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Lève-toi et marche!

Cathédrale de Lausanne (4/5)
Diffusé sur Espace 2 le 05-03-2017
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Espace2

C’est à Jérusalem, près de la "Porte des Moutons" sous un des portiques du Temple, que Jésus a interpellé un homme paralysé. Aujourd’hui, nombreux sont les lieux où règnent des formes de paralysie qui immobilisent et emprisonnent. Le chômage, l’âge avancé, la maladie, la peur du lendemain, la marginalisation, l’angoisse de ne pas être à la hauteur sont sous bien des portiques. En quoi l'Évangile peut-il constituer une parole d'espérance pour y faire face?

Ce culte radiodiffusé s’inscrit dans le cadre d'une série de 40 prédications proposées durant le Jubilé de la Réforme à la Cathédrale de Lausanne et à Saint-François. Les thèmes renvoient à la brochure « 40 thèmes pour cheminer ».


Prédication : Virgile Rochat, pasteur

Co-célébrant : Isabelle Veillon

Organiste : Jean-Christophe Geiser

Musiciens : Julie Lafontaine, violon

Présentation : Michel Kocher

Prédication

Lève-toi et marche!

Lève-toi et marche !

Jean, chapitre 5 , versets 1 à 9
Actes, chapitre 3 , versets 1 à 10

Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire aujourd’hui, 2000 ans après ?

C’est une parole qui invite à la mobilité… et nous vivons dans un monde qui n’a jamais connu une telle mobilité. Mobilité physique (voyage partout dans le monde en un clin d’œil) et mobilité virtuelle, le monde est dans notre main…

C’est une parole de guérison… et que faire de guérison dans notre monde où la médecine est hyper performante et où la chirurgie relève et fait marcher de manière à peine imaginable il y a un siècle ?

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Ce sont de bonnes questions, n’est-ce pas ?

En fait, quand on y pense, tout va bien !

Nous avons tout, nous sommes en sécurité, nous sommes debout, mobiles… Heureux quoi!

Tout va bien, plus besoin de se faire souci. On est pris en charge, on est assurés d’être remis debout, tout roule, tout est parfait…

Pas besoin de la parole de Jésus, pas besoin de la Bible, pas besoin de l’Eglise et encore moins de la religion.

Mais est-ce que cela va aussi bien que cela ?

Pour nous Occidentaux au top du top, peut-être que oui, mais il y a quand même des drames : les diagnostics graves, les morts « injustes », et quand on gratte un peu : que de difficultés, que de blocages affectifs, de cécités psy, que d’incommunicabilités, de paralysies demeurent. Et pour le reste du monde, que d’injustices, de situations bloquées, que de drames horribles…

Chers amis,

Nous sommes quelque part dans une situation assez semblable à celle décrite dans le passage de l’évangile de Jean qui nous a été lu tout à l’heure :

Il y avait à Jérusalem, près de la porte des brebis, une piscine, plus exactement une citerne, un réservoir d’eau de pluie et peut-être une source. Cette piscine s’appelait (et s’appelle) encore : Béthesda. Béthesda, ce nom signifie « maison de grâce ou maison de miséricorde », ce qui revient au même. Ce lieu, si bien nommé, était un lieu de guérison. On nous dit en effet qu’il y avait là toute une foule de malades, aveugles, boiteux, impotents… une vraie cour des miracles, en fait simplement ce qu’on appellerait de nos jours un hôpital.

Pourquoi ces gens étaient-ils là ?

1. Il y avait une manifestation particulière qui rendait l’endroit extrêmement attractif. Un phénomène bizarre, une agitation de l’eau due peut-être à un souffle de vent ou à une dilatation due à la différence de température entre les deux bassins occasionnait un frémissement de l’eau. C’était interprété comme l’action d’un ange, et le premier des malades qui sautait dans l’eau en ressortait guéri.

On pourrait dire que tout était parfait. Que toutes les conditions étaient réunies pour que tous, un jour ou l’autre, puissent être guéris…

Tout allait bien ?

Pas vraiment !

Le texte nous dit : « il y avait là un homme infirme depuis 38 ans ». Notez tout de suite, un homme infirme, un « astenei ». C’est important, ce n’est pas un paralytique, c’est un asthénique (sans force) (ça aide à s’identifier), qui était là depuis fort longtemps… 38 ans. Ce chiffre, précis, n’a pas été mis là par hasard. Il a forcément un sens. Dans le premier testament, dans le Deutéronome, il nous est dit que le peuple d’Israël était resté 38 ans dans le désert depuis sa sortie d’Egypte jusqu’à son entrée en terre promise de manière à ce qu’aucun de ceux qui étaient sortis et avaient regretté d’être partis, n’entrent en Canaan.

Nous avons déjà là (et c’est la première cause), une des causes qui nous rendent sans force qui nous paralysent : la mémoire des traumatismes, le souvenir grinçant de ce qui a fait mal et qui empoisonne le présent, les vieilles querelles qu’on trimballe avec nous et qui s’inscrivent dans le corps… Dans nos vies, de manière consciente ou non, le ressassement du passé est névrotique et invalidant.

Mais continuons :

Quelqu’un qui était monté à Jérusalem pour la fête intervient, incognito. Nous, nous savons que c’est Jésus, mais l’infirme ne le sait pas (c’est la suite du texte qui nous le dit). Jésus donc, après avoir pris connaissance de la situation générale (il s’intéresse à nous), s’est approché de cet homme, s’adresse à lui : « veux-tu être guéri ? ».

Question bizarre au premier chef, vous en conviendrez. Devant un malade depuis si longtemps, poser cette question…

Pas si bizarre que cela pourtant. D’abord parce que Jésus ne veut rien faire sans l’assentiment de la personne (et encore aujourd’hui, il nous respecte infiniment !), et puis, il s’adresse à la volonté du « sans forces ». On est parfois tellement « asthénié » qu’on oublie qu’on peut vouloir bouger, vouloir en sortir, vouloir se prendre en main…

(La volonté de guérir est un facteur de guérison connu et répertorié !)

L’infirme est d’ailleurs « asthénié » aussi dans sa volonté, car il semble ne même pas entendre la question…

Il répond : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau commence à s’agiter ».

« Je n’ai personne ». Il arrive parfois (deuxième cause) que nos blocages proviennent du fait que l’on attend que ce soit quelqu’un d’autre qui agisse pour nous… et si on est seuls, on peut attendre longtemps…

« et, le temps d’y aller, un autre descend avant moi. »

Cette réponse montrant qu’il nous arrive même d’accuser les autres de nous empêcher d’accéder au mouvement… autojustification pour rester inactif ?

Mais voilà, il se passe quelque chose. Quelqu’un intervient dans ce bien nommé Béthesda : maison de la grâce. Il est lui-même la grâce, comment s’y prend-il ?

On l’a entendu, Il s’est renseigné sur le cas le plus difficile, puis il s’est approché de lui, il lui a permis de s’exprimer ! Première cause de guérison : pouvoir parler, verbaliser, mettre en mots et être écouté sans jugement…

Puis, comme si le chemin se trouve ouvert, il intervient, il s’engage et il dit la parole, la fameuse parole : « Lève-toi, (…) et marche ! ».

Lève-toi, c’est le mot de la résurrection (Jésus s’est relevé d’entre les morts). Sois vivant ! Sors de tout ce qui te retient et vis !

Et non seulement sois debout, mais marche, avance, bouge… reste en mouvement !

9 Et aussitôt l’homme fut guéri (…) il marchait.

Quel voyage ! Chers amis : de la maladie à la santé, de l’asthénie à la force, de l’immobilisme à la marche, de l’enfermement à l’ouverture

Jolie histoire, direz-vous ! Mais ça change quoi ? Ça change quoi pour nous aujourd’hui, en plein 21e siècle ?

Eh bien cela change beaucoup.

Mais avant de parler de maintenant, regardons ensemble ce que cela a changé au cours de temps.

Tout d’abord, très vite après : nous avons des traces de cette « mobilisation » quelques années après les événements de Vendredi Saint et Pâques, dans le si bien nommé livre des Actes des apôtres au chapitre trois. Deux disciples de Jésus devenus apôtres, Pierre et Jean, revivent le même scénario : après avoir été relevés eux-mêmes, ils remettent en marche l’infirme de la Belle porte du temple. Ils vivent « en actes » ce que leur maître faisait : Au nom de Jésus Christ, Marche ! et en un instant l’homme fut debout et marchait !

Puis au cours des temps : durant presque deux millénaires, les chrétiens se sont engagés au service de la santé physique et psychique : des maladières, des hospices, des dispensaires… au service de tous les asthéniés. Un petit indice ? On ne compte pas le nombre d’hôpitaux qui s’appellent Béthesda dans le monde… et qui ont été ou qui sont engagés pour faire vivre… (juste au passage, ce n’est que dans les années 60 du siècle précédent que les sœurs de St-Loup ont quitté les soins dans la majorité des hôpitaux romands qu’elles avaient contribué à fonder et à faire vivre !)

Mais nous, nous, maintenant.

Il y a d’abord nous. Nous et nos blocages, nos paralysies, nos asthénies personnelles, même dans nos pays tellement privilégiés. Tout ce qui nous empêche d’être vraiment humains, vivants et en marche…

Il s’agit d’abord de prendre conscience, prendre conscience de ce qui devrait être et voir ce qui nous empêche d’avancer. Relire nos passés, débusquer nos traumatismes, nos mémoires embourbées de vieux souvenirs bloquants. Regarder si nous voulons vraiment avancer. Cesser d’attendre que ce soit les autres qui fassent les premiers pas... ou les accuser de nous faire de l’ombre.

Comment ? En faisant précisément ce que nous faisons maintenant : en écoutant le Christ s’approcher de nous, nous écouter, et dire la parole sur nous : Lève-toi de cette situation bloquée… et sois vivant…

En entendant cette parole, quelque chose de la vie du Christ passe en nous…

Pouvoir entendre ou lire ce texte spirituel et y tisser celui de sa propre vie, avec ses blocages, ses peurs, ses difficultés et recevoir, comme directement dans son oreille, cette parole du Christ qui nous relève, et se laisser relever et mettre en marche…

Lève-toi et marche !

Si nous entendons (au sens fort) cette parole, elle nous remet debout et, dans l’élan, elle nous envoie à notre tour relever, mettre en marche (aimés pour aimer) : redonner de la force, débloquer les situations apparemment sans issues.

Une fois relevés intérieurement, il s’agit simplement de se mettre dans les pas de Jésus : de nous déplacer (intérieurement), d’aller voir dans les lieux où ça coince, se renseigner, chercher les causes des asthénies, des blocages de nos sociétés, et s’y atteler à notre mesure.

Et des blocages, il y en a ! Dans nos familles (les querelles familiales), dans nos quartiers (les solitudes de plus en plus marquées). Et tout ce qui concerne l’injustice Nord/Sud (actuellement la famine dans l’est de l’Afrique), ces multiples blocages institutionnels, administratifs, politiques… sans parler des injustices faites à la nature où tous les plans échafaudés (la COP 21) pour entrer dans la transition énergétique restent bloqués, soit parce qu’on les nie, soit parce qu’on ne veut pas le changement, soit parce qu’on attend que ce soit les autres qui commencent…

Sortir de la résignation : « Veux-tu guérir » ?

Sortir de la démission : ne plus attendre que ce soit un autre qui fasse !

En un mot : se mobiliser !

Oui, se mobiliser… C’est le mot juste dans notre cas !

C’est à une mobilisation pacifique que nous sommes appelés et c’est cette mobilisation qui rend concrète la parole du Christ chaque fois que nous nous laissons relever et que nous partons relever autour de nous !

« Lève-toi et marche ! ».

N’attends pas !

Amen.


Virgile Rochat, pasteur
Virgile Rochat, pasteur

Virgile Rochat est pasteur de l’EERV. Après un ministère en paroisse, il a assumé une aumônerie de jeunesse et de gymnases durant 8 ans, puis a été présent à l’aumônerie UNIL-EPFL 12 ans. Il a publié deux essais sur la crise des grandes Eglises, en 1994 et 2012.

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Il est actuellement pasteur à mi-temps à la paroisse de Chailly-La Cathédrale et à mi-temps dans un ministère régional à la rencontre des besoins et attentes spirituelles de nos contemporains.

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