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Y a une suite, c'est pas la fin!

Temple de Martigny (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 21-04-2019
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Espace2

Préparé par le pasteur et des jeunes paroissiens qui feront leur confirmation à la Pentecôte, un culte à la fois classique et différent pour transmettre la joie de Pâques : Christ est ressuscité, il est vivant!


Prédication : Pierre Boismorand, pasteur

Co-célébrant : Corentin Decoppet, Marin Faiss, Amandine Guenot, Elora Roth, Lucien Thuegaz, Nyima Jaques, Benoît Blaser, Samuel Claivaz et Valérian Chabbey

Musiciens : Le choeur paroissial sous la direction de Léonard Muller, avec Christine Chauve au clavier, Patricia Muller à la guitare, Amandine Guenot au violon et Samuel Claivaz à l'euphonium

Présentation : Noriane Rapin

Prédication

Y a une suite, c'est pas la fin!

Marin Faiss :

Jean, chapitre 1 , versets 1 à 25

« Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable, sur la neige

Lire la suite

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

Liberté ! »

Pierre Boismorand :

Au début de 1942, Paul Éluard avait commencé à écrire un poème pour sa bien-aimée. Mais dans la France occupée par l’armée allemande, alors que les persécutions nazies s’intensifiaient, un mot lui revenait, et le hantait : « Liberté ! Liberté ! ».

« Liberté ! », il aurait voulu l’écrire partout ! Sur les murs, dans les cœurs, au coin des rues, dans les consciences : pour protester, pour dire que la soif de liberté est le bien commun de chaque humain. Et qu’il n’est pas normal d’être enfermé, soumis, réduit à l’obéissance, contraint par la violence.

Marin :

« Par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

J’écris ton nom

Liberté ! »

Pierre :

D’abord publié clandestinement à Paris en avril 1942, ce poème d’Éluard sera ensuite imprimé à Londres sur de simples feuilles. Puis la Royal Air Force, l’aviation anglaise, en larguera des dizaines de milliers d’exemplaires au dessus de la France. Imaginez ce que ça a été : tous ces avions qui, au lieu de lâcher des bombes pour tuer, envoyaient à travers les nuages une pluie de ce poème pour crier : « Liberté ! ». Pour réclamer, implorer, revendiquer : « Liberté ! ». Pour inciter les gens à s’affranchir, et à revivre !

Marin :

« Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable, sur la neige

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

Liberté ! »

Pierre :

« Sur les marches de la mort » ? Ce matin, s’il y a bien un mot qu’on peut dire, écrire, graver partout, et surtout « sur les marches de la mort », c’est : « Ressuscité ! »

Ressusciter, c’est l’espérance, la délivrance, l’horizon que Dieu nous propose de conjuguer ensemble, et à tous les temps :

Marin : Je suis ressuscité.

Nyima : Tu es ressuscité.

Marin : Il, elle est ressuscité-e.

Nyima : Nous sommes ressuscités.

Marin : Vous êtes ressuscités.

Nyima : Ils, elles sont ressuscité-e-s.

Marin : J’ai ressuscité.

Nyima : Je ressusciterai.

Pierre :

Ce mot : « résurrection », laissons-le résonner, tout au fond de nous-mêmes. Ça n’empêche pas d’y ajouter d’autres paroles. D’écrire aussi un prénom, ou un mot d’amour qui, en ce moment, nous est nécessaire, qui nous porte, qui nous fait du bien. Quelle parole ? C’est la réponse et le secret de chacun…

Mais ces messages, on peut aussi les extérioriser : les afficher dans l’espace public, inscrire un slogan, dessiner un graffiti, taguer un verset biblique.

Marin :

Aujourd’hui, c’est devenu une forme d’art.

Pierre :

Oui, et l’artiste français Ben Vautier, « Ben », a été l’un des premiers à prendre une phrase, et à la reproduire pour en faire un tableau. Chez lui, il n’y a plus ni portrait, ni paysage, mais un fond uni, et quelques mots calligraphiés. Par exemple, il a écrit :

Nyima :

« On est tous égo. »

Pierre :

Mais il orthographie « égaux » : « e – g – o », comme le début d’« égo – isme ».

Nyima :

« On est tous égo. »

Pierre :

Oui, c’est vrai, on a tous un « moi », un caractère, des désirs, une personnalité irréductibles.

Nyima :

« On est tous égo. » Mais est-ce que c’est notre égo qui va ressusciter ? Ou seulement notre amour ? Ou bien notre personne, notre être tout entier ?

Pierre :

Franchement, ça, personne ne peut le dire. Mais souvent, en plus de l’humour, les mots d’ordre de Ben réconfortent, et incitent à la réflexion. Sur une toile, il a juste reproduit cet encouragement :

Nyima :

« Garder le moral »

Pierre :

« Garder le moral », c’est aussi un combat souvent très personnel. Pas seulement dans le deuil, mais au quotidien, surtout dans notre société violente, cruelle, malade. Impitoyable envers les plus faibles, ou ceux qui trébuchent, ou ceux qui connaissent un mauvais passage.

Nyima :

« Garder le moral » !

Pierre :

« Garder le moral », c’est le défi parfois presque impossible que doivent relever les endeuillés qui ont perdu leur amour, les exilés qui doivent s’adapter à un ailleurs, les handicapés qui luttent avec toutes leurs limites, les sans boulot qui culpabilisent alors qu’on les a rejetés…

Et pour toi aussi, peut-être, « garder le moral », ce n’est pas toujours évident. Même si, d’après ce que tu montres, ce que les autres voient de toi, tout va bien.

Nyima :

Mais est-ce que « garder le moral », ce n’est pas une parole un peu simpliste ?

Pierre :

Non ! Parce qu’il n’est pas dit : « garder... la morale ». La morale, c’est ce qui reste aux chrétiens, aux ecclésiastiques et à certains fidèles, quand ils ont oublié toute la force de la résurrection. Mais elle est là, cette vie offerte, ouverte, infinie. Et donc, il n’y a plus de place pour les limites de l’étroitesse. Maintenant, il y a notre vie présente, mais élargie par une promesse, un avenir, et par la liberté dans l’amour.

Nyima :

Mais est-ce que « garder le moral », ce n’est pas un peu loin de l’Évangile ?

Pierre :

Non plus ! Parce que, d’accord, Jésus n’a pas parlé exactement dans ces termes. Mais il a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Matthieu 11, 28)

Et le soir de Pâques, quels sont ses premiers mots aux disciples ? « La paix soit avec vous ! » Une paix qui fait qu’on se sent bien, et qu’on veut faire le bien.

Quant à la résurrection, elle est cet événement impossible, incroyable même pour les plus proches de Jésus, mais qui change... tout ! Qui fait que quand tout semble perdu, on a encore la Vie devant soi, et dans une dimension extraordinaire !

Ainsi, malgré tous les découragements dus aux épreuves de l’existence, être chrétien, c’est écrire ce mot « ressuscité » à l’intime de soi. Cette résurrection du Christ qui fait qu’au fond, l’espérance est toujours là.

Marin :

Sur la feuille qu’ont reçu les participants au culte, on peut lire encore une phrase qui dit : « Je veux une suite, et pas une fin ! »

Pierre :

« Je veux une suite, et pas une fin », c’est en effet un autre tableau, mais, écrit – une œuvre-slogan – et on pourrait dire, la prière de l’artiste et créateur Philippe Cazal. En 2008, il a créé un pochoir qui lui permet de peindre cette phrase un peu partout : sur des trottoirs, des murs, des palissades de chantiers… L’an dernier, il l’a graffée au « Pavillon de l’Exil », à Saint-Louis de Sénégal. Là où autrefois ont transités tant d’africains, réduits à l’esclavage, bastonnés, dégradés, déportés.

Marin :

« Je veux une suite, et pas une fin ! »

Pierre :

Oui ! Cette parole heureuse, bienfaisante peut être écrite dans tellement d’endroits ! Cazal l’a reproduite là d’où sont partis les esclaves… pour nous renvoyer à ceux qu’on renvoie. A ceux qui, aujourd’hui, ne veulent pas mourir au fond de la Méditerranée, mais qui espèrent un ailleurs, un au-delà, un monde meilleur. Une résurrection anticipée. Comme nous quand une deuxième chance nous est donnée, ou qu’on se sent renaître. Ces réfugiés essaient de «passer sur l’autre rive» : là où la vie propose une suite, plutôt qu’une fin prématurée, dans la misère.

Marin :

« Je veux une suite, et pas une fin ! » D’accord, mais pourquoi écrire ce genre de phrase ?

Pierre :

Mais parce qu’on en a tous besoin ! On ne peut pas, comme ça, éliminer de notre vie ce qui est spirituel, ni l’espérance qui nous tient debout. Au 18ème siècle, un groupe de femmes protestantes ont passé 38 ans en prison à cause de leur foi, parce qu’elles refusaient de se convertir au catholicisme. Ces femmes ont gravé un verbe dans la pierre de leur cachot : elles ont écrit : « Résister » ! Ce simple verbe, « résister », est devenu leur devise, leur mot d’ordre, l’affirmation de leur combat.

Et je crois que, pour nous aussi, il faut des paroles qui nous relèvent. Des expressions qui nous remettent en marche. Nous avons besoin de préceptes, de traits d’esprit, de pensées, de versets bibliques qui font sens, et qui nous redonnent espoir. D’ailleurs, dans ses rencontres, Jésus est rarement resté silencieux. La plupart du temps, il avait pour chacune et chacun une parole sensible, une parole secourable, vivifiante, libératrice. La parole d’un véritable amour.

C’est ce qu’un officier romain avait compris. Son serviteur était malade, et qu’a-t-il demandé à Jésus ? « Seigneur, dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » (Matthieu 8, 8) Une seule parole du Christ, mais qui nous ramène à la vie. Une seule parole, mais qui peut nous sauver !

Marin :

Mais... une seule parole, ce n’est vraiment pas grand-chose !

Pierre :

Tu as raison, c’est dérisoire. L’Évangile de ce matin montre bien que nos paroles sont fragiles, qu’elles ne sont pas toujours prises au sérieux. Tous les disciples sauf Thomas ont vu Jésus ressuscité. Mais quand ils lui disent qu’ils ont vu le Seigneur, Thomas ne les croit absolument pas.

Et en tant que pasteur accompagnant des familles endeuillées, j’ai bien conscience que, comme Thomas, beaucoup de gens remettent en question la résurrection, ou en tous cas, doutent qu’il y ait une suite. Pour eux, la mort, c’est la fin.

Marin :

« Je veux une suite, et pas une fin ! » Alors, c’est un message de résurrection ?

Pierre :

Connaître « une suite, et pas une fin », c’est la prière qui est en nous. Et si, peut-être, on hésite à la prononcer pour soi, par gêne, par pudeur, ou parce qu’elle est trop profondément enfouie, au moins, murmurons-la pour ceux qu’on aime : «Seigneur, donne-lui une suite et pas une fin.» Car dans l’amour, on ne peut qu’espérer que l’autre vive. Que sa mort ne soit pas définitive.

Marin :

« Je veux une suite, et pas une fin ! »

Pierre :

Ce qui est intéressant dans cette parole, c’est qu’elle ouvre tous les possibles, sans enfermer. Elle ne parle pas de « la suite », mais « d’une suite ». Quelle sera cette suite ? Nous l’ignorons, ça reste ouvert. Nous savons seulement que le Christ est ressuscité. Que la mort n’est plus la fin. Qu’il y a une suite, et pas une fin !

Nyima :

Christ est ressuscité !

Marin :

Oui ! Il est vraiment ressuscité ! Alléluia !

Pierre :

Tu vois, en ce matin de Pâques, tu peux vraiment « garder le moral. » Parce qu’il « y a une suite. »

Oui, une suite…

Nyima & Marin :

… où il n’y aura plus que de l’amour !

Pierre :

Amen !


Pierre Boismorand, pasteur
Pierre Boismorand, pasteur

En poste dans la paroisse du Coude-du-Rhône, Martigny-Saxon, depuis 15 ans, après avoir exercé son ministère en France et aux États-Unis, Pierre Boismorand est un pasteur généraliste.

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Marié et père de 3 filles, il est l’auteur de «Magda et André Trocmé, figures de résistances» (Ed. du Cerf, 2007) et de «Luminescences» (Ed. Ouverture, 2017).

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