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Votre corps est comme un temple de l'Esprit

Temple de Malagnou (1/3)
Diffusé sur Espace 2 le 08-11-2015
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Comment considérons-nous notre corps, qui est notre manière si singulière d’être présent(e) au monde ? Qu’implique le fait de le considérer comme le temple de l’Esprit ? La pasteure Marie Cénec propose de réfléchir à la dimension spirituelle « du corps que nous sommes ».


Prédication : Marie Cénec, pasteure

Organiste : Didier Godel

Présentation : Sabine Petermann

Production : Sabine Pétermann

Prédication

Glorifiez Dieu dans votre corps

« Tout m’est permis », mais tout ne convient pas. « Tout m’est permis », mais moi je ne me laisserai asservir par rien. Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments, et Dieu détruira ceux-ci et celui-là. Mais le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. Or, Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Prendrai-je les membres du Christ pour en faire des membres de prostituée ? Certes non ! Ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée fait avec elle un seul corps ? Car il est dit : Les deux ne seront qu’une seule chair. Mais celui qui s’unit au Seigneur est avec lui un seul esprit. Fuyez la débauche. Tout autre péché commis par l’homme est extérieur à son corps. Mais le débauché pèche contre son propre corps. Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Quelqu’un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps.

1 Corinthiens, chapitre 6 , versets 12 à 20

Prendre soin de notre corps. Ce n’est pas simple ! Nous sommes noyés sous des injonctions à faire attention à nous : conseils des médecins, invitations à faire du sport, des régimes, de la méditation, à utiliser des produits de beauté en tous genres…

Nous sommes pris dans un entrelacs de discours sur le corps et sur la manière de le traiter. Comment trouver l’équilibre ? Comment prendre soin de soi, sans négliger son corps, mais sans qu’il devienne non plus une obsession ? Comment retrouver le sens de la mesure ?

Le texte de Paul que nous venons d’écouter nous aidera-t-il à trouver quelques éléments de réponse ? On ne peut pas dire que l’apôtre Paul soit l’homme de la mesure quand il se laisse prendre par son art oratoire. Pourtant, dans ce texte au style toujours aussi alerte et virulent, il dit deux choses qui pourraient nous inspirer : « Votre corps est le temple du Saint-Esprit » et « Glorifiez Dieu dans votre corps ».

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Il met donc l’accent sur la dimension spirituelle de notre corps. Il nous rappelle sa haute dignité, il nous rappelle que c’est aussi dans notre corps que nous avons à répondre à l’appel de Dieu.

Oui, nous savons bien que c’est par notre corps que nous sommes présents au monde et notre corps dit tant de nous et nous révèle parfois bien plus que nous le pensons. Certains d’entre vous n’entendent que ma voix, mais si vous avez l’oreille bien exercée, elle dit beaucoup de moi, de l’état justement de mon corps et de mes émotions du moment… Et vous, comment vous sentez-vous maintenant, assis sur votre chaise dans le temple ou confortablement installés dans votre fauteuil à la maison ou en train d’écouter la radio, par exemple, en préparant le petit déjeuner ? Drôle de question posée depuis la chaire d’un temple où l’on s’attend plutôt à entendre parler des choses de l’Esprit et à être interpellé dans sa manière de vivre sa relation à Dieu.

Notre religion exclut-elle le corps ? Loin de là ! Mais le problème, c’est que nous sommes parfois encore les héritiers d’un jugement et d’un mépris du corps ; ce corps qu’il fallait contrôler, maîtriser, de peur qu’il n’entrave la vie spirituelle. Ascétisme et puritanisme font bien partie de l’histoire du christianisme. Pour revenir à l’apôtre Paul, lui qui se battait avec « son épine dans la chair » et qui se demandait quand donc « il serait délivré de ce corps de mort », il a souvent été lu comme un détracteur du corps et du plaisir.

Pour remettre en cause cette image de l’apôtre, je suivrai le théologien Adolphe Gesché quand il écrit : « Ce que Paul exprime en ses diatribes un peu trop nombreuses, voire parfois obsessionnelles, ce n’est pas le mépris du corps, mais au contraire la conscience de sa grandeur et de sa dignité, qu’il voit justement piétinées et niées par l’abandon au péché. Le corps qui se laisse aller à ce qui le contredit n’est plus un corps signifiant (…). Le corps sort de la séquence des métaphores vives (corps de la création, corps du Christ, corps des autres, corps sacramentel, corps eschatologique). Il quitte son sort et son destin. Il quitte le circuit, le réseau qui lui donnait sens, il perd la route. Il n’est plus un chemin vers Dieu et prochain, il est un chemin perdu, ce ‘chemin qui ne mène nulle part’. »

Oui, ce que nous dit Paul, c’est que le corps est « un chemin vers Dieu » et s’il exhorte les chrétiens à ne pas faire n’importe quoi de leur corps, c’est peut-être bien pour leur éviter de vivre le non-sens, de se faire du mal, de se retrouver dans une impasse.

Paul exhorte les Corinthiens à prendre soin de leur intimité, eux qui ont tendance à n’en faire qu’à leur tête et qu’à leur corps. L’intimité, c’est bien de cela qu’il est question dans notre texte.

Paul parle de l’intimité corporelle en lien avec la profondeur de la vie spirituelle. Ce qu’il juge, c’est la débauche, la porneia, ce qui est destructeur de notre équilibre. Pouvons-nous faire n’importe quoi ? Comme le disaient les Corinthiens : « Nous sommes libres, tout est permis » ! Mais Paul répond : « Tout ne convient pas ». En effet, tout n’est pas utile et tout ne nous construit pas, tout ne nous fait pas du bien sur le long terme. Personne ne sort indemne du non-respect de son corps ou celui de l’autre. On ne sort pas indemne d’une relation intime où l’une des personnes n’est pas respectée comme personne à part entière, mais utilisée juste pour assouvir son désir et ses pulsions…

Des désirs et des pulsions, nous en avons tous et heureusement, c’est ce qui fait de nous des êtres vivants. Mais ce qui est en jeu dans notre passage de l’épître aux Corinthiens est de savoir si nous en sommes esclaves ou pas. Qu’est-ce qui exerce une domination sur nous ?

Nous n’avons pas besoin de prendre l’exemple des addictions alimentaires ou sexuelles pour parler du manque de liberté et des contraintes qui touchent nos corps. En effet, les contraintes ne sont pas seulement individuelles, nous subissons également des contraintes sociales :

- Il y a les codes vestimentaires, les canons esthétiques, le jeunisme, les régimes à la mode, le sport à outrance… C’est l’esclavage de l’image parfaite, du corps idole.

- Il y a aussi l’alimentation hyper bio, le programme de yoga intensif, les cures de désintox. Ce que j’appellerai l’esclavage de l’hyper-santé où le désir de vivre sainement devient une nouvelle religion qui ne tolère aucune entorse – C’est « l’ascétisme laïque » !

Et pour en finir avec mes exemples :

- Il y a le laisser-aller, l’absence de morale et de limites, le corps négligé et instrumentalisé, l’esclavage du corps objet et gavé.

Comment vivre le corps que nous sommes de manière libre sans être prisonniers des diktats actuels ? Pour Paul, la liberté se fonde dans la relation à Dieu quand il écrit : « Je ne me laisserai asservir par rien ». Et quand il nous dit que nous sommes le temple de l’Esprit et que notre corps ne nous appartient pas, il réaffirme cette liberté.

Il nous dit que notre corps n’est pas sous contrôle total, que nous ne pouvons pas lui donner l’image que nous aimerions avoir. Finalement, c’est très libérateur, car nous sortons du fantasme de l’auto-construction. Notre corps nous rappelle nos limites et, même si aujourd’hui la science participe à la bonne conservation de nos corps, nous savons bien que, même avec l’aide de toutes les chirurgies esthétiques, même avec toutes les molécules possibles, nous ne pourrons pas nous recréer à l’image de ce que nous aimerions être…

Pouvons-nous retrouver le sens de la beauté et de la dignité du corps que nous sommes ? Les deux récits de la création dans la Genèse nous y encouragent.

Ainsi, le récit du premier chapitre de la Genèse nous rappelle que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen 1, 26). Certains commentateurs n’excluent pas le fait que cette ressemblance implique aussi l’aspect corporel. Idée que nous retrouvons en Ezéchiel 28, 12 où le premier homme est « parfait en beauté ».

Dans l’autre récit de création, la double origine de l’humain est très claire : nous sommes issus de la poussière de la terre et animés du souffle divin. Mais être issus de la poussière de la terre ne veut pas dire que le corps est fait d’une matière qui ne vaut rien. Ainsi, cette dernière a été interprétée comme un matériau noble. Certains y voient « la partie la plus pure de la terre ».

Le théologien Jean-Claude Larchet nous rappelle que certains Pères de l’Eglise y voient « la marque de la puissance de Dieu capable de former un être aussi complexe que l’homme à partir de presque rien » ou « le fait que l’homme porte en lui les divers éléments de base à partir desquels sont constitués tous les êtres de l’univers, Dieu faisant ainsi de lui un microcosme récapitulant et unifiant l’ensemble du monde créé dont il est l’être le plus achevé. »

Dans les récits de la création, nous voyons combien notre corps est digne, et non pas juste un véhicule un peu encombrant avec lequel il faudrait composer. Avec le psalmiste, (Ps 139, 13-14), nous pouvons nous extasier devant lui :

« C'est toi qui as produit les profondeurs de mon être, qui m'as tenu caché dans le ventre de ma mère.

Je te célèbre, car j'ai été fait de façon merveilleuse. »

Venons-en maintenant au Nouveau Testament. Le corps est présent comme lieu de révélation, tout au long de l’Evangile : l’incarnation, la transfiguration, le corps crucifié, puis glorifié, sont une manière d’exprimer le mystère de l’identité de Jésus. Jésus qui tout au long de son ministère, nous le voyons dans les récits de guérison, prend soin des corps. La venue du Royaume de Dieu est concrétisée par des corps rendus à la santé et à leur dignité.

Dans nos pratiques cultuelles, comme dans le Nouveau Testament, le corps est mis en mouvement : le baptême et la cène sont des signes visibles de la vie de l’Esprit… Le chant et la prière nous permettent aussi d’exprimer notre foi par le corps.

Ainsi, dans les textes bibliques comme dans notre vie cultuelle, le corps a une place importante, car c’est à travers lui que nous sommes en lien avec Dieu. Il devient lieu de rédemption, lieu qui abrite l’Esprit Saint, ce souffle qui nous inspire, nous anime et nous libère. En 2 Corinthiens 3, 17, nous lisons :

« Or le Seigneur, c'est l'Esprit ; et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous qui, le visage dévoilé, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire ; telle est l'œuvre du Seigneur, qui est l'Esprit. »

On voit ici que chez Paul, la gloire a un lien avec la splendeur, la beauté la lumière divine et le rayonnement.

Notre corps n’est pas appelé à rayonner de la présence de Dieu et à être « temple de l’Esprit » seulement quand nous sommes au temple ou en prière. Cette conscience de la dimension spirituelle de notre corps peut nous accompagner dans la vie quotidienne, dans chacun de nos gestes et de nos mouvements.

Je suis convaincue que creuser cette dimension spirituelle nous permet de nous réconcilier avec le corps que nous sommes, de vivre pacifiés avec ce corps qui parfois nous fait si fortement ressentir les limites de notre humanité. Ainsi en est-il du corps blessé, du corps malade, du corps vieillissant… La vie intérieure, l’ouverture à l’Esprit Saint, permettent d’apprivoiser notre vulnérabilité. Ainsi même si notre corps-temple est un peu délabré, il n’en reste pas moins qu’il peut toujours abriter cette énergie divine, cet Esprit. Et cette vie de l’Esprit peut renouveler nos forces physiques et mentales, et même soutenir des processus de guérison.

Si la vie dans l’Esprit permet de pacifier le rapport à notre propre corps, je pense qu’il permet aussi de pacifier notre manière d’être au monde. Si nous vivons dans la conscience que nous sommes responsables de notre corps, appelés à le respecter, alors ce respect va s’ouvrir aussi aux autres et à l’ensemble de la création. Si je prends soin de moi, je peux alors prendre soin de l’autre et vivre une affectivité et une sexualité épanouissante. Si je prends soin de mon écosystème corporel, je prends soin des autres écosystèmes… Aujourd’hui, nous savons bien que nos choix alimentaires ont un impact sur la création et que manger bio ou renoncer à la viande peut être un acte militant ! Prendre soin du corps que nous sommes permet de prendre soin de tout ce qui nous entoure…

Ainsi, « glorifier Dieu par notre corps », c’est peut-être - simplement - habiter notre corps de manière libre et responsable, heureux d’en jouir sans le détruire.


Marie Cénec, pasteure
Marie Cénec, pasteure

Née en 1975 à Strasbourg, Marie Cénec fait ses études de théologie à Strasbourg et à Genève. Après s'être spécialisée en Nouveau Testament, elle entame une formation pastorale à Genève qui lui permet de découvrir le ministère pastoral en milieu hospitalier et de s'initier à la formation d'adultes.

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Pendant 6 ans, elle a été pasteure à l’Espace Fusterie un lieu au centre ville de Genève où étaient organisés moments de prières et de méditations, expositions, spectacles, concerts et conférences.

Elle est actuellement pasteure au centre ville de Genève et assure un travail paroissial classique.

Elle co-organise les rencontres « Un auteur un livre » (unauteurunlivre.ch)

En 2013, elle publie un recueil de méditations, « C’est tous les jours dimanche » aux Editions Salavator.

De 2011 à 2015, elle tient une chronique mensuelle dans La Vie Protestante.

En 2017, elle participe à deux ouvrages collectifs, « La Passion du Verbe » écrit avec Brigitte Fossey et Catherine Salviat (Onesime 2000) et « Faire la paix avec la terre » (Jouvence).

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