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"Naître à nouveau": l’entretien de Jésus avec Nicodème, un théologien de son temps

Centre paroissial de Chêne-Bourg (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 11-03-2018
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On a beaucoup parlé, à la suite de Billy Graham et des télévangélistes américains, de « naître à nouveau », to be born again. Mais qu’en est-il exactement?


Prédication : Henry Mottu, professeur

Co-célébrant : Antoine Chavan

Organiste : Anne Boëls

Musiciens : Anne Boëls, piano

Présentation : Tristan Miquel

Prédication

Naître à nouveau: l'entretien de Jésus avec Nicodème

Je vais vous faire une confidence : j’aime ce Nicodème ! Un notable « parmi les Pharisiens », un savant, un homme qui s’intéresse à Jésus ; on dirait aujourd’hui un homme en recherche. Il vient de nuit, trouver Jésus pour discuter théologie avec lui et il commence par lui avouer qu’il l’admire : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu… ». Ce pourrait être aujourd’hui un professeur de théologie, par exemple, et qui vient secrètement rendre visite à Jésus. « Rabbi, nous savons… ».

Jean, chapitre 3 , versets 1 à 13
Jean, chapitre 3 , versets 16 à 17

Oui, mais il y a un mais. Jésus n’entre pas dans la logique de ce dialogue théologique et semble même rompre l’entretien, ou du moins changer radicalement de niveau : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître d’en-haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu ». La conversation change soudain de niveau : une dimension inattendue intervient par la bouche de Jésus. Tu sais beaucoup de choses, mais il te manque l’essentiel : naître d’en-haut (le mot grec peut signifier « d’en-haut » ou « de nouveau », le sens est le même). Re-naître. C’est ce qu’un philosophe chrétien Kierkegaard appelait « le saut de la foi ». Il faut sauter, changer et faire intervenir dans nos vies une naissance d’un autre ordre que la naissance biologique. La naissance dans l’Esprit.

Rappelons-nous à ce propos le thème de la campagne de carême et de Pain pour le Prochain : « Prenons part au changement » - et cela commence par soi-même : comment puis-je changer ? Comment puis-je devenir chrétien ? Car on ne saurait naître chrétien, par sa famille, par la sociologie, par l’habitude, encore faut-il le devenir. Encore faut-il se laisser convertir par Jésus. Encore faut-il, comme le disait Maurice Zundel, un théologien catholique qui fut aussi un mystique, « devenir la vie éternelle et la devenir de tout son être ».

Nous nous approchons ainsi de l’énigme posée par cet épisode : comment réunir en nous les deux dimensions, la dimension culturelle et la dimension convictionnelle, en un mot la raison et la foi, la critique et la conviction ? En effet, il y a beaucoup de chrétiens qui ne sont pas convertis, certes, mais n’oublions pas non plus qu’il y a beaucoup de convertis qui ne sont pas chrétiens. Ce mystère de la foi appartient à Dieu seul et ce que Jésus veut dire à Nicodème est que l’on n’accède à la foi que par un acte de Dieu.

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Mais revenons à notre récit. Nicodème donc est un Pharisien. Mais, cela est à noter, contrairement à une mauvaise habitude des chrétiens, le texte ne polémique aucunement contre ce savant. Au contraire, le Nouveau Testament valorise sa sincérité. Ce n’est pas réellement un adversaire de Jésus, mais un relativement proche, « un disciple de la nuit », j’y reviendrai.

L’Evangile de Jean nous donne ainsi quelques renseignements précieux sur ce fameux Nicodème. On nous raconte par exemple (en Jean 7 : 48-52) que, membre du Sanhédrin, il prend ouvertement, publiquement, lors d’une controverse, la défense de Jésus : « Notre loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il a fait ? » En Jean 12 : 42, le narrateur fait remarquer : « Parmi les dirigeants eux-mêmes, beaucoup avaient commencé à croire en lui ; mais, à cause des Pharisiens, ils n’osaient le confesser, de crainte d’être exclus de la synagogue ». Et à la fin de l’Evangile de Jean (19 : 39), lors de la mise au tombeau du corps de Jésus, Nicodème, aux côtés de Joseph d’Arimathée, « qui était un disciple de Jésus », précise-t-on, « apporta un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres » pour embaumer le corps. Et le texte de rappeler notre épisode : « lui qui naguère était allé trouver Jésus au cours de la nuit ». Cessons donc de considérer « les Juifs » (expression englobante et calamiteuse) comme des adversaires systématiques de Jésus par des propos nauséabonds et simplificateurs qui, au cours des siècles et aujourd’hui encore, ont fait tant de mal.

Le dialogue entre nos deux protagonistes est à vrai dire, et cela est intentionnel, aussi pédagogique qu’ironique. C’est bien là la manière du quatrième Evangile. Il s’agit de savoir comment s’y prendre lorsque l’on aborde la question de la foi, du commencement de la foi. Si tu n’acceptes pas de recommencer ta vie, tu ne pourras jamais comprendre la dimension spirituelle de celle-ci. D’accord, mais comment recommencer ? On ne peut pas effacer ce qui a été fait et vécu ! Comment redevenir un petit enfant ? En fait, Nicodème a très bien compris ce que Jésus a voulu lui dire. Il joue à celui qui n’a pas compris (selon la logique de l’intrigue littéraire). Il veut pousser le Maître jusqu’à ses derniers retranchements. Il vous faut naître de nouveau d’en-haut. « Tu es professeur de théologie et tu ne comprends pas ces choses ! » En réalité, changer, cela nous est impossible ; ce n’est possible qu’à Dieu.

Depuis pas mal de temps, aujourd’hui, les prétendus born again (littéralement : « re-nés », « nés de nouveau ») aux Etats-Unis inondent la planète grâce aux télévangélistes de leurs simplifications, de leur argent, de leur battage médiatique. Mais ces appels à la conversion (pas toujours et partout, mais souvent) ne mènent qu’à la désillusion, à l’imposture, au chantage. Je n’aime pas ces méthodes qui peuvent mener à un dualisme destructeur : nous sommes les born again (les surdoués de la foi), mais vous les mécréants ; nous sommes les vrais croyants, mais vous les athées ; les convertis, mais vous les pécheurs. Or, qui fait l’ange fait la bête. Et l’on sait assez où tout cela peut mener. Ce que je n’aime pas, au fond, c’est l’appropriation de l’Evangile par un groupe social ou religieux : c’est la prétention de posséder le vrai sens de l’Evangile. Confisquer Jésus pour soi contre les autres. Or, Mesdames et Messieurs les prétendus convertis, « l’Esprit souffle où il veut ». C’est dans le texte !

Vous l’avez compris : j’aime prendre la défense de ce Nicodème. Pourquoi ? J’ai évoqué ces passages qui nous relatent sa proximité avec Jésus, même à son courage à l’encontre de ses collègues du Sanhédrin. Mon hypothèse de lecture est maintenant la suivante : je pense qu’il y a chez le narrateur un jeu subtil entre ténèbres et lumière, ténèbres de la non-foi et lumière de l’Evangile découvert. Il y a là un symbolisme très johannique, voyez le prologue : « la lumière luit dans les ténèbres ». Même si les ténèbres ne le reçoivent pas, Jésus n’est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. La lumière (les versets 19 à 21 reprendront ce thème) luit dans notre nuit.

Nicodème, c’est toi, c’est moi : nous cherchons cette lumière et ne la trouvons pas toujours. Mais une chose est sûre : la lumière luit dans notre nuit. On a pu dire que Nicodème est « le disciple de la nuit ». Première nuit : il paraît échouer à comprendre ce que Jésus lui dit, à venir à la lumière. Seconde nuit : il rend au corps du Seigneur les honneurs qui lui sont dûs. Entre les deux nuits, il prend de jour la défense de Jésus. Ainsi « le disciple de la nuit » entre-t-il discrètement à son tour dans la lumière.

Notre ami Jacques Matthey, dans son dernier livre : « Vivre et partager l’Evangile. Mission et témoignage, un défi », qui vient de paraître aux éditions Cabédita, parle à propos de Nicodème du « disciple caché », et même des « croyants cachés » (p.40). Il y a aussi une place pour eux dans le Royaume de Dieu. A côté des forts, les faibles ; à côté des super-croyants, des demi-croyants ; à côté des membres inscrits, des membres cachés. Des croyants anonymes. « Les croyants cachés », écrit Jacques Matthey, « peuvent en effet être appelés à un témoignage par rayonnement de sens là où l’évangélisation classique n’est pas possible, ou a échoué, ou encore devient trop dangereuse dans certains pays ou certaines situations. »

« Par rayonnement de sens » : l’expression m’a frappé. On peut et l’on doit certes évangéliser par la parole, mais il y a aussi une évangélisation par rayonnement. Par une présence silencieuse auprès d’un malade ; par une explication éclairante d’un passage biblique ; par une attitude bienveillante envers nos proches et envers les gens que nous croisons. C’est l’évangélisation par le quotidien et dans le quotidien – présence, éclairage, bienveillance. « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ».

Amen.


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