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A la recherche d’une langue presque perdue, d’un évangile qui a l’air de se perdre

Temple d'Yverdon (3/4)
Diffusé sur Espace 2 le 24-09-2017
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On dit: pourquoi patois. On répond: oui, pourquoi pas toi.

Le français parle de lui-même, le patois, cousin du français, a permis aux gens d’ici de se comprendre pendant mille ans. On dit aussi le patois de Canaan. L’évangile serait-il un patois?

Ce que les patois nous disent est-il un peu semblable à ce que l’Évangile veut nous dire. C’est l’histoire du scribe qui tire de son trésor des choses anciennes et des choses nouvelles, ou de l’homme qui découvre un trésor recouvert de terre.


Prédication : Bernard Martin, pasteur

Co-célébrant : Daniel Corbaz; Huguette Heller; Chanoine Jacques Oeuvray; Didier Conod; Marc Mousson; Jean-Louis Thorimbert; Marlène Rod

Organiste : Guilhem Lavignotte

Musiciens : Chorale jurassienne sous la direction de Bernadette Fleury; Chorale fribourgeoise "Les Yerdzà", sous la direction de Jean-Louis Thorimbert

Présentation : Michel Kocher

Prédication

A la recherche d’une langue presque perdue, d’un évangile qui a l’air de se perdre

« Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19, 10)

C’est comme si cette phrase, un peu comme un dicton, résumait le mouvement de quelqu’un vers quelqu’un ou vers quelque chose : un berger vers une brebis perdue parce que tombée dans un trou ou mal prise dans des taillis, ou aguillée sur une corniche dont elle n’ose plus descendre.

Le nouveau dictionnaire du patois de Bagne, œuvre monumentale, cite l’exemple d’un « fayerou », berger de  «fâïes », de moutons, qui se trouve lui aussi « empoteré », pris dans un pot, un trou.

On risque sa vie à sauver les autres ! Pompier, sauveteur en mer ou en montagne, sous les décombres, entre les bombes, ou chirurgien en train de réparer l’impossible. Image tragique du monde, comme le disait le penseur Raymond Aaron à un autre penseur qui pensait résoudre tous les problèmes par la technique, le numérique et la raison : « N´’oubliez pas, cher Monsieur, que la vie est tragique ! »

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C’est à cause du tragique de l’existence que vous êtes venus ici, patâiseints de tî lè carro du monde francoprovençal et franc-comtois, pour participer à la recherche de la brebis perdue. La mort des mots, la mort des langues, l’obsolescence des outils, des appareils, des livres, a quelque chose de tragique.

Le Fils de l’homme ! Co è-te que l’è ? Jésus, ou avec lui toute personne consciente de son humanité et de son humilité, nous invite à aller rapercher ce qui est perdu : un animal, un objet, un être humain.

C’est comme s’il disait : « Nous autres, nous sommes venus pour aller rapercher ce qui était perdu et lui rendre la vie. » Il en est ainsi de cette parole : brebis, enfouie, cachée, refoulée, « empoterée », aspiration à la justice, la sécurité, la dignité, que l’on soit étranger, requérant d’asile, femme dans un pays où les hommes sont tout puissants, enfant dans un pays où l’enfant ne compte pas.

« Patois en liberté » est la devise de notre logo de fête, comme une reprise de l’écusson vaudois et de sa devise : « Liberté et patrie ». Ecusson né après la révolution française qui, au nom de la liberté, a créée les conditions de la mort lente des patois.

Le fayerou, le berger risque sa vie. Ainsi, pour Jésus le Galiléen, la menace de la croix se fait plus forte, menace qui cessa d’être une menace après sa mort. Et après cet événement, des hommes et des femmes ont dit et proclamé : il est vivant. « Le bon berger, le Dieu très haut, est mon gardien fidèle. »

« Je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que vienne le grand et redoutable jour de l’ Eternel : Il fera revivre dans les enfants le cœur des pères, et il ramènera vers le père le cœur des enfants, pour que je n’aie pas à frapper ce pays d’ Anathème. »

(Malachie 4, 5-6)

Le texte que nous avons lu avant montre une curieuse situation où les enfants préfèrent donner de leurs biens à une institution de salut plutôt que de soutenir leurs parents dans le besoin. Il y a donc une sorte de division entre les parents et les enfants.

Quand le gouvernement vaudois a jugé bon en 1806, d’interdire le patois dans les écoles, ils pensaient bien faire pour l’éducation des jeunes vaudois.

Représentez-vous alors un petit gars qui rentre de l’école avec une punition, parce qu’il a parlé patois à la récréation. La langue avec laquelle ses parents communiquent à table, la langue avec laquelle sa grand-mère lui raconte des histoires ou lui chante des comptines est proscrite. Le gouvernement oublie la relation ombilicale de la langue des enfants avec les parents. C’est comme si la langue devenait korban, interdite.

De grands penseurs parlent volontiers de leur bilinguisme patois-français, comme le Père Girard à Fribourg, le grand écrivain Thomas Mann, Heini Matter, le chansonnier bernois.

L’interdiction de la langue familiale est comme si un musicien n’avait pas le droit de jouer de la flûte à côté du violon, la flûte du patois à côté du violon du français. Il y eut sûrement une blessure qui créa une incertitude dans la manière de parler des gens, puisqu’il y avait la langue de la maison et la langue de l’école qui semblaient s’opposer.

Ainsi la littérature patoisante, dans le canton de Vaud, dès le milieu du 19e siècle, est-elle souvent une littérature de dérision et d’humour, non sans une certaine pudeur. On se rit de soi-même, des gens d’autorité, on aime les situations cocasses. C’est comme s’il n’y avait pas de sentiment profond ni de convictions profondes à exprimer.

Dans d’autres cantons ou régions, ce ne fut pas le cas. En Suisse allemande le schytzerdütsch s’est développé en cousinage fécond à côté de l’allemand.

« Celui qui parlait patois pensait en deux langues et il savait aussi s’adresser en patois aux vaches et en français aux chevaux, sinon ils ne comprennent pas. Celui qui aujourd’hui, dans une situation d’urgence, difficile ou cocasse, va chercher tout soudain le patois pour parler, n’est jamais surpris, lorsqu’on lui dit que les mots en savent plus que nous. Car parler est un drame, et les mots sont des personnages.

Aujourd’hui, alors qu’a commencé la grande désincarnation, l’épidémie numérique, la mise aux normes de tout, les langues vives, qui se débattent vigoureusement contre la langue unique totalitaire, contre la plate-langue, sans paysage et sans histoire, nos langues très vivantes et très charnelles sont encore le théâtre d’un joyeux recours.

On peut faire appel à elles pour descendre dans un puits ouvert où chaque parlant se souvient de tout. Dans le souvenir est le secret de la rédemption, disait souvent le Baal Chem Tov, le maître du bon nom, sage juif du XVIIIe siècle en Europe orientale. » (Valère Novarina, Une langue inconnue).

Le grand évêque Samuel Ruiz García de San Cristobal de las Casas, que j’aime à citer, disait et pratiquait le secours à la parole pour qu’elle redevienne un recours et un ferment de justice et de paix. « Rescatar  la palabra », rapercher la parole, comme quelque chose d’enfoui sous les décombres de l’histoire.

Un étudiant arrive le matin au séminaire des futurs pasteurs, à Tuxtla Gutiérrez, et dit : « Aujourd’hui est morte à 95 ans la dernière personne qui parlait chiapa ! »

C’était la langue tout à coup défunte de ceux qui avaient dramatiquement résisté à la colonisation, au XVIe siècle, en se jetant d’une falaise de 1000 mètres pour ne pas tomber aux mains des ennemis, pour ne pas être réduits en esclavage. La vieille femme à travers cette langue savait encore tout cela.

Elle rejoint à travers les siècles la prière que Jules Cordet met dans la bouche d’une aïeule du Jorat après le retour de la mobilisation :

Lo Diâbllio l’a fé tot cein que y’épouère,

Que fâ trebellhî dèfro et dedein,

Lè quatro z’horreu, cein qu’è pouet à vère,

Tot cein qu’é tarâ, tot cein que ne vaut rein...

…tè, te no z’a met, âo pî dâi montagne,

Cein qu’è lo meillâo, cein qu’è lo pllie bî.

Noûtron lé d’erdzeint et noûtrè campagne

Fant compreindre mî

Ton biau paradi

L’é na mére-grand que dinse tè prèye,

L’é ‘na mére-grand que sâ pas prèyî.

Sa tîta va grâ, sa leinga quequelhie,

N’è qu’avoué son tieu, Pére, que tè dit :

« Gardâ mon payî,

Grand teimps et adi ! »

Le Diable a fait tout ce qui est taré et ne vaut rien,

Les quatre z’horreurs, ce qui est pouet à voir…

Toi, tu nous a mis au pied des montagnes,

Ce qui est le meilleur, ce qui est le plus beau,

Et nous fait comprendre ton beau paradis.

C’est une grand-mère qui bafouille, et ne prie qu’avec son cœur :

« Père, garde mon pays, toujours. »

Cette humble prière rejoint le Maître des signes, le divin poète Jésus qui affirme la bonté du Créateur, les oiseaux du ciel, les fleurs des champs, en face des tragédies de l’histoire, en attendant la paix et la justice, que les évangiles nomment « royaume ».

« Le bon berger, le Dieu très haut, est mon gardien fidèle ! »

« Alors il leur dit : Ainsi tout scribe bien instruit de tout ce qui concerne le Royaume des cieux, est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles. » (Matthieu 13, 52)

Le Musée d’ailleurs, en face du château, a accepté de recevoir les participants à la fête pour la moitié du prix du billet d’entrée. D’un côté, le château, le carré savoyard, qui nous rappelle que c’est en Savoie que l’on parlait francoprovençal. De l’autre côté, le Musée d’ailleurs, où est offert une réflexion sur l’intelligence artificielle qui pourrait devenir le tombeau de l’humain au lieu d’en être le salut.

Je me demande s’il ne serait pas plus juste dans nos études de lettres et de français d’étudier plutôt le francoprovençal que l’ancien français, ou l’un et l’autre, pour comprendre la profondeur de la langue française, elle aussi « empoterée » dans une sorte de péril au niveau mondial.

Alain Borer, dans un essai intitulé « De quel amour blessée ? », cite Phèdre de Jean Racine : « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ? » Larguée par ce coquin de Thésée qui l’abandonna après avoir été délivré par elle du labyrinthe, grâce à une pelote de fil dont on ignore la couleur : vert espérance, blanc liberté, rouge amour.

La pelote n’est-elle pas la langue qui avec ses mots, sa sagesse, sa richesse, nous aide à sortir des complications et des labyrinthes, par la tendresse, le bon sens et la raison ?

On pourrait rassurer monsieur Borer en lui disant que 40’000 Valdotains suffisent, que 40’000 Romanches suffisent à maintenir une langue.

Il en est peut-être de même pour les Eglises : l’évangile, une vieille affaire, qui se décompose dans le monde d’aujourd’hui comme un morceau de sucre dans une tasse de thé. Mesurée à l’aulne de l’utilité, la bonne nouvelle de Jésus ne tient pas le coup devant le torrent de nouvelles des médias. Mais comme le sucre, elle donne un goût de douceur à l’amertume du thé.

Hélas ! Les interrogations pessimistes ne tiennent pas compte de la tendresse qui traverse les mondes, comme la douceur du temps, et la tendresse des choeurs qui ont traversé notre fête des patoisants, à travers la musique, les couleurs, les textes et les réflexions, baignée par l’été indien.

J’aimerais rêver : notre petite capitale abrite de grandes écoles et un pôle scientifique. Yverdon rêve de donner aux jeunes étudiants de demain de bonnes bases pour affronter la modernité. Est-ce que cette pensée qui se trouve cachée au cœur du patois et tant de langues vernaculaires ne pourrait pas être un contrepoids à la plate-langue et à un totalitarisme de la pensée technologique ?

Le sens n’est pas dans l’alternative mais dans le va-et-vient de la sagesse du scribe : il fait appel à des choses anciennes et se réjouit des choses nouvelles. Le secouriste d’aujourd’hui a besoin d’un GPS, mais aussi d’une énergie d’amour pour la vie de ce qui est menacé. Le dictionnaire du patois de Bagne eut besoin de milliers de fiches écrites à la main mais aussi d’un programme informatique de pointe.

Ce mouvement du cœur et de l’esprit, ce mouvement du Fils de l’homme et des fils d’hommes vers ce qui doit être secouru est le mouvement même de l’Esprit dans toutes les spiritualités du monde.

En théologie chrétienne, il est le mouvement d’amour entre le Père et le Fils sur les ailes de la colombe, l’esprit de vérité et de sainteté.

« La valeur de l’homme ne réside pas dans la vérité qu’on possède ou prétend posséder, mais dans l’effort sincère qu’on fournit pour l’atteindre. » (Lessing)

Le bon berger, le Dieu très haut est mon gardien fidèle.

Amen

(La suite ci-dessous avec les prières, témoignages et bénédictions en patois)

A nom di Pére, di Bouebe é di Sïnt Echprit, Amen

Lai graice de Djésus not Segneu, l’aimouè de Dûe le Pére é lai comnion di Sïnt Echprit, feuchïnt aidé aivos vos.

Vôs étes tus les bïnvnis adjd’heû è Yverdon po çi temps d’prayïre oecuménitçhe, â tiûre de ç’te féte dés patois romands.

Tus ensoinne, de tos lés câre de ç’te romaindie é dés payis végïns, nôs vlan prayie l’Bon Dûe aivô lai mainme foi et lo mainme langaidge que nôs véyes dgens.

Les yéjures de ci dûemoènne nôs pailant de ç’tu que vïnt vâ nos, Djésus, cment ïn Bon Bardgie. È nos moènne tchu lés bons tchemïns vou en trôve tot ç’qu’è fat po vivre bïn dain ci monde qu’ât l’not adjd’heû.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen

La grâce de Jésus Notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit soient toujours avec vous.

Vous êtes toutes et tous les bienvenus aujourd’hui à Yverdon pour ce temps de prière œcuménique au cœur de cette fête des patois romands. Tous ensemble, de tous les coins de cette Romandie et des pays voisins, nous voulons prier le Bon Dieu avec la même foi et le même langage que nos ancêtres. Les lectures de ce culte nous parlent de Celui qui vient vers nous, Jésus, comme un Bon Berger. Il nous conduit sur les bons chemins où on trouve tout ce qu’il faut pour vivre bien dans ce monde qui est le notre aujourd’hui.

Psaume 23 en patois :

L’Èternè l’è mon berdzî,

N’arî fauta de rein.

Dein la ball’erba mè fâ djitâ ;

Vè l’îguie treinquilla mè meinne.

Requinque ma vià ; mèm fâ martsî dein lè seindâ

de la djustice po l’amoû de son nom.

Mîmameint se vé pè la vau

De l’ombro de la moo, n’é pas pouâire dâo mau,

Du que t’î avoué mè.

Ta crossa et ton chèton m’eincorâdzant.

Te prèpare ‘na trâblya por mè

Dèvant clliaô que me persècutant ;

Te vèsse de l’oulyo su ma tîta,

Ma copa l’è pllieina à tsavon.

Oï, lo bouheu et la fidèlitâ mè chèdrant

Tî è dzo de ma vià

Et dèmorerî tot âo long dâi dzo

Dein la carrâïe de l’ Eternè.

Que l’Echprit nôs voidjeûche dain lai fidélitè en sai Pairole….

Mon Dûe, toi qu’é envie ton Bouebe Djésus pô nôs sâvaie é peu faire de nôs tés âfaints, révise d’aivô bontè cés qu’ t’ainmant c’ment ïn Pére é que te prayant adjd’heû en yeuvaint yos mains va toi, dain le langaidge de yos véyes dgens.

Bèye-nôs de savoit t’aityeûyi c’ment te nôs aittyieûye aidé. Le pu p’té, en tés eûyes, ât le bïnveni. Ton Bouebe nôs és dïnche aittyeûyis. Te voidge tôt tés âfaints cment ïn Bon Bardgie voidge sés berbis. Qu’aidé nôs saitchïns âchi dïnche nôs aittyeûis et nôs voidgaie les üns lés âtres. Nôs t’le d’maindant poi Djésus, ton Bouebe qu’ât vétiaint aivô Toi é le Sïnt Echprit, mïntnaint et pô lé sïecles dés sïecles. Amen

Que l’Esprit nous garde dans la fidélité en sa Parole.

Mon Dieu, toi qui as envoyé ton Fils Jésus pour nous sauver et faire de nous tes enfants, regarde avec bonté celles et ceux qui t’aiment comme un Père et qui te prient aujourd’hui en levant les mains vers toi dans le langage de leurs ancêtres.

Donne-nous de savoir t’accueillir comme tu nous accueilles toujours. Le plus petit, à tes yeux, est le bienvenu. Ton Fils nous a ainsi accueillis. Tu gardes tous tes enfants comme un Bon Berger garde ses brebis. Que toujours nous sachions aussi nous accueillir et nous garder les uns les autres. Nous te le demandons par Jésus, ton Fils, qui est vivant avec toi et le Saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

Le sens de célébrer en patois: bref témoignage par le chanoine Jacques Oeuvray

Ïn djoè, ïn p’tèt l’afaint demaindé â tiurïe â catétçhisse : « É l’Bon Dûe, qué langaidge ât-ce qu’è djâse ? » Le tiurïe feu tot fri de ç’te quechtion. È n’y aivaie djemais musaie. Aipré ènne boussaie d’musates, è y dié : « Le Bon Dûe djâse le langaidge de l’aimouè. Ç’tu-li, tot l’monde le peu compare. Tiaint qu’en ât aimoireu, en s’le dit dain langaidge de sai mére. Dïnche, s’nos vlan bïn prayïe l’Bon Dûe qu’en ainme, è l’fât prayïe dain not langaidge de l’aimouè, ç’tu d’nos véyes dgens : le patois. Ç’ât po çoli qu’en faie dés mâsses, dés tiultes é dés prayïres en patois, le langaidge de l’aimouè que tot l’monde peu compare.

Un jour, un petit enfant demanda au curé au catéchisme : « Et le Bon Dieu, quelle langue parle-t-il ? » Le curé fut très frappé de cette question. Il n’y avait jamais pensé. Après une brève réflexion, il lui dit : « Le Bon Dieu parle le langage de l’amour. Celui-là, tout le monde peut le comprendre. » Quand on est amoureux, on se le dit dans sa langue maternelle. Ainsi, si nous voulons bien prier le Bon Dieu qu’on aime, il faut le prier dans le langage de l’amour, celui de nos ancêtres : le patois. C’est pour cela qu’on célèbre des messes, des cultes et des prières en patois, le langage de l’amour que tout le monde peut comprendre.

Témoignage de Daniel Corbaz :

Il faut que je vous dise, chers amis l’impression que me fait une célébration en patois. Pardon, amis patoisants, je le dis en français, les hôtes des ondes comprendront mieux. D’abord, je suis heureux de la vivre en communion d’Eglises – catholique et réformée. Ensuite, j’aimerais remarquer qu’il y a ici de l’universel et du particulier. L’évangile est universel. On l’annonce partout dans le monde. Mais il est traduit en bien plus de mille langues pour être lu et compris par des populations particulières.

Je sais bien qu’il nous est annoncé, depuis la Réforme, dans ce canton, en français. La Réforme a parlé français. Dans les villes surtout où, de surplus, lors de la révocation de l’Edit de Nantes, beaucoup de familles françaises se sont réfugiées. Les baillis bernois qui administraient le Canton parlaient français et respectaient le patois des campagnes qui était tout de même considéré comme une langue mineure. On l’a interdit dans les écoles en 1806. Il s’est peu à peu perdu.

Alors, vivre en communion avec tant d’autres patoisants cette célébration en patois, dans ce rassemblement de particularités, c’est pour moi prier dans la langue maternelle de ma grand’mère, c’est entendre l’évangile dans les mots qu’ont prononcés des générations de croyants, c’est entendre ceux aussi avec lesquels ont prié les Jurassiens. Je suis ainsi en communion avec tout un passé chrétien, un passé de peines et de bénédictions, un passé de piété humble, proche de la terre et du quotidien. Je suis ému de le vivre et suis heureux de ce moment commun et fraternel. Il n’y a pas de mot pour dire en patois : œcuménique. Mais cela se vit.

Boûne dzein dâo vîlyo dèvesâ, vo pouède allâ tsacon vè son payî, son velâdzo, sa vele, sa vià. Lâi a eintre no onna comouniyon de fâi et de leingâdzo. Vouardâ-la bin vedzeta avouè l’âide dâo Socclio Sant que dèvese trètotè lè leingue.

Bénédiction (Jacques Oeuvray)

Lo Bon Dûe feûche aivô vôs !

Et d’aivô vot echprit !

Qu’le Bon Dûe vôs b’nâche : le Pére, le Bouebe et le Sïnt

Echprit !

Allètes tus dains lai paix di Chricht !

Nôs randant graice è Dûe !

Bon düemoènne et boènne féte en tus !


Bernard Martin, pasteur
Bernard Martin, pasteur

Bernard-Louis Martin a vécu son enfance à la Cure de Dompierre dans le canton de Vaud. Il suit le Collège secondaire chez les chanoines à Romont, puis passe son adolescence à Yvorne. Il fait ses études de théologie à Lausanne et à Zurich jusqu’en 1964, puis son stage pastoral à Cully et sa suffragance à l’Église française de Bâle.

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Il effectue de 1966-1971 un séjour en Tchécoslovaquie comme boursier du COE : de 66 à 68, bohémistique à l’Université Charles, et de 68 à 71, vicaire en Moravie.

En 1971, retour forcé en Suisse. Il se marie avec Anna Machova. De 1971 à 1981, pasteur à Baulmes et naissance de ses quatre enfants. De 1981 à 1991, pasteur à Bex. De 1991 à 1993, envoyé du DM-échange et mission au Chiapas, de 1993 à 1998 ministère à Yverdon, de 1998 à 2003 pasteur dans la paroisse de l’Arnon. Il retourne en Tchéquie de 2004 à 2011, au service de l’Eglise évangélique des frères tchèques. En parallèle, il effectue divers remplacements à Montagny-Champvent, Fribourg, Ballaigues-Lignerolle, Chavornay et Aigle-Yvorne. Il se passionne pour les relations nord-sud et est-ouest, pour la question de la compréhension du Christ au-delà des cultures. Sa certitude : la nécessité d'une Europe à vivre.

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