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Ecoute ! Dieu nous parle... Où ? Quand ? Comment ?

Temple de La Tour-de-Peilz (2/4)
Diffusé sur Espace 2 le 15-01-2017
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Dans la brochure « Réformés ? Et alors ! », les paroissiens de La Tour-de-Peilz ont choisi quelques-uns des « 40 thèmes pour agir ». Celui retenu pour ce dimanche accentue l'importante redécouverte de la parole par Les Réformes du XVIe siècle. Mais Où ? Quand ? Comment Dieu nous parle-t-il ?


Prédication : Jean-Denis Kraege, pasteur

Co-célébrant : Nicole Chavannes

Organiste : Sylvie Pagano

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Ecoute ! Dieu nous parle... Où ? Quand ? Comment ?

Chers paroissiens,

1 Rois, chapitre 19 , versets 9 à 18
Romains, chapitre 10 , versets 9 à 17
Jean, chapitre 1 , versets 1 à 18

Dans le cadre de notre série de prédications entamée début novembre sur des thèmes que vous avez vous-mêmes choisis et qui sont liés au jubilé de la Réformation, j'ai retenu pour aujourd'hui le problème posé par ce fait que le dieu des chrétiens, comme du reste celui des israélites et des musulmans, est un dieu qui parle. Où puis-je L'entendre me parler ? Comment puis-je savoir que c'est bien Lui qui me parle ? Puis-je résumer en une phrase ce qu'Il me dit ?

Cette importance de la parole de Dieu, les Réformes du XVIe siècle la redécouvrirent. En témoigne l'importance que prit à l'époque – et que garde aussi dans le protestantisme - le travail de traduction et de commentaire de la Bible. Le manifestent aussi l'important développement de l'imprimerie en terres protestantes à cette époque, le foisonnement des écoles où l'on apprend en particulier à lire pour pouvoir lire les Ecritures ou encore l'importance architecturale de la chaire dans les temples typiquement protestants.

De ce protestantisme qui centre tout autour de l'annonce et de l'écoute de la parole, nous ne sommes qu'avec difficulté les héritiers ! Nous avons, par exemple, de la peine avec les mots aussi longtemps qu'ils ne sont pas directement corroborés par des faits. Notre société dévalorise la parole au profit de ce qui est expérimentable. On donne de la valeur non seulement aux faits, mais aussi à tout ce qui est visible ou à ce qui est ressenti personnellement. Nous sommes tellement bien modelés en la matière par notre environnement qu'il est difficile de résister à pareille tentation !

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J'en ai fait personnellement l'expérience l'automne dernier. L'Orchestre de la Suisse Romande donnait une symphonie de Beethoven au Victoria Hall à Genève en faveur de « cartooning for peace », une fondation visant à défendre les dessinateurs de presse si facilement malmenés, incarcérés et parfois éliminés dans le monde actuel. Deux grands dessinateurs étaient présents, commentant la musique par leurs dessins : Plantu et Chapatte. Un grand écran présentait de près leur travail. Je confesse avoir regardé pendant tout le temps du concert les dessinateurs à l'oeuvre et ne pas avoir écouté la musique, sinon en quelques instants fort épars. La vue est bien plus développée que l'ouïe, le visuel que ce qui relève du langage.

Or Dieu a fait le choix de parler plutôt que de se montrer ! Personne n'a jamais vu Dieu, nous rappelle le prologue de l'évangile de Jean. Par contre, nombreux sont ceux qui prétendent l'avoir entendu. Et nous autres chrétiens affirmons de manière centrale que, Lui qui est parole, s'est fait homme. Il nous a parlé une fois pour toutes en Jésus de Nazareth. Tel est même l'élément central, essentiel, décisif du christianisme.

De plus, en faisant le choix de nous rencontrer par sa parole, Dieu a opté pour un medium qui incite à l'obéissance et à la confiance. S'il s'était fait voir à nous, il nous aurait incités à l'adorer, à l'admirer, à le considérer avec distance. Mais Dieu ne veut pas seulement que nous entretenions avec Lui une relation de confiance. Par sa parole, il CRÉE cette confiance. Seule la force performative de cette parole aujourd'hui humiliée peut susciter la foi. C'est ce qu'a bien vu l'apôtre Paul qui écrit aux Romains que « la foi naît de la prédication et la prédication, c'est l'annonce de la parole du Christ » (Romains 10,17).

Mais simultanément, en se rendant présent à nous par le verbe, Dieu maintenait cette distance qui Lui permet d'être reconnu comme radicalement différent de tout ce que nous connaissons. S'Il s'était donné à voir, Il n'eût été qu'un objet de plus dans notre monde. Dit autrement : il n'aurait été qu'une idole de plus. C'est ce que découvre le prophète Elie quand Dieu le rencontre sur l'Horeb-Sinaï. Dieu n'est pas identifiable à quelque réalité de ce monde que ce soit, si impressionnante et même si terrifiante soit-elle. Il se rend présent dans une « voix de silence » : une voix qui, pour être entendue, exige que l'on fasse totalement silence, que l'on fasse taire toutes les autres voix qui ne cessent de nous assaillir : voix intérieures, voix toujours plus nombreuses dans le monde qui nous entoure.

Le dieu des chrétiens est ainsi un dieu qui parle. Mais où puis-je entendre Dieu me parler ? Comment Dieu me parle-t-il ?

Il est, en effet, très facile d'avoir constamment le mot de parole de Dieu à la bouche. Mais, quand la Bible nous dit que Dieu s'adressa à Elie, comment celui-ci savait-il que c'était bien Dieu qui lui parlait ? Comment Elie pouvait-il aussi savoir que Dieu ne lui parlait pas dans le déchaînement de la nature, mais dans cette énigmatique voix de silence ?

Aujourd'hui on a facilement tendance à se dire que Dieu nous parle au plus intime de nous-mêmes. C'est ce qu'en terres protestantes on qualifie facilement de voix de la conscience. Mais quels critères avons-nous nous permettant de dire avec certitude que c'est bien Dieu qui nous parle ainsi tout au fond de ce que nous sommes ? N'inventerions-nous pas ou n'imaginerions-nous pas que Dieu nous parle et ne Lui ferions-nous pas dire ce qui nous convient ou ce que nous dicte notre subconscient ?

Il nous faut un critère. Chaque religion – et nous y reviendrons dans quinze jours – possède son critère. Pour l'islam, c'est le Coran dicté à Mohammed. Le critère du judaïsme, c'est la loi donnée à Moïse et plus largement les cinq premiers livres de la Bible hébraïque. Pour les chrétiens, c'est Jésus de Nazareth, sa vie, son enseignement et sa mort.

Les Réformes protestantes ont insisté sur le fait que cette révélation de Dieu en Jésus ne nous est accessible qu'en lisant les Ecritures. Elles représentent notre unique accès à la parole de Dieu dite une fois pour toutes en Jésus. Si nos traditions ne concordent pas avec le noyau de ce que nous disent les Ecritures, il nous faut abandonner nos traditions. Si nos expériences spirituelles entrent en conflit avec le cœur des Ecritures, il nous faut également les considérer comme inauthentiques.

Certes, personne ne peut prouver que Jésus est la parole que Dieu a dite une fois pour toutes à l'humanité. C'est là une question de confiance. Je ne puis que « croire » que tel est le cas. C'est même sur la base de cette décision que tout ce que nous pouvons par ailleurs dire de la foi chrétienne sera édifié.

Ainsi avons-nous un avantage certain par rapport à Elie. Nous pouvons déterminer si telle voix intérieure ou telle parole proférée par un autre humain est vraiment parole de Dieu ou ne l'est pas. Nous pouvons même relire l'Ancien Testament et déterminer si, par exemple, ce qu'il nous rapporte à propos de la présence de Dieu dans une voix de silence plutôt que dans le déchaînement des éléments naturels est compatible avec la parole que Dieu nous a communiquée en Jésus. Pour le dire brièvement, cela semble être le cas dans la mesure où, en Jésus, Dieu choisit les choses faibles de ce monde pour nous communiquer sa force (Cf. I Corinthiens 1 ; II Corinthiens 12).

Prenons un exemple pour montrer en quoi la vie et l'oeuvre de Jésus est pour les chrétiens critère de ce qui est parole de Dieu ou ne l'est pas. Imaginons qu'un grand malheur me touche et que soudain j'aie l'impression que c'est là une punition de Dieu. Ou bien un chrétien bien intentionné vient me dire : « Repens-toi car Dieu te punit pour une grosse faute que tu as commise ». Si je me réfère à ce que me disent les évangiles, je devrais absolument m'enlever cette idée de punition de la tête. Jésus a, en effet, dit très clairement, contre le principe de rétribution appliqué de manière très générale dans son monde ambiant, que les pèlerins galiléens dont le sang avait été mêlé par Pilate avec celui de leurs sacrifices n'étaient pas plus pécheurs que les autres Galiléens ou que les 18 personnes sur qui s'est effondrée la tour de Siloam n'étaient pas non plus davantage pécheurs que qui que ce soit d'autre à Jérusalem (Luc 13). Quant à cet aveugle de naissance rencontré par Jésus, ce ne sont ni lui, ni ses parents qui sont responsables de sa cécité affirme le maître (Jean 9).

Ces derniers éléments de réflexion nous incitent à nous demander si nous pouvons en une phrase résumer ce que Dieu nous a dit de manière fondamentale en Jésus de Nazareth.

A quoi se résume la parole de Dieu ?

Pour le déterminer, on peut partir du fait même que, s'il est vrai que Dieu nous a parlé en Jésus, c'est que nous avons une énorme importance à ses yeux et qu'il a voulu nous le dire. Il nous l'a même dit en se faisant un homme de rien. Il nous l'a dit en venant partager notre vie et notre mort à tous. Il nous l'a dit en partageant non seulement la vie des gens biens de son temps, mais aussi celle des exclus d'alors, même des condamnés à la pire mort alors inventée par les humains : la crucifixion.

Toutefois, en Jésus, Dieu nous dit non seulement que les humains en général ont une immense valeur à ses yeux, mais que tous nous possédons individuellement cette infinie valeur. Il le dit en nous rencontrant non dans une philosophie générale, non dans une sagesse, mais en un individu unique. Ce faisant, il nous dit que nous sommes personnellement uniques à ses yeux. Il veut entretenir une relation personnelle avec chacun de nous.

Plus encore : il rencontre tous les humains, y compris ceux considérés en son temps comme des vauriens : les prostituées, les collecteurs d'impôts qui pactisent avec l'occupant romain, les malades dont on pensait faussement qu'ils étaient coupables de leur maladie, une femme, qui plus est, étrangère, une femme adultère, ou une autre qui appartient à ces mauvais juifs qu'étaient les Samaritains, même certains membres de l'armée d'occupation et bien entendu deux condamnés à mort. Ainsi, qui que nous soyons, Dieu vient nous dire que personnellement nous avons une infinie valeur à Ses yeux.

Et Jésus développe encore cela dans son enseignement. Les ouvriers de la première comme ceux engagés 11 heures plus tard reçoivent le même salaire dans une petite histoire qu'il aimait à raconter. Tous ont même importance aux yeux de Dieu. Et de cela il nous faut tirer les conclusions pour notre relation à autrui. Chaque être humain ayant même valeur pour Dieu doit aussi avoir fondamentalement même valeur à nos yeux...

Or, tout ce que je vous explique sur ce qu'est tout au fond la parole que Dieu nous a dite à chacun en Jésus est synthétisé par Paul, repris entre autres par les Réformateurs. On peut le résumer en une formule : « La justification par la grâce seule ». Nous sommes justes, nous avons de la valeur aux yeux de Dieu indépendamment de ce que nous avons pu faire de bien ou d'affreux dans le passé, indépendamment des qualités qui sont ou ne sont pas les nôtre. C'est offert gratuitement, sans conditions préalables. A nous de vivre de tous les dons gratuits de Dieu ! Si je dis maintenant la même chose dans un autre vocabulaire, je puis aussi affirmer que ce que Dieu nous a fondamentalement dit en Jésus, c'est ce que nous rappelons chaque dimanche, à savoir qu'Il nous pardonne gratuitement nos péchés, ce qui fait que notre avenir est à nouveau ouvert.


Jean-Denis Kraege, pasteur
Jean-Denis Kraege, pasteur

Né en 1952, marié, père de quatre enfants, Jean-Denis Kraege a été pasteur à Pully-Paudex avant de prendre sa retraite. Auparavant, il a été pasteur à Paris, Cuarnens, Ormont-Dessus et Aigle.

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Docteur en théologie, il a enseigné occasionnellement à Montpellier et Neuchâtel. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages (Les pièges de la foi, Lettre ouverte aux évangéliques ; L'Ecriture seule ; Le procès du diable ; Vivre grâce à Dieu). Il collabore actuellement au site www.questiondieu.com et rédige un CD-ROM de catéchisme pour adolescents et adultes.

Jean-Denis Kraege est actuellement pasteur vicaire à La Tour-de-Peilz. Il a consacré une partie de son doctorat à l'analyse du Commentaire de Luther à l'épître aux Romains. Il vient de publier « Ne nous soumets pas à la tentation » (Cabedita) et « Espérer contre toute espérance » (Van Dieren).

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