est de l'Ukraine, certains nous présentent nous comme des gloutons, qui cherchent à inclure l'Ukraine dans notre sphère d'influence.

Et nous, nous nous laissons manipuler ! Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? Ce qu'on nous a montré ! Ces derniers jours, des effarantes vidéos, dont le but était précisément de nous polariser, de nous dresser les uns contre les autres ! « Regardez comme nous sommes méchants ! Attaquez-nous, si vous osez ! »

Un essai d’exploiter notre propre manière de simplifier, de juger. Nous nous laissons gagner par l’idée que seule la violence peut stopper l’extrémisme religieux ou nationaliste, alors qu’elle va au contraire l’encourager. Ne nous laissons pas pousser à renoncer à nos propres valeurs : l’ouverture, le dialogue ! Et commençons ce dialogue ici même, par exemple avec les musulmans de notre pays, ou avec les Russes.

Avec force, Jésus critique les jugements trop hâtifs, trop extérieurs, qui poussent à la violence.

Non, Jean-Baptiste n'est pas un fou !

Non, Jésus n'est pas un glouton est un ivrogne !

Non, on ne peut pas faire l'impasse sur ce qu'ils disent ! Non, on ne peut pas ignorer ce qu'ils font ! Non, les tuer n’est pas une solution, même si c’est ce qui est arrivé aussi bien à Jean-Baptiste qu’à Jésus !

Jésus nous dit que la Sagesse se reconnaît à ses œuvres, que la justice se vérifie dans l'engagement concret.

Qu'est-ce à dire pour nous ?

Qu'il ne faut pas seulement regarder Jean-Baptiste et Jésus, mais qu'il faut aller à la rencontre de leur manière de penser et de vivre.

Jean-Baptiste nous a appelés à revenir à l'essentiel, à changer de regard sur le monde, à attendre le Règne qui vient. Écoutons-le !

Jésus-Christ a ouvert le chemin vers ce Règne où nous serons les fils et les filles d’un même Père, où nous mangerons à sa table avec toutes celles et tous ceux que, depuis toujours, il a aimés.

Préparons-la, cette table ! Plutôt que de dresser des barrières, intéressons-nous à celles et ceux qui mangeront avec nous à cette table ! Ouvrons nos cœurs, ouvrons nos bras, marchons à la rencontre du monde qui vient !

Amen.


Olivier Schopfer, pasteur
Olivier Schopfer, pasteur

Né à Genève en 1962, Olivier Schopfer commence des études d’ingénieur en électronique et informatique, puis opte pour la théologie, qu’il étudie également à Genève. Ses stages l’amènent à l’aumônerie de l’hôpital, puis à la paroisse de la Servette-Vieusseux. Pendant 13 ans, il exerce le ministère paroissial à Vandoeuvres-Choulex. Il est ensuite appelé au Conseil Œcuménique des Églises, où il travaille pendant 9 ans comme responsable de la communication électronique (site internet multilingue, marketing e-mail). Après un remplacement d’un an dans la paroisse de Terre-Sainte Céligny, il est depuis 2012 pasteur dans la paroisse française réformée de Berne.

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Marié et père de cinq enfants, il se définit comme pasteur et communicateur, est passionné par la rencontre des langues et des cultures et reconnaissant d’avoir pu voyager et découvrir sur place la réalité de chrétiens de tous les continents.

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