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N’y a-t-il vraiment plus ni homme ni femme ?

Cathédrale de Lausanne (3/5)
Diffusé sur Espace 2 le 26-02-2017
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Ce culte radiodiffusé s’inscrit dans le cadre d'une série de 40 prédications proposées durant le Jubilé de la Réforme à la Cathédrale de Lausanne et à Saint-François. Les thèmes renvoient à la brochure « 40 thèmes pour cheminer » (voir p. 36).


Prédication : Jean-François Ramelet, pasteur

Co-célébrant : Pierre Jacot

Organiste : Jean-Christophe Geiser

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

N’y a-t-il vraiment plus ni homme ni femme ?

C’est un fait ! Et c’est bien connu, on ne conteste pas les faits : l’égalité homme femme ça n’existe pas !

Genèse, chapitre 1 , versets 26 à 28
Galates, chapitre 3 , versets 26 à 29
Luc, chapitre 1 , versets 26 à 28

Dans la nature vous trouverez des chromosomes.

XY pour les hommes.

XX pour les femmes.

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Vous savez déjà ce que c’est qu’un chromosome ? Ce n’est rien un chromosome. C’est microscopique, à peine rien. Mais ça change tout.

On doit aux chromosomes, aux gênes, à l’ADN qu’il y ait de la différence, de la diversité dans la nature. Et heureusement ; sans différence, pas de vie !

Il n’empêche, s’il y a bien de la différence dans la nature, vous pouvez chercher longtemps : jamais vous ne trouverez l’égalité « homme – femme » : ça n’existe pas. Et pourtant, l’égalité entre les hommes et les femmes fait partie de ces valeurs que nous considérons comme incontournables, non négociables.

Si l’on tient aujourd’hui à l’égalité « homme femme », ce n’est donc pas parce qu’on l’a étudiée et observée en laboratoire, non, mais c’est parce que l’on y croit.

Tout comme on croit à l’amour. Tout comme on croit à la charité. Tout comme on croit à la justice. Autant de réalités qui n’existent pas non plus dans la nature.

Ce qui fait que l’humain est humain, c’est précisément qu’il n’est pas le produit et le jouet des seules lois biologiques et chimiques et génétiques qui le régissent.

Ce qui fait que l’humain est humain, c’est qu’au cours des millénaires, il a évolué plus par l’esprit, par la culture, par la foi que par de longs et lents processus d’adaptation génétiques et biologiques.

Nous pensons tous que l’égalité homme femme est une évolution récente ; nous la datons du siècle passé et nous avons tous en tête des noms et des visages de militantes : c’est que l’on a la mémoire courte !

Dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de la Galatie, Paul écrit ces mots déroutants : « il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. »

Des mots stupéfiants, impensables pour l’époque. Inouïs.

Ces mots, Paul les destine aux chrétiens de la Galatie, une région de l’Empire romain, située en actuelle Turquie. La Galatie, comme tout l’empire, est imprégnée par une culture et des institutions patriarcales. Dire qu’une société est patriarcale, c’est dire que l’homme est au centre.

Au centre de tout ! Au centre de la vie publique. Au centre de la vie religieuse. Au centre de la vie domestique et familiale.

Dans ce contexte, dans cet environnement, comment expliquer ces mots résolument décalés de Paul ?

Certes Paul cultivait - comme tout juif pieux - une haute considération pour la femme créée à l’image de Dieu, mais de là à dire : « il n’y a plus l’homme et la femme »… c’est littéralement inconcevable et déconcertant.

Aujourd’hui, ces mots semblent évidents, frappés au coin du bon sens. Personne ne s’étonne qu’on les prêche à la Cathédrale. Mais imaginez-vous un peu la tête des Galates !

«… il n’y a plus l’homme et la femme… non, mais des fois faudrait voir pour ne pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages »

Si Paul ose ces propos, c’est parce qu’il a été bousculé, bouleversé, chamboulé par la vie d’un modeste charpentier Galiléen : Jésus de Nazareth.

Le monde de Jésus était aussi un monde patriarcal, d’autant plus que Jésus venait d’un milieu rural, ses paraboles en témoignent. Le monde de Jésus est un monde masculin !

Dans les Évangiles, les hommes y sont omniprésents. On y croise, tout à tour, des pères et des maris. Des soldats et des rois. Des prêtres et des rabbis. Des brigands et des paysans. Des disciples. Des mecs, quoi ! Des gars et même des « fiers-à-bras » parfois, en veux-tu en voilà !

Le monde de Jésus était un monde viril ! Un monde où l’adultère de l’homme était toléré et celui de la femme condamné. Un monde où l’homme pouvait répudier sa femme, sans que la réciproque ne lui soit reconnue. Un monde où une femme qui avait ses règles était infréquentable.

Voilà le monde de Jésus !

Mais c’est au cœur de ce monde patriarcal, viril, que Jésus va accorder une attention inédite aux femmes. Nombreux sont, dans les évangiles, les textes de rencontres, de guérisons, de repas partagés où Jésus fréquente des femmes, et pas forcément les plus honorables aux yeux des hommes.

Dans l’antiquité, les maîtres spirituels, les philosophes, les sages s’adressaient presque exclusivement à des auditoires d’hommes et leurs disciples étaient des hommes. Si bien que la complicité et la proximité de Jésus avec les femmes étonnent et détonnent.

Jésus guérit de nombreuses femmes que l’on méprisait, d’autant plus qu’elles cumulaient les tares d’être femmes et malades et parfois étrangères. Jésus va rendre à ces femmes leur dignité.

Tiens ! La dignité ? Encore une réalité qui n’existe pas dans la nature.

La dignité, on y croit ou on n’y croit pas. Et Jésus croit fermement à l’égale dignité de l’homme et de la femme devant Dieu et il va faire en sorte par ses gestes, ses fréquentations, sa manière d’être que cela le soit aussi devant les hommes.

Les femmes le lui rendront bien cette attention bienveillante. Ce sont elles qui seront là, sous la croix, lorsqu’il y sera pendu et que les disciples auront disparu. Les femmes seront encore là au tombeau, alors que les hommes étaient reclus entre quatre murs, morts de peur.

Dans les Évangiles, le sexe dit fort n’est décidément pas à son avantage.

Cette attitude de Jésus à l’égard des femmes, va non seulement inspirer à Paul les paroles fortes que nous avons entendues, mais aussi influencer sa manière d’organiser les premières communautés chrétiennes. Dès le début, les communautés chrétiennes seront résolument mixtes : ça n’allait pas de soi.

Dès le début, on baptisera sans distinction et l’homme et la femme, et le garçon et la fille. Cela non plus n’allait pas de soi.

Dès le début, homme et femme partageront le repas du

Seigneur. Paul autorisera des femmes à conduire la prière communautaire. Et ses lettres conserveront le souvenir de femmes diacres (ministres) et probablement de femmes apôtres.

Les premières communautés chrétiennes, celles du moins qui seront influencées par Paul vont être des lieux de contre-culture, de rupture avec le patriarcat ambiant et dominant. Et l’on peut affirmer qu’à la suite du Christ, la pensée de

Paul va résolument changer les rapports « hommes – femme ». Osons le dire, notre culture et nos valeurs en portent encore les traces aujourd’hui.

Si, dans les premiers siècles de l’église, on dénombre autant de femmes martyres, de femmes canonisées, c’est parce que les femmes avaient trouvé dans les premières communautés chrétiennes des espaces de libération et d’émancipation de la tutelle patriarcale. Des espaces de respect et d’épanouissement.

Cette hardiesse. Cet esprit novateur. Cette fraîcheur des origines, hélas, ne dureront pas longtemps. Les Églises, leurs structures, leurs ecclésiastiques, seront vite rattrapés par les vieux démons du patriarcat. Et l’audace de Paul passera par pertes et profits.

Dans cette histoire, aucune église n’est à son avantage. Mais nous ne sommes pas ici pour refaire l’histoire ni pour distribuer des bons et des mauvais points. L’égalité «homme femme» en Occident est sur de bonnes voies. Elle exige encore notre vigilance. Mais aujourd’hui, il reste tant à faire ! Tant de dignités humaines, tant de justice sont encore à défendre, à préserver.

L’Évangile est une parole forte, plus forte que les lois et les processus de la nature. À nous de faire résonner cette parole dans notre monde. Saurons-nous le faire avec autant d’audace et de courage que Paul a su le faire jadis pour l’homme et la femme ?

Amen.


Jean-François Ramelet, pasteur
Jean-François Ramelet, pasteur

Consacré en 1987, Jean-François Ramelet a été pasteur à Longirod-St George-Marchissy jusqu’en 1992. Par la suite, il a poursuivi son ministère pastoral à Lutry, puis dans la région de la Paudèze, avec un accent catéchisme et jeunesse jusqu’en 2011. Depuis 2011, Jean-François Ramelet est responsable de « l’esprit sainf – une oasis dans la ville » en l’église Saint-François à Lausanne. « L’esprit sainf » poursuit deux axes : le spirituel et le dialogue entre théologie et culture contemporaine.

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