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Personne n’a jamais vu Dieu. Sur qui ou sur quoi fonder notre foi?

Cathédrale St-Pierre à Genève (2/4)
Diffusé sur Espace 2 le 18-10-2015
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Personne n’a jamais vu Dieu ou petite promenade philosophique entre voir et croire dans l’univers de Saint Jean.

Au disciple qui lui demande de montrer ce Père dont il parle tout le temps, le Christ répond : Qui m’a vu a vu le Père…

Mais pour nous qui n’avons jamais vu ni le Père, ni le Jésus de l’Histoire, sur qui ou sur quoi fonder notre foi? Entendre serait-il en cette matière plus important que croire?


Prédication : Vincent Schmid, pasteur

Organiste : François Delor

Présentation : Pierre-Yves Moret

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Personne n’a jamais vu Dieu

Montre-nous le Père et cela nous suffit ! Philippe, dans le récit de l’évangéliste Jean, pose à Jésus cette question très directe au nom du groupe des disciples. Ce Père dont tu parles tout le temps, dans l’intimité duquel tu affirmes te tenir, fais le voir ! Ce sera la confirmation de notre foi, la matérialisation de notre espérance et notre consolation pour le temps qui suivra la séparation à venir.

Jean, chapitre 14 , versets 8 à 20

On entend dans cette demande une frustration et une aspiration.

Une frustration propre au monothéisme, qui pose en principe que le Dieu unique est invisible, sans image et irreprésentable.

Une aspiration à rencontrer Dieu à la manière de Moïse, puisqu’il est écrit dans le livre de l’Exode que ces deux-là, sur la montagne, s’entretenaient comme des amis.

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Moïse est tenu par la tradition pour le degré suprême de la prophétie. Dieu l’a élevé à un niveau de connaissance inégalé avant et après lui. C’est Moïse qui fournit à Philippe le modèle de sa question : « Fais-moi la grâce de voir ta gloire ». Or une limite est immédiatement posée par Dieu: « Tu ne peux pas me voir en face, car l’homme ne peut me voir et vivre. Tu me verras de dos seulement… »

Nul mortel ne peut connaître la véritable essence de Dieu.

Nous ne faisons jamais l’expérience de la pleine présence de Dieu. Nous faisons plutôt l’expérience de sa présence retirée, car ce que nous appelons son absence est en fait un retrait de sa présence. Si la présence divine se manifestait directement, si nous la voyions en face comme Philippe y aspire, nous ne pourrions pas la supporter, elle nous anéantirait. Elle signifierait le jugement radical de la condition humaine sans échappatoire possible. En se retirant, en gardant ses distances, Dieu suspend son jugement afin que nous puissions vivre. Son invisibilité et son retrait sont des actes gracieux, visant à sauvegarder les créatures d’une trop grande proximité avec Lui.

Ici-bas, nous sommes voués à voir Dieu de dos c’est-à-dire à vivre avec beaucoup de questions sans réponse, sans confirmation objective ni preuve invincible de l’existence du Père céleste. Il faut à notre foi une part de courage et de ténacité pour subsister dans ce monde en clair-obscur.

« Il y a si longtemps que je suis avec vous… »

Jésus a vécu les deux ou trois années de son ministère avec les disciples, il a partagé leur existence quotidienne. Les disciples n’ont rien remarqué chez lui de surnaturel ou de fantastique. Certes Jésus est à leurs yeux un maître incontestable, un guérisseur, un prophète peut être ou le Messie au sens classique. Mais la signification profonde de son intimité avec le Père leur échappe complètement.

En même temps, s’ils n’ont rien vu, c’est peut-être qu’il n’y avait rien à voir ! Il y a une certaine banalité de l’homme Jésus selon l’Histoire. Il ne fut pas un extra-terrestre ou un être tellement à part qu’il finissait par ne plus se confondre avec les gens ordinaires. De cette illusion sont nées à son sujet quantité d’images pieuses définitivement inutilisables à notre époque.

« Il y a si longtemps que je suis avec vous… »

La remarque un peu déçue de Jésus laisse deviner que les disciples n’ont pas saisi la révolution spirituelle dont il est le porteur.

Quelle révolution ? « Celui qui m’a vu a vu le Père ».

Telle est la manière johannique de l’exprimer, par une sorte jeu de mots, qui n’est pas sans faire penser au « Je suis qui je suis » du buisson ardent. Une révolution en forme de jeu de mots signifiant: il n’y rien à voir, juste à comprendre.

Mais comprendre quoi ?

Un, celui qu’on appelle Dieu est une réalité intérieure, invisible pour les yeux. C’est à cette réalité-là que Jésus se réfère constamment en la nommant Père. Le Dieu ultime et transcendant, le Dieu qui se tient au-delà de l’univers avec ses galaxies est aussi le Dieu intime, tellement intime même que les disciples ne remarquent rien de spécial chez Jésus.

Deux, cette révolution emporte des conséquences pour tout le monde. Nous pouvons devenir aussi fils et filles de Dieu par l’Esprit dit Saint-Paul. Ce Dieu que tu cherches, tu le portes en toi. Ce Dieu que tu veux admirer de l’extérieur, comme on va admirer la Joconde au musée du Louvre, mais en vain puisque tu ne cesses de constater son retrait du monde visible, c’est à l’intérieur de toi que tu dois le rencontrer. L’endroit au monde dont il est le plus proche est ta réalité intérieure.

Il ne vous échappe pas que nous sommes au centre du message évangélique. Ce message pourrait s’appeler l’humanisation de Dieu. De même que l’homme n’a pas tissé la trame de la vie, mais qu’il est fait de cette trame, c’est grâce à un je-ne-sais-quoi de présence divine en lui que l’homme peut agir dans la lumière et accomplir son humanité.

En d’autres termes, il est inutile de chercher Dieu hors de l’intimité humaine.

Mais en même temps, intimité ne veut dire ni fusion ni confusion. Nous ne sommes et ne serons jamais Dieu. En ce sens, la célèbre sentence patristique « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » est malheureuse. L’homme reste l’homme et Dieu reste Dieu. Ce sont toujours deux libertés face à face qui peuvent – ou non- devenir des partenaires.

La révolution incarnée par le Christ consiste en ce que l’intériorité de Dieu établit une proximité qui ne nous empêche pas de vivre et qui ne nous détruit pas. Par ce moyen, si je puis dire, Dieu nous console de son retrait et de son invisibilité. Nous sommes consolés de la transcendance du Dieu ultime par la présence secrète du Dieu intime.

Oh bien sûr nous ne savons rien de plus sur son essence véritable, mais nous avons le plus important : Dieu est le plus proche de nos prochains et rien de ce qui fait notre condition ne lui est étranger. Voilà ce que signifie Jésus Christ.

Poursuivons.

« Du moins, croyez à cause des œuvres que je fais».

Si les disciples ne peuvent adhérer à la vérité de la présence de Dieu en Jésus parce qu’ils ne voient rien au propre et au figuré, au moins qu’ils adhèrent à cause des œuvres qu’il fait.

Par œuvres nous pensons naturellement aux miracles, que l’Evangile Jean appelle signes et qu’il limite au nombre de sept. Le Pharaon d’Egypte est convaincu par Moïse non pas à cause de la vérité de son message, mais sous la contrainte des miracles qu’il fait.

Oui, mais il y a un problème. Le Pharaon ne tarde pas à changer d’avis en se lançant à la poursuite de la génération du désert. Et cette dernière ne semble pas du tout convaincue par les miracles qui se répètent à son profit à partir de l’ouverture de la mer… Elle ne cesse de douter et de revendiquer.

Le miracle est une chose ambiguë sur laquelle on peut difficilement fonder une foi solide et durable. Le miracle satisfait notre voyeurisme, mais il ne prouve rien. Personne ne sait ce que Lazare est devenu après avoir bénéficié d’une résurrection, personne ne sait s’il a gardé la foi, par exemple... Une foi basée sur les miracles est une foi de seconde catégorie, une foi fragile et qui risque de basculer dans la superstition.

C’est pourquoi il faut élargir ce terme d’œuvres. Or la parole fait aussi partie de ces œuvres. « Les paroles que je vous dis… »

A notre génération qui vient plus de 2000 ans après, qui n’a vu ni le Père, ni le Jésus de l’Histoire ni les signes et les guérisons qu’il faisait, il nous reste sa parole avec sa puissance de transformation et de renouvellement. Sa parole que Jésus dit puiser à la source, auprès de ce Père qu’il nous apprit à prier ensemble.

Au fond c’est comme s’il disait à chacun: Je ne peux pas te montrer le Père, cela est impossible à communiquer directement, je peux seulement t’en parler.

Que feras-tu de cette parole ?

Voilà la question cruciale en face de laquelle il appartient à chacun de se déterminer. A chacun de prendre sa décision du saut de la foi.

« Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin ».

Amen.


Vincent Schmid, pasteur
Vincent Schmid, pasteur

Philosophe de formation, Vincent Schmid fait partie de l'équipe pastorale de la Cathédrale de Genève. A l'aise dans tous les médias, il a collaboré à la réédition du Nouveau Testament Oltramare chez Gallimard, publié un bulletin du CPE sur la mystique de Pierre Jurieu et a produit un documentaire télévisé sur Sébastien Castellion, son ancêtre tutélaire, immense esprit du XVIe siècle. Membre du Comité de rédaction d'Evangile et liberté, il a rédigé plusieurs articles.

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A ses moments perdus, Vincent Schmid affectionne les voyages dans l'Himalaya (montagne, déserts et monastères bouddhistes).

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