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A quoi faut-il résister au nom de l’Evangile ?

Temple de La Tour-de-Peilz (1/4)
Diffusé sur Espace 2 le 08-01-2017
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Une des grandes difficultés de la vie chrétienne tient à l’exercice de la liberté.

Comment exercer cette liberté en faveur de choix qui authentifient notre vocation de fils et de filles de Dieu?

Pour cette série de cultes, les paroissiens de La Tour-de-Peilz ont choisi quelques-uns des « 40 thèmes pour agir » publiées dans la brochure « Réformés ? Et alors ! ».


Prédication : Leila Hamrat, Pasteure

Co-célébrant : François Doleyres

Organiste : Sylvie Pagano

Musiciens : Nicolas Beaupertuis, saxophone

Présentation : Tristan Miquel

Prédication

A quoi faut-il résister au nom de l’Evangile ?

Une des grandes difficultés de la vie chrétienne tient à l’exercice de la liberté.

Luc, chapitre 4 , versets 1 à 13

Cette liberté que le philosophe Hegel qualifiait de « belle aptitude à être partout chez soi ». Oui, en qualité de chrétien, comment être partout chez soi ? Comment exercer notre liberté en faveur de choix qui authentifient notre vocation de fils et filles de Dieu ?

Le récit des tentations décrit remarquablement ce qui peut affecter nos existences humaines quand elles sont en proie à leur propre liberté. Notre liberté est confrontée à des tentations et doit mener des combats pour ne pas y succomber.

L’épisode des tentations du Christ occupe une place capitale dans le récit évangélique. C’est un épisode-charnière entre le baptême où Jésus peut entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur » et les débuts de son ministère.

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D’entrée de jeu, posons LA question. Est-il concevable que Jésus ait pu être tenté ? Sa nature divine affirmée au baptême n’exclut-elle pas cette idée ?

Penser cela, c’est non seulement priver Jésus de sa liberté, mais c’est surtout nous tricoter un Jésus qui a déjà succombé à la 3e tentation : « Si tu es le Fils de Dieu, tu ne risques rien, et surtout pas d’être tenté ».

Dans l’exposé de la filiation généalogique selon Luc, il est précisé que Jésus est fils d’Adam. Jésus-fils d’Adam, cela signifie que, comme tout un chacun, il s’inscrit dans la succession des générations, qu’il prend sa place dans la vulnérabilité humaine.

Le triple assaut qu’il subit au seuil de son ministère, n’est pas un simulacre. Il vit un drame intime bien réel. C’est là, pour Jésus, une situation de crise où il voit sa liberté de fils exposée à la possibilité de prêter son oreille à la mauvaise voix, de se tromper de voie, et finalement, de ne plus savoir vers qui se tourner.

Arrêtons-nous un instant au contexte de cet épisode.

40 jours / le désert

C’est un théâtre qui dit déjà beaucoup de choses. C’est un temps et un lieu qui exposent à la bousculade des instincts et des voix contradictoires. Un temps et un lieu de lutte ; un temps de discernement. Un temps et un lieu de gestation, comme une chance pour renaître intérieurement. C’est un temps et un lieu bibliques qui sont tout à la fois pédagogiques et cathartiques.

Au seuil de son ministère de Fils de Dieu, la liberté de Jésus-fils d’Adam va être exposée à trois paroles tentantes.

La 1ère parole vise la vulnérabilité créée par le jeûne, en proposant de transformer les pierres en pain.

La 2ème parole propose une domination sans partage sur tous les royaumes. Domination conditionnée à un geste d’allégeance radicale « Si tu te prosternes devant moi ».

La 3ème parole propose un saut dans le vide depuis le pinacle du temple.

Qu’y a-t-il de diabolique dans ces trois propositions ?

Autrement dit, qu’est-ce qui est de nature à diviser intérieurement l’homme Jésus ?

Nous relevons que chaque parole tentante s’adosse à une condition : si tu es le Fils de Dieu, si tu te prosternes…

Chaque parole tentante met Jésus au défi de prouver son identité de Fils de Dieu.

Si tu es
vraiment ce que la voix entendue lors de ton baptême dit que tu es, alors
prouve-le !

Nous entendons bien deux voix s’entrechoquer, celle qui déclare : tu es mon Fils, et celle qui, prétendant s’accorder à cette voix, murmure : SI tu es mon Fils.

Ce qui est en jeu, c’est de départager ces deux voix. De se décider pour l’une ou pour l’autre.

Le choix de Jésus est on ne peut plus clair. Pour lui, la voix qui propose de donner des gages convaincants de son identité de Fils de Dieu n’est pas celle d’un allié mais celle d’un adversaire. Oui un adversaire, car elle propose une confiance nourrie d’une satisfaction immédiate, facile et égoïste.

Un adversaire en ce qu’elle propose une confiance troublante. Une confiance qui invoque son statut de Fils de Dieu pour asservir et dominer.

C’est bien un adversaire qui le tente. Lui proposer d’enjamber sa condition humaine revient à le tromper grossièrement. C’est vouloir instiller en Jésus une confiance dénaturée.

Au désert et tout au long de sa vie, il n’y aura pour Jésus pas d’autre puissance que celle de l’amour. Pas d’autre élévation que celle de la croix. Le peuple peut l’acclamer ou le rejeter, seule la voix d’adoption qui a touché son cœur au baptême résonnera quelles que soient les circonstances.

C’est du Père et de lui seul que Jésus choisit de se recevoir et se laisser façonner.

Autrement dit, rien ne sera plus fort, plus déterminant que ce lien d’adoption, ce lien de filiation qui l’unit à son Père dans une gratuité d’adhésion.

C’est ce lien indéfectible qui plus tard assoira sa liberté.

C’est lui qui lui donnera de résister à la foule quand elle voudra le faire roi.

Il résistera aux autorités religieuses et politiques qui voudront le soumettre.

Il résistera aux prescriptions légales qui lui interdiront de guérir un jour de sabbat ou de s’inviter chez un collecteur d’impôts.

Il résistera à son ami Pierre qui voudra l’éloigner de la coupe.

Et enfin il résistera à tous ceux qui, le dernier jour, crieront : Si tu es le Fils de Dieu, descends de ta croix.

Au désert l’homme-Jésus aurait pu se tromper de voix.

D’autant que les paroles tentantes s’appuyaient sur des versets bibliques.

Sa lucidité, il l’a puisé dans les Ecritures. Dans la Parole de Dieu. La Parole méditée, éprouvée, assimilée et inspirée par l’Esprit.

Qu’en est-il pour nous tous qui sommes au bénéfice d’une parole d’adoption gracieuse qui nous établit fils et filles de Dieu ?

N’y-a-t-il pas des voix qui s’élèvent en nous pour nous éconduire, pour brouiller cette voix qui dit notre filiation ?

On pense naturellement à ces voix qui moquent le fait même de se reconnaître comme fils et filles adoptifs de Dieu.

Mais plus subtilement, il existe d’autres voix qui dénaturent cette filiation.

Ce sont les voix complices qui nous font souhaiter que Jésus incarne pour nous les paroles tentantes contre lesquelles il a lutté.

Par exemple qu’il soit un Fils de Dieu à la hauteur de son titre, capable d’intervenir, de combler nos besoins, d’exaucer nos prières.

Qui de nous n’est pas tenté d’attendre de façon impérieuse qu’il nous prodigue santé et prospérité.

Oui, il nous arrive de souhaiter que Jésus soit un Fils de Dieu qui, dans les traversées de désert que connaissent nos communautés aujourd’hui, multiplie les fidèles comme hier les pains.

Nous devons opposer une résistance à ces voix complices du trompeur.

Nous devons nous rappeler que le miracle de la multiplication des pains n’est pas l’effet d’un renversement des lois de la nature mais celui d’un retournement des cœurs.

Un retournement qui est provoqué par un geste de partage. Un geste simple mais qui produit une véritable contagion.

Nous devons opposer une résistance à ces voix tentantes en n’oubliant pas que la valeur de nos communautés de fils et de filles de Dieu ne dépend pas de leur taille, ni de leur nombre mais de la Parole d’adoption qui les fonde et les féconde.

La crédibilité et le rayonnement de nos communautés de fils et de filles de Dieu reposent sur la Parole qui les fait vivre et non pas sur le nombre de likes, de partages ou de pages vues comme nous y sommes accoutumés sur Facebook !

Au désert, Jésus a maintenu le cap de sa mission : être le Fils bien-aimé que Dieu a choisi, appelé sans avoir à prouver quoi que ce soit.

Cet épisode fondateur de la vie adulte de Jésus nous invite à vivre dans une confiance et une liberté sans compromis et sans complexe.

Une confiance et une liberté promises à un réenchantement.

Au sortir du désert, Luc nous dit que Jésus retourna en Galilée, avec la puissance de l’Esprit.

Dans nos déserts, Jésus qui nous a précédés nous accompagne…

Son compagnonnage au quotidien est une école de liberté intérieure.

Il nous permet de nous sentir partout chez nous.


Leila Hamrat, Pasteure
Leila Hamrat, Pasteure

Leila Hamrat est pasteure depuis juillet 1983. Elle a exercé son ministère successivement à Paris (ERF - 8 ans), à l’Eglise Protestante française de Londres (13 ans), à Paris 6 ans (EPUDF), à l’Eglise wallonne d’Utrecht (PKN – 2,5 ans), et est engagée dans l’EERV depuis avril 2013.

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