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Jan Hus, condamné au bûcher pour ses idées sur l’Église

Cathédrale St-Pierre à Genève (1/4)
Diffusé sur Espace 2 le 11-10-2015
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Ce culte prend place dans le cadre de la commémoration du 600e anniversaire de la mort sur le bûcher du héros national tchèque Jan Hus, pour avoir prôné, un siècle avant Luther, la réforme de l’Église catholique.

Le 6 juillet 1415, Jan Hus était condamné comme hérétique par le concile de Constance et aussitôt brûlé vif. La figure de Hus, réformateur de Prague dans un contexte très complexe (les rivalités entre papes et entre prétendants à l'Empire rendait la situation délétère), est restée depuis comme l'une des plus marquantes figures de la fin du Moyen Âge et a imprégné la mémoire tchèque, peut-être davantage encore que Jeanne d'Arc ne l'a fait pour la mémoire française; elle a également inspiré, en partie tout au moins, les réformateurs du 16e siècle. A noter que c’est le 11 octobre 1414, il y aura exactement 601 ans, que Hus a entrepris de Bohême le fatal voyage qui le conduisit à Constance, pour être exécuté.

Ce culte fait partie d'une série de manifestations organisées à Genève pour commémorer le six centième anniversaire de la mort de Jan Hus (exposition au Conseil oecuménique des Églises, concerts, culte radiodiffusé à la cathédrale Saint-Pierre le dimanche 11 octobre, etc.)

Comment relire notre passé chrétien d'un oeil critique, comment comprendre la notion de prédestination chère aussi bien à Hus qu’à Calvin ? Le pasteur tchèque Miloš Rejchrt montrera que la notion de prédestination est avant tout porteuse d’un message libérateur (nous ne sommes pas conditionnés par notre contexte social ou culturel, ni par notre bagage génétique, mais portés par le projet que Dieu a pour nous). Il dira ensuite en quoi la critique radicale que Hus fit de l’Église de son temps est encore susceptible aujourd’hui de guider notre réflexion.

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Chœur Janáček de Luhačovice:

Sous la direction de Ludmila Staňová, ce choeur de Moravie interprétera deux cantiques tchèques, dont les paroles remontent à Jan Hus (on peut préciser qu’elle donne également deux concerts à Genève, le samedi 10 octobre à 19 heures à l’auditoire de Calvin, et le dimanche 11 à 17 heures à la chapelle des Crêts, route des Crêts-de-Pregny, Grand-Saconnex).


Prédication : Miloš Rejchrt, Pasteur

Organiste : François Delor

Musiciens : Chœur Janáček de Luhačovice

Présentation : Jean-Christophe Emery

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Jan Hus, condamné au bûcher pour ses idées sur l’Église

« Ils ramassèrent des pierres pour les lancer contre lui, mais Jésus se déroba. » Il ne voulait pas mourir.

Aujourd’hui 11 octobre, cela fait exactement 6 siècles et un an que Hus s’est mis en route pour Constance. Lui non plus ne voulait pas mourir. Ce qu’il voulait, c’était présenter son enseignement au concile et réfuter ces calomniateurs qui prétendaient que le royaume de Bohême était un dangereux foyer d’hérésie. Nombreux furent les amis de Hus qui ont tenté de le dissuader de faire ce voyage, mais Hus ne les a pas écoutés. Il n’écoutait qu’une chose : son désir de rendre témoignage à la vérité, c’est-à-dire au Christ, ce qui finit d’ailleurs par le conduire au bûcher. Hus croyait au Christ de toute sa pensée, de tout son cœur et de toute âme. Ecoutez cette prière qu’il a écrite du fond de son cachot, 15 jours avant d’être exécuté : « O doux Jésus, dans notre faiblesse, entraîne-nous toi-même à ta suite, sinon, nous ne pourrons pas te suivre… Sans toi, nous ne pouvons rien faire… donne-nous un esprit entier, un cœur vaillant, une foi droite, une ferme espérance et un amour parfait, afin que nous puissions, avec patience et dans la joie, risquer notre vie pour toi ».

Le réformateur Jan Hus est un homme du passé. Mais je voudrais aujourd’hui relever trois choses pour montrer en quoi il peut encore être pour nous une source d’inspiration. Car même les réformateurs du 16e siècle savaient bien que la Réforme est une tâche qui n’est jamais totalement accomplie.

Premièrement, l’atroce supplice de Jan Hus nous rappelle que notre glorieux passé européen cache des recoins obscurs. Oui, la civilisation européenne est notre civilisation, mais ne tombons pas dans ces discours populistes qui exaltent les grandeurs de l’Europe chrétienne sans jamais en rappeler les obscurités. Sachons être fiers de notre héritage, mais sachons aussi, quand il le faut, demander à Dieu de pardonner nos offenses. Au nom du Christ, la chrétienté a perpétré en Europe des crimes barbares, non seulement contre les ennemis réels ou supposés de la croix du Christ, mais aussi contre des hommes et des femmes qui n’ont rien voulu d’autre qu’aimer le Christ et le suivre. Au souvenir de Jan Hus, ajoutons aujourd’hui celui de Michel Servet, des cathares du Languedoc et des vaudois de Provence, des anabaptistes de Zurich ou des catholiques d’Irlande. Rappelons tous les chrétiens qui sont morts pour leur foi, tués par d’autres chrétiens, dans des circonstances parfois aussi cruelles que celles que met en scène aujourd’hui cet Etat prétendument islamique.

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Nous vivons une époque où les plaques telluriques de nos certitudes se mettent en mouvement. Il est donc plus que jamais nécessaire de jeter sur notre passé un regard lucide : comme chrétiens, osons dire ce à quoi, dans notre héritage, nous disons oui, quelles valeurs nous voulons laisser à nos enfants et à nos petits-enfants, ce pour quoi nous prêts à mourir s’il le faut ; mais osons aussi dire à quoi, dans ce même héritage, nous disons aujourd’hui clairement non.

L’anniversaire du bûcher de Hus, grand scandale de l’Europe chrétienne, est pour nous un appel à faire le point sur notre histoire, sur notre foi et sur notre espérance.

Deuxièmement, i y a un mot que Jan Hus et Jean Calvin aimaient bien tous les deux, le mot de « prédestination ». Hus définissait l’Eglise comme « l’ensemble de tous les prédestinés », ce qui fut même le premier des chefs d’accusation retenus contre lui à Constance.

Laissons les subtilités aux spécialistes, mais regardons, chez Hus et chez Calvin, ce qui, à travers ce mot, nous parle encore aujourd’hui. Personnellement, j’y vois un message très actuel, comme si Dieu nous disait : « Tu n’es pas, toi l’homme, le fruit du hasard, le jouet des circonstances. Ton origine, ta culture, ton sexe, ton ADN, tout cela joue bien sûr un rôle dans ta vie et dans ton destin. Mais il y a quelque chose de plus important encore, de plus profond que ton destin, c’est le projet, dit Dieu, mon projet que j’ai pour toi. »

Ce projet, ce n’est pas autre chose que la prédestination. Comme tout ce qui vient de Dieu, cette prédestination est belle et admirable. C’est que Dieu, le Père de Jésus-Christ, n’est pas une machine à fabriquer des gens comme il faut d’un côté, et des gens à mettre au rebut de l’autre, mais il est amour. Il appelle chacune et chacun d’entre nous, individuellement, à la liberté des enfants de Dieu, et cela avant même que nous ayons pu aspirer nous-mêmes à cette liberté, avant même que nous ayons la foi.

Avant même qu’Abraham fût, le Christ était là, comme nous venons de le lire dans l’Evangile. Avec le Christ, le déroulement du temps et la logique fatale des causes et des conséquences volent en éclat. Dieu veut que tous soient sauvés ; ce n’est pas à autre chose qu’il nous destine.

Bien sûr, nous ne voyons pas dans les décrets éternels de Dieu et nous ne savons pas qui fait partie des prédestinés au salut et qui fait partie des prédestinés à la damnation – pour autant que cette distinction soit pertinente. Calvin lui-même nous invite concrètement à regarder chacun de ceux que nous rencontrons comme une personne a priori destinée au salut. Et l’on a le droit de prolonger Calvin : c’est aussi avec ce regard que nous pouvons rencontrer les non-chrétiens, les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les migrants ou les SDF. J’aimerais citer ici Thomas Garrigue Masaryk, le père de l’indépendance de la Tchécoslovaquie, qui était d’ailleurs un grand lecteur de Hus et qui a parfaitement saisi le message de la prédestination. L’humain, disait-il, ne peut être indifférent à autrui, car (je le cite) « ce qui est éternel ne saurait être indifférent à ce qui est éternel ».

Notre vie parmi les autres et avec les autres est davantage que ce qu’on en voit, elle cache un secret d’éternité que nous ne pouvons pas percer et devant lequel nous ne pouvons que nous incliner avec respect et avec reconnaissance. Du fond de sa prison, Hus nous invitait aussi à ne pas être indifférents à autrui, lui qui priait pour que « nous nous aimions les uns les autres et que nous ne laissions pas la violence nous opprimer ».

Enfin, c’est mon troisième point, Jan Hus rappelle à plusieurs reprises que « l’Eglise n’est ni Dieu le Père, ni le Fils, ni l’Esprit saint ». Ne croyez pas en l’Eglise, nous avertit Jean Hus - et c´est un avertissement bien lucide. Celui qui attendrait de l’Eglise qu’elle soit divine, celui-là s’apprête à connaître une grave déception quand il verra qu’elle est humaine – affreusement humaine parfois...

Mais Jan Hus, malgré sa sévère critique adressée à l´Eglise de son époque, n´a jamais cessé d´encourager ses auditeurs et ses lecteurs à croire l´Eglise. C’est une formule peu habituelle de nos jours, mais nous pouvons la déchiffrer ainsi : l´Eglise n´est pas identique avec ses structures, elle est toujours plus que ce nous voyons, elle est plutôt un événement qu’une institution.

Le noyau du différend fatal de Hus avec le concile était caché dans la réponse à une question brûlante : qui est la tête de l’Eglise ? Et qui est son corps ? Certains des adversaires de Hus avaient une réponse claire et simple : la tête, c’est le pape, et le corps, ce sont les cardinaux. On ne peut pas se tromper sur leur identité et il faut leur obéir.

Jan Hus voyait les choses autrement : la tête, pour lui, c’est le Christ, et le corps la communauté des prédestinés. Cette Eglise-là ne coïncide avec aucune institution établie. Comme Hus l’affirmait : « L’Eglise est une maison spirituelle, ses fondations sont la foi en Christ, ses murs sont l’espérance en la vie éternelle et son toit est l’amour. » Cette maison spirituelle ne peut être inscrite dans aucun cadastre, dans aucun registre du commerce, elle échappe à toute statistique. L’Eglise du Christ est invisible.

L’accent mis sur invisibilité de l´Eglise est commun à Jan Hus et à la Réforme du 16e siècle.

Et pourtant, même pour les chrétiens de la famille protestante, l’Eglise visible n’est pas inutile, loin de là. S’il n’y avait pas eu à Prague de généreux donateurs, la chapelle de Bethléem où prêchait Hus n’aurait jamais été construite et Hus n’aurait jamais reçu de salaire - modeste mais honnête - pour ses sermons. Et quand il y a une chapelle quelque part, il faut bien que quelqu’un se préoccupe de l’entretenir et de la gérer correctement. Sans structures visibles, l’Eglise invisible voguerait quelque part dans les nuages et nous ne pourrions que la regarder planer. Or, la foi chrétienne conduit précisément à fonder des communautés où l’on puisse venir pour louer Dieu ensemble, où l’on est heureux de se retrouver, où l’on peut puiser de l’énergie pour le quotidien, où l’on peut aimer ses prochains, où l’on peut traduire l’exigence de cet amour en actes, par exemple en créant des institutions appropriées. Tout cela, c’est l’événement de l’Eglise invisible, un événement pour lequel nos Eglises visibles (nos temples, nos maisons de paroisse, nos institutions) fournissent l’espace et les moyens.

Ne jetons pas ce qui peut encore servir, travaillons à réparer le mieux possible cette Eglise visible qui se dégrade, à la raccommoder, à la réformer. Veillons à ce que nos Eglises, en tant qu’institutions visibles, soient sérieuses et transparentes dans leur fonctionnement. Mais n’oublions pas que la sainte Eglise universelle, que nous croyons, n’est pas une institution : elle est un événement que nos yeux ne voient pas directement.

« Ce que vous avez fait à l’un des plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », dira le Christ au jour du jugement. Là où le Christ reçoit dans ses membres la manifestation de la solidarité humaine, là se fait l’Eglise. Là où deux ou trois se réunissent en son nom, là se fait l’Eglise, même si ce n’est pas obligatoirement dans une cathédrale.

Dans cette Europe d’aujourd’hui qui a perdu confiance en elle, nous avons, nous autres chrétiennes et chrétiens, une tâche urgente. Essayons d’être les ouvriers, discrets mais efficaces, sur le chantier de cette construction invisible dont les fondations sont la foi, dont les murs sont l’espérance et dont le toit est l’amour. Et si, grâce à Dieu, nous avons quelque succès dans cette construction, il n’est pas impossible que les Européens de longue ou de fraîche date découvrent qu’après tout, croire l’Eglise comme Jan Hus la croyait est encore, au 21e siècle, une excellente idée.

Amen.


Miloš Rejchrt, Pasteur
Miloš Rejchrt, Pasteur

Miloš Rejchrt, né en 1946, est pasteur retraité de l’Église évangélique des frères tchèques. Sous le régime communiste, il fut, comme Václav Havel, porte-parole de la Charte 77 et paya son opposition au régime par l’interdiction de travailler comme pasteur. En 1989-1990, il a repris des études à la Faculté de théologie de Genève, dont il est toujours resté un grand ami. Depuis 1990, il a occupé divers ministères en Tchécoslovaquie puis en République tchèque. Le pasteur Rejchrt, figure de la dissidence tchèque contemporaine, a accepté de venir à Genève pour évoquer cette autre grande figure d’un dissident que fut Jan Hus (né vers 1370, mort le 6 juillet 1415 sur le bûcher au concile de Constance).

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