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Péché, pardon: quelle place dans l'écosystème de l'homme moderne?

Temple de La Tour-de-Peilz (1/4)
Diffusé sur Espace 2 le 10-06-2018
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Aujourd’hui les notions de péché et de pardon sont massivement démonétisées. On reproche au péché de faire la part belle au droit de Dieu, au détriment de la conscience morale de l’homme. Et au pardon, de maintenir l’individu dans une posture humiliante.

L’innocence et le contentement de soi nous permettent-ils de mieux vivre ensemble? Pas si sûr…


Prédication : Leila Hamrat, Pasteure

Co-célébrant : Anne-Evelyn Marmillod et Pierre Marmillod

Organiste : Sylvie Pagano

Musiciens : Jeanne Gollut à la flûte de Pan

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Péché, pardon: quelle place dans l'écosystème de l'homme moderne?

Dieu pardonne comme il respire – oui chers amis, Dieu pardonne comme il respire. Et cette respiration pardonnante c’est sa plus grande joie. S’il cessait de pardonner, Dieu cesserait de vivre.

Genèse, chapitre 3 , versets 1 à 24
1 Jean, chapitre 1 , versets 8 à 10

J’aimerais explorer avec vous une deuxième affirmation, mais ô combien difficile à entendre : l’homme pèche comme il respire. Dans le face à face narcissique où se contemple l’homme moderne, l’homme auto-fondateur de lui-même, « I, me and myself » comme disent avec humour les Anglais, pour cet homme, le péché tout comme le pardon n’ont aucune place dans son écosystème.

Ils sont massivement rejetés : le péché, lui, est rejeté parce qu’on lui reproche de faire la part belle au droit de Dieu, au détriment de la conscience morale de l’homme. Cette conscience portée à accuser l’état de choses institué plutôt qu’à se reconnaître une responsabilité personnelle dans le poids du mal. Nous entretenons aujourd’hui volontiers un interminable procès d’innocentisation. Nous sommes tous innocents parce que nous sommes tous victimes de la société, et victimes de notre éducation, et de notre inconscient, de nos flux endocriniens, et de nos hormones. Et tous ces motifs nous innocentent. Mais, à quel prix ? Celui de l’irresponsabilité. Le pardon, quant à lui, est rejeté parce qu’il maintient l’individu dans une posture humiliante et dévalorisante.

Alors vive l’innocence et le contentement de soi ! Il faut le dire, avec ce rejet, nous assistons à un phénomène de pensée totalement inédit. Car ces notions de péché et de pardon sont sans doute les notions les plus importantes et les plus anciennes de l’histoire de l’humanité. Elles ont connu une fortune planétaire bien avant l’ère de la mondialisation !

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Qu’il s’agisse d’auto-accusation ou d’accusation d’autrui, le sentiment de culpabilité est universel. L’homme a besoin de qualifier et d’avouer le mal – faute ou péché – selon que l’on se place d’un point de vue anthropologique ou théologique. L’homme a besoin de qualifier et d’avouer le mal, car désigner le péché, le mal, la faute, c’est déjà le repérer et le tenir à distance, c’est déjà s’en débarrasser. L’homme a également besoin de pardon, c’est-à-dire qu’il a besoin d’être agréé. Les sacrifices, les rites, les tabous et les offrandes l’attestent.

Alors oui, on est en droit de se demander si le refoulement de la culpabilité n’est pas en passe d’apporter plus de misère et de dommages spirituels que l’enfer du feu et du souffre dont nous menaçaient les sermons d’autrefois.

Oui l’homme pèche comme il respire. C’est ce que suggère l’auteur de l’épître de Jean. A-t-on raison de se sentir pécheur, coupable ? En quoi consiste le péché ? Quel rapport institue-t-il entre Dieu et nous ?

Puisque cette notion de péché est l’une des clefs de la situation difficile du christianisme dans notre monde moderne, nous commencerons par recracher tout ce qui a été mal absorbé, y compris par les chrétiens qui répugnent eux aussi à mettre le péché au premier plan de leur conscience chrétienne.

D’abord le mot péché lui-même. Ce mot c’est tout ce pourquoi nous avons tout un tas de mots qui nous viennent à la bouche et jamais ce mot-là précisément. Pourtant, Freud le disait : « il ne faut jamais céder sur les mots ». Parce que si on emploie un mot pour un autre ou un mot approximatif, c’est tout le sens qui est vicié. Le mot péché est un mot profond qu’on a couvert de ridicule. C’est un mot profond parce que, comme nul autre mot, il sert à dire notre faiblesse, la part d’ombre de notre vie. Sans ce mot, qu’est-ce que nous devenons ? Qu’est-ce que nous pouvons savoir de nous-mêmes sans ce mot-là ? Ce mot sert à dire tout ce qui gauchit, compromet, fragilise et perturbe notre relation à Dieu et notre relation à autrui. Et puis, ce mot a la particularité de me placer sur un pied d’égalité avec mes semblables. Car devant ce mot nous sommes tous égaux, c’est-à-dire tous frères et sœurs d’humanité et d’offense.

Oui, l’homme pèche comme il respire. Et lorsqu’il le nie, il ment comme il respire nous dit l’auteur de l’épître de Jean. Depuis que l’homme respire, depuis la nuit des temps, il est spirituellement toujours le même.

Le récit biblique aux chapitres 2 et 3 du livre de la Genèse projette au commencement l’expérience pérenne de l’homme dans sa relation à Dieu, à autrui, à la nature. Commençons par recracher ce que nous n’aurions jamais dû avaler.

A partir de ce récit de Genèse a été développé le concept de péché originel, qui d’ailleurs n’est pas un concept biblique. Originel, contrairement à ce que l’on croit, ne signifie pas premier péché; ce n’est pas le péché de nos ancêtres Adam et Ève. Non, originel ne signifie pas premier péché devenu sexuellement transmissible, mais originel désigne ce qui relève de la profondeur. C’est-à-dire ce qui doit être recherché au plus creux de nous, au plus profond, au plus intime de nous. C’est-à-dire ce qui tient aux racines de nos illusions sur nous-mêmes et aussi peut-être sur Dieu.

Dans ce récit il y est aussi question d’interdit portant sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Et il y est encore question de nudité qui pose problème. Et cela a suffi à cantonner le sens du péché à une question de discernement moral ou de comportement sexuel.

Pour comprendre la nature de la transgression et pour sortir de ces interprétations dévoyées, commençons par déployer le sens de l’interdit. Vous savez, l’hébreu est une langue pauvre en vocabulaire, comme la plupart des langues anciennes, et ne dispose pas d’expression consacrée pour désigner les totalités. Alors il les suggère par la désignation de leurs bornes. Pour parler de l’univers, il dira le ciel et la terre. De même pour désigner une connaissance totale – une omniscience – il juxtaposera la connaissance du bien et du mal.

L’interdit énoncé par Dieu l’est à un moment très précis : au moment de la création d’Adam et Ève. Et il est intéressant que l’interdit porte sur la consommation : « tu ne mangeras pas… » Cette injonction n’est pas, contrairement à ce que l’on pense de l’ordre de la privation mais, de manière assez paradoxale, je dirais qu’elle est de l’ordre du don. Le don de la négation, le don de la limite. Alors c’est sûr, ce conseil contrarie notre instinct prédateur, accapareur. Renoncer à absorber, à dévorer, autrement dit fixer une limite à l’emprise, une limite à sa propre puissance, c’est rendre une présence mutuelle possible et viable. Une présence qui ne se vivra pas sous le mode de la rivalité, de l’appropriation, mais du respect et de la distance.

Le noyau dur du péché de l’homme est d’avoir choisi dès l’origine d’être comme Dieu plutôt qu’en Dieu. C’est d’ailleurs ce que le serpent propose à Ève. Oui, le noyau dur du péché de l’homme est d’avoir voulu s’habiller d’un vêtement trop grand.

Ce premier péché qui est de l’ordre du refus des limites contient en germe et conditionne tous les autres. Les chapitres 4 à 11 de la Genèse en dressent toutes les variantes. Le spectacle des maux et des déviances que notre monde accumule ne donne pas tort à cette description.

Que voyons-nous encore dans le récit du chapitre 3 de la Genèse ? Eh bien, dès le début nous voyons que l’homme a du mal à assumer la responsabilité de ses actes. Dès le début il choisit de mentir comme il respire, de préférence en accusant l’autre. C’est ce que fait Ève en accusant le serpent, et Adam en accusant Ève.

Que nous disent le livre de la Genèse et de l’épître de Jean ? Qu’est-ce que l’homme qui pèche et ment comme il respire peut-il espérer? Même pécheur, l’homme peut se regarder dans la glace lorsqu’il se coiffe le matin ou se brosse les dents, et il peut aussi se regarder devant Dieu. Car Dieu accepte de couvrir sa honte, son sentiment de culpabilité, son péché, son mensonge, du vêtement de sa miséricorde. L’auteur de la Genèse le dit bien avant celui de l’épître de Jean. Dieu habille de son estime la nudité d’Adam et Ève.

Un vêtement d’estime et de pardon que ni le temps, ni aucune intempérie n’useront.

Un vêtement-protection à vie que personne ne pourra jamais lui ôter.

Oui, chers amis, Dieu pardonne comme il respire.

Accueillir ce pardon, c’est s’entendre dire : « voilà je t’habille de neuf, à présent tu n’as plus à te cacher. Tu es présentable. »

Accueillir ce pardon, c’est s’entendre dire : « je t’habille sur mesure. Inutile de te tailler des costumes surdimensionnés. Ca te dénature, et en plus c’est inélégant. »

Accueillir ce pardon c’est s’entendre dire par Dieu : « j’ai une garde robe pour toi. Tu n’as pas besoin de convoiter celle de ton voisin. »

Seul ce beau vêtement que Dieu nous offre, le vêtement de son estime et de son pardon peut nous donner envie de nous débarrasser des guenilles dont nous nous recouvrons.

Dieu pardonne comme il respire.

Je terminerai en disant que si Dieu est le designer de ce vêtement d’estime et de pardon, son directeur de collection, celui qui en a porté la griffe, a pour nom Jésus-Christ. Une griffe qui n’est pas réservée à quelques privilégiés mais qui est offerte à tous, gratuitement, sans contrepartie.

Amen.


Leila Hamrat, Pasteure
Leila Hamrat, Pasteure

Leila Hamrat est pasteure depuis juillet 1983. Elle a exercé son ministère successivement à Paris (ERF - 8 ans), à l’Eglise Protestante française de Londres (13 ans), à Paris 6 ans (EPUDF), à l’Eglise wallonne d’Utrecht (PKN – 2,5 ans), et est engagée dans l’EERV depuis avril 2013.

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