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Que veut dire « Prendre sa croix » ?

Cathédrale St-Pierre à Genève (2/3)
Diffusé sur Espace 2 le 23-04-2017
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Le philosophe Nietzsche s’appuyait sur de telles paroles pour accuser le christianisme d’être une machine de guerre contre la vie.

La vie chrétienne ne serait selon lui que masochisme, ressentiment et misérabilisme. En réalité, c’est le contraire qui est vrai. Nous montrerons que cette parole de Jésus, par son réalisme même, est la clé de la résilience débouchant sur vie plus forte parce que fortifiée de l’intérieur.


Prédication : Vincent Schmid, pasteur

Co-célébrant : Olivier Gachon

Organiste : François Delor

Musiciens : Celia Kinzer, soprano

Présentation : Tristan Miquel

Prédication

Que veut dire « Prendre sa croix » ?

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour et qu’il me suive ».

Exode, chapitre 14 , versets 10 à 14
Luc, chapitre 9 , versets 18 à 26

Cette parole célèbre a servi à de bien mauvais usages. On en a fait une machine de guerre contre la vie. Une certaine piété en a tiré un enseignement contre nature, selon lequel l’expiation et la pénitence résumeraient la volonté de Dieu pour l’existence humaine.

Je rappelle un préalable : dans le Nouveau Testament, on relève à peine une trentaine de fois le mot « croix » alors que le mot « joie », dont André Gide a écrit qu’il était le vrai secret de l’Evangile, revient plus d’une centaine de fois...

Les Ecritures Saintes dans leur ensemble manifestent un accueil positif de la vie. Elles la célèbrent sous les espèces de la beauté, de la santé, de la dignité, inséparables de ce qu’on appelle aujourd’hui la « qualité de la vie ». Il n’est pas d’existence authentique, telle que Dieu l’a voulu, dans la peine et l’humiliation, la misère et la solitude, le péché et l’oppression.

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La joie de vivre devrait être le climat naturel de la foi.

Ce qui est problématique est ce qui se met en travers : la peine, l’humiliation, la solitude, le péché, etc.

Cependant, nous sommes obligés de constater que ces dimensions négatives restent présentes, trop présentes. Comment se déterminer par rapport à elles ?

C’est à cette question que Jésus répond. Voyons cela en détail.

Celui qui veut venir avec moi…

Jusque là, les disciples ont entendu l’enseignement de Jésus. Ils ont absorbé ses paroles, ils ont observé ses guérisons.

Maintenant, il s’agit de faire un pas de plus en adoptant le mode de vie du Maître. Exigence nullement extraordinaire, conforme aux écoles philosophiques de l’Antiquité où l’on ne se contentait pas d’apprendre mais où l’on vivait ce qu’on apprenait.

Jésus se situe ici délibérément sur le terrain de la pratique - et même de la pratique quotidienne (« chaque jour » précise la version de Luc). Il n’offre pas une religiosité relaxante si à la mode aujourd’hui. Il n’invite pas à l’évasion. La foi n’est pas un anesthésiant destiné à faire oublier un instant la rudesse de ce monde. Pas de promesse de bonheur immédiat non plus. La foi se joue en confrontation avec le monde réel. Comment le disciple va-t-il se débrouiller face à un réel souvent contraire ?

Deux conditions sont énoncées.

La première, qu’il renonce à lui-même.

Pour les premiers chrétiens, le sens de ce renoncement est simple est clair. Il faut être prêt à donner sa vie si les circonstances l’exigent, comme Jésus lui-même l’a fait au terme de sa passion. Si, pour l’instant, la petite communauté qu’il a groupée autour de lui se fond dans le décor, un jour viendra où des affrontements se produiront. Non seulement avec les anciens coreligionnaires, mais surtout avec l’Empire Romain et ses cultes païens officiels. Il faut donc se tenir prêt.

Jésus en appelle à une mobilisation héroïque qui n’est pas sans évoquer Socrate, mort en martyre de la vérité philosophique. J’observe en passant que le martyre chrétien n’est pas assassin, il donne sa vie pour son témoignage mais ne prend pas celle des autres…

De nos jours, nos sociétés modernes, démocratiques et laïques, sont organisées de telle façon que les persécutions religieuses ont disparu. Il n’en va pas de même partout. Pensez à ces deux églises coptes qui ont explosé en Egypte le dimanche des Rameaux, causant de nombreux morts et blessés. Pour ces chrétiens orientaux, le sens du martyre est hélas simple et clair.

La variante de Luc : « sa croix de chaque jour », apporte une nuance plus accessible pour nous, chrétiens merveilleusement préservés.

Par ce renoncement quotidien, il est permis d’entendre autre chose que le martyre. C’est justement là que se sont entassés les contresens. On y a vu une exigence de contrition perpétuelle et de méfiance envers la vie, un devoir de vivre à contrecœur, pour ainsi dire. Pareille stupidité ne doit pas être retenue.

Il s’agit en fait de renoncer à la direction de sa vie, conformément à l’adage prophétique : « il n’est pas au pouvoir de l’homme qui marche de diriger ses pas ». Renoncer à tout contrôler. Accepter que la vie est ce qui arrive quand on est occupé à faire d’autres plans et que notre liberté consiste bien plus à faire face à ce qui arrive qu’à prévoir ce qu’on fera demain ou après-demain.

Dans le fait de suivre Jésus se tient une part d’aventure, une part d’imprévisible et d’impondérable. Certes, il est des évènements heureux. Mais aussi des croix se dressent n’importe quand sans prévenir.

C’est une vision de l’existence qui inclut la dimension dramatique. Chacun rencontre à un moment sur son chemin des inévitables. L’inévitable de la solitude, l’inévitable de la souffrance, de la faute, de l’injustice, des maux du corps, de l’esprit ou de l’âme, du deuil… Le chemin de la vie est jalonné de croix, c’est ainsi, on n’y peut rien. La foi n’est pas un moyen de s’en protéger ou de les éviter.

De surcroît, Jésus parle de TA croix, la tienne, il parle de l’expérience personnelle que tu fais du mal. Qui peut être extrêmement variée, l’ennemi a mille visages, il est légion. Le répertoire des misères humaines est quasi infini.

Alors, comment faire face ? Voici la seconde condition. Qu’il prenne sa croix ! Entendons ce verbe « prendre » au sens fort, qu’il la prenne à bras le corps, qu’il l’empoigne sans hésiter ni tergiverser, avec toute l’énergie dont il est capable. Il doit s’en charger comme l’alpiniste charge son sac sur le dos en début de course. C’est ainsi que nous entrons d’un pas assuré dans le cercle de la lutte.

Vous percevez la différence avec le fait de subir. Subir est passif, on est assujetti. Prendre est actif, on reste un sujet. Face à nos croix, on peut se rendre ou livrer combat, on peut perdre ou conserver sa liberté.

Cela ne veut pas dire qu’il faille encaisser les coups sans pleurer ni protester, ni s’insurger contre la situation. La révolte est légitime, d’ailleurs la Bible est remplie de cris de révolte. Il reste que la seule chose que tu puisses faire est d’assumer ta croix avec fermeté. Les peines et les souffrances qu’elles te causent, il te faut les traverser. Parce que c’est ce que la vie fait endurer à ce moment-là.

Luther a eu un mot très profond : « Il faut que les choses soient endurées ».

Jésus ajoute pour finir : qu’il me suive. Il y a donc une suite à ta croix. Les croix ne sont pas la fin du chemin, elles n’empêchent pas de continuer. Une croix cela se porte et se dépasse. Une croix n’est pas faite pour nous achever sur place, au contraire en la portant on peut encore avancer.

Comment comprendre cela ?

Considérons le vocabulaire utilisé. Jésus emploie le mot croix qui est évidemment très chargé dans sa bouche. Selon l’Evangile, la Pâque chrétienne se superpose, dans le temps et la symbolique, à la Pâque juive. La Pâque juive commémore l’Exode qui libéra les Hébreux de la servitude et signifie littéralement le passage. La Pâque chrétienne commémore le franchissement de la mort accompli par Jésus à travers la croix et le tombeau vide.

La croix apparaît comme une interface entre deux réalités, l’ancienne et la nouvelle. D’un côté, elle représente le malheur et la mort, puisqu’elle est un instrument de supplice. De l’autre, elle signale l’espérance d’un nouvel état des choses qui a dépassé la mort. La croix désigne cet axe précis où l’on passe du versant des hommes sur le versant de Dieu.

Que le mal qui nous advient soit désigné par Jésus comme une croix n’est de loin pas indifférent. S’il est une croix, il comporte une issue, dans ce monde ou dans l’autre. On peut en quelque sorte lire à travers, apercevoir la lumière à travers l’obscurité, pressentir la joie à l’envers du malheur, espérer la vie nouvelle une fois la mort franchie.

La croix est l’assurance que nous ne sommes pas abandonnés. Car bien entendu, il faut compter avec la force que Dieu donne. Jésus ne l’ajoute pas parce que ça va de soi. Porte ta croix en ayant confiance que Dieu la portera avec toi et pour toi.

C’est pourquoi sur cette route où il y a des ennemis, où l’on fait de mauvaises rencontres, malgré les obstacles nombreux, tu peux aller de l’avant et même, au bilan, être heureux.

Un fort ancien commentaire du buisson ardent dit ceci : pourquoi Dieu a-t-il parlé à Moïse au milieu d’un buisson d’épines et pas au milieu d’un bel arbre majestueux ou d’un élégant parterre de fleurs raffinées ?

Parce qu’ici-bas, même un buisson d’épines n’est pas exempt de sa présence.

Amen.


Vincent Schmid, pasteur
Vincent Schmid, pasteur

Philosophe de formation, Vincent Schmid fait partie de l'équipe pastorale de la Cathédrale de Genève. A l'aise dans tous les médias, il a collaboré à la réédition du Nouveau Testament Oltramare chez Gallimard, publié un bulletin du CPE sur la mystique de Pierre Jurieu et a produit un documentaire télévisé sur Sébastien Castellion, son ancêtre tutélaire, immense esprit du XVIe siècle. Membre du Comité de rédaction d'Evangile et liberté, il a rédigé plusieurs articles.

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A ses moments perdus, Vincent Schmid affectionne les voyages dans l'Himalaya (montagne, déserts et monastères bouddhistes).

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