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L’espérance? Un moteur puissant qui semble aujourd’hui en panne. Et pourtant?

Temple de Boudry (1/3)
Diffusé sur Espace 2 le 26-11-2017
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Qu’est-ce qui nous permet de surmonter la lassitude engendrée par la succession de scandales et de mauvaises nouvelles? Comment passer du soupir "à quoi bon ", au sourire "cela en vaut la peine, je m’engage" ? Peut-on espérer quand tout espoir est perdu?

Confronté à la 1e mondialisation - l’empire romain -, l’apôtre Paul propose des pistes qui nous emmènent au-delà des impasses et redonne de la saveur à la vie ici-bas.


Prédication : Isabelle Ott-Baechler, pasteure

Co-célébrant : François Ott

Organiste : Hans Beck

Musiciens : Maja Wuerth au violoncelle

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Que nous est-il permis d'espérer?

Quelles sont nos images de l’avenir ? Qu’attendons-nous en ce mois de novembre 2017 ? La question de savoir ce que nous attendons est essentielle. Ce que nous attendons donne sa couleur à notre présent. Les évènements heureux que nous espérons embellissent notre existence. Et il suffit d’un soupçon lors d’un examen médical pour que l’attente inquiète ternisse nos journées jusqu’au moment où nous recevons les résultats.

Romains, chapitre 8 , versets 18 à 25

Les perspectives à longs terme sont peu réjouissantes pour notre monde : nos hivers s’adoucissent, les glaciers fondent et la neige qui s’est montrée ce matin devient rare. A cela s’ajoute la description apocalyptique de certains romans de science fiction : la vision de notre terre se dissolvant dans une ultime explosion ou alors se figeant dans une glaciation éternelle. Seuls nos robots survivraient à cette catastrophe espèrent certains.

A cette sombre vision de l’avenir s’ajoute un sentiment diffus : celui que notre existence ne laisse qu’une empreinte négative sur notre planète. Le pas est vite franchi : l’idée que l’être humain – et nous-mêmes - sommes à l’origine de tous les maux finit par nous décourager.

« Profitons de la vie ! Nous ne savons pas si demain nous serons… millionnaires ? » nous encourage l’humoriste Marc Donnet-Monay, un brin sarcastique !

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Qu’attendons-nous ? Certains misent tout sur la technique qui va nous procurer les solutions pratiques à nos problèmes, cela s’appelle le ‘solutionisme’ paraît-il, une vision optimiste - et aussi très lucrative. Ces réponses techniques relèvent des moyens pour améliorer notre existence, voire la prolonger – ce n’est pas rien – mais donnent-ils du sens à nos journées ?

Lors d’une sympathique soirée il y a quelques semaines, l’un de mes voisins de table me parle de ses matins difficiles où une question le taraude : « A quoi bon ? » Certes c’est un homme âgé, mais il a marqué son époque dans son domaine, il a mené une belle carrière qui lui a valu la reconnaissance de ses pairs, et du grand public ; et avec sa femme, il forme un beau couple, aux propos toujours intéressants. Mon interlocuteur est intellectuellement en forme.

« A quoi bon ? » Ces trois mots me touchent. Que peut-on encore espérer quand l’essentiel de sa vie se trouve derrière soi ? Ou au contraire, que peut-on attendre de l’avenir, quand on a une famille, une maison, un travail, la santé… quand on a tout, quoi ?

A quoi bon se lever le matin ? A quoi bon faire tout ce que nous faisons ? A quoi bon une belle carrière et ces recherches qui n’empêchent ni la guerre, ni la destruction d’un monde que l’on a aimé ? A quoi bon puisque tout se termine tôt ou tard dans la poussière ou la cendre ? Que me réserve l’avenir ? Ou pire, y a-t-il un avenir ? Nous avons besoin d’espérance

Dans le fragment de sa lettre à la paroisse de Rome, paroisse au nombre insignifiant perdue au cœur de l’immense empire romain (la 1ère mondialisation), l’apôtre Paul nous parle de l’espérance avec une image : celle d’un monde au travail, semblable à une femme enceinte, aux prises avec les douleurs de l’enfantement. Une belle image !

Vous l’avez remarqué, le verbe ‘gémir’ apparaît à plusieurs reprises : gémir, haleter, soupirer – la Création entière est au prise avec les affres de l’accouchement, et nous avec elle, dans une même communauté de destin.

Quand nous dénigrons systématiquement notre société, quand nous déplorons à quel point nos semblables sont mauvais et corrompus, quand nous disons que rien ne vaut la peine de rien, nous donnons de la place à ce que Paul nomme le Néant. C’est un poison. Ce cynisme semble justifier un retrait de l’engagement politique et social, une indifférence à tout ce qui n’est pas soi et son entourage immédiat pour profiter de la société et de l’Etat sans apporter sa contribution et sans s’engager pour les faire vivre.

Notre pouvoir, notre empreinte, sur le monde créé n’est pas que nuisance nous dit l’apôtre Paul. Bien sûr que « l’univers entier a été marqué du sceau de la mort »1 depuis l’ancien Adam ; bien sûr que nous sommes affectés jusqu’au plus profond de nous-mêmes par le pouvoir d’anéantissement qui s’exerce sur la Création et notre monde ; bien sûr que nous partageons les douleurs et les inquiétudes légitimes à propos de l’avenir de l’humanité, mais ici Paul insiste sur son affranchissement, sa libération. Il s’agit d’un accouchement de la Création soumise au Néant, un enfantement douloureux, mais qui ne débouche pas sur le Néant, mais sur l’enfant : le monde nouveau. Croire en cet enfantement change tout.

Notre horizon n’est pas la victoire des forces de destruction, notre horizon se profile comme une nouvelle création. Paul nous fait lever les yeux, voir plus haut, voir plus loin pour contempler un horizon largement ouvert. Au rétrécissement de nos vies sous l’emprise des mauvaises nouvelles et du cynisme ambiant, Paul donne un souffle : nous et toute la Création n’allons pas vers le vide, la mort, la nuit. « Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée. »

Répétons-nous chaque jour que « Dieu ne vient pas nous sauver du monde, mais sauver le monde ! » selon l’heureuse formule du professeur de théologie Simon Butticaz, dans un livre que je vous recommande intitulé Pâques et après.

A la fin de la dernière guerre mondiale, dans une Europe ruinée par les violences et les destructions, destruction notamment des valeurs d’humanité incarnée par l’horreur des camps d’extermination, où la haine et le besoin de vengeance n’étaient pas éteints, quelques politiciens et scientifiques visionnaires ont eu le courage et l’intelligence de créer le CERN. Ils ont réunis leur force et intégré l’Allemagne ennemie qui venait d’être vaincue. C’était en 1952. Aujourd’hui le CERN est le plus grand agitateur de particules du monde et contribue à des avancées scientifiques majeures. Ce centre européen a aussi réuni dans ses laboratoires, pendant la guerre en Yougoslavie, des Bosniaques et des Serbes qui travaillaient au même projet scientifique, de même que des Israéliens et des Palestiniens se retrouvent à œuvrer pour la même cause. Aujourd’hui, bref, le CERN contribue donc à la paix.

« Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance »

En nous invitant à cette confiance, Paul nous demande de prendre du recul, de la hauteur, pour regarder deux réalités qui coexistent : aujourd’hui nous sommes solidaires de la souffrance de ce monde en travail – nous ne pouvons nous en laver les mains – et nous nous engageons avec d’autres pour travailler à des solutions. En même temps, nous sommes déjà en communion dans l’espérance du monde qui vient. Cette nouvelle Création est déjà là, en filigrane, par touches, mais pas encore pleinement présente. L’enfant est commencé, bien vivant, mais le nouveau-né n’est pas encore venu au monde !

Vous avez remarqué les temps du verbe : « Nous avons été sauvés », et pas « Nous serons sauvés », parce que l’espérance s’enracine dans un événement du passé, l’événement de Pâques qui naît de la mort. Nous espérons parce que Pâques a eu lieu, le crucifié est ressuscité. Nous espérons et nous sortons du cycle décevant des fausses espérances humaines. Nous nous refusons à nous laisser prendre par des rêves ou des consolations éphémères. Nous attendons Dieu lui-même, nous attendons l’éternité !

Le propre de l’espérance c’est qu’elle échappe à notre emprise, nous n’en disposons pas. L‘espérance est un don. Elle n’est pas le résultat de l’optimisation des ressources ni de notre effort à développer toujours plus nos capacités. L’espérance commence quand tout espoir est perdu. Quand tout a fait naufrage, Dieu continue d’espérer en l’humain. L’espérance ne s’inscrit pas dans la sphère du monde visible, du monde sensible ; « l’espérance qu’on voit n’est plus l’espérance ! »

Pour le réformateur Martin Luther, l’espérance est ce qui permet à la foi de rester la foi : « Tu ne dois pas sentir, tu dois croire. »

Je me souviens du pasteur Jean-Philippe Ramseyer, un pasteur qui m’a marqué à mon adolescence, et d’une situation dont il nous a fait part. Il a eu entre les mains l’étude graphologique d’un de ses catéchumènes, âgé de 15 ans. Une étude inquiétante pour l’avenir de ce jeune homme. Avec sagesse le pasteur n’en a rien dit au catéchumène concerné, et l’avenir a démenti totalement l’analyse du graphologue ; rien ne s’est produit qui était annoncé, bien au contraire.

Le dernier mot sur ma vie et la vôtre appartient à Dieu. Le dernier mot sur la Création, le cosmos, appartient à Dieu. L’avenir nous est donné. Il n’est pas seulement l’empreinte que nous laissons sur la planète. L’avenir n’est même pas la somme de toutes les compétences mondiales. Paul nous dit : Dieu s’en mêle, il intervient, il est là au cœur de l’histoire de sa création avec miséricorde. L’espérance d’un affranchissement du mal et des forces de destruction concerne toute la création, pas seulement une poignée d’élus. Toute la création ! La vie n’est pas une tragédie où chacun sauve qui peut. Non ! Nous sommes solidaires pour travailler au projet de Dieu et faire advenir un monde nouveau.

L’espérance s’oppose à tout fatalisme, à toute résignation, à tout cynisme aussi. Non ! La méchanceté, l’absurdité, la violence n’auront pas le dernier mot. Non ! Nous n’allons pas vers la destruction totale et la mort, mais vers Dieu.

Voilà ce que j’aurais du dire à mon charmant voisin de table l’autre soir. Sur le moment, je n’ai pas trouvé les mots. Peut-être qu’il m’écoute ce matin, alors je lui laisse aussi cette réflexion : « Vis le jour d’aujourd’hui. Dieu te le donne, il est à toi, vis-le en Lui. Le jour de demain est à Dieu, il ne t’appartient pas. Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu, remets-le-Lui.Le passé ? Dieu le pardonne. L’avenir ? Dieu le donne ».

En ce mois de novembre 2017 finissant, nous allons vers la nuit. Nous allons aussi vers Celui qui transforme les ténèbres en lumière.

Amen


Isabelle Ott-Baechler, pasteure
Isabelle Ott-Baechler, pasteure

Née au bord du lac de Neuchâtel, Isabelle Ott-Baechler a exercé son premier ministère de pasteur dans la paroisse de Bévilard dans le Jura bernois, puis elle est appelée à mettre en route la formation des jeunes à la responsabilité dans l’Eglise réformée de Neuchâtel.

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En 1999, elle est élue à la présidence du Conseil synodal de l’Eglise réformée de ce canton.

Depuis 2007, elle partage son ministère dans la paroisse du Joran, notamment auprès des enfants.

Elle a reçu le prix de la prédication en 2014.

Elle est mariée à François Ott.

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