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Dieu règne-t-il vraiment?

Cathédrale St-Pierre à Genève (1/3)
Diffusé sur Espace 2 le 09-04-2017
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L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem est l’histoire d’un malentendu. Il ne correspond pas au Messie que l’on attend. Ce malentendu traverse les Écritures. Qui règne en définitive sur ce monde? Dieu ou d’autres puissances? Une méditation à partir d’un psaume très particulier, le psaume 73.


Prédication : Vincent Schmid, pasteur

Co-célébrant : Jean Baptiste Delauguerre

Organiste : François Delor

Musiciens : Catherine Fuchs hautbois

Présentation : Tristan Miquel

Prédication

Dieu règne-t-il vraiment?

Peut-on vivre sans Dieu ?

Psaume, chapitre 73
Marc, chapitre 8 , versets 27 à 30

L’homme peut-il se passer d’un Dieu qui n’est pas observable et dont l’existence ne peut être prouvée ?

Le premier à répondre par l’affirmative, au grand scandale de ses contemporains, fut le philosophe Pierre Bayle, réfugié en Hollande suite à la Révocation de l’Edit de Nantes. Il estimait qu’une société sans Dieu est non seulement envisageable, mais qu’elle serait même aussi paisible et éthique qu’une autre. Pour Bayle, l’homme peut très bien vivre sans Dieu, la moralité ne dépend pas de la foi et l’on connaît des athées plus vertueux que certains croyants.

Cette question se tient en toile de fond de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, qui est d’abord l’histoire d’un malentendu : on attendait un règne qui ne se manifesta pas comme espéré.

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En fait, la question traverse toute la Bible. Le psaume 73 est la prière d’un homme qui, avec ses doutes et sa tentation d’incrédulité, se place devant un Dieu non observable et improuvable.

Il nous raconte comment il a failli tout laisser tomber et comment il a retrouvé in extremis un point d’équilibre.

La prière s’ouvre par un face-à-face entre la foi traditionnelle et l’épreuve des faits.

Enfant d’Israël, le psalmiste a reçu en héritage l’affirmation que Dieu règne et qu’il est bon pour son peuple. Or, cela est remis en cause tous les jours. Les vicissitudes n’épargnent pas la nation d’Israël, bien plus exposée que protégée au long de son histoire. Quant à la bonté de Dieu, elle n’a rien d’évident. Il semblerait même sage de ne pas se fier à une divinité hypothétique et préférable de s’en passer afin de vivre mieux. Pourquoi s’encombrer de problèmes sans solution?

Ceux qui font ce choix, l’auteur sacré les nomme les impies.

Sous sa plume, l’impie est celui qui, de façon consciente, n’accorde pas d’importance à la Loi de Dieu et qui se tient en dehors de son alliance et de ses promesses. Il ne compte pas sur Dieu, il vit sans lui. Elargissons jusqu’à dire qu’il ne se soucie de spiritualité d’aucune sorte.

Le problème est qu’il s’en sort plutôt bien. L’impie connaît le succès, il a la belle vie. Débarrassé des contraintes religieuses, il prospère.

Même si le psalmiste le traite de méchant, il avoue ressentir un peu de jalousie.

Dans ces conditions, à quoi bon persister ? C’est trop conjectural. Quitter Dieu ? Abandonner la foi ? Le psalmiste y a pensé : « Il s’en est fallu de peu que mon chemin ne dévie » et que j’aille rejoindre la joyeuse bande d’impies qui ont l’air de bien s’amuser et de bien profiter de la vie.

Notre tentation récurrente, mes amis, n’est-elle pas de faire de même ?

Or voilà que deux choses l’ont retenu dans sa tentation. La première est honorable, c’est la loyauté envers le groupe auquel il appartient. Il ne veut pas passer pour un lâcheur. Il ne veut pas faire de peine à sa paroisse. C’est un petit rien, mais quelquefois l’aide des petits riens nous est précieuse.

La seconde a plus de poids ; il veut mener jusqu’au bout sa réflexion avant de prendre une décision. Il veut comprendre pourquoi Dieu n’élève pas la voix afin de confondre les impies. Il veut savoir si Dieu règne vraiment, raison pour laquelle il se rend au Temple de Jérusalem. Pour y faire quoi ? Il ne le précise pas. J’adopte la supposition de Calvin qui compare joliment le temple à « l’eschole de Dieu », au prétexte que là sont accessibles, commentés et enseignés, les rouleaux de la Loi et des Prophètes.

Confronté à la question redoutable de savoir s’il est possible de vivre sans Dieu, le psalmiste se tourne vers la Bible, comme nous le faisons nous-mêmes à cet instant.

Sa rencontre avec l’Ecriture n’est pas décrite non plus. Le psalmiste garde le silence sur ce point, mais nous pouvons deviner qu’il a été touché par la Parole de Dieu et qu’il en a été bouleversé.

L’interaction entre une conscience humaine et l’Ecriture sainte est une expérience sans équivalent. Elle agit comme un miroir qui me renvoie l’image de ce que je suis et en même temps elle laisse entrevoir Celui qui se tient derrière le miroir. Il peut alors se produire une rencontre. Une Parole silencieuse m’est adressée dans laquelle Dieu me laisse savoir de Lui ce qu’il veut que je sache. Pas plus, pas moins, juste ce qu’il me faut.

Une telle expérience peut sembler hautement subjective, fragile, et d’ailleurs c’est le cas. Elle n’est ni une preuve, ni une démonstration, ni une formule magique. Etre personnellement atteint par la Parole vivante de Dieu est quelque chose de presque impossible à communiquer. C’est pourtant notre seul point d’appui.

N’oublions pas non plus la dimension collective. Le Temple n’était pas un lieu désert. Il y avait là des prêtres, des érudits, d’autres fidèles. La parole de Dieu passe nécessairement par la parole d’hommes adressée à d’autres. Ce n’est jamais isolé et toujours partagé. Le travail principal de l’Eglise est de poursuivre cette tâche en transmettant et partageant tout cela.

Toujours est-il que le psalmiste en ressort avec la conviction qu’il ne peut pas vivre sans Dieu et il explique pourquoi.

Il comprend en premier lieu que ces impies qui le troublaient si fort sont par nature finis, terminés. Ils n’ont pas de racine dans l’être et ils sont voués à l’éphémère. Ils traversent la vie comme des hologrammes, des apparences qui s’éteindront d’elles-mêmes. Ils sont sans consistance spirituelle.

Au contraire, celui qui a été rencontré par la parole de Dieu est désormais relié à l’être. L’être est sa pierre de fondation, il demeure, il ne disparaît pas.

Admirons donc cette belle chose, la vie personnelle tourmentée du poète sacré qui se remet en ordre. Transformation sensible jusque dans le choix du vocabulaire. Le psalmiste cesse de parler de Dieu comme d’une entité extérieure ou abstraite pour installer une intimité entre le je et le tu.

Car cette remise en ordre impacte toutes les directions de son existence.

Je me croyais seul ? Je ne comprenais pas que j’étais toujours avec Toi (22).

Je n’étais donc pas abandonné, mais juste inconscient que Dieu veillait sur moi.

Je n’avais plus confiance ? Tu m’as saisi (23). C’est Dieu qui saisit et non le psalmiste. Ce dernier peut donc avoir confiance. Car la confiance n’est pas de l’autosuggestion. La confiance vient du dehors, elle nous est inspirée par quelqu’un ou quelque chose. Le principe de la confiance en Dieu n’est pas en l’homme, il est en Dieu. Dès lors que Dieu m’a saisi, je puis aller dans la confiance.

Je partais à la dérive ? Tu me guides (24). Rien de plus personnel que la lecture de sa propre vie. On se retourne sur les années écoulées, on y interprète des signes, on y cherche une cohérence d’ensemble, et quelque chose nous suggère que ce qui a été vécu l’a été selon une certaine sagesse et que ce qui a été fait l’a été comme cela devait. Au bilan pas de regret, juste de la gratitude.

Je redoutais la mort ? Tu m’accueilleras dans ta gloire (24)…

La perspective de la mort n’est pas oubliée. Pour un impie, qu’est-ce que la mort ? Un néant sans espérance. La vie se consume et s’éteint commune chandelle. On éteint la lumière en partant et puis c’est tout. S’ensuit l’évanouissement dans le néant définitif. C’est de cette façon que l’impie est fini, terminé. Il disparaît dans le manque d’être.

Si au contraire je suis enraciné par Dieu dans l’être, je suis enraciné en ce qui demeure au-delà de la mort. Ce qui demeure ne s’éteint pas avec la mort. Même la mort ne met pas un terme à la bonté de Dieu pour moi.

Luther disait « Quand Dieu a parlé à quelqu’un, que ce soit dans la colère ou dans la grâce, celui-là devient immortel ».

Il est émouvant de découvrir dans la prière du psalmiste comme un prélude au mystère que nous célébrons au cours de la semaine sainte... Je suis le cep, vous êtes les sarments.

Concluons : est-il possible de vivre sans Dieu ? Oui, certainement, on le peut et cela se voit tous les jours. Mais au risque d’être coupé de l’être, d’une manière ou d’une autre…

Il est également possible de vivre avec Dieu dès que nous nous laissons saisir par sa Parole. Alors nous sommes reliés à l’être. Certainement, ce saisissement soulèvera de nouvelles questions, il n’éloignera pas les épreuves, il ne dissipera pas les malentendus - mais qu’importe ?

Dieu est mon lot, Dieu est ma part, j’ai répondu à son appel en le choisissant.


Vincent Schmid, pasteur
Vincent Schmid, pasteur

Philosophe de formation, Vincent Schmid fait partie de l'équipe pastorale de la Cathédrale de Genève. A l'aise dans tous les médias, il a collaboré à la réédition du Nouveau Testament Oltramare chez Gallimard, publié un bulletin du CPE sur la mystique de Pierre Jurieu et a produit un documentaire télévisé sur Sébastien Castellion, son ancêtre tutélaire, immense esprit du XVIe siècle. Membre du Comité de rédaction d'Evangile et liberté, il a rédigé plusieurs articles.

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A ses moments perdus, Vincent Schmid affectionne les voyages dans l'Himalaya (montagne, déserts et monastères bouddhistes).

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