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Développer notre éco-spiritualité au plus profond de notre être

Temple d'Echallens (2/3)
Diffusé sur Espace 2 le 19-08-2018
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Espace2

La transition vers un mode de vie plus durable est une mise en route, un déplacement pour aller vers de nouveaux modèles économiques et agricoles. Ces changements aujourd’hui incontournables ont également une dimension intérieure. Ils peuvent être abordés comme une démarche spirituelle ou de foi, qui demande de renouer un lien avec soi-même, avec les autres et avec la terre.


Prédication : Bernard DuPasquier, Pasteur

Co-célébrant : Philippe Morel, Michel Emery

Organiste : Christiane Cornu-Cavin, piano

Musiciens : Ensemble vocal "Voix8" sous la direction de Dominique Tille

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

Prendre soin de la Terre

Il se dégage du récit des origines et de l’agencement du jardin d’Eden une puissante expression de l’unité entre la Terre et le Ciel, autrement dit entre Dieu, l’humain et la Création. Cette unité structure la Création en profondeur. Elle est cependant sans cesse ignorée, bafouée, niée, brisée par la démesure des activités humaines, l’usage abusif et irresponsable de la Création, la surconsommation, l’obsession de la croissance matérielle et du profit, avec toutes les conséquences que l’on sait : les changements climatiques, l’extinction des espèces, l’épuisement des matières premières ou encore les inégalités croissantes.

Genèse, chapitre 2 , versets 4 à 9
Genèse, chapitre 2 , versets 15 à 17
Ephésiens, chapitre 4 , versets 21 à 24

Rupture des relations vitales

Oui, nous sommes aujourd’hui en guerre avec la Terre. « Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune – la Terre – qu’en ces deux derniers siècles. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre Terre opprimée et dévastée. » Voilà ce que déclare avec lucidité le pape François dans sa fameuse encyclique Laudato si’, qui s’adresse non seulement aux catholiques, mais à tous les chrétiens et, plus encore, à tous les êtres humains de bonne volonté.

On peut affirmer avec lui que les clameurs de la Terre, la crise écologique et climatique, sont la manifestation d’une perte de l’unité, d’une dégradation ou rupture des relations fondamentales et vitales entre les êtres humains, la Terre et Dieu. Cette relation coupée, cette séparation, correspond d’ailleurs à ce que Paul décrit dans ses mots comme le péché dans l’épître aux Romains.

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Choix de la vie

Nous sommes donc mis au défi de restaurer un lien, de retrouver la paix en nous, entre nous et avec la Terre. Notre défi est celui du passage d’une société et d’un système économique qui détruisent la vie et la Création, vers une société et un système économique qui protègent, soutiennent et célèbrent la vie, car fondés sur des relations rééquilibrées, plus harmonieuses, entre l’espèce humaine et la Terre, entre nous et les autres – humains et autres qu’humains.

La transition que nous devons accomplir, c’est marcher, faire des premiers pas vers cette unité entre Dieu, la Création et notre humanité. Une unité réalisée par le Christ dans son être et dans sa vie, donc déjà là et possible, mais pas encore accomplie. Il n’y aura pas de transition écologique, donc de réponse profonde et durable aux grands défis planétaires d’aujourd’hui, sans une transformation intérieure. On pourrait dire, en termes chrétiens, sans une métanoïa, une véritable conversion spirituelle.

Changement de paradigme

La transition écologique, en ce sens, c’est plus que la sauvegarde de la Création à travers des normes internationales, comme celles qui se négocient laborieusement à l’ONU sur le climat, à travers des lois, des technologies vertes ou tous les écogestes que nous pouvons faire au quotidien, à titre individuel et dans nos communautés: manger local et bio, réduire notre consommation de viande, utiliser les transports publics, composter nos déchets, chauffer moins, économiser l’énergie, etc. Tout cela est nécessaire, très important, mais ne suffit pas. Car toutes ces mesures traitent les symptômes sans aller forcément jusqu’aux racines des problèmes, racines qui sont culturelles, psychologiques et spirituelles. Comme le disait Einstein, il y a des problèmes – et l’écologie en fait partie – qu’on ne peut pas résoudre sur le plan de conscience où ils ont été créés.

Il convient donc d’entendre le mot transition au sens fort, c’est-à-dire « aller au-delà ». Cela implique d’acquérir une nouvelle conscience, d’opérer une transformation profonde – personnelle et collective – de notre mode de vie mais aussi de notre système de valeurs, de notre manière de voir, de penser et de connaître, d’être et de vivre.

Trois éléments – non exhaustifs bien sûr – sont essentiels pour cette transformation : notre regard sur la nature, notre regard sur notre humanité et le respect de nos limites.

Premier élément à transformer: notre regard sur la nature

Premièrement, changer notre regard sur la Création. La manière dont nous traitons la nature dépend de la manière dont nous la percevons. Avec la modernité occidentale, la nature est devenue un objet sans âme, un stock de ressources, une marchandise à disposition de l’humain, de son avidité sans limites et du système économique. L’enjeu, c’est de sortir de cette vision réductionniste. Le soleil, l’eau, la Terre, les animaux, les arbres, la biosphère avec son infinie diversité d’espèces, ne sont pas des ressources, mais bien la source de la vie.

« Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. »

« Je vous donne ». La Création, chaque créature est un don. Un don gratuit et généreux de Dieu. Transitionner, c’est-à-dire devenir acteur de la transition, c’est apprendre à voir ce don non comme un bien à consommer, mais comme un lien d’amour. Un don n’existe pas par l’objet qui est offert, mais par le lien que ce dernier crée. Hors de cette relation, il perd son sens. Un don, cela ne se prend pas. Cela s’accueille, se reçoit, en disant merci. « Rendez grâce en toutes choses », conseillait l’apôtre Paul. Transitionner, c’est s’enraciner dans la gratitude.

Deuxième élément à transformer : notre regard sur l’être humain

Il s’agit non seulement de changer notre regard sur la Création, aussi changer notre regard sur l’être humain pour lui redonner sa juste place dans la Création. Transitionner, c’est aller au-delà de la vision centrée sur l’homme dans la culture dominante dans nos sociétés, qui a placé l’être humain au centre de toutes choses, mais aussi en-dehors et au-dessus de la nature. Au point, comme le dit l’agro-écologiste Pierre Rabhi, l’une des figures pionnières du mouvement de la transition, que nous sommes devenus hors-sol. Transitionner, c’est donc sortir des postures du « vieil homme », pour reprendre un terme cher à l’apôtre Paul, que sont la séparation et la domination, pour aller vers les postures de l’« homme nouveau » que sont la communion et la coopération.

L’humilité nous convie à reconnaître que la Terre n’est pas seulement notre environnement, mais bien notre origine, notre matrice. Si la Bible dit que nous sommes poussières de Terre, les astrophysiciens affirment que nous sommes aussi poussières d’étoiles. Nous ne sommes donc pas séparés de la toile du vivant. Nous faisons partie de la Terre, du cosmos, et inversément. En fin de compte, tout ce que nous faisons à la nature, nous le faisons à nous-mêmes. C’est la grande loi de l’interdépendance.

La transition, c’est passer de la volonté d’asservir au désir de servir. C’est passer de l’envie de prendre possession pour aller vers le désir de prendre soin. La spiritualité chrétienne rejoint ici les trois principes éthiques de la permaculture, cette nouvelle approche de l’agriculture inspirée des lois du vivant : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’humain et partager équitablement.

Troisième élément à transformer : le respect de nos limites

Le lien établi entre Dieu, la Création et l’humain est complété dans le récit des origines par un interdit – celui de manger de l’arbre de la connaissance et de la vie. Ce qu’il « interdit », ce n’est pas le désir, mais la voracité, la prédation, l’avidité sans mesure, la compétition, tous ces ressorts qui animent si souvent le système économique qui détruit la planète. Ce qui est « interdit », ce sont des relations instrumentales qui enténèbrent le « cela est très bon » de la Création, en faisant de l’autre, de tous les autres – humains et non humains – les simples instruments de satisfaction de nos besoins et pulsions, plutôt que les partenaires d’une relation de communion où ils sont respectés dans leur altérité et leur dignité propre.

Etre sobre, c’est apprendre à s’autolimiter, à discerner entre le nécessaire et le superflu stimulé par la publicité, à réorienter notre désir en revenant à l’essentiel dans l’acceptation de notre propre finitude. Etre sobre, c’est comprendre que moins est plus, apprendre à marcher légèrement sur la Terre en réduisant notre empreinte et notre emprise sur la nature, en diminuant nos appétits, nos pulsions d’achat et nos besoins de possession afin d’accorder aux autres créatures ainsi qu’aux générations futures – donc nos petits-enfants – l’espace nécessaire pour qu’elles puissent vivre et se développer, satisfaire leurs besoins et exercer leurs droits.

En ce sens, la transition écologique est indissociable de la justice, du partage et de la solidarité : entre l’espèce humaine et les autres espèces, mais aussi entre les riches et les pauvres, les générations actuelles et les générations futures, le nord et le sud.

Conclusion

Changer notre regard sur la Création, changer notre regard sur l’être humain, respecter nos limites. Trois éléments constitutifs de la transition vers un mode de vie plus durable sur cette Terre.

Dans cette trilogie, nous retrouvons les éléments clés du programme du Conseil œcuménique des Eglises basé sur la justice, la paix et la sauvegarde de la Création. Nous retrouvons aussi ce sentiment d’unité qui se dégage du récit des origines qui est aujourd’hui perdu et que nous aspirons à retrouver. Une unité à regagner jour après jour. Notre confusion est aujourd’hui telle que nous ne savons pas par où commencer. Et il est vrai qu’il n’existe pas de solution prête à l’emploi pour sortir de l’impasse dans laquelle notre monde se trouve aujourd’hui bloqué.

Je crois cependant que c’est ce sentiment d’unité, la conscience de ce lien indissociable entre la justice, la paix (en nous-mêmes et entre nous-mêmes) et la sauvegarde de la Création qui doit guider tous nos choix – des plus personnels au plus politiques. C’est en retrouvant notre juste place au sein de la Création que nous permettrons à la vie de reprendre ses droits et que nous contribuerons à l’émergence d’un monde plus juste et plus propice à la vie dans toute sa diversité.

Amen


Bernard DuPasquier, Pasteur
Bernard DuPasquier, Pasteur

Après ses études en théologie à l'Université de Neuchâtel et une année de stage à Glasgow, puis une autre à la paroisse francophone de Bâle, Bernard DuPasquier devient le pasteur officiel de Saint-Aubin.

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Il choisit ensuite de servir Dieu "sur le terrain", et se rallie d'abord aux Unions chrétiennes suisses, avant d'être embauché à l'Entraide protestante suisse en 2004. Il y travaillera pendant 5 ans dans le secteur administratif, avant de devenir le timonier de Pain pour le prochain à Berne. En 2015, il succède à Beat Dietschy et devient le nouveau secrétaire général de Pain pour le prochain. La même question se pose dans chacune de ses activités: «Que faisons-nous ici-bas?»

Bernard DuPasquier est marié et père de 3 filles.

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