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Quand j’ai beau savoir, mais que je n’y arrive pas…

Abbatiale de Romainmôtier (1/2)
Diffusé sur Espace 2 le 02-09-2018
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Il n’est pas évident d’être cohérent. Les grands principes, les grandes valeurs, les grandes idées, nous les connaissons et sommes souvent bien d’accord. Mais de là à parvenir à les vivre, il y a un pas qui s’apparente à celui d’un géant. Et si ces appels, qui nous paraissent bien extérieurs à nous-mêmes, étaient en fait notre intériorité?


Prédication : Nicolas Charrière, pasteur

Co-célébrant : Muriel Benoît

Organiste : Michel Jordan

Musiciens : Agnès Villars, soliste, et Christian Delafontaine à la flûte

Présentation : Guillaume Henchoz

Prédication

Quand j’ai beau savoir, mais que je n’y arrive pas…

Tu aimerais savoir qui tu es? Tu trouveras qui tu es en faisant le bien. Tu es qui tu es en vérité quand tu fais le bien.

Deutéronome, chapitre 4 , versets 1 à 8
Jacques, chapitre 1 , versets 17 à 27
Marc, chapitre 7 , versets 1 à 23

Je crois parfois être ce que disent les autres de moi. Je crois parfois être mes émotions, mes peurs, mes colères, mes tristesses ou mes joies. Je crois parfois être les traditions qui sont les miennes: mes habitudes, mes règles de vie, mon ancrage.

Je suis chrétien protestant, et « c’est comme ça que ça se fait ». J’aime regarder les matchs de foot ou participer à une abbaye, et un match, une abbaye « ça ne peut pas être autrement ». Je suis vaudois, et « ici, c’est ainsi »

On ne va pas remettre en question le fait que chez les protestants il n’y a pas d’encens, parce que ça ferait catho, et que de toute façon la tradition chez les protestants c’est de ne pas avoir d’odorat. On ne va pas remettre en question le fait qu’une abbaye, c’est tirer sur des cibles et tirer des godets. La tradition, c’est qu’on ne fête pas autrement. On ne va pas remettre en question le fait que les femmes gagnent moins que les hommes dans notre beau canton, parce que la tradition veut que les hommes soient supérieurs.

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Des traditions, il y en a dans tous les domaines de la vie: des habitudes alimentaires au sport, de la forme de nos cultes au concerts que nous suivons, de nos manières de nous vêtir à nos réactions – partout, des traditions. C’est ce dont Jésus parle avec les pharisiens. Les traditions sont indifférentes, parce qu’elles racontent une identité de surface. Pas l’identité profonde. Cette identité profonde, le coeur de ton coeur, elle est de chercher non pas ce qui coupe, mais ce qui relie. Non pas ce qui est impur et sépare, mais ce qui est pur et embrasse.

Lorsque nous croyons que les traditions disent qui nous sommes, nous nous attachons à un faux soi. Pas à qui nous sommes en vérité. A chaque fois que l’on met en avant son faux soi, on se coupe des autres. Par toutes ces coupures, tous ces gestes et pensées impures que sont l’inconduite, le vol, la cupidité, l’envie, la diffamation, l’orgueil, l’adultère, à chaque fois nous sommes dans la perversion, c’est à dire dans quelque chose qui va à l’encontre de notre identité véritable. Parce que toutes ces pensées sont guidées par le faux soi qui cherche à s’affirmer contre, à se couper de l’autre, à le dominer.

Mais à chaque fois que l’on cherche à aimer, à se laisser travailler, transformer par l’amour, à le quêter comme un trésor rare et précieux, alors ce n’est plus le faux soi qui domine, c’est le lien entre soi et l’autre.

Tu aimerais savoir qui tu es? Tu peux le dire en posant d’abord des traditions. Des règles, des habitudes. Cela rassure contre la peur. Et c’est commode, parce que les traditions racontent effectivement quelque chose de nous, de nos racines, de notre histoire. Et du fait de ne pas être seul: elles créent le groupe, la communauté, l’être ensemble.

Mais tu n’es pas la tradition qui raconte. Elle t’offre un récit, une structure, elle t’offre une histoire. Mais elle ne sera que coquille vide si tu te réfugies derrière pour juger le juste et le faux, le pur et l’impur, le permis et l’interdit. Jésus le rappelle: la tradition, les règles, les coutumes, tout cela est extérieur à nous. Cela peut varier d’un peuple à l’autre, d’une religion à l’autre, d’une Église à l’autre. Tout cela n’est que l’extérieur. Pas l’essentiel. L’essentiel, c’est ce qui sort de notre coeur.

Nous pouvons continuer à nous battre entre confessions chrétiennes ou entre religions pour affirmer que notre tradition l’emporte sur celle de l’autre, qu’elle est plus juste, qu’elle est meilleure… Le problème n’est pas la différence, mais le fait que nous l’utilisons comme un levier pour se couper les uns des autres, pour créer de l’impureté.

Qu’avons-nous dans le coeur lorsqu’au nom de notre tradition nous estimons que le catholique qui prie la Vierge est faux? Qu’avons-nous dans le coeur lorsqu’au nom de notre tradition nous estimons que le musulman qui prie Allah est faux? Qu’avons-nous dans le coeur lorsqu’au nom de notre tradition nous estimons que le couple de deux hommes ou de deux femmes est faux? A chaque fois, nous plaçons le prétexte d’une tradition pour justifier notre coeur mauvais. Mais cela n’est que l’enveloppe extérieure.

Risquons-nous, dit Jésus, à nous préoccuper d’abord non pas de nos différences, mais du coeur de notre coeur. Pour y débusquer non pas l’erreur de l’autre, mais l’impureté de soi. Travailler d’abord sur soi. Pour découvrir en aimant, en cherchant d’abord l’amour qui est Dieu, que notre coeur peut être purifié, donc guéri de ce qui le coupe de l’autre. Découvrir que c’est notre faux soi qui crée le coupure, alors qu’en fait nous sommes toutes et tous humains ensembles devant Dieu. Avec nos différences, notre diversité dans tous les domaines.

Alors la tradition des anciens pourra jouer son rôle: être ce qui raconte une appartenance et une identité, mais non plus pour créer du pur et de l’impur; plutôt pour dire « Ma tradition est particulière. Mais je suis comme toi: j’ai aussi un récit traditionnel à raconter. »

Voici la voie pour que tu sois qui tu es en vérité: cherche le bien. Aime. Pratique la bonté. C’est le chemin qui par excellence te permettra de te connaître, car c’est le chemin qui te permettra de connaître l’autre. De connaître Dieu.


Nicolas Charrière, pasteur
Nicolas Charrière, pasteur

Né à Lausanne en 1973, marié et père de trois enfants, Nicolas Charrière est pasteur de la paroisse de Vaulion-Romainmôtier après avoir été pasteur dans la Broye vaudoise pendant dix ans (Payerne-Corcelles-Ressudens) et dans l’aumônerie des prisons pendant presque sept ans (Orbe, Lonay). Il a participé à des engagements auprès des personnes LGBT, des réfugiés, des personnes en fin de vie et des personnes à la rue.

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Passionné de musique rock et habité par la spiritualité monastique, il est sensible aux complexités de la vie, aux points de tensions comme à l’émerveillement né de l’étonnement. Il s’intéresse aux questions interreligieuses et oecuméniques. Et aux mygales.

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