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Le blasphème contre le Saint-Esprit

Cathédrale St-Pierre à Genève (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 23-10-2016
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Il est peu de passages du Nouveau Testament qui aient autant tourmenté les chrétiens. Que recouvre exactement ce « blasphème contre l’Esprit saint »? Comment interpréter qu’il soit d’une gravité telle que Dieu ne puisse le pardonner? Que faire avec cette limite posée par le Christ à la miséricorde de Dieu?


Prédication : Vincent Schmid, pasteur

Co-célébrant : Chrislene Clara Boven

Organiste : François Delor

Présentation : Tristan Miquel

Prédication

Le blasphème contre le Saint-Esprit

« Je vous le dis en vérité tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes ainsi que les blasphèmes qu’ils auront proféré ; mais si quelqu’un blasphème contre le Saint-Esprit, il reste sans pardon tout le temps, il est coupable de ce péché sa vie durant ».

Marc, chapitre 3 , versets 22 à 30

Cette parole de Jésus est contradictoire dans les termes.

Elle commence par affirmer le salut universel. Tous les péchés et tous les blasphèmes seront pardonnés au genre humain, entendez vraiment tous les blasphèmes et les péchés présents, passés et à venir. Ce pardon total qui précède les péchés (ils seront pardonnés, le verbe est au futur) est l’essence même de l’Evangile.

Dans la même phrase, une limite est posée à ce salut universel, qui du coup cesse d’être universel. C’est ce que Jésus appelle le blasphème contre le Saint-Esprit. Sa pensée est difficile à saisir. Elle a tourmenté bien des chrétiens et fait couler beaucoup d’encre.

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Que peut donc désigner le blasphème contre le Saint-Esprit? Jésus annonce le pardon de tous les péchés sauf un. Si je comprends bien, cet unique péché est la clé de tout le reste, puisqu’il conditionne le pardon de Dieu.

Pour les Européens modernes que nous sommes, la notion de blasphème est largement tombée désuétude. En Suisse, il n’existe plus de loi réprimant le blasphème. A Genève, le dernier condamné à mort pour blasphème remonte à 1632. Désuet, le blasphème, jusqu’à l’attentat de janvier 2015 contre un hebdomadaire satirique qui marque le retour sanglant de cette notion devant nos consciences sidérées…

Il ne faut pas oublier cependant qu’en Occident chrétien, la répression du blasphème a duré fort longtemps, en terre catholique comme en terre protestante. Elle punissait les hérétiques, les apostats, les libres penseurs, les athées et les gens de mauvaise vie, puisqu’un mal-croyant était automatiquement considéré comme un voyou. Le blasphème consistait à exprimer un rejet de la foi commune.

Mais comment peut-on faire le choix conscient de rejeter le Saint-Esprit?

Déjà, entendons-nous sur les mots. Lorsque nous évoquons le Saint-Esprit, de quoi s’agit-il? De la manière dont Dieu agit dans le cœur humain. Du coup, l’Esprit est aussi difficile à définir que Dieu lui-même. Dieu est Esprit, lit-on chez Jean, qui ajoute: « Personne n’a jamais vu Dieu. » Nous voici dans l’embarras. Car personne n’a jamais vu l’Esprit non plus, personne ne sait à quoi il ressemble. Il est insaisissable, incernable et irreprésentable. Nulle Église ne peut en revendiquer la propriété. Le Christ le compare au vent qui souffle où il veut. Rien n’empêche alors que l’Esprit souffle sur des réalités situées en dehors de l’Eglise, pourquoi pas sur un athéisme providentiellement dressé contre des caricatures de Dieu ou contre des formes religieuses dégénérées. L’Esprit est impossible à domestiquer. Il est pour moi une sorte de visiteur imprévu.

Pourtant, le Saint-Esprit n’est pas du tout une abstraction fumeuse. On peut mesurer ses effets concrets dans la vie. Lorsque des conflits se résolvent, des malentendus se dissipent, des attitudes changent, des réconciliations s’opèrent, des guérisons se produisent, des actes positifs sont accomplis, chaque fois qu’il y a un progrès même minime dans l’humanisation de l’être humain, chaque fois que je m’améliore un petit peu, il est possible de dire que l’Esprit a soufflé. Cette puissance réconciliatrice est en nous, elle n’est pas sans nous (ce n’est pas un fantôme, elle a besoin d’un hôte) et elle ne vient pas de nous.

Le Saint-Esprit est la puissance de guérison, de réunion et d’inspiration qui traverse les hommes. Le réformateur Martin Luther a beaucoup insisté sur le fait que la tâche prioritaire de l’Église consistait à annoncer que cette puissance est à l’œuvre pour tous les pécheurs, donc pour tout le monde, et qu’il était de première importance que ceux qui l’entendent ne l’oublient pas afin d’en profiter. La mission première de l’Eglise, selon Luther, est la communication urbi et orbi de la rémission des péchés.

Je déduis de cette insistance du réformateur allemand le raisonnement inverse: il est en sens contraire possible que l’homme se détourne du Saint-Esprit. Il est possible qu’il refuse d’être atteint par lui et n’en profite pas. C’est de cela que parle Jésus.

Se pourrait-il, dans ces conditions, que le blasphème contre le Saint-Esprit désigne une attitude ? L’attitude d’un homme qui refuse de croire qu’une puissance de guérison, de réunion et d’inspiration existe et qu’elle soit efficace pour lui? L’attitude d’un homme qui n’admet pas que Dieu pardonne tous les péchés, vraiment tous?

Je reconnais qu’il y a quelque chose de choquant dans l’idée que Dieu pardonnera tous les péchés ! Nous préférons infiniment croire que les méchants recevront le salaire qu’ils méritent… et qu’ils grilleront dans les feux de l’enfer ! Cela nous paraît plus juste que cette affaire de pardon.

Examinons cela de plus près. Qu’est-ce pardonner ? Que faut-il pour que le pardon soit réel ? Il faut trois conditions. Un, il faut que je demande pardon, que je me repente comme le fils prodigue de la parabole qui «rentra en lui-même» avant de changer sa vie. Deux, il faut que ma demande soit entendue et reçue. Trois, il faut que le pardon me soit accordé et que je le sache.

A ces trois conditions, quelque chose peut être réparé. C’est pourquoi Luther estime capital que je sois pleinement conscient que Dieu me pardonne, quelle que soit la gravité de mes péchés. Si je l’ignore, si je refuse de le croire, si je m’en détourne, alors le pardon ne peut plus agir en moi. Il ne peut plus m’atteindre, je l’en empêche, je lui barre la route.

Il me souvient du cas de cet homme qui s’était donné la mort dans des circonstances tragiques. Il avait laissé une lettre stipulant expressément qu’il ne voulait aucun culte funèbre à sa mémoire parce que, écrivait-il, «Dieu ne me pardonnera jamais». Qu’avait-il fait, je ne l’ai jamais su. Peu importe, le blasphème contre le Saint-Esprit est quelque chose de cette nature.

En postulant «Je ne peux pas être sauvé », je me coupe du mouvement essentiel de Dieu envers le genre humain qui est miséricorde. Et comme Jésus m’en prévient, je reste sans pardon. Dans ce cas, le pardon ne me sert à rien. Si je n’en veux pas, il ne me sert à rien, c’est aussi simple que ça.

Je comprends de la manière suivante la parole du Christ que nous méditons : quiconque refuse le Saint-Esprit s’exclut lui-même du pardon. La condition finale du pardon est que je l’accepte pour moi-même. Que j’accepte d’être touché. S’il ne parvient pas à ma conscience, comme l’exigeait Luther, je ne l’intègre pas. Je reste enfermé dans mon désespoir. Et ce désespoir bloque l’action de Dieu. Il en sera ainsi tout le temps que je persisterai dans mon refus d’être pardonné.

Notons bien que tout ceci se passe dans l’existence présente. Jésus décrit un processus qui a cours dans l’aujourd’hui de ma vie. Nos traductions françaises de ce passage sont souvent ambiguës. On lit par exemple «Celui qui blasphème contre le Saint-Esprit se rend coupable d’un péché éternel, qui dure pour l’éternité». En réalité, la vie future n’est pas concernée dans ce passage. En grec, la langue du Nouveau Testament, c’est le même mot qui désigne l’éternité ou le temps d’une vie humaine… C’est dans le temps de la vie humaine que cela se passe.

Il est intéressant de découvrir ici une limite à l’action de Dieu. La limite à l’action de Dieu est le refus de l’homme. Dieu cherche l’homme, encore faut-il qu’en retour l’homme cherche Dieu. « Adam, où es-tu? Je me suis caché parce que j’ai eu peur… » Voilà tout le problème : J’ai eu peur... Dieu nous a choisis, encore faut-il qu’en retour nous le choisissions. Au refus de l’homme, Dieu n’a que sa patience à opposer. Son pardon est toujours offert, mais l’homme peut volontairement s’en détourner. Je peux « revenir à la peur » comme l’écrit l’apôtre Paul. Si je refuse l’Esprit de guérison, de réunion et de réconciliation, je m’enferme dans la culpabilité et donc dans la peur. Mon enfermement durera aussi longtemps que mon refus.

Gardons-nous pour conclure d’une classification simplette. C’est bien à l’intérieur de chacun de nous que l’être et le non-être se confrontent. Vous et moi sommes porteurs d’un manque d’être, d’une part de néant qui fait barrage au Saint-Esprit. Mais d’une part seulement.

Pouvons-nous interroger cette part? Nous pouvons choisir de sortir de la peur, comme jadis Israël est sorti de la maison de servitude.

Au fond, cette parole étrange du blasphème contre le Saint-Esprit est dans la bouche de Jésus moins une menace qu’un appel.


Vincent Schmid, pasteur
Vincent Schmid, pasteur

Philosophe de formation, Vincent Schmid fait partie de l'équipe pastorale de la Cathédrale de Genève. A l'aise dans tous les médias, il a collaboré à la réédition du Nouveau Testament Oltramare chez Gallimard, publié un bulletin du CPE sur la mystique de Pierre Jurieu et a produit un documentaire télévisé sur Sébastien Castellion, son ancêtre tutélaire, immense esprit du XVIe siècle. Membre du Comité de rédaction d'Evangile et liberté, il a rédigé plusieurs articles.

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A ses moments perdus, Vincent Schmid affectionne les voyages dans l'Himalaya (montagne, déserts et monastères bouddhistes).

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Commentaires

Commentaires

 
#2 Auditeur 02 09-11-2016 11:28
J'ai trouvé la prédication du pasteur remarquable.
 
 
#1 Auditeur 01 09-11-2016 11:27
J’ai été très touchée du message d’aujourd’hui.
 

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