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La guerre et la paix: "Heureux ceux qui font oeuvre de paix!"

Temple de La Chiésaz (1/1) Culte en Streaming sur RTSreligion.ch
Diffusé sur Espace 2 le 11-11-2018
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Notre bonheur est lié à celui des autres. Il n'y a pas de bonheur sans bonheur pour tous! De même, celui qui fait oeuvre de paix trouve lui-même sa paix. Heureux, donc, celui qui dénoue un conflit et qui désamorce une agression. Heureux qui a empêché une guerre dont on ne sait rien aujourd'hui car il s'en est fallu d'un cheveu...


Prédication : Gottfried Locher, Pasteur et président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS)

Co-célébrant : Anne Lelièvre Martin, Bernard Bolay et Paul de Micheli

Organiste : Pierre-Laurent Haesler

Musiciens : Charlotte Schneider à la flûte à bec, Michèle Paillard à la viole de gambe et Pierre-Laurent Haesler au clavecin

Présentation : Michel Kocher

Prédication

La guerre et la paix: "Heureux ceux qui font oeuvre de paix!"

1. La fin de la Première Guerre mondiale

Matthieu, chapitre 5 , verset 9

Chers sœurs et frères,

Le 11 novembre 1918, il y a donc exactement 100 ans, a été une journée historique, commémorée aujourd’hui par nos voisins européens. Au petit matin, l’armistice a été signé après quatre ans d’une guerre telle que le monde n’en avait encore jamais connue. On l’appelait la Grande Guerre. Dix-huit millions de morts, dont la moitié des civils.

Quelques semaines avant l’armistice, le film « Charlot soldat », tourné par Charlie Chaplin, un illustre habitant de cette région, tourne en dérision la vie dans les tranchées. Chaplin allie humour et légèreté et compte-rendu des horreurs de la guerre. Dans les salles de cinéma, les spectateurs rient et sont horrifiés par la réalité de la guerre.

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En France, l’armistice a été annoncé à 11 heures du matin, en faisant sonner les cloches de toutes les églises. Un million de personnes sont descendues dans les rues de Paris pour exprimer leur soulagement. À Berlin également, et malgré la défaite, les gens se réjouissent de la fin de la guerre.

En Suisse, l’armistice est passé un peu inaperçu. Pas seulement parce la Suisse n’était pas engagée militairement et que des soldats suisses ne mouraient pas au front. Mais à l’automne 1918, le climat social suisse était en ébullition. Dès juillet, la grippe espagnole sévissait sur tout le territoire. En une année, la moitié de la population suisse, deux millions de personnes, sera touchée par la grippe, 25’000 en décéderont. C’est la catastrophe sanitaire la plus grave que la Suisse ait jamais connue. Début novembre 1918, la vie publique suisse était plus ou moins paralysée, les églises, écoles et marchés étaient fermés, les casernes et les bâtiments scolaires étaient transformés en hôpitaux de fortune.

En même temps, les conditions de vie des salariés se détérioraient. Une personne sur cinq était à l’assistance publique et les gens commençaient à avoir de la peine à se nourrir. La colère contre les « profiteurs de guerre » montait. La Suisse se trouvait au bord de la guerre civile. Le 11 novembre 1918, la grève générale a été votée par les syndicats suisses. Celle-ci commença le lendemain matin et devait durer deux jours, le temps de mobiliser l’armée qui tira sur les manifestants, faisant trois morts.

2. Reconnaissants pour la paix en Europe

L’incertitude, ne pas être sûr de ce qui va arriver, est une constante, cela fait partie de notre existence. Qui aurait pensé en 1918 qu’une autre guerre, encore plus meurtrière, éclaterait seulement 20 ans plus tard ? Et d’autres conflits armés ont secoué ou secouent encore l’Europe : en Irlande du Nord, dans les Balkans, en Catalogne, en Ukraine. De grands changements peuvent survenir d’un jour à l’autre. L’incertitude est une constante.

Il en va de même pour la paix. Elle survient de manière surprenante, au petit matin d’un jour de novembre dans une forêt de France, mais elle peut disparaître aussi brusquement. La paix est fragile et il n’existe aucune garantie concernant une Europe en paix. Nous ne saurions être assez reconnaissants pour la paix que nous connaissons aujourd’hui.

3. « Les faiseurs de paix » – εἰρηνοποιοί (en grec, eirenopoioi)

« Heureux ceux qui font œuvre de paix. »

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus dit que nous devons faire œuvre de paix, en grec, « eireno-poioi » (ειρηνο­ποιοί). Le terme est tout à fait précis : eiréné – paix, poiein – faire, faiseurs de paix.

« Eireno-poiois » (eιρηνο-ποιός) désigne quelque chose d’actif, pas uniquement une disposition paisible. C’est là que se situe la pointe de ce que dit Jésus : ce ne sont pas les doux passifs qu’il déclare ici heureux, les gens paisibles et humbles, les conciliants.

Heureux ceux qui font œuvre de paix, les faiseurs de paix. Celles et ceux qui ne se contentent pas de savourer la paix, mais qui la fabriquent, voilà les « eireno-poioi » (ειρηνο­ποιοί) !

4. Cinq recommandations aux artisans de paix

« Heureux ceux qui font œuvre de paix ! »

Nous sommes appelés à agir. Je vous propose cinq recommandations pour devenir des faiseurs de paix.

Première recommandation : ne pas détourner les yeux

La première : regarder et ne pas détourner les yeux. Des millions de personnes vivent en paix en Europe. Mais… la paix ne sera maintenue que si nous regardons bien là où elle est en danger.

C’est la première recommandation à l’intention de celles et ceux qui œuvrent en faveur de la paix : regarder, ne pas détourner les yeux. Les tensions ne se laissent pas masquer durablement. Il peut aussi y avoir rapidement de l’eau dans le gaz européen !

Deuxième recommandation : lutter, mais à la loyale

C’est pourquoi : « Heureux les artisans de paix ! » Et je n’entends pas par là les super­gentils, avides d’harmonie, qui redoutent la moindre altercation. Pour la paix, il vaut la peine de lutter ! Les débats politiques et sociaux ont le droit d’être vifs, même dans l’Église. Lutter pour des idées fait partie d’une paix solide en politique, dans l’Église, dans la société et même dans la vie privée.

Mais les artisans de la paix connaissent les limites exigées par l’équité. Ils ne blessent jamais, ils ne diffament pas, ils respectent toujours leurs contradicteurs. Ils luttent pour une cause, pas contre des personnes.

Voilà la deuxième recommandation à celles et ceux qui font œuvre de paix : lutter, mais à la loyale. La rivalité d’idées favorise la paix. Luttons pour comprendre, pour saisir, pour créer du neuf. Les artisans de paix cherchent la paix en luttant à la loyale.

Troisième recommandation : rester critique vis-à-vis de soi-même

Évidemment, même le prétendu bon combat peut se transformer en son contraire. Les bonnes intentions ne suffisent pas. Soyons réalistes, nous aussi nous pouvons être des occasions de discorde, blesser les autres en pensée, en parole, en actes. En nous aussi, il y a la guerre et la paix. Nous voudrions être des faiseurs de paix, mais, la plupart du temps, nous agissons de façon ambivalente.

C’est pourquoi la troisième recommandation aux artisans de paix sera : rester critique vis-à-vis de soi-même. Ce qui, selon nous, sert la paix, est­ce que ça ne pourrait pas aussi lui nuire ? Avons­nous bien examiné jusqu’au bout ce qui nous paraît tellement évident ? Rester critique vis­à­vis de soi­même, ne pas se contenter d’admettre ses seules opinions. D’autres ont aussi un avis sur la paix, interrogeons­les, permettons­leur de nous corriger. La paix ne sera la paix que si d’autres la désirent également.

Quatrième recommandation : prendre le Christ comme modèle

Et maintenant la quatrième recommandation : interrogeons la Bible. La vie et l’œuvre de Jésus nous offrent des indications concernant le travail en faveur de la paix. La parabole du bon Samaritain nous parle de la relation avec les faibles ; l’histoire de la femme syro-phénicienne raconte comment se comporter avec les étrangers ; le sermon sur la montagne est tout entier un formidable plaidoyer en faveur de la paix. Modeler son action sur le Christ, voilà ce que fait celui ou celle qui œuvre pour la paix, car une paix solide s’enracine en Dieu.

« Je vous donne ma paix », dit le Christ, et nous ferions bien de rechercher et de vouloir cette paix. Nous sommes « enfants de Dieu » dit Jésus. Aucun chrétien n’est par lui­même un faiseur de paix crédible ; ce n’est qu’en suivant le Christ que nous le devenons, par la force de l’Esprit Saint.

Cinquième recommandation : rechercher la paix dans la justice

Et voici la dernière recommandation pour faire œuvre de paix. Il n’y a de paix que dans la justice. C’est ce genre de paix que nous recherchons : la paix dans la justice. Telle est la recommandation chrétienne impérative adressée à celles et ceux qui font œuvre de paix, rechercher la paix dans la justice.

5. La paix dans la justice au service des réfugiés

Quiconque souhaite suivre le Christ ne saurait admettre une paix injuste. Mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? La forteresse Europe n’est pas la paix dans la justice si elle ferme la porte aux réfugiés. Les réfugiés ont toujours droit à la protection.

Par exemple les réfugiés syriens : en Syrie, nous voyons des enfants qui ont faim, des parents désespérés, des villes bombardées, des ruines laissées par une guerre dévastatrice. Nous voyons un pays qui souffre, profané et pillé. La seule chose que nous ne voyons pas, c’est la paix, une paix authentique, durable, porteuse de vie.

« Heureux ceux qui font œuvre de paix ! »

Ces millions de personnes qui doivent fuir leur pays en quête d’un avenir, où trouvent­elles la paix ? Ce n’est que lorsqu’elles l’auront trouvée que la paix en Europe sera une paix dans la justice. C’est pourquoi juifs, chrétiens et musulmans de Suisse ont publié cette semaine une déclaration interreligieuse sur les réfugiés. Les communautés religieuses en appellent à l’État et au monde politique en leur enjoignant d’assumer leurs responsabilités face aux besoins des réfugiés.

Ce sont des questions difficiles, elles nous concernent tous. Elles sont faciles à poser du haut de la chaire mais plus difficiles à résoudre dans les hôtels de ville et les parlements. Nous le savons. Mais nous savons également que la paix véritable est toujours une paix dans la justice, paix pour tous, justice pour tous. Nous ne pouvons absolument pas nous satisfaire de la paix qui règne dans notre pays, pas en tant que disciples du Christ. L’absence de paix en Syrie et dans tout le Moyen­Orient nous concerne. Regardons. Accompagnons ces hommes et ces femmes par la pensée, la prière, les actes.

6. « Heureux » – « makarios » (μακάριος)

Ces cinq recommandations se résument en une phrase : « Heureux celles et ceux qui font œuvre de paix. »

La parole du Christ pénètre la vie et parle de la vie. « Makarios », le terme en grec dans l’évangile veut dire « heureux », pas seulement de façon momentanée, mais heureux globalement, irrévocablement. Qui fait œuvre de paix trouve lui­même sa paix. L’un détermine l’autre. Notre bonheur est lié à celui des autres. Pas de vrai bonheur sans bonheur pour tous !

C’est pourquoi : heureux qui dénoue un conflit.

Heureux qui désamorce une agression.

Heureux qui a empêché une guerre dont on ne sait rien aujourd’hui car il s’en est fallu d’un cheveu.

« Heureux ceux qui font œuvre de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu. »

Amen.


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