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L’espérance, c’est Dieu qui espère pour nous

Église du Prieuré, Pully (1/1)
Diffusé sur Espace 2 le 26-05-2019
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L’espérance croyante n’est pas la nôtre, mais celle de Dieu pour nous! Ce que Dieu espère, il en fait une création nouvelle : le chapitre 21 de l'Apocalypse est son œuvre d’architecte d’un monde « nouveau ». Une rêverie naïve ? Bien plutôt des images et des langages qui, comme la poésie ou la musique, laissent pressentir un horizon qui ne dépend pas des possibilités humaines. Et dès aujourd'hui, cette création nouvelle est un abri au coeur du monde tourmenté, une stabilité d'espérance dans un monde qui passe.


Prédication : Elisabeth Gangloff-Parmentier, Professeure de théologie pratique à l'UNIGE

Co-célébrant : Jean-Baptiste Lipp, Hélène Mury, Lionel Pelet

Organiste : Anne-Claude Burnand

Musiciens : Catherine Michel, soprano, et Patrick Marguerat au hautbois

Présentation : Guillaume Henchoz

Prédication

L’espérance, c’est Dieu qui espère pour nous

Aujourd’hui de nombreux citoyens vont aux urnes pour exprimer leurs espoirs pour l’Europe, pour leur pays et pour l’avenir. Des débats houleux et agités ont fait écho aux inquiétudes, amertumes, déceptions, replis et même rejets qui dominent les esprits. Et voilà que dans ce climat de souci de l’avenir, le plan de lecture biblique nous ouvre une image toute autre – une image puissante et belle – la nouvelle Jérusalem, parée d’or et de lumière. Image douloureusement ironique alors que Jérusalem la vraie, nous est symbole de violence et de guerre depuis si longtemps.

Apocalypse, chapitre 21 , versets 10 à 23

Une image trop belle – belle comme un rêve – qui s’évanouira quand frappe la lumière crue de la réalité ? Ce ne sont que de belles images pour nous voiler la face, pour divertir. Pour nourrir la naïveté et faire de l’angélisme. Pour travestir la réalité et cosmétiser le quotidien – c’est bien à cela que sert la littérature, non ?

La Bible ose nous annoncer que c’est exactement l’inverse : l’apocalypse, c’est « le dévoilement ». Ces images ne voilent pas, mais dévoilent la vérité profonde de ce qui existe depuis le commencement : le projet de Dieu pour notre vie. Voici en image le dévoilement de la profondeur du sens de la vie : là où Dieu exerce sa souveraineté. Elle est à la mesure de son amour – magnifique. A la mesure de Dieu et non mesure d’humain. Main de Dieu et non main d’humain.

Ce n’est pas ce que nous espérons, mais ce que Dieu espère pour nous depuis le commencement : que nous ouvrions les yeux sur sa venue au milieu de nos vies. La puissance de ce langage sur la nouvelle cité donnée par Dieu, conçue par Dieu veut déciller les yeux de la foi, donner le courage de vivre dans un monde tourmenté.

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Celui qui témoigne ici, l’apôtre Jean ou l’un de ses disciples, n’est ni un rêveur ni un poète éthéré en villégiature. Il a été exilé par les autorités romaines sur l’île de Patmos. Il encourage les chrétiens dans ces années 95 après JC, à Éphèse et aux environs, à résister à l’oppression de l’empereur Domitien. L’Apocalypse est truffée d’images de catastrophes et de souffrances, à tel point que beaucoup y ont lu des prophéties de malheurs à venir. C’est bien plus un langage de symboles pour affermir les croyants qui sont sommés par les Romains d’abjurer, sont dans le doute parce que Jésus-Christ ne revient pas, et hésitent face à d’autres prophètes de bonheur ou de malheur. Que croire ? A qui attacher ma confiance, que puis-je espérer pour ma vie ? Leurs questions sont nos questions !

L’Apocalypse répond en posant une autre réalité au cœur de la vie : la cité où resplendit « la gloire de Dieu » – un langage puissant pour une autre souveraineté. Une longue évocation qui distille la beauté du projet de Dieu – une cité d’or et de pierres précieuses – le soin du concepteur de l’œuvre.

Le plus touchant est le roseau d’or avec lequel l’ange mesure. Qu’est-ce qu’un roseau face aux sceptres des puissants et au bâton des donneurs d’ordre ? Un roseau c’est toute la pauvreté de la condition humaine, mais ici c’est le roseau d’or de l’ange et il donne la mesure de Dieu.

Il y a aussi force et fragilité dans l’image des remparts et des portes. Les fondements sont épais et solides, mais que sont-ils en fait ? Ils reposent sur les anges et sur les noms des 12 tribus et les noms des 12 apôtres. Autrement dit, ils reposent sur le témoignage et la mémoire transmis de génération en génération, sur la fidélité de la transmission par la chaîne ininterrompue des croyants pendant des millénaires. La solidité de cette espérance n’est pas un fantasme individuel mais construite sur cette fidélité millénaire, sur laquelle notre foi et notre fragilité personnelle peut s’appuyer. Elle tient, même si nous doutons, car d’autres nous tiennent !

La mémoire biblique, avec cette Jérusalem nouvelle, nous transporte dans le jardin des commencements. Genèse 2 décrit le jardin d’Éden entouré de fleuves et de pierres précieuses et Apocalypse 22 retrouvera l’arbre de vie. Ces images nous disent que du premier au dernier livre de la Bible, le projet depuis les commencements s’accomplit.

Depuis la foi d’Abraham et du peuple hébreu (dont les portes affichent les noms des 12 tribus), par la foi des 12 apôtres (dont les noms portent les remparts de la cité nouvelle) est dévoilé un itinéraire qui mène au cœur de la cité, fait d’or pur comme un cristal, le cœur de la foi.

« Mais de temple je n’en vis point dans la cité, car son temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, ainsi que l’Agneau. »

Il n’y a plus de lieu qui rappelle Dieu, mais sa pleine présence ! Dieu « demeure » au milieu des siens. Plus besoin de la tente où Il pérégrinait avec son peuple dans le désert ni du temple de Jérusalem (à l’époque déjà détruit). Il est auprès de toute personne qui le reconnait comme Seigneur.

Mais à quel Dieu se fier ? Il est reconnaissable à l’Agneau, lumière de la ville : Jésus-Christ, celui qui s’est donné entièrement pour les autres, qui est mort de la violence des hommes, et qui est le ressuscité.

Dieu n’est pas une fabrique de succès, mais le Père du Charpentier. Et il est Celui qui renverse les puissants de leur trône et qui élève les humbles, celui qui a ressuscité le Crucifié. L’inédit, non de main d’homme ni de logique naturelle, mesure du roseau de Dieu et pari de la foi : depuis Pâques est dévoilé que Dieu nous rejoint dans notre humanité et non dans la perfection ou le surnaturel.

Mais direz-vous, malgré Pâques, les situations de crise et de misères sont restées. Alors cette belle cité ne sera que pour l’au-delà ? Justement non ! C’est ici, dans la réalité de la vie de chacun-e, que peut se dévoiler cet espace, cette présence, ce prieuré. Non un lointain au-delà mais la réalité profonde de la vie où se dévoile la mesure de Dieu.

Cet « au-delà » ne transforme pas magiquement la réalité du monde, mais aide à en discerner une autre qualité – c’est la force des images ! Ce dévoilement nous libère de la peur, nous fortifie pour oser suivre Jésus Christ dans l’amour du prochain, quel qu’il soit – et seules de telles convictions peuvent aider à changer le monde. C’est à la petite mesure du roseau de chaque personne que le combat pour la bienveillance et une vraie humanité a commencé. C’est le pari de la foi, qui n’est pas pour les petites natures, car c’est un vrai combat que d’oser le partage humain.

Ce qui nous est offert pour cela, c’est le culte, qui veut ouvrir nos sens à cet « au-delà ». Dans le culte, nous pouvons vivre l’expérience, même fugitive et limitée, de déposer la peur pour nous-même, l’angoisse de ne pas être à la hauteur. Nous pressentons une paix d’une qualité « autre », une espérance que nous pouvons goûter dans la joie – mesure d’ange dans nos mesures humaines !

Le culte est comme l’antichambre de la cité dévoilée depuis Pâques. L’espérance est celle que Dieu place en nous. Que nous sortions vers les autres transformés par la confiance que partout nous sommes portés vers Lui, envers et contre tout ce qui nous épuise ! Amen.


Elisabeth Gangloff-Parmentier, Professeure de théologie pratique à l'UNIGE
Elisabeth Gangloff-Parmentier, Professeure de théologie pratique à l'UNIGE

Née en 1961, Elisabeth Gangloff-Parmentier est originaire d'Alsace. En 1988, elle devient pasteure dans l'Église luthérienne d'Alsace et de Lorraine. Elle soutient sa thèse de doctorat en 1996 et devient quelques années plus tard professeure de théologie pratique à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg. Depuis 2015, elle est nommée à la Faculté de théologie de Genève. Elle occupe la chaire Irène Pictet du Pan, en théologie pratique.

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