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Jacob et Esaü : deux facettes de notre humanité

Col de la Croix 1/1
Diffusé sur Espace 2 le 30-07-2017
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Du Minotaure à la dualité du docteur Jekyll et de M.Hyde, l’homme a toujours été fasciné par cette insupportable altérité en lui-même. Jacob et Esaü, puis Paul sont les témoins de ce débat intérieur et de la réconciliation possible.


Prédication : Frédéric Keller, pasteur

Co-célébrant : Brigitte Kuhnert et Valentine Rubeli, conteuses et Antoine Schluchter

Musiciens : Antoine Schluchter et Martin André, guitare, Ariste Mosimann, contrebasse, Ghislaine André, flûte et "Les Amis du Chablais" avec Josiane Belo, accordéon schwytzois, Marc-Henri Ruchet et Jean-Pierre Trefalt, clarinette et Evy Trufalt, contrebasse.

Présentation : Sabine Petermann

Prédication

Jacob et Esaü: deux facettes de notre humanité.

La Bible est pleine de conflits entre frères !

Genèse, chapitre 25 , versets 19 à 27
Romains, chapitre 7 , versets 19 à 25

Les raisons du conflit entre Esaü et Jacob sont multiples et tellement emmêlés qu’on en a perdu le fil. Un peu comme dans nos familles parfois.

Il y a la question du caractère: Jacob et Esaü sont vraiment trop différents pour s’entendre. Esaü est fort et il est toujours dehors, Jacob reste sous la tente, toujours fourré dans les jupes de sa mère. Forcement Esaü est le chouchou de son père tandis que Jacob est le chouchou de sa mère. Et puis il y a la question de l’héritage. Ah, le nombre de disputes autour des héritages!

Toutes ces raisons nourrissent les rivalités, les coups tordus, les jalousies mais bien sûr, il reste l’amour.

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Je te hai–me ! h.a.i.m.e. Amour et haine indissociablement liés.

Trop de familles se divisent pour tant de raisons valables et insuffisantes. Trop de frères et de sœurs, mais nous pouvons élargir le cercle aux parents, aux enfants, aux amis d’autrefois… la liste peut-être longue. Trop de frères et de sœurs ont décidé un jour d’en finir avec cette relation trop douloureuse et de tourner le dos à l’autre: « je ne lui parlerai plus », « je ne veux plus le voir ».

Jacob a passé sa vie à fuir son frère Esaü. Il a toujours pensé que le fossé entre eux ne pouvait être comblé. Le ressentiment était trop grand. Bon, pour être juste, il a eu peur de la vengeance de son frère aîné après l’avoir trompé comme il l’a fait.

De toute manière Jacob est l’homme de la fuite: Il a fui son frère, son père, son pays, son beau-père… bref, à chaque fois qu’il a eu un problème, il est parti entraînant avec lui le conflit en cours.

Il a fui jusqu’à ce que Dieu intervienne pour lui dire « stop! ». Un jour, Jacob entend la voix de Dieu qui lui dit qu’il est temps, maintenant, d’arrêter de fuir.

Il est temps, pour lui, de faire face.

Il est temps pour Jacob de voir sa vie en face, son frère en face.

Il lui faut maintenant assumer ses responsabilités pour que le conflit cesse et que son frère redevienne son frère et non son ennemi.

Il est temps pour Jacob de comprendre.

Il est temps pour chacun d’entre nous, chers auditeurs, de comprendre qu’il n’y aura jamais de paix profonde dans la fuite. Il n’y a pas de possibilité de vie en harmonie alors que l’on traine avec nous l’ombre de ce frère, de cette sœur, le visage de ce père ou de cette mère avec qui l’on s’est fâché.

Il n’y aura pas de bonheur possible tant qu’il y a entre nous et l’autre la blessure d’une parole dure, la brûlure d’une trahison.

A un moment, il faut arrêter de croire que la vie sera meilleure ailleurs. Jacob ne peut pas passer sa vie en exil.

Maintenant il doit reprendre la route et rentrer chez lui. Jacob entend la voix de Dieu et prend le chemin du retour. Mais pour l’instant rien n’a changé en lui. Alors comme toujours il avance avec ruse, intelligence. Il met en avant une quantité colossale de richesses – cela devrait suffire à la résolution de la crise.

Il blêmit quand il comprend que son frère avance vers lui avec 400 hommes! L’argument est de taille.

Et vous voyez, dans le fond, Jacob ne croit pas au pardon possible pour l'instant. Il croit en un arrangement. Il croit en une réparation. Il croit au pouvoir de l’argent, mais pas au pouvoir de l’amour.

Il pense donc en voyant arriver vers lui les 400 hommes de son frère que la bataille est perdue. Il y aura dans ce conflit un vainqueur et un vaincu. L’un aura raison et l’autre tort.

Ils pourront peut-être de nouveau vivre côte à côte mais Jamais plus ensemble. Ils pourront se voir paisiblement mais plus se reconnaitre comme frères.

Bref, Jacob ne croit pas vraiment à la parole de Dieu qui lui dit que tout peut changer. Il ne croit pas en cet amour plus fort que nos morts, que nos conflits.

400 hommes! Il y a un risque à aller de l’avant.

Voilà Jacob plongé dans un débat intérieur que nous connaissons bien car nous aussi nous hésitons à revisiter nos conflits passés: « à quoi bon », « c’est trop tard », « après tout ce temps », « c’est à lui de faire le premier pas ».

Alors suivons encore Jacob dans l’obscurité de son combat intérieur. Il y a deux nuits décisives dans l’histoire de Jacob.

La première a eu lieu au moment de sa dispute avec son frère. Lors de cette première nuit de fuite le texte biblique dit très littéralement que « la nuit est tombé sur la vie Jacob ».

Maintenant Jacob va vivre une autre nuit mystérieuse mais cette fois-ci le texte se terminera en disant que « le jour s’est levé sur la vie de Jacob ».

Cette nuit nous parle de nouvelle naissance puisque Jacob va en ressortir transformé. Mais avant cela il va devoir se battre. Se battre contre qui ? Là est la question.

Le texte biblique reste étonnamment flou.

Alors ce matin chers auditeurs, je vais faire un choix entre les différentes hypothèses. Le choix de lecture que je fais, est de penser que Jacob s’est battu contre lui-même.

Oui, pour que le jour se lève vraiment sur la vie de Jacob il va falloir qu’il se batte, mais d’abord contre lui-même.

Il me semble qu’en filigrane l’auteur de ce texte laisse entendre cela.

Esaü est à la fois décrit comme le frère de Jacob et comme son double. Il n’y a pas ici qu’un simple conflit entre frères mais aussi, et c’est unique dans la bible, un conflit entre jumeaux. Or vous le savez, pour des jumeaux, l’un et l’autre ne font qu’un. L’un est l’autre : E.S.T.

Cette confusion, cette fusion est une réalité dans la vie intra-utérine et peut durer de longs mois après la naissance.

Du coup quand le récit nous dit qu’à la naissance, Jacob tenait le talon d’Esaü je me dis qu’il s’agit autant de parler du conflit qui va les caractériser que de la continuité des corps jusque dans la naissance.

La description précise et contrastée des deux frères me renvoie à l’image du minotaure. Vous savez, ce personnage fabuleux mi-homme, mi- bête.

Esaü est comme son nom l’indique, poilu. Il vit à l’extérieur, de la chasse. Il est décrit comme un être primaire: impulsif, prompt à se mettre en colère. Il est aussi incapable de différer un besoin. S’il a faim, il doit manger. Si on s’oppose à lui, il pense à tuer.

Jacob semble l’exact opposé de son jumeau. Il vit sous la tente, avec les femmes. Il est calculateur, trompeur, cérébral. Il voit loin aussi. Il sait se projeter dans le futur et attendre pour qu’un projet se réalise.

Jacob et son double Esaü: deux facettes de la même personnalité. Il n’y pas d’un côté le mal et de l’autre le bien. Les deux parlent de la complexité de notre humanité.

L’homme, l’humain a toujours été étonné, fasciné, effrayé par cette part sombre en lui-même. L’apôtre Paul en témoigne quand il dit: « Je ne comprends pas ce que je fais, je ne fais pas ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je déteste. »

Parfois pour éviter le face à face avec cette part d’étrangeté en nous-même, le diable ou les démons auront été évoqués: ce n’est pas moi qui ai dit ou fait cela, j’étais comme possédé.

Oui, il y a une part de nous-mêmes qui est effrayante: elle s’exprime parfois dans des attitudes indignes, des paroles vengeresses, des actes d’une dureté étonnante.

Oui, ces pulsions de mort nous habitent et il faut savoir les regarder en face.

Les discours des extrémistes politiques ou religieux s’adressent à cette part obscure de nous-mêmes.

Les génocidaires laissent libre cours à ce loup en l’homme. Comme le dira la Bible lors du premier meurtre de l’humanité: le mal est là comme un loup tapi à ta porte; domine-le ou bien, il te dominera !

C’est précisément le sens de la lutte de Jacob lors de cette nuit de passage. Il lutte en lui-même, contre lui-même. Il doit d’abord regarder en face cette part de lui-même qu’il essaie de fuir ou de nier.

Il faut qu’il réalise qu’il a bel et bien endossé une peau de bête pour tromper son père et voler son frère.

Il faut d’abord qu’il regarde ce qu’il y a en lui de violence, de mensonge, de tromperie avant de pouvoir faire la paix avec qui que ce soit.

Il lui faut revenir sur le sens de la jalousie qui était la sienne. En effet qu’est-ce que la jalousie sinon penser que l’autre a ce qui me manque. Il possède ce qui me manque pour vivre pleinement.

C’est dans ce retour sur lui-même que Jacob peut réaliser que ce qui lui manque ce n’est pas le droit d’aîné, mais c’est son aîné lui-même. Ce n’est pas le droit d’aîné qui manque à Jacob, c’est la juste relation à son frère qui lui manque pour être en paix. Ce n’est pas un objet qui lui fait défaut pour se sentir pleinement lui-même, mais un être: son frère.

Oui, il n’y a pas de paix possible avec nos frères et nos sœurs si l’on n’arrive pas à faire la paix en soi et avec soi.

Voilà le sens de cette ultime nuit de combat. Voilà qui fera de Jacob un être nouveau recevant un nom nouveau: Israël. Il apparaîtra pour ce qu’il est vraiment, dans une condition humaine pleinement assumée, c'est-à-dire boiteux!

Jacob va devoir aller de l’avant en assumant ce claudiquement d’une jambe ferme à une jambe fragile et souffrante. C’est comme cela qu’il va se présenter devant son frère, vulnérable et humble. Il va à la rencontre de son frère dans une approche de totale non-violence, sans justification oiseuse, sans marchandage. Il s’approche comme un homme blessé devant le frère qu’il a volé. Il ne se cache plus.

Et là apparait l’œuvre de Dieu. Contrairement à ce que pensait Jacob et nous avec lui, Esaü ne choisit pas de vivre sous la loi du talion, il refuse de perpétuer le cycle de la violence, de la vengeance. Esaü incarne ici la puissance du pardon. Il n’est pas là au nom de la justice, mais de l’amour. Il ne demande pas de repentance, mais il accueille Jacob comme son frère bien aimé, sans aucune arrière-pensée. Esaü n’est pas là pour percevoir réparation, mais pour vivre la grâce.

Il y a en lui quelque chose du père du fils prodigue. Il prend les devants comme celui qui espère depuis longtemps cette rencontre. Il ouvre les bras et le serre contre son cœur comme on serre dans ses bras celui que l’on croyait mort et qui est vivant. Il sait que Jacob est plus beau et plus grand que ce qu’il a montré dans ses gestes passés.

Esaü est ici le signe de l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, le signe de l’incroyable générosité de Dieu, de son indéfectible fidélité.

Mais il est aussi, chers auditeurs, un signe d’espérance pour tous nos conflits passés ou présents. Un signe de renouveau possible pour nos relations abîmées.

Il a fallu toute une vie pour que Jacob découvre que tout est grâce, tout est don. Il a fallu sa rencontre avec Esaü pour découvrir que la bénédiction de l’un n’est pas la malédiction de l’autre, pour découvrir que la grâce n’est pas élective, sélective, mais inclusive, universelle.

Ne perdons pas de temps et allons vers nos frères, nos sœurs, nos parents, nos voisins pour vivre cet amour et cette grâce.


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