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De quand date votre dernière résurrection ?

Cathédrale St-Pierre (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 30-04-2017
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Vous y croyez, vous, à la Résurrection? Pas facile… surtout si l’on imagine que cela revient à croire que les corps peuvent sortir des tombeaux et reprendre la vie comme avant.

Et si nous acceptions que la résurrection n’est pas un happy end, qu’elle n'est pas qu’une espérance pour l’au-delà, mais une réalité à découvrir et à vivre dès ici-bas?

Avec les disciples d’Emmaüs ne sommes-nous pas invités à nous arrêter pour découvrir les traces du Vivant, juste là, dans le quotidien de nos existences? Et si changer de regard pouvait changer la vie?


Prédication : Emmanuel Fuchs, pasteur

Co-célébrant : Virginie Jeanneret

Organiste : François Delor

Présentation : Myriam Bettens

Prédication

De quand date votre dernière résurrection ?

Frères et sœurs, on vient de fêter Pâques, cœur de l’année chrétienne, très bien ! Mais franchement : vous y croyez, vous, à la résurrection ou faites-vous partie de ces 90% de Suisse qui selon l’article du dernier journal « Réformés » ne semblent pas ou plus y croire ? C’est pourtant l’élément central de notre foi, non ?

Luc, chapitre 24 , versets 13 à 35

Bon honnêtement, ce genre de statistiques, de sondage m’a un peu énervé, car poser la question comme ça, c’est un peu court, surtout si l’on imagine que pour déclarer croire à la résurrection il faudrait croire que notre corps va revivre tel quel au-delà de la mort. On voit bien que notre corps, qu’il soit incinéré ou inhumé à notre mort, va disparaître et ne peut sortir ainsi de la tombe. Nous sommes donc comme tiraillés entre ce que nous semblons devoir croire pour être fidèles à l’Evangile et ce que nous pensons vraiment, ce que notre raison nous dicte.

Le texte des pèlerins d’Emmaüs va essayer de nous aider à y voir un peu plus clair sur ce que nous pourrions croire pour croire à la résurrection. Et je fais le pari que cette espérance-là peut changer notre vie déjà bien avant notre mort !

La première chose à constater, c’est que si tous les évangiles mentionnent avec insistance la Résurrection, aucun ne la décrit ! Pas de description de Jésus se relevant des morts ou sortant triomphant du tombeau, pas de Jésus se présentant en grande pompe à la foule des pèlerins réunie à Jérusalem, pas de preuves en quelque sorte, mais des signes : un tombeau vide, le sentiment d’une présence. La Résurrection est donc tout sauf de l’ordre de l’évidence, et pourtant, en quelques années seulement, des hommes et des femmes partout dans le monde vont avoir cette conviction profonde que celui qui était mort est vivant… et cela dure maintenant depuis deux mille ans ! Les disciples ont-ils inventé ce récit pour se rassurer ? Ont-ils été pris d’une forme d’hallucination collective ou portés par leur désir de transformer ce récit en happy end ?

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Nous sommes loin de cela avec le récit d’Emmaüs. Quand le ressuscité vient à leur rencontre, ces deux disciples (qui ne faisaient pas partie des douze, mais qui devaient quand même bien le connaître et donc être à même de le reconnaître !) ne lui sautent pas au cou de joie ; ils ne le reconnaissent même pas ! Pour eux, cela n’est simplement pas possible. Cela montre bien que les disciples ne cherchent pas à tout prix à voir Jésus ressuscité, si tel avait été le cas, ils ne seraient du reste pas allés le matin au tombeau pour l’embaumer. Pour eux, tout est fini ! Cet homme qui les rejoint ne peut donc pas être rationnellement Jésus, qui est bel et bien mort ! Jésus pourtant les rejoint, il n’a rien à voir avec l’image d’un fantôme hantant les routes de Jérusalem ou errant la nuit tombée de maison en maison ; non, il vient simplement les rejoindre en chemin mais, nous dit le texte, leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Signe que si la mort et la Résurrection de Jésus n’ont pas éloigné Jésus de ses disciples, elles transforment toutefois radicalement leur relation. Cela pour nous est un premier indice important à noter que la Résurrection n’est donc jamais à comprendre comme un retour en arrière ; la Résurrection n’efface en rien la mort. Les disciples vont devoir l’apprendre, le découvrir, et c’est ainsi seulement que quelque chose de nouveau peut commencer.

Ils ont quitté Jésus crucifié, la dépouille mise au tombeau, et voilà que les disciples sont soudainement face, non pas à Jésus revivifié qui recommence à vivre comme avant, mais face au Christ, tel qu’il s’est exprimé à travers Jésus.

Ce qui est magnifique dans ce texte, c’est de voir que la Résurrection n’est pas un spectacle dévoilé aux yeux de tous, car il n’y aurait alors plus rien à croire ; on ne peut que constater une évidence ! Or la Résurrection est proposée comme une démarche de foi. Ce n’est en effet qu’au pain rompu et à la Parole échangée que les disciples peuvent comprendre l’incroyable nouvelle de la Résurrection de Dieu en Christ qui vient croiser le pas des hommes et réaliser que celui qui les accompagne est bien le Christ vivant… mais à cette découverte, aussitôt, le Christ se retire. Désormais, les disciples vont devoir apprendre à vivre avec cette présence du Christ bien réelle, mais discrète, bien présente, mais insaisissable. Cette révélation bouleverse les disciples d’Emmaüs qui ne peuvent rien faire d’autre que de retourner aussitôt à Jérusalem annoncer leur découverte. Le texte du reste, dans sa structure littéraire même, manifeste ce retournement à 180 °, ce retour à la vie ; en ski, nous dirions cette conversion !

Il est intéressant de noter aussi que le nom même du village d’Emmaüs est sujet à beaucoup de discussions ou commentaires. Les archéologues peinent à déterminer sa localisation exacte, c’est comme si ce village n’avait jamais existé, ou plutôt qu’il existe partout. Nous sommes tous invités, là où nous sommes, à faire nous aussi le chemin d’Emmaüs. Et cela commence, comme pour les disciples, avec la peine que nous avons à pouvoir penser rationnellement la Résurrection, comme les disciples nous devons l’accueillir petit à petit et non comme un principe d’évidence. Les disciples d’Emmaüs étaient trop enfermés dans leur deuil, leur chagrin pour pouvoir être sensibles à la présence agissante de Dieu à leur côté. Le texte dit que leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ; leur intelligence est comme anesthésiée et leur cœur lent à croire, il sont prisonniers de leur deuil et le Seigneur les rejoint précisément là où ils sont et ouvre devant eux une brèche où la vie va pouvoir s’engouffrer.

Je ne sais pas si vous avez parfois le même sentiment que moi, mais je me dis que cela aurait été plus simple pour nous de croire si nous avions eu la chance, comme les disciples l’ont eue, d’avoir le Christ directement à nos côtés. Pour nous, deux mille ans plus tard, cela semble plus difficile, car nous n’avons plus ce lien direct, immédiat, visible. Et c’est là que je trouve le texte d’aujourd’hui extraordinaire, car il nous révèle qu’il n’y a quasiment aucun écart culturel ou historique entre la situation des disciples d’Emmaüs et nous. Je m’explique : alors qu’il rejoint les disciples ébranlés par leur deuil et découragés, Jésus leur donne finalement deux signes pour les aider à découvrir sa présence vivante à leur côté : sa Parole et un peu de pain partagé ! Cela ne vous rappelle rien ? Ne sommes-nous pas exactement dans la même situation que les pèlerins d’Emmaüs ? Nous avons à disposition les mêmes signes et comme les disciples, même lorsque nous croyons avoir compris et connaître le Seigneur, tout reste à découvrir et nos yeux doivent encore apprendre à s’ouvrir. Aujourd’hui comme hier, nous sommes donc des chrétiens de la première génération, car de nouveau et toujours, le Seigneur vient aujourd’hui nous retrouver là où nous sommes de la même manière.

Inutile donc de vouloir remonter le temps ou jalouser les disciples bénis par cette rencontre. Inutile de vouloir à tout prix chercher Jésus dans le tombeau. Il n'y est plus. Inutile de vouloir croire que pour ressentir la présence du vivant, il nous faut aller dans les lieux saints, les grandes cathédrales ou que sais-je, car Jésus n'est précisément plus prisonnier d'un lieu, ni d'une institution; c'est bien là un des grands messages de la Résurrection. Cette distance, ce refus de l'évidence est ce qui garantit notre liberté de croyant. La perversion de l'idole, en l'occurrence le lieu du tombeau, c'est qu'elle ne permet plus cette juste distance qui garantit la liberté, celle de vivre et celle de croire. Le vrai Dieu est celui qui ne veut qu'un rapport de désir et non pas d'évidence !

Aujourd'hui comme hier, il ne nous faut donc pas nous arrêter ni au tombeau ni aux apparitions, qui ne sont que premier moment : il nous faut aller au-delà.

Jésus ressuscité rejoint les disciples là où leur vie se déroule. C'est la grande nouvelle de ce texte. Souvent, nous avons l'impression qu'il nous faut aller chercher ailleurs et plus loin pour trouver les traces du Vivant. Or, c'est là où sommes que Jésus nous attend déjà ! Il nous rejoint sur notre route et nous fait signe... Il est le Vivant qui ouvre devant nous un chemin de vie.

Alors vous y croyez, vous, à la Résurrection ? Non, si cela veut exprimer l’espérance d’une revivification – ce que redoutait cette personne myopathe que j’accompagnais qui se refusait de croire à la Résurrection, car elle ne voulait surtout pas retrouver dans l’au-delà ce corps qui la faisait tant souffrir ici-bas. Mais oui, j’y crois et plutôt trois fois qu’une si elle exprime l’espérance que la Vie est plus forte que la mort.

Croire à la Résurrection, ce n’est pas seulement croire que Jésus a triomphé de la mort ; c’est plus que cela. Croire à la Résurrection, c’est aussi espérer que notre vie aimée ici-bas continuera d’être aimée dans l’au-delà. Pour moi, il y a une question de logique. Pourquoi Dieu qui m’aime aujourd’hui et dont je ressens par instant la douce présence à mes côtés devrait-il subitement cesser de m’aimer parce que le muscle de mon cœur s’arrête de battre ? C’est absurde ! L’amour de Dieu est plus grand que le muscle de mon cœur. Croire à la Résurrection, c’est donc aussi croire que notre vie ne s’arrête pas à la mort mais que la mort est passage. Pâques, c’est précisément la fête du passage. Passage à travers la mer pour le peuple fuyant Pharaon, passage à travers la mort à la suite du Christ. Mais croire à la Résurrection, c’est encore plus que cela. C’est croire que le Seigneur, comme il a rejoint les disciples d’Emmaüs, enfermés dans leur deuil et arrêtés en quelque sorte dans leur existence pour les rappeler à la vie, pour les relever, les ressusciter, comme il a rejoint les disciples, aujourd’hui, le Seigneur nous rejoint pour marcher à nos côtés. Non seulement pour marcher à nos côtés discrètement et fidèlement, mais pour ouvrir aussi devant nous un chemin de vie lorsque comme pour les disciples d’Emmaüs notre vie est arrêtée. Et c’est vrai que la mort est maligne et n’attend pas notre mort physique pour piéger dès maintenant notre vie dans le tombeau. Combien de deuils, de souffrance, de fragilités, d’ébranlements, d’incompréhension, de solitude, de remises en question n’ont-ils pas déjà arrêté notre existence et obscurci notre regard ?

Croire à la Résurrection, c’est croire qu’il y a une vie avant la mort et que le Seigneur toujours et encore lorsque nous tombons nous relève, lorsque nous nous arrêtons, nous remet en chemin, lorsque nous sommes enfermés dans des impasses ouvre un chemin devant nous.

La seule chose qu’il nous demande, c’est d’ouvrir les yeux et de le reconnaître au cœur de notre quotidien. C'est bien là le défi même de la foi, un défi que nous pouvons relever, génération après génération, car Dieu nous en fait la promesse : il est avec nous tous les jours jusqu'à la fin des temps. Inutile donc de vouloir chercher Dieu dans je ne sais quel « chez Lui », car toujours il vient à notre rencontre. La foi, ce n'est pas tant chercher Dieu, c'est reconnaître que Lui, le premier, nous a trouvés ! Comme dans le pain partagé qui nourrit notre foi, comme dans cette parole qui éclaire nos cœurs si souvent obscurcis, Il nous fait signe. Il est celui qui nous rejoint pour cheminer avec nous dans notre quotidien. Peu importe alors qu'il disparaisse à nos yeux, nous le savons présent à jamais.

Amen.


Emmanuel Fuchs, pasteur
Emmanuel Fuchs, pasteur

Après des études de théologie aux universités de Genève et Birmingham (GB), Emmanuel Fuchs a exercé le ministère en Angleterre, puis une douzaine d’années à Onex et quinze ans à Chêne (dans la région genevoise). Passionné par le ministère, il a toujours eu à cœur d’exercer un ministère de généraliste, un ministère de témoignage et d’attention à l’autre (des plus jeunes aux plus âgés, des distancés aux plus fidèles. Depuis 2014, il a été appelé à la présidence de l’Eglise protestante de Genève, un ministère qu’il partage avec son poste de pasteur dans la région du centre-ville et particulièrement à la Cathédrale St-Pierre.

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Marié, il est père de trois filles désormais adultes.

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