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Passer d’une vie à l’autre : l’accompagnement spirituel en EMS

EMS Mont-Calme 1/1
Diffusé sur Espace 2 le 22-01-2017
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Souvent, l’entrée en EMS est une nécessité et non un choix pour le résident. Suite à un problème de santé, une chute, une incapacité à rester seul à la maison, le nouveau venu doit faire le deuil de son ancienne vie et s’adapter à une structure nouvelle. Les aumôniers jouent alors un rôle de soutien important tant pour le résident que pour sa famille. Ils sont également actifs auprès des personnes atteintes de troubles cognitifs. Comment aider à rester vivant jusqu’au bout ? Sabine Petermann a accompagné durant une journée Dominique Troilo et Valdone Kupsiene, aumôniers à l’EMS de Mont-Calme à Lausanne.

10h00-11h00 Célébration œcuménique en direct depuis l’EMS de Mont-Calme à Lausanne.

Prédication du pasteur Dominique Troilo sur le thème de l’amitié, à partir du récit de l’évangile de St-Jean sur la résurrection de Lazare (Jn 11, 11-44).


Prédication : Dominique Troilo, Pasteur

Co-célébrant : Laurent Duffner, Valdone Kupsiene, Vincent David

Musiciens : Chorale de la communauté Sant’Egidio, sous la direction d'Anna Maria Cruser, Florent Puppis, soliste, Kristina Kosmina, piano, Francesco Cito, guitare

Présentation : Sabine Petermann

Prédication

Passer d’une vie à l’autre : l’accompagnement spirituel en EMS

Quel type d’Ami le Christ est-il ?

Jean, chapitre 11 , versets 1 à 57

L’histoire de la mort de Lazare est dramatique. Bien sûr, tout se termine bien, mais cela n’enlève rien à l’intensité de ce qui a été vécu jusqu’à ce que le miracle se produise.

On dit souvent que c’est dans ce type de situation qu’on reconnaît les vrais amis. Alors, je vous pose la question : quel genre d’ami Jésus est-il ?

Vous avez remarqué… dans cet épisode, il y a quelque chose qui cloche dans l’attitude de Jésus et on le voit bien dans les reproches que les deux sœurs lui font : «Si tu avais été là, Lazare ne serait pas mort.» En d’autres termes : «Si tu avais été vraiment l’ami de Lazare, il ne serait pas mort maintenant.» Et certains Juifs qui assistent à la scène disent au fond la même chose : «Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que Lazare ne meurt pas ?»

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Mais parallèlement, on voit bien que Jésus a développé une profonde amitié avec cette famille. Il souffre avec eux, on le voit dans ses pleurs. Et c’est ce que reconnaissent d’autres Juifs : «Voyez comme il l’aimait !»

Oui, Jésus aime, mais il laisse faire les choses.

Vous connaissez l’expression : tel père, tel fils… Eh bien oui, Jésus ressemble à son Père. On affirme que Dieu est amour. Et parallèlement, on voit un monde qui se déchire, où les hommes se dévorent entre eux comme des loups, un monde où règnent la souffrance et la mort. Alors ce n’est pas sans raison que beaucoup disent : «Que fait votre Dieu, s’il est amour, ne pourrait-il pas empêcher tous ces drames ?»

Mais on peut aussi dire : Tel fils, tel père. Face aux drames de ce monde, Dieu ne fait pas le choix de la toute-puissance, au contraire, il pleure. Comment expliquer cela ?

Jésus va nous donner deux pistes :

- D’un côté, il y a le Père et le Fils, au verset 4 nous lisons : «La maladie de Lazare a pour but de montrer la gloire de Dieu et doit servir à donner gloire au Fils de Dieu.»

- De l’autre côté, il y a nous, voici ce qui est dit au verset 15 : «Je me réjouis à cause de vous de ne pas avoir été là-bas, parce qu’ainsi vous me croirez.»

C’est comme s’il nous disait que si Dieu intervenait toujours tout de suite, nous serions privés de quelque chose d’essentiel : la croissance.

Vous vous souvenez peut-être de l’époque où, quand on arrivait à l’EMS, on était entièrement pris en charge. D’abord, plus besoin de faire la cuisine, la lessive, le ménage, un véritable hôtel 5 étoiles. Mais le revers, c’était que je ne pouvais même plus prendre une aspirine sans avoir à m’en référer à l’infirmière. Depuis, on a pris conscience qu’une telle prise en charge rend les personnes encore plus vulnérables. Alors, on a cherché d’autres approches dont celle de Maria Montessori. L’une de ses affirmations est célèbre : « Aidez-moi à faire seul ». Ou si vous préférez : « Accompagnez-moi sur mon chemin de vie au lieu de faire à ma place. » Il s’agit de passer du « faire pour » au « faire avec ».

Il en va de même avec Dieu. Il n’intervient pas toujours tout le temps tout de suite dans notre histoire. Et dans l’épisode de Lazare, Jésus fait ce même choix. Pour preuve, il reste encore deux jours là où il était. Il laisse à la maladie le temps d’accomplir son œuvre. Entre le moment où les messagers des deux sœurs ont quitté Lazare et le moment où Jésus arrive enfin, une semaine a passé et Lazare a eu le temps de succomber et d’être mis au tombeau. Il est mort, et cela depuis déjà quatre jours. Lazare est en état de décomposition. On ne peut plus rien faire pour lui. C’est fini, bien fini.

Notez que tout cela ressemble un peu à certains aspects de nos vies. Il y a tellement longtemps que Dieu n’y a rien fait, qu’il y a des zones totalement mortes et même en état de décomposition. Ce sont des zones où l’on n’a peut-être même plus espoir de voir changer quoi que ce soit.

Pourquoi Dieu n’est-il pas intervenu ? Pourtant on l’avait prié. Il était au courant… Et Jésus de répondre : «Je ne suis pas intervenu pour que Dieu soit glorifié et pour que tu croies enfin.» Pour croître, il s’agit de croire.

Croire, ce n’est pas un exercice spirituel réservé aux religieux. D’ailleurs, c’est nous qui avons compliqué les choses, car croire c’est d’abord et avant tout faire confiance. Mais au lieu de cela, je cours, je consomme, je communique et la machine s’emballe, et je me perds.

C’est là que Jésus glisse une réflexion qu’il nous faut lire au verset 9 : «Il y a douze heures dans le jour, n’est-ce pas ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde. Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il trébuche, parce qu’il n’y a pas de lumière en lui.»

« Il y a 12 heures », c’est le temps de travail d’un ouvrier de l’époque. Symboliquement, c’est le temps de ma vie. Or, ce temps est suffisant pour y vivre tout ce que j’ai à vivre. Dans ce temps, si je regarde celui qui donne la lumière dans ce monde, c’est-à-dire Dieu, je ne trébucherai pas.

Malheureusement, notre agitation nous conduit à croire que nous aurons toujours le temps de tout faire. Alors, faute de faire ce que nous sommes appelés à faire aujourd’hui, nous repoussons à plus tard ce qui pourtant est essentiel ici et maintenant. Nous n’avons que 12 heures pour travailler, au-delà c’est la nuit, et la nuit ne permet pas de marcher, il n’y a pas de lumière.

Jésus est même plus pointu encore : «Il n’y a pas de lumière en cet homme.» C’est-à-dire que cette personne marche sans Dieu qui est la lumière du monde. Et ce temps où il marche sans Dieu ne sert à rien, car il trébuche.

Jésus secoue son monde, il cherche à leur ouvrir les yeux. Et pour leur ouvrir les yeux, il va jusqu’au point de rupture. Ici c’est la mort de Lazare, plus tard ce sera sa propre mort.

L’appel de Jésus est clair : «Renonce à vouloir marcher dans la nuit, car je te donne 12 heures, ta vie, pour marcher à ma lumière. Ta marche dans la nuit, hors de ma présence, ne conduit nulle part. Ne t’obstine pas, fais-moi confiance. Je suis ton ami, et je souffre de te voir ainsi. Car je désire ta croissance.»

Et il faut parfois que les choses aillent jusqu’au point de rupture pour qu’enfin nous placions notre confiance en Dieu et que quelque chose se produise.

La balle n’est donc pas toujours du côté de Dieu, mais certainement aussi du nôtre. Pourquoi vouloir nous passer de lui ? Parce que l’histoire de Lazare nous enseigne qu’en plaçant notre confiance en Christ, des miracles peuvent se produire. Des pans entiers de notre vie, qui étaient morts, peuvent ressusciter et reprendre vie.

La vie passe vite, c’est ce que me répètent les résidents que je visite. Oui, c’est vrai, mais elle n’est pas finie. Si on est ensemble ce matin, c’est qu’on est encore vivants. Nous sommes dans les 12 heures de la journée et des choses peuvent encore bouger. Le Christ nous invite à prendre le chemin de la croissance par la confiance.

Pour illustrer les propos de Jésus, j’ai choisi de vous présenter une icône vieille de 1500 ans environ. C’est l’image du « Christ et son ami ». Cette icône se trouve au Louvre, elle provient d’Egypte. Elle présente deux personnages côte à côte.

Le Christ est à droite, on peut l’identifier grâce à la croix qui est dans son auréole, et aussi par son nom, “Sauveur”, écrit en Copte. Il tient le livre des Evangiles.

A gauche se trouve Ménas. Qui est-il ? On sait que suite au décès de son père, il rejoint l’armée romaine à l’âge de 15 ans. Trois ans plus tard, l’empereur Dioclétien édicte de nouvelles règles de persécution contre les Chrétiens, alors Ménas décide de quitter l’armée pour consacrer sa vie au Christ. Après 5 ans de retraite dans le désert, il entre en confrontation avec le pouvoir en place, ce qui lui vaudra d’être mis à mort. Son martyre provoquera une vague de conversions sans précédent. Nous sommes vers l’an 300.

Ce que l’artiste a voulu exprimer, c’est cette confiance réciproque entre Jésus et son ami. Jésus est là tout près du croyant, et il passe son bras autour des épaules de son ami. Il ne l’abandonnera pas, il le protégera. Quant à l’ami, de sa main droite il montre le Christ, c’est en lui qu’il a placé sa confiance.

C’est un vrai rapport d’amitié, il n’y en a pas un qui domine sur l’autre, ils sont côte à côte et ont la même corpulence.

Le rapport avec le Christ n’est pas compliqué, c’est un rapport d’amitié, de respect mutuel et de confiance réciproque. Il n’y a pas d’échelons ou de montagnes à gravir, l’accès au Christ est direct, il est à côté, il suffit d’ouvrir la bouche et de lui parler. Et voici que ces deux personnages, avec leurs grands yeux nous regardent. Ils nous interpellent. Mais dans ce regard il n’y a rien d’accusateur, ils posent sur nous un regard bienveillant, nous appelant à vivre cette même communion d’amour. Jésus nous offre son amitié, ses larmes, sa vie. Il veut marcher à côté de nous, son bras sur nos épaules. Au fond, le Christ a un projet d’accompagnement pour chacun de nous. Et il le dit clairement :

«Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour» (Jean 15, 9-17).

Amen.


Dominique Troilo, Pasteur
Dominique Troilo, Pasteur

Dominique Troilo est né en 1961 à Orbe.

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Théologien et historien, il a publié entre autre la bibliographie scientifique de Pierre Viret. Président de l’Association Pierre Viret Suisse, il participe à la réédition des oeuvres du Réformateur (www.pierreviret.com).

Pasteur au service de l’Eglise réformée vaudoise, il est l’un des deux responsables de l’aumônerie du milieu de la santé, spécialisé autour de l’accompagnement spirituel dans les EMS.

Il a à coeur la valorisation de ce ministère, il est lui-même aumônier dans plusieurs EMS lausannois. Il est également président du Conseil cantonal de l’aumônerie oecuménique des EMS (www.aumonerieems.eerv.ch).

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