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Comment la musique des mots et des idées peut-elle résonner dans et hors des Églises

Église St-Martin à Grandval (1/1)
Diffusé sur Espace 2 le 08-07-2018
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Soigner l'héritage réformé et ouvrir des espaces. Fortifier l'individu et rechercher la communauté. Vivre la foi au pluriel et tenir un profil clair. Quelque une des propositions issues des conclusions de "Vision 21", une réflexion de trois ans des Églises réformées Berne-Jura-Soleure pour dessiner l'avenir. 

Pour le pasteur  Marc Seiler, la conjonction de la présence d’un percussionniste professionnel et l’écho donné  à "Vision 21"  est l'occasion de méditer sur la résonance. Chacune des sept idées directrices de  "Vision 21" est constituée de deux affirmations séparées par un trait d’union. Ce signe de ponctuation est essentiel. Que signifie-t-il de plus qu’un banal « non seulement…, mais encore…»?

Les sept affirmations:

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S’appuyer sur la Bible – en quête d’humanité.

Vivre la foi au pluriel – tenir un profil clair.

Ouverts à tous – solidaires des laissés-pour-compte.

Fortifier l’individu – rechercher la communauté.

Soigner les héritages – ouvrir des espaces.

Rester proche – penser monde.

Façonner le présent – demain, risquer Dieu.


Prédication : Marc Seiler, pasteur

Co-célébrant : Jean-Louis Jabas, Jasmine Bakrim

Organiste : Marie Chaignat

Musiciens : Michel Zbinden au vibraphone et Rolf Perreten à la guitare

Présentation : Michel Kocher

Prédication

La résonance!

Il en a de la chance ce bon vieux roi Ézéchias, roi de Juda au 8ème siècle avant Jésus-Christ. Présenté par la Bible comme un roi sage et fidèle, il n’en tombe pas moins malade mais il guérit, ce qui nous vaut ce très beau texte de remerciements que nous avons entendu se concluant par cette superbe décision : « Puisque tu m’as sauvé, faisons résonner nos instruments tous les jours de notre vie, devant la Maison du Seigneur. »

1 Corinthiens, chapitre 13 , verset 1
Esaïe, chapitre 38 , versets 16 à 20

Vision 21 : ne croyez pas que tout à coup notre Église veuille se prévaloir d’une vision extatique, d’une vision prophétique que le président du Conseil synodal aurait reçu en pleine nuit à la manière d’un Ézéchiel ou d’un Esaïe.

Vision 21 dirait plutôt que notre Église veut voir et être vue, comme nous le découvrons parfois sur les panneaux de la prévention routière. Notre Église ne veut pas être aveuglée, elle veut élargir son champ de vision, comprendre la crise qu’elle vit avec la lucidité et les remises en question que cette vision va obligatoirement générer.

Après toute une récolte de questions auprès de nous tous, l’Église propose sept idées directrices toujours exprimées par couples de deux affirmations séparées par un trait d’union, comme par exemple la première idée : « S’appuyer sur la Bible – en quête d’humanité. » Le trait d’union équivalant à un « non seulement… mais encore ». Non seulement s’appuyer sur la Bible, mais encore en quête d’humanité.

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Chaque jingle que vous entendrez sera suivi de l’idée directrice et d’un petit commentaire. Le jingle signifiera que nous ferons résonner l’idée suivante.

Jingle

1. [Jean-Louis Jabas] S’appuyer sur la Bible – en quête d’humanité [Jasmine Bakrim]

Nous aurions tôt fait de penser que la Bible est un simple indicateur de ce que veut Dieu – certains l’appellent la Parole de Dieu – et qu’elle tombe sur le monde qui devrait la recevoir comme un document venu d’ailleurs. Or la Bible a été écrite de mains humaines, elle décrit tout autant l’humanité qu’elle ne révèle la volonté de Dieu. Vision 21 veut nous faire comprendre que sans s’intéresser au monde dans lequel nous vivons nous ne pouvons saisir la volonté de Dieu sans être participants et solidaires de nos cultures. En ne vivant pas pleinement dans les lieux et les temps qui nous sont donnés, nous ne pouvons saisir ce que Dieu veut. Si Dieu nous parle tellement de notre monde dans sa Parole c’est aussi que le monde révèle aussi la présence de Dieu dans ce qu’il vit.

Jingle

2. [Jean-Louis] Vivre la foi au pluriel – tenir un profil clair [Jasmine]

Pour Vision 21, il est évident que si l’humanité vit dans une immense diversité, l’Église aussi. Elle reconnaît qu’elle doit faire vivre en son sein des hommes et des femmes qui pensent souvent différemment les uns des autres et qui même peuvent s’opposer, même lorsqu’il s’agit de rendre compte de leur foi. C’est un pari difficile mais qui rend parfaitement compte de la diversité que l’on retrouve aussi dans la Bible. Comment créer une unité dans cette diversité ? En étant intransigeant sur un point essentiel que le document appelle un profil clair : le profil clair c’est de confesser une foi qui est vraiment la sienne et jamais la copie de celle des autres. Porter sa foi, témoigner de sa foi et non pas imiter la foi d’un autre, dans un strict respect de toute identité personnelle et surtout dans le respect de l’intégrité de chacun.

Jingle

3. [Jean-Louis] Ouverts à tous – solidaires des laissés-pour-compte [Jasmine]

Notre Église veut être une Église ouverte à tous, or elle s’aperçoit qu’elle n’est plus que l’Église de quelques-uns comme s’il y avait un hiatus entre son action et la culture contemporaine, comme si elle proposait des formes, des réflexions, des actions qui sont d’un autre âge ou tout au moins inadaptées à notre culture. La nostalgie d’un temps où nos communautés rassemblaient riches et pauvres, intellectuels et moins intellectuels, bourgeoisie et monde ouvrier, nous laisse penser que nous ne savons pas nous adapter, nous transformer. L’Église n’a pas une clientèle ciblée comme diraient les publicitaires, et pourtant notre parti pris pour le relèvement et la défense des plus petits, des plus faibles, est une exigence indiscutable de l’évangile mais qui risque d’écarter ceux et celles qui se sentent les moins petits de nos communautés. Or il y a du petit dans chacun de nous face à Dieu. La réussite professionnelle ou sociale n’écarte pas de chacun de nous des faiblesses profondes. Nous ne sommes pas tous petits de la même manière mais nous sommes toujours petits dans notre rencontre avec Dieu. Notre Église est donc ouverte à tous.

Jingle

4. [Jean-Louis] Fortifier l’individu – rechercher la communauté [Jasmine]

La prise en compte de l’individualisme contemporain est sans aucun doute la donnée qui échappe le plus à nos vies d’Église parce que nous avons bien du mal à ne pas porter un jugement moral sur les manières de vivre d’aujourd’hui, où chacun fait ce qu’il veut et ce qui lui plaît, choisit ce qui lui semble bon et ne plonge plus dans les traditionnelles recettes du temps passé où le « il faut » et « l’obligation » avaient, semble-t-il, un sens. Les bataillons de confirmants, les affluences aux cultes « immanquables » de l’année, les prestiges des fonctions de pasteur ou de conseiller de paroisse, les transmissions familiales de la pratique ecclésiale… c’est fini ! C’est vraiment fini… et pourtant ce changement n’est que la juste conséquence de ce que nos Églises réformées ont fait retentir depuis toujours : la vraie liberté. Tout ce qui est obligation aujourd’hui est mort et c’est tant mieux et nous devrions nous en réjouir. Seuls ceux et celles qui puisent de l’intérêt, du plaisir, du sens dans ce que nous faisons, dans le message que nous transmettons seront les réformés de demain. Alléluia!

Le risque encouru par l’exercice d’une vraie liberté c’est celui de la solitude; on n’a jamais raison tout seul, on ne se sauve jamais tout seul. Si la liberté n’est pas mise au service d’une vie partagée, sociale, engagée, elle ne se nourrit que d’illusions et enchaine chacun dans ses propres démons. Notre Église n’est déjà plus une addition de clochers dans lesquelles se rassembleraient des communautés paroissiales. Les découvertes se font à l’intérieur de réseaux qui s’alimentent de découvertes particulières qui se partagent pour un certain temps au gré des préoccupations d’un moment : groupe de préparation au mariage, groupe d’éveil à la foi, groupe d’actions de solidarité, groupes de chant ou de musique. Notre vie d’Église se doit de se transformer en tenant compte de la vie sociale où les engagements se prennent sur une durée limitée et dans des domaines qui intéressent, qui apportent une réelle satisfaction. Une Église pour le plaisir et non plus pour l’obligation, ça c’est un réel progrès.

Jingle

5. [Jean-Louis] Soigner les héritages – ouvrir des espaces [Jasmine]

La crise actuelle semble toucher davantage nos Églises historiques, celles qui ont accompagné depuis l’arrivée du christianisme la population de notre pays jusqu’à aujourd’hui, et cela même s’il ne faut pas trop se faire d’illusions sur le succès des nouvelles églises évangéliques qui se déchargent en premier lieu du lien avec toute l’histoire pour assurer leur statut de découverte inédite. En fait nous sommes tous le fruit d’une histoire, nous avons tous des racines, mais l’incroyable développement technologique a tellement modifié notre cadre de vie que nous ne nous sentons plus redevables des générations précédentes, le modèle d’aujourd’hui c’est ce qui changera notre avenir et non pas ce qui fonde notre présent. Nous ne pouvons déjà pas comprendre comment nos grands-parents ont pu vivre il y a cinquante ans, comment voudriez- vous que nous tirions leçon, ne serait-ce que des réformateurs qui eux vivaient dans un 16ème siècle qui nous parait presque préhistorique !

Et pourtant, l’histoire n’est pas linéaire : certaines paroles des pères de l’Église des premiers siècles sont d’une actualité frappante, les constructions architecturales qui peuvent abriter notre spiritualité moderne sont plus souvent du 12ème siècle que contemporaines, la musique baroque du 18ème siècle n’a pas fini de nous procurer ses grandes émotions, des fêtes médiévales prennent naissance un peu partout… bref le déroulement de l’histoire de l’humanité n’est pas un « toujours mieux » mais peut se nourrir de ce qui fut effectivement mieux dans le passé. Notre Église se doit d’accepter la modernité avec cet esprit critique qui nous rend solidaires de toutes les périodes de notre histoire.

Jingle

6. [Jean-Louis] Rester proche – penser monde [Jasmine]

Je ne peux m’identifier au discours, à l’action ou à la prétention d’enseignements de l’Église que, si et seulement si, son discours, ses actes et son enseignement proviennent vraiment d’un semblable – de quelqu’un qui ressent et éprouve les mêmes joies et difficultés que moi. C’est exactement le sens de l’incarnation de Dieu en Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Il est venu nous l’apprendre il y a 2000 ans et aujourd’hui c’est le monde hors de l’Église qui vient nous le rappeler. Si les témoins du Christ et en premier lieu ceux et celles qui pensent avoir reçu une mission particulière ne sont pas authentiques, ne disent pas en toute vérité ce qu’ils croient vraiment, jouent un rôle plutôt que de vivre une foi, n’éprouvent aucune compassion et ne sont que des donneurs de leçon, ils sont en pleine contradiction avec ce qui est le triptyque fondamental de l’intervention du Christ : lucidité, vérité, amour.

Une des dynamiques de tout l’évangile c’est aussi qu’il tient à annoncer un projet pour l’ensemble de l’humanité, il ne vient pas seulement me dire : « Oui Marc, c’est seulement pour toi et à la limite pour ceux et celles qui te ressemblent que je suis venu annoncer le salut. Non c’est toute l’humanité dans ce cadre incroyablement bienveillant de cette terre que je veux sauver. C’est l’humanité qui m’intéresse, pas seulement les membres des églises réformées Berne-Jura-Soleure, mais aussi ces femmes, ces hommes que tu ne connais même pas mais qui, chacun dans sa culture, suit un chemin qui vous conduira vers moi. »

La grandeur du geste de Dieu pour tous doit me faire rejeter l’étroitesse de mes gestes, tout ce qui veut me faire me replier sur moi-même, et ce bras étendu de Dieu doit me faire participer à tout ce qui relève et libère toute femme et tout homme de cette terre. Et mon Église m’en donne la possibilité quand elle n’oublie pas sa solidarité avec le monde entier.

Jingle

7. [Jean-Louis] Façonner le présent – demain, risquer Dieu [Jasmine]

Cette dernière idée directrice de Vision 21 est sans aucun doute celle qui accomplit toutes les autres. Elle aborde ce qu’est vraiment notre mission dans le monde d’aujourd’hui. L’utilité d’une Église existante pour tous plutôt que vivante pour son autosuffisance ou son autojustification, cette Église de multitude qui devrait être au sens noble du terme une Église de service public, c'est-à-dire qui rende des services à l’ensemble de notre société, considérant qu’elle est redevable de sens, tout autant auprès des très croyants qu’auprès des moins croyants, qu’auprès des peu croyants, qu’auprès des autres croyants et même auprès des pas croyants du tout.

Dans le quotidien, elle accompagne principalement les temps dans lesquels chacun discerne qu’il y a du divin dans sa vie – le mariage, l’arrivée de l’enfant, les grandes questions posées par la mort, le mal-être quotidien, la lutte contre l’injustice – et cherche à redonner de la grandeur à chaque vie en proposant ce lien à Dieu qui permet de découvrir toute l’importance de la vie de chacun. Cette mission elle ne se l’invente pas, elle l’a reçue. Elle sait qu’il s’agit d’un accomplissement, elle le fait avec espérance et non pas comme la détentrice d’un pouvoir particulier.

Maintenant ces idées directrices se doivent d’être mises en œuvre dans tous les lieux de notre Église, et c’est une révolution copernicienne parce qu’il ne s’agit plus simplement de changer des formes mais de convertir le fond. Et le fond, c’est essentiellement non pas des changements de structure mais des changements de personnes, des conversions personnelles. Nous n’avons pas besoin de prédicateurs mais de communicateurs qui par leur imagination, leur proximité de l’autre, leur joie et leur simplicité de foi communiquent l’évangile plutôt que de le prêcher. Il faut des hommes et des femmes qui aient du plaisir dans tout ce que nous proposons et il ne faut surtout pas hésiter à tuer ce qui est moribond pour faire naitre tout ce que l’Esprit souffle à son Église.

Amen


Marc Seiler, pasteur
Marc Seiler, pasteur

Pasteur luthérien, Marc Seiler a été formé à Strasbourg. Il a exercé son ministère durant 10 ans dans l'église luthérienne de France, puis durant 15 ans à Porrentruy.

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Depuis 2005, il est pasteur dans le "Par8", un syndicat de huit paroisses qui ont décidé de s'unir en 2006. Conscient que la crise des églises historiques en Suisse est un enjeu primordial, il veut saisir cette chance pour aborder la véritable révolution "cultuelle" et "culturelle" à laquelle nous invitent ces profonds changements.

Sa passion : la musique de J-S Bach.

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