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Cri d'un poète pour nous ouvrir à l'indicible.

Mi-été de Taveyanne (1/1) Culte en Streaming sur Celebrer.ch
Diffusé sur Espace 2 le 05-08-2018
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Espace2

- « Pour toi, Seigneur, mille ans sont comme la journée d’hier déjà passée ».

Je cheminais déjà avec ces mots du Psalmiste lorsqu’une fille de 8 ans m’a raconté:

- « Quand je lis un livre, je ne vois plus le temps passer! »

Je lui demande alors:

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- « Et quand tu vois le temps passer, à quoi ressemble-t-il? »

Début d’un dialogue, à poursuivre avec vous et avec les disciples qui, dans le récit de la transfiguration, voulaient retenir le temps.

Culte en direct sur Espace 2 et en streaming sur celebrer.ch


Prédication : Jacques Küng, pasteur

Co-célébrant : Frédérique Zahnd

Musiciens : La Fanfare de Gryon sous la direction de Laetitia Schmid, Marc-Antoine Grec au cor des Alpes

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Ô temps, suspends ton vol!

Introduction

Marc, chapitre 9 , versets 2 à 10
Psaume, chapitre 90

Depuis quelques semaines, trois lieux de montagne s’entrechoquent dans ma mémoire et je ne sais plus qu’en faire…

Il y a bien sûr Taveyanne, lieu de travail pour les bergers d’autrefois qui passaient des semaines sans voir grand monde. D’où les fêtes de la mi-été : depuis Gryon, les familles montaient, pour compter les fromages bien sûr, pour échanger des nouvelles aussi, pour boire, manger, danser, faire la fête, de génération en génération. C’est ainsi que, chaque année, on implore ici la bénédiction de Dieu sur la vie et les travaux des humains. Des moments qui ont comme un goût d’éternité et donnent le courage d’aller de l’avant sur les routes humaines.

La 2ème montagne, je n’en sais pas le nom. On la trouve dans un récit de l’évangile. Une montagne élevée où Jésus emmène trois de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean. Comme dans une vision, les voici rejoints par Elie et Moïse, témoins par excellence de la première alliance de Dieu avec les humains. Un temps béni qui a comme un goût d’éternité. Les disciples voudraient s’y installer. Jésus les ramènera sur les routes humaines où l’on souffre la fatigue et la peine, mais où il y a tant d’amour à partager.

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La 3ème montagne, c’est une colline du Rwanda, 2'300 mètres d’altitude : Bisesero. Nous y étions le 17 juillet. Paysage sublime. Mais lieu de mémoire douloureuse : pendant le génocide de 1994, ce lieu de résistance et de refuge est devenu lieu de massacre. 50'000 personnes, enterrées maintenant dans un lieu qui ressemble à celui-ci. On fait silence quand on arrive là-bas. On se demande où Dieu se cachait ces jours-là.

Pour relier ces trois lieux de montagne qui s’entrechoquent dans ma mémoire, j’ai choisi de méditer avec vous le Psaume 90.

Prédication

« Quand je lis un livre, je ne vois pas le temps passer ! »

« Et quand tu regardes le temps passer, il ressemble à quoi ce temps qui passe ? »

Imaginez le regard interloqué de cette fille de 8 ans que j’accompagnais pour une ballade avec ses parents. Mais, avec sa copine du même âge, elle est entrée dans le dialogue :

« Eh bien, le temps qui passe… tu le vois quand tu regardes une horloge : y a que l’aiguille des secondes qui avancent, mais les autres, elles avancent quand même… très, très lentement… »

« Tu es en train de me décrire une horloge, moi je te demande de me décrire le temps qui passe : il est comment, le temps qui passe ? »

Silence… c’est un ange qui a passé…

Heureusement que les filles ne m’ont pas demandé de répondre moi-même à ma question : je n’aurais pas su que leur dire !

Alors j’ai tenté une autre approche : « Est-ce que le temps passe toujours à la même vitesse ? »

« Ah non : y a des moments où le temps passe trop vite, quand on joue avec des copines et qu’on doit déjà rentrer à la maison. Et y a des moments où le temps passe trop lentement, comme quand on doit aller au culte… »

C’est une fille de pasteure, je m’avançais sur un terrain délicat. J’ai donc proposé de mesurer la vitesse du temps qui passe. Exercice que je n’ose pas vous proposer maintenant, car les techniciens de la radio commenceraient à s’inquiéter, et les auditeurs aussi !

Nous avons respecté une minute de silence total. Mais vraiment une minute, 60 secondes, avec ces deux filles de 8 ans. Puis, une deuxième minute où je les ai encouragées à faire tout le bruit qu’elles pouvaient. Leurs parents se sont même retournés…

Là aussi, 60 secondes, montre en main. Eh bien le résultat a été clair : une minute de silence est beaucoup plus longue qu’une minute de bruit. Et je pense qu’une minute de jeux avec des copines est beaucoup plus courte qu’une minute de culte… Mais je n’ai pas vérifié !

Peut-être qu’un jour ces deux demoiselles écouteront la chanson de Jean-Villard Gilles :

Le bonheur est chose légère

Que toujours, notre cœur poursuit

Mais en vain, comme la chimère

On croit le saisir, il s'enfuit

Il n'est rien qu'une ombre fugace

Un instant, un rayon furtif

Ou alors, c’est du côté du poète Lamartine qu’elles laisseront peut-être un jour leur âme vaguer :

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,

Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours ! 

Assez de malheureux ici-bas vous implorent ;

Coulez, coulez pour eux ;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;

Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore.

Le temps m'échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l'aurore

Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive :

Il coule, et nous passons !

 

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,

Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,

S'envolent loin de nous de la même vitesse

Que les jours de malheur ?

Les trois lieux de montagne qui s’entrechoquent dans ma mémoire sont maintenant rejoints par ces mots des poètes, encore que nos temps de bonheur semblent s’envoler bien plus vite que nos temps de malheurs…

Pour Taveyanne, Juste Olivier a su à sa manière évoquer le temps qui passe, les générations qui se succèdent les unes aux autres, les joies du quotidien :

- Sourions à la rose, avant qu’elle ait son dard…

- Cherchez bien loin, bien haut, les hommes sans défaut sont encore à naître…

- En attendant le jour de nous mettre en ménage, dansons sur nos alpages et chantons tour à tour…

- Nous n’en irons pas moins, bons maris, bonnes femmes, ensemble au champ, au foin.

Et voici que le chant du poète vaudois est à son tour rejoint par les prières des poètes bibliques :

La vie humaine passe, comme le sommeil du matin.

Comme l’herbe qui pousse, le matin elle fleurit, elle grandit,

Le soir elle se fane, elle est sèche.

Ô Dieu, qui te respecte assez pour en tenir compte ?

Fais-nous comprendre que nos jours sont comptés,

Alors nous acquerrons un cœur sage…

Juste Olivier, lui aussi, tourne son regard vers le ciel :

Toi qui règnes là-haut, plus haut que toute cîme

Veille dans ta bonté sur nos travaux rustiques

Sur nos fêtes antiques, même sur leur gaieté

Veille dans ta bonté.

Une journée à Taveyanne nous rappelle cela : nos joies, nos peines, nos soucis et nos travaux sont à vivre sous le regard du Très-Haut qui, dans sa bonté, veille sur nous. Et ce soir à la maison, bien fatigués, nous nous dirons encore une fois que cette journée a trop vite passé - même le culte ?

Attendez ! Mon voyage avec vous n’est pas encore terminé !

Dans un coin de ma mémoire, il y a toujours la colline de Bisesero au Rwanda que j’évoquais tout à l’heure. Que s’est-il passé là-bas entre avril et juin 1994 ? Des hommes, des femmes, des enfants, par milliers, qui eux aussi attendaient du Très-Haut la bonté.

Eux aussi ont prié : les Psaumes de la Bible et les chansons de leurs poètes traditionnels.

Eux aussi se sont souvenus de leurs amours et de leurs travaux, de leur jeunesse… et de leur vieillesse, pour celles et ceux qui étaient en train d’y arriver.

Mais leur vie n’a duré que le temps d’un matin, ou de quelques nuits si longues qu’elles paraissaient sans fin, avant que la violence de leurs voisins ne les arrache à la terre des vivants. Oui, je reste marqué par ce qui s’est passé dans ce pays d’Afrique où j’ai vécu 7 ans, et où je viens de passer un mois.

Mais en pensant à ces gens que j’ai connus là-bas, je pense aussi à d’autres, à vous ici tout près de moi, à vous plus loin, mais en communion par les ondes.

Combien parmi vous, combien parmi vos proches sont en train de lutter contre une maladie incurable qui avance vers la mort inexorable ?

Combien parmi vous, combien parmi vos proches voient s’approcher une vieillesse douloureuse et qui fait peur en emportant votre mémoire ?

Combien parmi vous, combien parmi vos proches sont plongés dans un deuil inattendu ?

Vous aussi, vous priez, les Psaumes de la Bible ou les mots de vos chansonniers et poètes. Vous aussi, vous implorez le Dieu de bonté de ne pas vous oublier.

Qu’il est long pour vous le temps de la souffrance et de l’incompréhension…

Qu’il est douloureux pour vous le temps de la révolte, avant peut-être une lente acceptation…

Que vous dire ? Je n’ai que des mots à vous proposer. Ces mots qui traversent les siècles :

Seigneur, tourne-toi vers nous, aie pitié de nous.

Dès le matin, comble-nous de ta bonté.

Seigneur notre Dieu, accorde-nous ton amitié,

Et donne un sens à ce que nous vivons.

Oui, donne un sens à ce que nous vivons.

Ces mots traversent les siècles. De génération en génération, ils ont porté d’autres personnes que vous. Peut-être vous porteront-ils aussi… Et si vous avez encore un peu de force, je peux vous emmener sur la 3ème montagne évoquée tout à l’heure dans le récit de l’évangile. Oh, il n’y a pas grand-chose à voir sur cette montagne. Vous l’avez entendu, les disciples ne comprennent rien à ce qui se passe.

Pierre lui-même dit n’importe quoi : « Maître, nous allons dresser trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie… » Complètement à côté de la plaque le pauvre Pierre ! Comme nous le sommes trop souvent lorsque nous balbutions les mots de notre foi. Pierre vient de goûter à l’éternité, et il voudrait s’approprier ce goût pour mieux en profiter. Mais la grâce de Dieu est un don que nous ne pouvons pas posséder. Elle est à recevoir seulement.

Pierre, Jacques et Jean ne vont pas rester sur leur montagne. Et nous allons redescendre avec eux. Il nous reste cependant cette parole à propos de Jésus :

« Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le ! »

Jésus de Nazareth, homme de la terre comme nous, poussière. Mais poussière habitée d'un souffle de vie, habitée d’un projet de vie : Dieu l'a mis debout pour qu'il nous apprenne à aimer les autres, jusqu'au bout. Jésus est resté fidèle à ce projet de Dieu, jusqu'au bout. Son amour n'a pas toujours été reçu. Un jour les puissants ont voulu le réduire à la poussière. Dieu l'a relevé, pour que l'espérance d'un chemin nouveau éclaire désormais tous les chemins d’épreuves, de souffrances et de mort que nous avons à parcourir.

La mort peut prendre de multiples visages tout au long de notre existence, mais chaque fois qu'elle vient mettre en question notre capacité à aimer, nous pouvons essayer de relever le défi. Ouvrir en nous et autour de nous les portes de l'accueil et de la tendresse, les portes du dialogue et du respect.

Plus facile à dire qu’à faire ? Le chemin de la confiance n'est pas facile à trouver lorsque tant de choses nous échappent ou nous résistent. A nous pourtant de chercher ce chemin, en essayant de croire que notre vie s’inscrit dans un horizon plus large que ce que nous en voyons – horizon où la confiance devient possible et permet d’avancer.

Au-delà de ce que nous voyons, au-delà de ce que nous percevons, malgré ce que nous avons à subir, une parole nous est adressée : notre vie toute entière repose entre les mains de Dieu qui nous aime. Pour lui, mille ans sont aussi brefs que la journée d’hier déjà passée, ou quelques heures de la nuit. Il a tant d’amour en lui qu’il ne voit pas le temps passer.

Dans un coin de sa mémoire, peut-être fredonne-t-il la chanson de Gilles :

Le bonheur, c'est de croire encore

Amants, que nous verrons un jour

Resplendir l'éternelle aurore

Qui sait, d'un immortel amour...

Ainsi aimés de Dieu, osons encore dire lui dire avec confiance :

Seigneur,

De génération en génération,

C’est toi qui as été notre sécurité.

Avant que soient nées les montagnes,

Avant même que le monde ait vu le jour,

Depuis toujours c’est toi qui es Dieu et tu le resteras toujours.

Amen.


Jacques Küng, pasteur
Jacques Küng, pasteur

Né en 1957, Jacques Küng est marié et père de 4 enfants. Licencié en théologie, il a été consacré pasteur en 1982 par l'Eglise presbytérienne au Rwanda, où sa femme et lui ont travaillé de 1980 à 1986, puis de 1995 à 1996. Il a ensuite exercé son ministère dans les paroisses de la Sallaz, puis de St-François - St-Jacques à Lausanne, tout en assumant une responsabilité de coordination régionale à Lausanne et Epalinges. De 2005 à 2014, il a été secrétaire général de DM-échange et mission, participant notamment aux réflexions sur le rôle de la religion et de la spiritualité dans la coopération au développement. Depuis mars 2015, il est pasteur dans la paroisse des Avançons (communes de Gryon et de Bex).

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