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La lutte, le combat spirituel

Temple de Martigny (1/2)
Diffusé sur Espace 2 le 23-09-2018
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Face à la montée des périls sociaux, écologiques, économiques, humains... voulons-nous devenir ou rester des Églises, des chrétiens mous, passifs, désengagés, muets, inactifs ? Non ! Car au nom du Christ, nous honorerons dès à présent la mission particulière qui est la nôtre et nous lutterons, en paroles et en actes, contre toutes les formes du mal.


Prédication : Pierre Boismorand, pasteur

Co-célébrant : avec Hélène Küng et Luc Mathieu pour la prédication, Eva Giroud et Agnès Thuégaz

Organiste : Marie-Marguerite Carron

Présentation : Gabrielle Desarzens

Prédication

La lutte, le combat spirituel

« J’ai un cancer, et il ne me reste plus que quelques mois à vivre… » Ces paroles, je les ai entendues, prononcées par mon père, il y a un peu plus d’un mois. Il venait d’être diagnostiqué, mais apparemment, trop tard. Trop tard pour qu’il y ait un véritable espoir de guérison, ou de survie.

Ephésiens, chapitre 6 , versets 10 à 18
Matthieu, chapitre 10 , versets 32 à 42

Bien sûr, il ne faut rien négliger : ni le traitement, ni la prière, ni un miracle toujours possible. En France, où il vit, chaque année, 400’000 nouveaux cas de cancers apparaissent, et 150’000 personnes en meurent. Chaque année ! Tandis qu’en Suisse, question d’échelle, ce sont quand même 45’000 nouveaux cas de cancers, et environ 16’000 décès. Chaque année !

Ce sont des chiffres, et on a peut-être du mal à en prendre toute la mesure. Pourtant, ça fait beaucoup de personnes qui sont touchées, au point où on pourrait parler d’une certaine «banalité» du mal, d’une sorte «d’épidémie», même si la maladie n’est pas contagieuse.

Mais quelles sont les causes de l’augmentation – car elle est constante – de cette recrudescence des cancers ? Est-ce que ça vient de la génétique ? Du vieillissement des populations ? Des pollutions de l’air, de l’eau ? Des cocktails de poisons chimiques que nous ingérons quotidiennement avec la bénédiction de gouvernants et de scientifiques qui prétendent que tout cela est « sans risque » ?!

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D’ailleurs, ça ne va pas s’arranger, puisqu’on vient d’apprendre que le Conseil fédéral veut assouplir les valeurs limites de 25 pesticides, dont le fameux « glyphosate ». Donc il y aura davantage de molécules dangereuses dans notre environnement, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer. Mais puisque ce sont souvent les mêmes groupes pharmaceutiques et industriels qui produisent les poisons qui nous tuent, et qui, ensuite, fabriquent les médicaments qui nous soignent, on voit bien la logique : il faut que ça rapporte, quels que soient les coûts humains.

Alors, je sais bien qu’on ne peut pas à soi tout seul livrer tous les combats, défendre toutes les causes, s’engager dans ces luttes pourtant indispensables pour le respect de la vie sous toutes ses formes. Il y a tellement d’injustices et donc de défis à relever, qu’on risque de se sentir dépassés, submergés, impuissants.

Mais comme disait le pasteur André Trocmé : « Tu n’es qu’un homme, c’est vrai, et tu ne peux pas tout assumer. Pourtant, tu peux au moins porter un autre homme, alors ça, fais-le ! »

Et en effet, chacune et chacun d’entre-nous a la liberté de décider, en conscience, et selon ses convictions, du soutien moral, financier, mais surtout personnel, qu’il souhaite apporter aux autres. Chacune et chacun peut choisir la solidarité qu’il veut exercer, la détresse qu’il espère éradiquer, le combat social, écologique, associatif, ou moral, qu’il veut mener.

Pourtant, à côté de ces engagements choisis, et qui nous tiennent à cœur, il y a des batailles, terribles, qu’on a pas désirées, dans lesquelles on aurait préféré ne jamais s’engager. Et les maladies graves en sont, malheureusement, un exemple.

Pour avoir dans mon ministère accompagné des cancéreux jusqu’à la fin, je sais combien ce cheminement est aussi et surtout un combat : personnel, spirituel, psychique. Collectif aussi, parce qu’on est épaulé, et qu’il ne faut pas oublier tous les soignants.

La maladie est un combat, une lutte impitoyable dont l’onde de choc part du souffrant, et atteint, de proche en proche, le conjoint, les enfants, la famille, les amis, les collègues. Et la communauté paroissiale, si l’on en fait partie. Personne n’en sort indemne.

Et on en connaît le scénario : douleurs physiques ou morales parfois atroces, entière dépendance, attentes angoissantes des résultats. Hospitalisations. Morphine. Répit. Soins à domicile. Ré-examens. Terreurs nocturnes. Révolte. Impuissance. Confiance en Dieu parfois. Prières de toutes ses forces, comme le Psalmiste : « Du fond de l’abîme je crie vers toi, Seigneur. Viens à mon secours ! » Lutte… oui, lutte ! Jusqu’à la rémission, la délivrance… ou l’abandon, le laisser-aller, de guerre lasse.

Ainsi, c’est un combat acharné, implacable qui est engagé contre cet ennemi qui ronge. Contre cet adversaire intérieur, sans visage et sans pitié. Il faut supporter et traverser tout cela, et rares sont ceux qui sont épargnés. Autant dire que si ça ne nous concerne pas déjà, il est possible qu’un jour nous soyons touchés et contraints à notre tour de livrer ce combat.

Aussi, l’on comprend que le Christ ait fait de la guérison, du soin des malades, de l’amour pour les souffrants, l’une des dominantes de son ministère, de son témoignage, et de son œuvre.

« Je ne suis pas venu apporter la paix, » dit Jésus, « mais le combat. »

« Saisissez-vous, » dit Paul, « de toutes les armes de Dieu ! Ainsi, quand viendra le jour mauvais, vous pourrez résister à l’adversaire et, après avoir combattu jusqu’à la fin, vous tiendrez encore fermement votre position ! »

Savoir qu’on n’est pas abandonnés, mais aimés, et que la vie nous reste acquise : c’est tellement important dans ces moments-là.

Alors, si le combat contre la maladie ou la dépression, malgré tous les soutiens, reste une lutte personnelle, un autre type de résistance doit être mené de manière globale, et c’est celle contre l’esprit du temps. Plus précisément contre des manières de voir et de penser qui nous influencent sans qu’on en ait toujours bien conscience, et qui font dériver la foi vers des raisonnements, des pratiques qui nous éloignent de l’Évangile.

Ici, je voudrais citer Jacqueline Kelen. Elle n’est pas théologienne, mais elle fait preuve d’une lucidité qui nous aide et qui nous permettra, peut-être – qui sait – de reconsidérer nos priorités, de vivre avec une autre compréhension de ce qui compte vraiment.

Écoutons-la :

(Lecture par Hélène Küng)

« Sous l’influence du développement personnel et par recherche forcenée de bien-être, des chrétiens réduisent la pratique religieuse à une démarche thérapeutique, ou à une pratique corporelle comme la méditation.

Devant moi, une femme déclare : ‘J’ai appris à m’aimer comme je suis, à m’accepter comme je suis’, estimant que c’est là le sens d’une vie spirituelle. Je réplique que c’est peut-être l’aboutissement d’une psychothérapie, mais que ce n’est nullement spirituel. Ça ne relève même pas du domaine moral. De fait, cette femme se trouve brassée dans ce mélange de nouvelles spiritualités : tout est bon si ça guérit, si ça fait du bien à ma petite personne.

Afin de ne pas souffrir, les contemporains ont trouvé l’astuce imparable : ne pas aimer, ne pas s’attacher à quiconque, ne pas se laisser bouleverser par la tendresse ou la pitié. Tel est le remède des marchands de bonheur : ‘aimez-vous vous-même... cela suffit’ ! Et afin d’éviter la souffrance, gérez vos émotions, restez impassible, fuyez l’attachement. Bref, n’aimez personne en dehors de votre cher moi.

À tous, il est urgent de rappeler que le but n’est pas de s’aimer, de travailler sur soi, de s’accepter, mais de s’améliorer, de s’amender, en maîtrisant ses passions et en pratiquant les vertus.

Et sur le plan spirituel, l’exigence première est de s’oublier, de mourir à soi-même pour naître à l’Esprit. En désirant la grandeur, en aspirant à la beauté, à la liberté, à l’infini.

Encore un point : beaucoup se croient charitables en soutenant financièrement des organismes sociaux et humanitaires. Autre chose est de payer de sa personne, d’offrir sa présence, son attention, sa tendresse à un malade, à une personne isolée, à un vieillard.

‘J’étais malade et vous m’avez visité.’

Cette parole dit que ce ne sont pas d’abord les fonds récoltés par telle association contre le cancer, la myopathie, la malnutrition qui comptent; là n’est pas la véritable charité. Mais c’est la présence aimante de chacun, le geste de bonté, le sourire, l’attention, l’écoute et la conversation qui constituent les œuvres de miséricorde. On ne ‘fait’ pas la charité, on ne la finance pas. C’est l’amour qui est demandé. Le plus rare, le plus difficile de tous les dons. »

Fin de citation.

Ainsi, nous l’avons entendu : on est encore dans un combat, mais c’est celui de la fidélité à l’Évangile. C’est l’ambition de retrouver le sens premier et authentique de notre vocation chrétienne.

Maintenant, un autre témoin que je voudrais aussi convoquer, c’est Raoul Follereau. Catholique engagé dans la lutte contre la lèpre, décédé il y a plus de 40 ans, mais dont la parole souligne que la foi, c’est un engagement, qu’être chrétien, c’est une aspiration, non à la modération, mais aux valeurs les plus élevées, les plus absolues du don de soi. Et qu’un christianisme qui exalte la fraternité, qui ne trahit pas ses fondamentaux honore ceux qui le pratiquent.

Dans ses « Messages à la jeunesse du monde », Follereau écrivait déjà, au début des années 1960 :

(Lecture par Luc Mathieu)

« Il ne s’agit pas d’essuyer vaguement une larme : c’est trop vite fait.

Ni même d’avoir un instant pitié : c’est trop facile.

Il s’agit de prendre conscience, et de ne plus accepter.

Ne plus se contenter de tourner en rond autour de soi...

Se refuser à poursuivre une petite sieste bien pensante, quand tout hurle et se désespère autour de nous.

Ne plus accepter d’être heureux tout seul.

Jetez haut votre rêve à la face du monde, parce que vivre, c’est lutter !

Soyez intransigeants sur le devoir d’aimer.

Ne cédez pas, ne composez pas, ne reculez pas.

Riez au nez de ceux qui vous parleront de prudence, d’opportunité…

Qui vous conseilleront de ‘maintenir la balance égale’, ces minables champions du ‘juste milieu’.

Et puis, croyez en la bonté du monde.

Il y a dans le cœur de chaque homme des trésors prodigieux d’amour ; à vous de les faire surgir.

Soyez fiers et exigeants. Luttez, visage nu...

Dénoncez à haute voix !

Pour que l’amour renaisse au monde, il nous faut lutter tous les jours.

Faire ce qu’on peut, c’est trop peu.

Il faut faire davantage. Il faut faire beaucoup plus.

Beaucoup plus que ce qu’on peut.

Tout amour semé, tôt ou tard, fleurira. »

Voilà donc ce que Follereau disait aux jeunes, et qu’ils peuvent entendre encore aujourd’hui.

Mais il est temps de conclure, au moins provisoirement. Et il est important de souligner que tous nos combats, quel que soit l’adversaire, demeurent pacifiques. Même si nos luttes sont acharnées, épuisantes, cruelles, totales, désespérées, elles resteront toujours désarmées et non violentes.

Car comme Paul le rappelle, contre « les puissances spirituelles mauvaises du monde céleste, et contre les autorités, les pouvoirs et les maîtres de ce monde obscur, nos seules armes, la seule défense que nous pouvons opposer sont : la vérité, la droiture, le zèle, la foi, le salut, et la prière dans l’Esprit. »

Que Dieu nous fortifie dans nos combats !

Si son amour les inspire, quoi qu’il nous arrive, nous en sortirons plus que vainqueurs.

Amen.


Pierre Boismorand, pasteur
Pierre Boismorand, pasteur

En poste dans la paroisse du Coude-du-Rhône, Martigny-Saxon, depuis 15 ans, après avoir exercé son ministère en France et aux États-Unis, Pierre Boismorand est un pasteur généraliste.

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Marié et père de 3 filles, il est l’auteur de «Magda et André Trocmé, figures de résistances» (Ed. du Cerf, 2007) et de «Luminescences» (Ed. Ouverture, 2017).

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