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Que faut-il pour adorer Dieu dignement?

Temple d'Echallens (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 04-10-2015
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Le 4 octobre, la paroisse protestante d’Echallens fête le 150e anniversaire de la construction de son temple. Une rénovation en profondeur s’associe à cet anniversaire.

Durant sa méditation, le pasteur Philippe Morel s'interroge: comment adorer Dieu dignement, de quoi avons-nous besoin? Quatre murs et un toit ? De beaux vitraux et un intérieur moderne et chaleureux ?

Jésus dévoile à la femme samaritaine deux mots-clés pour adorer Dieu : esprit et vérité.


Prédication : Philippe Morel, pasteur

Organiste : Juliane Dind

Musiciens : Duo Tchiki, avec Jacques Hostettler et Nicolas Sutter au marimba.
Chœur paroissial catholique Sainte-Cécile d’Echallens, sous la direction d'Evelyne Mettraux, ainsi que le choeur de la paroisse protestante, sous la direction de Martine Béboux

Présentation : Gabrielle Desarzens

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Adorer Dieu en esprit et en vérité

Où Dieu demeure-t-il ?

Jean, chapitre 4 , versets 19 à 26
2 Samuel, chapitre 7 , versets 1 à 13

Nous avons certainement chacune et chacun notre petite idée à ce sujet. Plus qu’une idée, peut-être même une expérience : un lieu, une église, une communauté, un coin de prière chez soi, un endroit dans la nature où nous avons vécu cette présence de Dieu. Et même si nous revenons dans ces lieux, peut-être ressentons-nous encore aujourd’hui une forte proximité avec Dieu.

Je mentionnerai personnellement volontiers l’église des Noëls de mon enfance : Montcherand, ou l’église du Carmel de la Paix sur la colline de Mazille en France.

C’est pourquoi je me suis demandé, depuis que je suis à Echallens, pourquoi on avait gravé ce verset sur le temple :

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DIEU EST ESPRIT.

IL VEUT QUE CEUX QUI L’ADORENT

L’ADORENT EN ESPRIT ET EN VERITE.

Ont-ils voulu affirmer un détachement bien protestant pour dire que les murs sont au final sans grande importance ?

Était-ce un clin d’œil un peu provocateur face à la tradition catholique ? Ce qui est esprit est très bien : prédication, longue prière, etc. bref, la tendance protestante. Ce qui est corps : s’agenouiller, signe de croix, étant moins bien vu.

Jésus en tout cas semble bien renvoyer dos à dos ceux qui veulent adorer Dieu entre des murs, que cela soit à Jérusalem, à Sichar en Samarie, à Echallens ou ailleurs : un Dieu « esprit » n’a décidément pas besoin de murs !

Cette parole de Jésus semble donc sérieusement remettre en question l’existence d’églises.

N’a-t-on pas scié la branche qu’on venait d’édifier en gravant ce verset sur le fronton du temple ?

Cette question se pose d’autant plus que, la première fois qu’un homme veut construire un temple, une maison pour Dieu, tout ne se passe pas vraiment comme prévu, même quand on s’appelle David !

David reçoit d’abord un beau feu vert, avant que le prophète Nathan ne retourne sa veste. La nuit dit-on porte conseil… En l’occurrence, trois conseils précisément :

1. La première chose que Dieu refuse dans la vision de Nathan, c’est d’être lié à un lieu. Pendant tout le temps qu’il cheminait avec le peuple d’Israël, il n’a jamais demandé de palais en dur, avec des murs. Parce que justement, il n’est pas lié à un lieu mais à un peuple. Comme il le rappelle lui-même, Dieu s’est attaché à Israël. C’est donc cet attachement-là qu’il veut prolonger.

Si Dieu était attaché à un lieu, on l’oublierait en quittant le lieu. Mais non, c’est à nous que Dieu est attaché, à notre personne.

2. Ensuite ou en conséquence, Dieu refuse le statisme du temple pour le dynamisme de l’accompagnement d’un peuple, et cela est très bien illustré par les différents sens du mot maison. David voulait construire à Dieu une maison, c’est-à-dire un temple, des murs, et Dieu renverse la vapeur en proposant à David une maison, c’est-à-dire une descendance.

Le temple, c’est la maison statique; la descendance, c’est la maison dynamique. Le temple, c’est la maison où l’on a vite fait d’enfermer Dieu. La descendance, c’est la maison vivante que Dieu accompagne.

Aujourd’hui, construisons-nous juste une maison de pierres, une église de structures bien organisées, ou une maison de chaire, d’hommes et de femmes inspirés par notre foi, notre expression de Dieu, et formant par la suite une descendance de croyants. C’est l’enjeu entre autres de la formation JACKS dans notre Eglise.

3. Enfin, Dieu refuse également l’inversion des rôles qui est sous-jacente à la proposition de David.

« Est-ce toi qui vas me construire une maison ? » demande Dieu à David. Pour le dire autrement : « Qui installe une maison à qui dans cette histoire, ou dans notre histoire ? » Et Dieu de rappeler que c’est lui qui a conduit le berger David au trône, c’est lui qui a libéré le peuple d’Israël de l’esclavage et l’a conduit sur la terre de Canaan.

Le premier rôle, c’est Dieu qui le tient. Il précède Israël et David dans leur cheminement. Il est devant et non derrière nos actes. C’est lui qui construit une sécurité, un lieu de vie pour nous. La résurrection du Christ est par excellence le témoignage de ce Dieu qui nous précède.

Cependant, le temple sera construit ! Happy End ! Mais c’est Dieu qui décide par qui, signe que c’est bien nous qui dépendons de lui et non le contraire.

Dans ce récit, comme auparavant pour la demande de posséder un roi, on a l’impression que Dieu fait une concession aux hommes : puisque vous avez tellement besoin de cadrer ma présence, faites-le quand même, malgré tous les risques liés à ce désir humain.

Pour David, construire un temple c’est en effet stabiliser Dieu, comme le pays s’est stabilisé : Dieu a été bien utile dans le temps de déplacement, de crise, d’incertitude. Maintenant que ses promesses sont accomplies, Dieu sera casé bien au chaud et à l'abri des incertitudes entre des murs solides, rappelant combien il était utile… avant.

En période de stabilité, de sécurité, on a cette tentation de disposer de Dieu et de le placer où on le juge bon, de lui donner apparemment une bonne place mais qui devient vite le lieu de l'oubli et des limites:

- Il est là et plus ailleurs.

- Il est là pour rappeler le passé plutôt que pour conduire et précéder nos actes.

En période de stabilité, Dieu a beaucoup de concurrence. Dieu devient vite inutile. Il devient inutile parce que les idoles, les semblants de Dieu que nous trouvons dans un entourage stable donnent l’impression de posséder une apparente solidité.

Ainsi une maison de Dieu, c’est la maison d’un Dieu

- qui s’intéresse à nous, aux personnes et qui nous invite à transmettre notre foi à notre descendance, à investir notre foi dans des personnes et non des structures ;

- qui fait route avec nous dans le quotidien, qui accompagne le mouvement nos vies qui sans cesse se modifient. Un Dieu voyageur, comme il se décrit lui-même ;

- qui nous précède, qui est devant et qui ne se laisse pas enfermer dans la commémoration, le passé.

Ces trois facettes de Dieu ont marqué la rénovation de notre temple :

- Nous avons voulu des murs appropriés à la rencontre, avec la création de locaux annexes, notamment une cuisine et des sanitaires ;

- des murs rendant possible la mobilité : les bancs bougent, les chaises viennent en remplacer une partie, même la table de communion est montée sur roulettes.

- des murs qui ne cherchent ni à garder ni à retenir la présence de Dieu. Symboliquement, nous avons ajouté une porte de plus, mais surtout les portes sont ouvertes chaque jour, rendant possibles le passage, les allées et venues de quiconque.

Un Dieu qui est en relation avec les personnes, qui fait route avec elles, et qui les précède.

Ces trois facettes de Dieu devraient nous éloigner des conflits liés aux édifices religieux - ou aux esplanades – conflits naissant du désir des hommes de maîtriser la présence du divin. On ne peut pas caser Dieu entre des murs !

Alors que répondre à cette question de l’évangile de Jean : dans quel lieu demeure Dieu ? Où adorer Dieu ? Jésus, dans la droite ligne de Nathan, répond par les mots « esprit et vérité » donc dans un non-lieu. Jésus invite à chercher Dieu dans une personne, une vie entière et non quelques affirmations figées ou un lieu unique. La relation à Dieu ne se joue pas dans un lieu, entre des murs, mais dans une rencontre avec Jésus, et des échanges avec des hommes et des femmes mettant leur confiance en cet homme.

C’est la découverte de la femme samaritaine : « Je sais qu’un Messie doit venir – celui qu’on appelle Christ. » Tout s’éclaire pour cette femme : adorer Dieu ne se réduit pas à savoir si j’ai fait les bons gestes, si j’ai construit mon église assez haute, si j’ai suivi les bonnes étapes pour devenir chrétien, si j’ai bien puisé l’eau du puits de mes ancêtres.

Adorer Dieu, c’est

- découvrir que Dieu est en relation avec moi, je suis quelqu’un pour lui, je compte pour lui ;

- il fait route avec moi tel que je suis;

- il me précède, il m’ouvre un chemin, un possible.

Et tout cela est limpide et évident pour cette femme dans la personne de Jésus : Jésus lui a adressé la parole alors que tout les séparait (homme-femme, juif-samaritaine, étranger-native du coin). Jésus a échangé avec cette femme sans lui poser des questions soupçonneuses pour savoir pourquoi elle venait au puits à une heure aussi étonnante que celle de midi, quand personne n’y va tant il fait chaud. Comme si vous vous releviez la nuit pour aller déposer vos poubelles à 2 heures du matin. Jésus enfin l’aide à regarder en face sa vie et à nommer sa réalité affective, à être dans la vérité face à elle-même. Ce chemin de vérité avec elle la conduira à reprendre contact avec ses voisins, les gens de son village. La vie ensemble redevient possible pour cette femme.

David ou la Samaritaine font ainsi une découverte qui est aussi à la base de ma propre foi : la question n’est pas qu’est-ce que je fais pour Dieu, mais qu’est-ce que Dieu fait pour moi. Et ce renversement de mon positionnement par rapport à Dieu est possible grâce à deux mots. Ces deux mots sont en arrière-fond du récit de la femme samaritaine et du puits, comme du fronton du temple et notre fontaine. Ces deux mots sont essentiels pour adorer Dieu : c’est dire à Dieu : « j’ai soif ».

J’ai soif de présence, j’ai soif de vie, j’ai soif de vérité, j’ai soif du vrai et d’être vrai. Si cette soif ne m’habite pas comment l’adorer en esprit et en vérité ? Comment simplement rencontrer Dieu dans la personne de Jésus ?

C’est là que s’exprime l’adoration de Dieu : dans le creux, l’espace, la souffrance du manque d’une présence, de Sa présence.

C’est aussi dans cette même soif partagée que se nouent les relations de frère et de sœur intégrant la richesse de nos traditions et… de nos murs.

Adorer Dieu en esprit et en vérité, c’est simplement reconnaître que ce n’est pas nous qui adorons Dieu, mais Dieu qui nous adore.

Amen.


Philippe Morel, pasteur
Philippe Morel, pasteur

Philippe Morel est né au pied du Jura et a rejoint la paroisse de La Sarraz avec sa famille au début de son adolescence. Après avoir suivi des études à la faculté de théologie de Lausanne, il rejoint sa première paroisse: celle de Mézières, devenue la paroisse du Jorat. Marié à Florence et père de deux enfants, il poursuit actuellement son ministère dans la paroisse d'Echallens.

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En 2014, il reprend la responsabilité de la coordination régionale à mi-temps et collabore étroitement avec Mme Corine Richard.

Il perçoit la vie chrétienne comme une invitation à un art de vivre dans le souffle de l’Esprit et l’espérance de la résurrection et tente de partager ce chemin avec les personnes qu'il rencontre.

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Commentaires

Commentaires

 
#1 Auditeur 02 28-10-2015 15:06
Un magnifique culte!
 

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