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En pleine lumière

Temple de Malagnou (1/4)
Diffusé sur Espace 2 le 27-11-2016
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Une méditation orale sur le Jugement dernier, tryptique peint par Jérôme Bosch vers 1505 et conservé à l’Académie des Beaux Arts de Vienne, à partir d’Esaïe 9.


Prédication : Vincent Schmid, pasteur

Co-célébrant : Yvette Matta

Organiste : Didier Godel

Musiciens : Francesca Giarini, soliste

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

En pleine lumière

L’Avent qui débute ce dimanche est la période liturgique singulière ouvrant vers Noël. Avent signifie littéralement ce qui vient.

Esaïe, chapitre 9 , versets 1 à 6
Jean, chapitre 12 , versets 35 à 36

Demandons-nous ce que recouvre ce mot, puisque l’Eglise que nous formons se tient par définition dans le temps de l’après-venue du Christ…

Je partirai d’une rencontre, avec le tableau fameux tableau du peintre Jérôme Bosch, intitulé le Jugement Dernier. Récemment, j’ai eu le privilège de méditer longuement, à l’Académie des Beaux Arts de Vienne, devant ce triptyque. La mise en présence physique du tableau produit un effet bien supérieur à celui d’une simple reproduction. Il m’a inspiré ce que je vais vous dire ce matin.

Ce Jérôme-Hiéronimus Bosch, sur lequel on sait deux ou trois choses, a vécu et peint dans la seconde moitié du XVe siècle. On a des raisons de penser qu’en plus d’être un peintre, il fut également un théologien averti. En tout cas, il a su traduire avec pénétration étonnante le bilan spirituel de l’homme d’Occident à la sortie du Moyen Age.

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Force est de constater que ce bilan est sombre. Bosch peint un échec global de l’humanité.

En haut du panneau central, dans la bulle bleue du ciel, le Christ entouré de la Vierge et d’une poignée de rares élus juge les hommes, rendant à chacun selon ses œuvres.

Le panneau droit figure le paradis. C’est un paysage vaste et beau mais remarquablement vide. L’homme et la femme en ont été chassés sans espoir de retour.

Tout le reste du triptyque décrit les peines de l’enfer. Cela fourmille de monstres infligeant aux damnés des supplices raffinés, selon la liste méthodique des sept péchés capitaux. L’enfer est surpeuplé, toute l’humanité s’y retrouve.

La vision de Bosch est profondément pessimiste. Elle voit une humanité corrompue, qui a tourné le dos à la loi divine et condamnée à « boire le vin de la fureur de Dieu » comme il est dit dans l’Apocalypse. La question posée est: qu’est-ce que la venue du Christ change, si personne ou presque ne peut être sauvé ?

L’état intérieur du croyant est ici la peur de Dieu. L’homme de la fin du Moyen Age est hanté par une peur panique de Dieu. Il se croit damné et ne sait comment conjurer cette malédiction. Les intercessions de l’Eglise ne lui suffisent plus. Il a besoin d’une certitude aussi solide que le point d’Archimède.

A peu près à la même époque, le jeune Luther participe de cette crise existentielle à l’échelle d’une civilisation. Lui aussi se sent abandonné « au gouffre d’un désespoir horrible ». Pour en avoir le cœur net, il va se livrer à l’étude minutieuse des Ecritures avec le résultat que l’on sait. Il découvre ou plutôt redécouvre que le salut est gracieusement donné et que la foi seule est requise.

Le triptyque de Vienne permet de comprendre ce que cette redécouverte spirituelle a pu signifier pour les générations entre le Moyen Age et la Renaissance : une formidable délivrance. Ce Dieu qui faisait si peur apparaît désormais comme le Dieu bienveillant qui inspire par la foi la tranquillité du salut. Le Christ est celui qui sauve définitivement de la damnation.

Pour ceux qui entendirent cette prédication pour la première fois, ce fut un événement de l’ordre de l’Avent. Quelque chose de Dieu est venu à eux et a transformé de fond en comble leur situation dans l’existence. Pour eux, la prophétie d’Esaïe s’est accomplie : « Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort, une lumière resplendit ».

Imaginons maintenant un Jérôme Bosch contemporain qui s’attacherait à dépeindre le bilan spirituel de nos temps actuels.

Pour commencer, que le ciel serait vide. Plus de tribunal céleste, plus de jugement, rien que le vide. Dieu est mort ou presque. Il a quitté le centre pour vivoter dans la marge.

En lieu et place du paradis, peut-être verrait-on l’une ou l’autre des utopies sociales qui se sont succédé au dernier siècle. Un meilleur des mondes mais inaccessible, puisque l’utopie veut dire ce qui n’est nulle part…

Ou alors un parc d’attractions, composé des milliers de divertissements et autres jeux virtuels offerts par la société maternante pour nous divertir et détourner notre attention des sujets essentiels.

En revanche, pas de changement pour ce qui concerne l’enfer. Tout est à garder tel que Bosch l’a imaginé. A cette différence près qu’il ne s’agit plus d’un enfer situé dans l’au-delà, mais de la réalité de ce monde telle qu’elle transparaît dans l’actualité quotidienne. Un enfer dont l’action des hommes est en grande partie responsable.

Pour les habitants d’Alep, c’est l’enfer. Pour les migrants qui se noient avec leurs rafiots, c’est l’enfer. Pour les victimes du terrorisme, c’est l’enfer. Etc.

L’enfer est ce que devient un monde sans amour.

Comme son ancêtre, l’homme moderne est hanté par la peur. Mais ce n’est plus la peur de Dieu. C’est la peur de l’avenir. Aujourd’hui, l’avenir est plein de menaces. Les défis sont aussi inédits que gigantesques, la liste serait longue, et les repères manquent.

Il faut bien admettre que notre civilisation avance à l’aveugle. Elle tourne en rond, sans transcendance, sans espérance et sans vision. La preuve la plus éclatante est qu’elle se montre incapable de donner à ses enfants des raisons valables de vivre.

Or la prophétie d’Esaïe peut s’entendre aussi dans ce cas. Il y a une promesse de l’Avent pour les hommes de 2016.

Si vous êtes chrétiens, vous connaissez cette promesse. Vous savez de quel côté se trouvent les vraies ressources, puisque vous en vivez.

Croyez en la lumière afin que vous soyez des enfants de lumière.

Le Christ a annoncé et inauguré un nouvel état de l’être qu’il désigne dans cette parole par l’image simple de la lumière. Une lumière est allumée en moi et, désormais, il y en a suffisamment pour savoir où je vais, pour me tourner vers la vie et pour nourrir mon âme.

Ce surgissement de la lumière n’est pas un événement du passé, qui serait éteint depuis longtemps. Cela se répète dans la vie de chacun. Chaque fois que dans notre histoire collective ou personnelle cela se produit, c’est un évènement de l’ordre de l’Avent. Quelque chose de Dieu vient à nous.

Donc un changement intérieur dans la manière d’être et de voir est possible. Telle est l’expérience fondamentale qui fait de nous des enfants de lumière.

Immanquablement, ce changement intérieur aura des répercussions à l’extérieur.

Passer de l’obscurité au jour, de la peur au courage, de l’angoisse à l’espoir, du doute à la confiance, de l’agitation à la tranquillité, cela ne reste pas sans conséquence. On est comme remis sur ses pieds pour marcher d’un pas assuré.

Une manière plus classique de le dire est que l’Esprit de Dieu agit en l’homme. C’est notre ressource permanente. Dieu n’est pas un concept abstrait, une formule froide ou une hypothèse d’école, non ! Il est une grandeur vivante qui exerce son énergie en nous et qui transforme notre manière d’être et de voir. Il fait cela par une puissance en nous qui ne vient pas de nous.

Luther, que j’ai cité plus haut, pensait que l’histoire entière du monde ressemble à un accouchement. Or, disait-il, les sages-femmes savent bien que lorsque la tête de l’enfant est sortie du corps de la mère, tout le reste suivra par la suite. Il concluait que si nous voyons que Jésus Christ est la tête de l’histoire du monde, la fin sera bonne.

Ne tirons pas de cette comparaison un optimisme facile en décrétant naïvement que quoiqu’il arrive, tout finira par s’arranger. On ne peut pas balayer d’un revers de la main les tragédies de ce monde, que Luther ne sous-estimait pas. Entendons plutôt que l’homme est, sur son difficile et laborieux chemin, accompagné par une présence illuminative. Chacun peut s’y éclairer quand il ne sait plus où il va, ou s’y réchauffer quand il a froid. Ce moment est celui de l’Avent.

Et cette promesse personnelle est une promesse aussi pour notre civilisation entière.

Vous estimerez mon propos de ce matin présomptueux voire farfelu. En effet, que pèse-t-on, avec nos minuscules étincelles face à l’immensité des problèmes ? En quoi est-ce un début de solution ?

Peut-être. Mais dans les Ecritures saintes, tout commence et recommence toujours avec de minuscules et improbables étincelles. Abraham et Sara ont ri tous les deux de la promesse de Dieu. On sait ce qu’il advint.

Alors sans prétention, sans arrogance, à votre mesure et selon vos moyens, vous revient la belle tâche de répandre ces étincelles autour de vous .

On verra bien.

« Le monde est une fragile passerelle entre deux abîmes. Avance ! »

Amen.


Vincent Schmid, pasteur
Vincent Schmid, pasteur

Philosophe de formation, Vincent Schmid fait partie de l'équipe pastorale de la Cathédrale de Genève. A l'aise dans tous les médias, il a collaboré à la réédition du Nouveau Testament Oltramare chez Gallimard, publié un bulletin du CPE sur la mystique de Pierre Jurieu et a produit un documentaire télévisé sur Sébastien Castellion, son ancêtre tutélaire, immense esprit du XVIe siècle. Membre du Comité de rédaction d'Evangile et liberté, il a rédigé plusieurs articles.

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A ses moments perdus, Vincent Schmid affectionne les voyages dans l'Himalaya (montagne, déserts et monastères bouddhistes).

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