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Entrée dans le temps de la Passion, le prix de la liberté

Temple de Fribourg (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 18-02-2018
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Le temps de la Passion, appelé Carême chez les catholiques, n'a rien de très sexy: on y parle de restrictions, d'épreuve, de souffrance… Pour qui et pour quoi, en fin de compte? Alors, comment lui donner une autre dimension? A travers un texte biblique tiré de l'Ancien Testament, la pasteure Martine Lavanchy vous invite à une réflexion sur la liberté, tout simplement.


Prédication : Martine Lavanchy, Pasteure

Co-célébrant : Michaël Saul

Organiste : Samuel Cosandey

Musiciens : Joëlle Johl à la flûte traversière

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Entrée dans le temps de la Passion, le prix de la liberté

Le carême a commencé cette semaine et le début de ce temps a été marqué par des fêtes, en particulier dans les cantons catholiques. Ainsi, à Fribourg a eu lieu le carnaval des Bolzes. Mais est-ce que cela nous concerne, nous protestants ? Nous savons que les Réformateurs ont évacué cette pratique qu'ils considéraient comme hypocrite. Alors, peut-on sans autre classer cette tradition parmi les actes purement catholiques, car elle n'a aucune signification pour nous ? Pour nous réconcilier avec ce mot chargé de sens et lui trouver une place adéquate dans notre vie, pour faire œuvre ainsi d’œcuménisme et d'ouverture, prenons le temps d'écouter son histoire et de réfléchir à sa portée.

Exode, chapitre 17 , versets 1 à 7

Le carême ? Il n'est pas né d'hier ou d'avant hier. Il date du début du christianisme, et surtout, il n'a aucun lien direct avec une quelconque pratique qu'auraient eue Jésus et ses disciples dans la période précédant la mort de celui-ci. Il fait cependant référence à différents éléments connus :

• Il existe un temps de jeûne de 40 jours, dans le judaïsme, après la Pâque.

• Dans toutes les sociétés antiques de type agraire de l’hémisphère nord, février et mars sont les mois les plus difficiles : les réserves sont épuisées, la nature est encore en sommeil. Il en résulte une période de disette qui a tout naturellement trouvé un enracinement culturel dans le jeûne, en particulier celui du carême.

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Dès le 2ème siècle, l'Église met en place une période de préparation avant Pâques, d'environ 15 jours. Cette période a un lien direct avec le baptême. Dans les débuts du christianisme, il y avait en effet beaucoup de baptêmes d'adultes. Pour ceux-ci, il fallait une préparation de 3 ans, aboutissant à un baptême qui avait lieu au matin de Pâques. Les 15 jours qui précédaient étaient vécus sous forme de retraite.

Au 4ème siècle, on trouve les premières allusions au Carême, dont le nom est une contraction du terme latin quadragesima. Ce temps est toujours lié à la préparation du baptême, mais une explication théologique est donnée au chiffre 40 :

• C'est le temps qu'a duré le déluge.

• Le séjour de Moïse au Sinaï , lorsqu'il a reçu les tables avec les 10 paroles, a été de 40 jours.

• Élie a marché 40 jours vers l'Horeb.

• Lorsque Jonas profère la menace de Dieu contre Ninive, il dit : "Encore 40 jours !..."

• Jésus lui-même a jeûné 40 jours.

• Et puis il y a les 40 ans d'errance du peuple d'Israël dans le désert, dont nous avons lu un épisode tout à l'heure.

Le Carême ? Quel est le but de se priver de nourriture, et pendant autant de temps ? A quoi ça sert ? Pour qui, pourquoi ? Pour souffrir avec le Christ, afin d'être glorifiés avec lui ? Mais nous entrons là dans une sanctification de la souffrance, et cela a quelque chose de totalement inhumain ! Comme si le peuple d'Israël avait choisi de passer 40 ans dans le désert afin de se rapprocher de Dieu ! Non, il n'en est pas ainsi. Car si le peuple d'Israël est dans le désert, c'est parce qu'il a choisi la liberté. Il a choisi de quitter l’Égypte, la terre de servitude, la terre d'esclavage, sous la conduite de Moïse et de son frère Aaron. Il a choisi de marcher vers un pays où coulent le lait et le miel, un pays de liberté et d'abondance... mais cette liberté a un prix.

Ce prix, c'est la faim, la soif. C'est aussi avoir mal aux pieds à force de marcher. C'est endurer la chaleur du jour, l'humidité et le froid de la nuit. C'est être à la merci de rencontres plus ou moins heureuses.

Le mot "liberté" a fait rêver les Hébreux en Égypte. Là-bas, ils ne manquaient ni d'eau, ni de nourriture. Ils avaient simplement soif de liberté. Maintenant qu'ils l'expérimentent, cette liberté, ils se rendent compte de ce que cela implique. Ils râlent, ils ronchonnent, ils rouspètent. Et cela, ils le font depuis les premiers pas dans le désert. La Bible nous rapporte les épisodes des eaux amères de Mara, de la manne, et ce récit de l'eau de Massa et Mériba. Et tout de suite après, il y a une bataille, celle contre Amaleq.

La liberté n'est en effet pas facile à vivre. Mais il faut aussi dire que le chemin que prennent les Hébreux n'est non plus pas facile. Le désert est un milieu hostile, sans eau, sans végétation. Il fait très chaud le jour, très froid la nuit. Peut-on les critiquer, ces femmes, ces hommes et ces enfants qui ont soif ? Car la soif est une véritable torture pour quiconque y est confronté. La demande est donc légitime, et plus le temps passe, plus l'agressivité monte. Notre texte nous le montre bien : "Donnez-nous de l'eau à boire", dit le peuple à Moïse. Et au verset 3, le peuple reprend : "Pourquoi donc nous as-tu fait monter d’Égypte? Pour me laisser mourir de soif, moi, mes fils et mes troupeaux ?"

D'ailleurs, en posant cette dernière question, le peuple sait, le peuple sent qu'au bout du compte, dans ces conditions, c'est la mort qui l'attend. Et la question suivante, celle qui montre à quel point la situation que vit le peuple est à la limite du supportable, cette question est formulée à la fin : "Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non?"

D'autres questions sont là, non dites, quant à la vie et à la mort, quant à la foi en ce Dieu qui semble ne pas s'intéresser au sort du peuple d'Israël. Qu'en est-il donc de l'existence de Dieu ? La liberté vaut-elle le prix qui est demandé ? Mais est-ce mettre Dieu à l'épreuve que se poser ce genre de question ?

Soit dit en passant, en hébreu, le verbe utilisé pour exprimer la mise à l'épreuve signifie aussi tester, essayer, prouver. Le peuple a-t-il là le besoin d'une preuve de l'existence de Dieu ?

Face à de tels enjeux, enjeux de vie et de mort, enjeu de la présence et de l'existence de Dieu, les Hébreux attendent une réponse et l’obtiennent, de manière claire : l'eau est là, ils peuvent se désaltérer.

Car si la liberté se paye parfois cher, elle apporte aussi des joies et il vaut la peine, dans certains cas, de choisir l'une pour recevoir les autres.

Le temps de Carême, appelé temps de la Passion dans notre tradition protestante, peut aussi avoir cette dimension-là : pour nous qui vivons dans un pays basé sur la démocratie, que veut dire être libre, choisir la liberté ? Et quel en est le prix ?

Par le biais des média de toutes sortes, nous nous rendons compte que l'information que nous recevons n'est pas toujours neutre. Comment nous faire alors une opinion réelle de ce qui se passe ici et dans le monde ? Jusqu'où pouvons-nous faire appel à notre libre arbitre, jusqu'où sommes nous en mesure de prendre une décision librement ? Sommes-nous maître-maîtresse de notre vie ? Quelle est notre liberté ? En quoi est-elle illusoire ou menacée ?

Dans le vaste champ des décisions à prendre, au fil de notre vie, notre liberté est en jeu. Liberté d'agir, liberté de penser, liberté de s'exprimer. Il nous incombe de savoir ce pour quoi nous sommes prêts à faire des concessions et ce pour quoi nous voulons tenir. Là est le prix de notre liberté. Nous sommes appelés à faire nos choix, en fonction de ce que nous sommes et ce que nous pensons, à ce que nous croyons aussi. Personne, non, personne ne peut se substituer à nous dans ce rôle. Car ce serait donner aux extrémistes de tout poil raison de nous imposer leur propre manière d'être, d'agir, de penser, de croire.

C'est pourquoi le temps de la Passion pourrait être un moment à prendre pour réfléchir, pour retrouver la profondeur de notre liberté et de son prix. Cela pourrait être n'importe quand dans l'année, mais en le plaçant juste avant Pâques, en le reliant à Pâques, il nous rappelle que Jésus lui-même a choisi la liberté et qu'il l'a payée cher, très cher. C'est la condamnation, la souffrance et la mort qu'il a rencontré dans ce choix qu'il avait fait. Mais par la résurrection c'est la vie qui a été la plus forte, et par elle c'est un bénéfice encore plus grand qu'il a reçu et dont nous sommes héritiers.

Le choix du Christ nous est aujourd'hui tout bénéfice. Faisons alors en sorte que notre liberté, quel qu'en soit le prix, puisse être bienfait pour les autres demain : nos proches, et plus loin l'Église et le monde. Car si petite soit la goutte dans l'océan, elle participe au grand mouvement de l'eau. Si petite soit notre contribution au mieux vivre de notre planète, elle participe à l'ensemble des actions de l'humanité dans ce sens.

La campagne œcuménique nous appelle cette année à la transition écologique. Elle nous invite à changer de comportement pour que les générations suivantes puissent hériter d'une terre qui soit accueillante. Notre liberté passe aussi par là ; faisons en sorte que cette liberté se maintienne, quel qu’en soit le prix. C'est le meilleur témoignage que nous pourrons donner de la Bonne Nouvelle qui nous habite.

Amen


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