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SOLA SCRIPTURA: ça donne quoi en français courant ?

Cathédrale de Lausanne (5/5)
Diffusé sur Espace 2 le 12-03-2017
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Lorsqu’on évoque ce qui différencie protestants et catholiques, on évoque souvent le rôle du pape, de la vierge Marie ou le culte des Saints. Or ces différences résultent toutes d’un seul principe: le rapport aux Écritures.

En affirmant le sola Scriptura, l’Ecriture seule, les Réformateurs choisirent de revenir aux sources et de ne tenir pour fondement uniquement ce qui se trouve dans la Bible. Mais est-ce si simple ? Et surtout, qu’est ce que cela peut bien vouloir dire aujourd’hui pour la foi et dans la vie quotidienne ?

(LireLaSuite)

Ce culte radiodiffusé s’inscrit dans le cadre d'une série de 40 prédications proposées durant le Jubilé de la Réforme à la Cathédrale de Lausanne et à Saint-François. Les thèmes renvoient à la brochure « 40 thèmes pour cheminer ».


Prédication : Virgile Rochat, pasteur

Co-célébrant : Edmond Vullioud et Camille Perrier Depeursinge

Organiste : Jean-Christophe Geiser

Musiciens : Chœur de la cathédrale de Lausanne, sous la direction de Jean-Louis Dos Ghali

Présentation : Michel Kocher

Prédication

SOLA SCRIPTURA: ça donne quoi en français courant ?

Qu’est-ce qui différencie les protestants des catholiques ?

Psaume, chapitre 119 , versets 103 à 105
2 Timothée, chapitre 3 , versets 16 à 17
Jean, chapitre 16 , versets 12 à 15

Voilà une question qui peut paraître bien maladroite, bien peu « politiquement correcte » pour commencer une prédication, radiodiffusée de surcroit !

Est-ce le moment de se poser cette question ? à l’heure de l’œcuménisme, à l’heure où précisément les différences s’aplanissent, et s’aplanissent avec bonheur !

Je réponds sans hésiter : OUI !

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Oui parce que c’est une question qui (hélas) se pose encore - la différence existe et elle pose question, et oui aussi, surtout, car c’est précisément la différence qui, si elle est accueillie et respectée, peut être une occasion d’enrichissements réciproques.

Qu’est-ce donc qui différencie les protestants des catholiques ?

Je vous raconte une petite histoire :

Voici bien longtemps, alors que j’étais pasteur dans un petit village du canton de Vaud et que je faisais les visites de classe dans les écoles, les enfants me posaient presque toujours la question : « M’sieu, c’est quoi la différence entre les protestants et les catholiques ? ». Désireux de mettre en avant le savoir de chacun, je retournais la question et les petits protestants me répondaient de concert : « On n’a pas le pape, on n’a pas la vierge, on n’a pas les Saints…» !

On n’a pas le pape, on n’a pas la vierge, mais on a quoi alors ?

Elles étaient bien en mal de répondre ces petites têtes blondes, et c’est vrai que ce n’est pas facile. C’est même assez subtil…

On peut bien sûr, comme on le fait généralement, rester en surface et décrire tout ce qui se voit : les catholiques ont Rome, le pape, les évêques et les prêtres; la vierge Marie et les saints, la liturgie et la décoration des églises… Les protestants ont peu de hiérarchie, des pasteurs, la prédication au centre du culte, des lieux de culte sobres...

Mais il existe un moyen bien plus simple et bien plus fécond de comprendre les différences, c’est de s’intéresser au fondement, aux origines, ce sur quoi se basent ces fameuses différences.

Eh bien, toutes les différences entre protestants et catholiques proviennent d’une seule origine : le rapport aux Ecritures, le rapport à la Bible, la manière dont on les lit, dont on les utilise, dont on s’y réfère.

Au XVIe siècle, les Réformateurs, Martin Luther en tête, ont voulu revenir aux origines, revenir aux textes fondateurs, aux évangiles, à la Bible.

Ce faisant, ils étaient parfaitement inscrits dans le mouvement de ce que l’on a appelé plus tard la Renaissance ; ils ont voulu remonter à cette période qu’on appelle l’Antiquité (du temps des Grecs et des Romains) pour corriger, redresser, épurer ce qu’était devenue l’église latine de la fin du Moyen Âge.

Si vous avez dans l’œil l’architecture du XVIe, avec ses frontons à colonnades et ses airs de monuments grecs ou romains, vous avez tout à fait l’esprit (en religion) de ce retour aux sources et de ce retour aux sources dans les langues de l’époque : L’hébreu et le grec.

C’est cette volonté de retour aux origines qui explique les différences entre protestants et catholiques, et le mot technique qui résume cela est : « sola scriptura », l’Ecriture seule.

Désormais, pour les Réformateurs, tout ce qui devait constituer la religion (et c’était une chose très importante à l’époque), à savoir la doctrine, les prières et la morale, devait trouver sa source dans la Bible !

C’est ainsi que l’on peut expliquer et comprendre les fameuses différences entre protestants et catholiques.

L’église du Moyen Âge, l’église latine faisait référence aux Ecritures et à la tradition (c’est-à-dire le pape et les Conciles) et les protestants feraient désormais référence aux Ecritures seules (sola scriptura).

C’est parce qu’il y a eu sola scriptura qu’il y a eu sola fide (la foi seule), sola gratia (la grâce seule), solus Christus (le Christ seul), ces fameux « soli » (seuls) qui sont les marques, les résumés, les slogans de la Réforme. C’est parce que Martin Luther, dans son couvent de Erfurt, a lu et relu les Ecritures, la Bible, qu’il a trouvé la paix intérieure et donné une place pareille aux Ecritures.

Voilà pour le côté historique (mais il faut toujours se méfier des récits historiques, ils sont toujours construits au bénéfice de ceux qui les racontent !).

Car, chers amis, ce n’est pas si simple !

D’abord, l’Eglise d’alors, l’Eglise indivise durant mille ans, puis l’Eglise latine, en faisant appel aux Ecritures et à la Tradition, ne faisaient quelque part que de mettre en pratique la parole du Christ : « l’Esprit Saint vous conduira dans toute la vérité », ce qui est une parole hautement biblique. En introduisant peu à peu les éléments nouveaux qui se présentaient, l’Eglise indivise a tenté de répondre aux questions et aux situations qui se posaient, et elle a fait un travail considérable dont on pourrait faire une liste que les prédications de toute une année ne suffiraient pas à décrire…

Ensuite, les protestants, en « refusant » toute « tradition » n’ont pas vu que l’Ecriture, la Bible elle-même, était déjà le fruit d’une tradition : « traditio = transmettre » et en acceptant le canon (le choix) des Ecritures aux 2e et 3e siècles, en acceptant aussi les premiers conciles, ils étaient en plein dedans…

Et finalement, on peut dire qu’ils ont recréé une tradition à eux… une tradition d’interprétation à nous ! Puisque nous sommes protestants…

Cela nous place quelque part dans une perspective semblable… Protestants et catholiques ! Nous provenons de traditions d’interprétations différentes, dans la mouvance de l’Esprit ! En enrichissement réciproque.

Et l’on ne peut pas ne pas citer ici l’immense retour aux Ecriture opéré par l’Eglise de Rome, lors du concile Vatican II ! Ce concile a remis à sa juste place la Bible et rendu sa lecture aux fidèles, ce qui lui a valu un renouveau biblique et spirituel considérable dans la suite des années 60-70.

La tradition (au sens le plus noble de transmission) n’est en fait que le déploiement des Ecritures au travers des siècles et leur application aux problématiques rencontrées autour des temps.

La question qui se pose dès lors pour tous les chrétiens (protestants comme catholiques), vous la voyez venir, c’est de savoir quel RAPPORT avoir ensemble aux Ecritures, à la Bible ?

Comment l’utiliser ? Comment y faire référence ?

Comment y retourner ?

Comment faire pour qu’elle soit une lampe à nos pieds, une lumière sur notre sentier, comme dit le psaume 119 ?

Comment faire pour qu’elle nous enseigne nous redresse et nous éduque dans la justice, comme nous le dit la 2e lettre à Timothée ?

Comment se laisser conduire par l’Esprit (Jean 16) ?

C’est là le véritable défi ! Et c’est là un véritable défi…

Les Ecritures sont un récit, un récit au sens des « Grands Récits » de l’humanité, à savoir ces trésors millénaires qui fondent des civilisations. Avoir un récit commun permet d’avoir une identité commune, de tenir bon en cas de crise, de pouvoir y faire retour quand la mémoire vient à flancher, de trouver des réponses à des questions… ceci aussi bien au niveau individuel que social et politique.

Toutes les civilisations ont des grands récits : comme les mythes grecs autrefois, les bouddhistes ont leurs sutras, les hindouistes leurs védas, les juifs leur thora, les musulmans leur Coran…

C’est important d’avoir une histoire commune, cela permet d’y faire référence lors de conflits. Ça réunit… mais ça divise aussi !

A l’heure où notre monde est devenu un village global, les grandes traditions peuvent (ou pourraient) se heurter, se confronter…

Et là, une lecture littérale, trop littérale de chacun pourrait contribuer à la confrontation… et le danger n’est pas petit, Daesh au Proche Orient, ou le vote évangélique des Américains lors des dernières élections a de quoi faire peur à ce sujet !

D’un autre coté (ou de l’autre côté), une lecture trop savante ou trop cérébrale pourrait décourager, voire éloigner… (une pierre dans notre jardin ?)

Une lecture moraliste, si elle existe toujours, va écraser, culpabiliser, éteindre

Comment faire dès lors ?

Laissez-moi simplement proposer une piste. Oh, une piste bien modeste…

Comment nous, dans les églises historiques, pouvons-nous contribuer à un renouveau biblique ? Comment nous, réformés, qui avons dans tous nos temples un bel exemplaire des Ecritures trônant à l’endroit le plus visible, sur la table de communion, en faire quelque chose ?

Je dirais : d’abord se concentrer sur les Ecritures, les faire vivre, en vivre et les transmettre! En montrant que l’on peut y trouver des ressources formidables pour nos vies. Des réponses à nos questions, des prises de conscience, des remises en question.

Les Ecritures sont des récits qui racontent la vie de femmes et d’hommes qui ont été mis en route par Dieu. On peut s’y identifier, tisser nos vies dans ce texte… Un texte est un tissage…

Les Ecritures peuvent devenir de réelles lumières sur nos chemins, pour cela, il faut les ouvrir, les fréquenter, seuls ou en groupes, les méditer et en recevoir la substantifique moelle…

Les évangiles regorgent de situations dans lesquelles on se retrouve.

Cette proposition peut paraît bien modeste, voire dérisoire : retrouver ce récit commun, ce trésor. Eh oui, mais modeste ne veut pas dire inutile…

Cela pourrait redonner une identité (et donc un sens) à nos vieilles institutions, qui en ont bien besoin ! Réorienter l’Eglise (et ce ne sont pas les études et les méthodes d’animation qui manquent…)

Mais surtout, et l’enjeu est de taille, s’engager dans cette voie, redonner aux grands récits de la Bible un statut, une réalité, une vie, pourrait devenir le meilleur service à rendre à notre société… cette société qui essaie par tous les moyens d’installer son seul récit à elle, techno scientifique, qui glorifie et place au pinacle la consommation et la croissance et qui nous conduit (on le sait) tout droit dans le mur…

Cette société qui essaie de détruire tout ce qui lui résiste et qui y parvient peu à peu en nous lavant le cerveau de tout ce qui pourrait résister.

Il y a quelque chose de l’ordre de la résistance dans le sola scriptura, quelque chose du salut public…

C’est une parole pour aujourd’hui, et peut-être pour demain !

Amen.


Virgile Rochat, pasteur
Virgile Rochat, pasteur

Virgile Rochat est pasteur de l’EERV. Après un ministère en paroisse, il a assumé une aumônerie de jeunesse et de gymnases durant 8 ans, puis a été présent à l’aumônerie UNIL-EPFL 12 ans. Il a publié deux essais sur la crise des grandes Eglises, en 1994 et 2012.

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Il est actuellement pasteur à mi-temps à la paroisse de Chailly-La Cathédrale et à mi-temps dans un ministère régional à la rencontre des besoins et attentes spirituelles de nos contemporains.

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