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Et Dieu dans tout ça ? Quelle place pour le religieux dans un monde en perte de sens?

Cathédrale St-Pierre à Genève (1/3)
Diffusé sur Espace 2 le 11-09-2016
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Comment en ce jour du 11 septembre, quinze ans précisément après les attentats de New-York ne pas s’interroger sur la place du religieux dans notre société? Jésus, à l’origine de la plus grande religion dans l’histoire, n’a-t-il pas été paradoxalement mis à mort pour avoir osé critiquer les dérives de la religion?

C’est étonnant de constater qu’on a probablement jamais autant parlé de religion qu’aujourd’hui, dans une société pourtant sécularisée. Mais quelle place laisser aujourd’hui à la religion, à la recherche de Dieu? Cela a-t-il encore du sens?

(LireLaSuite)

Ce culte de début d’année scolaire marquera l’accueil des nouveaux catéchumènes de notre paroisse qui, à quinze ans, vont durant deux ans cheminer jusqu’au baptême ou à la confirmation. Ce matin, symboliquement, ils vont recevoir leur Bible.


Prédication : Emmanuel Fuchs, pasteur

Co-célébrant : Emma Van Dorp

Organiste : François Delor

Présentation : Michel Kocher

Prédication

Et Dieu dans tout ça ? Quelle place pour le religieux dans un monde en perte de sens?

Je pense que vous avez tous déjà fait cette expérience, peut-être quand vous étiez plus jeunes, de faire un puzzle et alors que vous êtes presque au bout, vous vous rendez compte qu'il vous manque des pièces, que votre jeu n'est pas complet. Que c'est frustrant !!! On n'a pas l'image complète...

Marc, chapitre 2 , versets 13 à 16
Marc, chapitre 2 , versets 23 à 27
Marc, chapitre 3 , versets 1 à 6

La vie, c'est aussi un peu comme un puzzle que l'on construit petit à petit, avec toutes sortes de pièces. Aujourd'hui, pour comprendre ce monde dans lequel nous vivons, il nous faut beaucoup de pièces différentes, car le monde est complexe. Par exemple, si quelqu'un ne parle pas l'anglais, si quelqu'un ne maîtrise pas un tant soit peu les outils informatiques, ce sont autant de pièces qui vont lui manquer dans son jeu.

Mais il y aussi une pièce importante, un peu comme ces pièces du bord dans un puzzle qui permettent ensuite d'assembler les pièces du centre (qui donneront l'image), c'est la question religieuse. D'abord, parce qu'on ne peut pas comprendre l'histoire, la géographie, la politique, l'art, la littérature, notre culture et j’en passe si on n’a pas un minimum de connaissances en matière de religion ; mais aussi parce nous vivons dans un monde où cette question est désormais omniprésente.

Alors qu’il y a quelques années encore, on aurait pu penser que la religion pouvait être réduite à une question privée ou personnelle, aujourd'hui, force est de constater que la religion est plus que présente dans l’espace publique ; pas un jour en effet sans qu’aux nouvelles, d’une manière ou d’une autre, la question resurgisse et pas toujours pour les bonnes raisons hélas. Elle peut être instrumentalisée à des fins politiques (il n’y a qu’à penser à l’initiative sur les minarets ou celle sur la burqa) ou réduite à la caricature et enflammer les réseaux sociaux.

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Que des pratiques vestimentaires différentes posent par exemple question, soit, mais de voir les politiques s’emparer de la question de la taille des costumes de bain comme si c’était la question la plus urgente dans notre société où le chômage fait des ravages, où les disparités entre pauvres et riches s’accroissent, où le dérèglement climatique ravage la planète, où les migrants meurent par milliers à nos portes… c’est bien le signe que notre monde marche sur la tête et qu’il a de la peine à appréhender à sa juste place la question de la religion.

Si l’on veut comprendre le monde dans lequel on vit et surtout si l’on ne veut pas être dépendant de ce qu'on nous dit et se faire avoir par des discours simplistes ou populistes, il est plus qu’indispensable de s’intéresser à cette question et de se faire sa propre opinion. En effet, il y a beaucoup de personnes qui, dans le domaine de la religion, ont des discours très simples, trop simples et souvent même, je dirais, dangereusement simples et qui profitent souvent soit de la naïveté, soit de l’ignorance des personnes pour les prendre dans leurs filets.

C’est ainsi que j’ai souvent l'impression d'être personnellement pris entre deux feux : il y a d'un côté ceux qui critiquent toute forme de religion en associant immédiatement toute conviction religieuse à de l'intolérance. Pour eux, il est impossible d'être croyant et en même temps tolérant. La religion appartiendrait au passé, et il faudrait la limiter, la canaliser le plus possible et l’interdire dans l’espace public. Et il est vrai, il faut bien le reconnaître, que de l’autre côté, l'image que donnent de la religion certains croyants ne fait pas forcément envie ; elle fait même peur quand on voit ces personnes qui, au nom de leur foi, sont prêtes à la violence, à l'intolérance, au fanatisme en prétendant être les seules à avoir raison ! Cette religion-là, d’où qu’elle vienne, il faut la combattre et s'en démarquer absolument. Et le plus grand défi pour les trois grandes religions du Livre que sont le Judaïsme, le christianisme et l’Islam demeure, me semble-t-il, la question de la vérité et de l’interprétation, en reconnaissant que la Parole de Dieu n’est jamais immédiate. La Bible est témoin d’une culture, d’une langue et d’une époque et il est important de faire ce travail d’interprétation pour découvrir ce que Dieu veut nous dire dans notre réalité d’aujourd’hui. C’est ce que Jésus fait déjà lui-même quand il interprète la règle du sabbat pour en retrouver la vraie valeur contre ceux qui en avaient dénaturé le sens. Et c’est toute la question pour les musulmans d’aujourd’hui (comme pour les chrétiens qui voudraient lire la Bible à la lettre) : arriver à oser interpréter pour retrouver la richesse de cette parole dans notre réalité du 21e siècle.

La foi ne peut pas aller en effet sans la raison, sinon elle devient abrutissement, dogme, fanatisme. Une forme d’asservissement qu’il faut combattre. On le voit dans l’histoire qui est hélas pleine de sordides épisodes, dans toutes les religions, où l'on a tué en voulant rendre un culte à Dieu ! Et les attentats horribles de cette année l’ont encore montré avec effroi. C'est là probablement la pire dérive possible du religieux. Quand les hommes veulent se prendre pour Dieu ou utilisent Dieu pour asseoir leur pouvoir. C'est la loi de tous les fanatiques qui sont si certains de posséder la vérité qu'ils veulent l'imposer à tout le monde, quitte à le faire par la force ! Mais quand on prétend posséder la vérité, on ne peut être certain que d'une seule chose : c'est d'être dans l'erreur !

Mais ce que j’aimerais vous montrer c’est que la religion, « faire du caté », lire la Bible, c'est tout sauf ça ! Ce n'est certainement pas avoir réponse à toutes les questions. On ne peut avoir de corrigé pour le caté (comme pour les maths) avec les uniques réponses possibles aux questions posées ! Croire, partir à la recherche de Dieu, comme je le dis volontiers, ce n'est pas avoir les réponses aux questions, c'est bien plutôt savoir se poser les bonnes questions (sur le monde, sur Dieu, sur ma vie, sur ma relation aux autres, sur le sens et l'origine des choses, sur le Bien et le mal, le bonheur et la souffrance, la vie et la mort, etc.). Des questions qu'on a inévitablement en soi à un moment ou à un autre, qu’on soit croyant ou non du reste. Partir à la découverte de Jésus-Christ, c'est ouvrir son esprit à une dimension nouvelle, c'est élargir sa perspective.

Et ce qu'il y a peut-être de plus étonnant et de particulier avec la foi chrétienne, c'est qu'elle s'est précisément construite sur la critique même de la religion. Je m'explique. Jésus est mort en effet d'avoir osé critiquer la religion. Regardez l'épisode que nous relate le texte que nous avons entendu ce matin. Il se situe tout au début de l'évangile. Jésus a à peine commencé son ministère que déjà on cherche à le faire périr car il dérange. Le sabbat, le jour de congé pour les juifs, était au centre même de la pratique religieuse, c'est vraiment quelque chose de très important et tout juif se devait d'observer ce sabbat. Jésus ne remet pas cela en cause, bien loin de là, mais il en remet en cause la compréhension qu'on s'en faisait. Le Dieu que Jésus vient servir et annoncer ne cherche qu'à aimer, à être attentif aux plus faibles, aux plus petits et ne cherche surtout pas d'abord à imposer son pouvoir. Ainsi, le sabbat est donné à l'être humain pour qu'il puisse se reposer, pour qu'il puisse profiter de la beauté de la création, qu'il puisse louer Dieu ; d'aucuns en avaient fait une prison où on ne pouvait plus rien faire, même plus le bien ! On critique Jésus parce qu'il a osé opérer une guérison le jour du sabbat, ce qui serait contraire à la religion ! Jésus leur répond que si au nom de la religion on ne peut pas faire le bien, c'est que la religion a tort, car Dieu toujours veut faire le bien !

Jésus vient toujours et aujourd'hui encore bousculer notre image de Dieu, et Jésus est radicalement irrécupérable par tout système religieux. Ce qui est drôle, c'est que notre religion s'est construite sur les paroles d'un homme qui a profondément contesté les institutions religieuses de son époque. C'est pourquoi faire du caté, se mettre à l’écoute de l’Evangile, ce ne sera jamais entrer dans un moule. Ce n'est pas vous obliger à croire ce qu'il faudrait croire, c'est au contraire apprendre à réfléchir, élargir son champ d'esprit.

Alors oui, il faut fuir la caricature que donnent de la religion certaines personnes ou institutions, mais il faut savoir aller à la rencontre de personnes qui possèdent en elles un véritable trésor, car la religion, c’est aussi et il ne faut jamais l’oublier, la religion de millions d'hommes et de femmes qui, au nom de leur foi, font bouger les choses et changent la face du monde. Je vous promets que s'il n'y avait pas ces millions d'hommes et de femmes qui chaque jour font du bien autour d'eux dans des grandes choses ou des petites choses (ici ou au loin), le monde serait bien plus terne ! Certes, les croyants n'ont pas le monopole des bonnes actions (et heureusement pas), mais beaucoup de chrétiens trouvent dans leur foi, dans leur relation à Dieu la force et l'espérance pour tenter de transformer notre monde en un monde plus juste... et ce n’est pas le travail qui manque !

N'est-ce pas étonnant, intriguant de constater que depuis 2000 ans des personnes aux quatre coins du monde, dans toutes les langues, dans toutes les cultures et dans toutes les classes sociales, de tous âges continuent jour après jour de se laisser interpeller par les paroles de Jésus, ce Jésus qui n’a rien écrit, qui est mort crucifié comme le dernier des rejetés ? Toutes ces personnes sont-elles naïves, folles ? Ou ne serait-ce pas plutôt le signe qu'il y a là peut-être quelque chose d'unique à chercher...

Voyez-vous : on ne devient jamais croyant parce qu'on a lu des bouquins compliqués, je crois bien plus qu'on peut devenir croyant quand, sur notre route, on a eu la chance de rencontrer des personnes qui avaient en elles ce quelque chose de mystérieux, ce quelque chose de plus qui donne du sens et de la profondeur à la vie. A vous qui avez quinze ans et qui acceptez de commencer un parcours de découverte de l’Evangile, j’aimerais vous dire que vous avez de la chance, que ce que vous allez vivre est précieux et que jamais je ne voudrais faire de vous mes clowns qui devraient croire ce que je crois, mais j'ai envie de vous faire envie pour que vous découvriez par vous-mêmes que le Dieu de Jésus n'est pas le Dieu de ceux qui prétendent avoir raison ou qui veulent par la force faire taire les autres, mais qu'il est le Dieu qui aime ! et aime seulement. Jésus a cassé toutes les images de Dieu pour nous en offrir une nouvelle : celle d’un Dieu proche de nous, désarmé et désarmant.

Jésus a vécu notre vie jusqu’au bout. Il est mort pour nous offrir une vie nouvelle. Il est venu pour te dire que tu es accueilli, pardonné, aimé comme tu es. Et ça, ça change la vie quand on le découvre. Non pas un Dieu puissant, non pas un Dieu qui peut suffire à lui-même, mais un Dieu qui cherche toujours et encore à faire avec alliance avec nous, et pas seulement avec l'humanité en vrac, mais avec chacun d'entre nous. Finalement, le seul but du caté, ce n'est pas découvrir qui est Dieu ou d'avoir la réponse ultime à toutes nos questions, le seul but du caté, c'est de découvrir que Dieu me connaît déjà et qu'il m'aime, que je peux ainsi compter sur lui, tout le reste c'est du détail... Le seul risque que nous prenons en partant à sa découverte c'est d’être changé et de mettre plus de sens dans notre existence.

Amen.


Emmanuel Fuchs, pasteur
Emmanuel Fuchs, pasteur

Après des études de théologie aux universités de Genève et Birmingham (GB), Emmanuel Fuchs a exercé le ministère en Angleterre, puis une douzaine d’années à Onex et quinze ans à Chêne (dans la région genevoise). Passionné par le ministère, il a toujours eu à cœur d’exercer un ministère de généraliste, un ministère de témoignage et d’attention à l’autre (des plus jeunes aux plus âgés, des distancés aux plus fidèles. Depuis 2014, il a été appelé à la présidence de l’Eglise protestante de Genève, un ministère qu’il partage avec son poste de pasteur dans la région du centre-ville et particulièrement à la Cathédrale St-Pierre.

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Marié, il est père de trois filles désormais adultes.

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