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150 ans de souvenirs engrangés - et demain?

Mi-été de Taveyanne (1/1)
Diffusé sur Espace 2 le 04-08-2019
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Cette année, nous fêtons les 150 ans de la chanson de la Mi-été de Taveyanne. C’est un jubilé rappelant tant de bons souvenirs des années passées. Et en même temps, nous nous rappelons aussi cette année qu’il y a 300 ans, un terrible incendie ravage le hameau de Taveyanne. Alors, comment se nourrir de ces souvenirs pour demain? Quel impact la mémoire a sur notre manière de vivre aujourd’hui? L'Ecclésiaste et Luc apporteront leurs éclairages pour alimenter notre réflexion sur l'alpage.


Prédication : Sylvain Corbaz, pasteur

Co-célébrant : Jacques Küng, Frédérique Zahnd

Musiciens : La Fanfare de Gryon, dirigée par Jean-Didier Bellon, et Marc-Antoine Grec au cor des Alpes

Présentation : Noriane Rapin

Prédication

150 ans de souvenirs engrangés - et demain?

Jacques Küng

Qohélet, chapitre 2 , versets 21 à 26
Luc, chapitre 12 , versets 13 à 21

Sagesse, science et succès : des mots de l’Ancien Testament. Traduits en français, ces mots sont prononcés maintenant à Taveyanne. Par la science d’aujourd’hui, par la technologie informatique pour être plus précis, ces mots peuvent être entendus jusqu’aux extrémités de la terre, avec tout au plus quelques secondes de décalage.

Il y a 150 ans, sur ce même pâturage, Juste Olivier faisait allusion aux gens de Montbenon, mais eux ne pouvaient pas le savoir en même temps. Aujourd’hui, on peut nous voir sans effort jusqu’à Montbenon et bien plus loin encore. Il suffit d’être branchés.

A la prochaine génération technologique, nos appareils transmettront les odeurs d’ici, la chaleur du soleil ou l’humidité de la pluie…

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Vanité et poursuite du vent ?

Sylvain, toi qui as étudié l’hébreu plus récemment que moi, aide-nous à saisir – si je puis dire – la signification profonde de ces mots qui ont traversé les âges…

Sylvain Corbaz

Qui y a-t-il de plus inutile que de poursuivre le vent ? Eh bien le faire paître ! Mon prof d’hébreu (et il n’est pas seul, il est suivi par deux traductions publiées) disait qu’une traduction correcte de cette expression bien connue devrait être traduite « mener paître du vent », ce qui explique encore mieux, par l’absurde, l’inutilité d’amasser des richesses matérielles sur la terre. Au fond, l'Ecclésiaste nous pose cette question fondamentale : quand le temps passe, quand les fleurs qui garnissent nos chemins de vie se fanent, qu’est-ce qui reste, vraiment ?

Une réponse suggérée par l’Ecclésiaste, c’est de profiter du moment présent. Mais le présent est tellement imprégné du passé qu’il devient un condensé de tous les souvenirs qui le composent. Alors comment nous nourrissons-nous des souvenirs semés dans notre mémoire pour vivre demain ?

Jacques, toi qui possèdes le savoir-faire, l’expérience, et qui, comme l’Ecclésiaste, a accumulé beaucoup de connaissances à des endroits très différents de notre planète, qu’est-ce que tu en penses ?

Jacques Küng 

Il y a trente ans, j’étais un jeune pasteur, et me voici maintenant dans le rôle du vieux sage… Alors, j’en profite pour raconter une histoire qui m’accompagne depuis 15 ans. Certains parmi vous la reconnaîtront peut-être, mais c’est la première fois que je la partage sur les ondes de la RTS.

C’est une histoire que je ne comprends pas. Je continue à la raconter pour me rappeler à moi-même que je ne comprends pas grand-chose du mystère de la vie sous le regard de Dieu. En ce sens, je me rapproche de l’Ecclésiaste, avec ce fragile espoir qu’un jour peut-être le Seigneur me rejoindra dans mon incompréhension…

En novembre 2005, en tant que directeur de DM-échange et mission, j’étais en visite auprès d’une Église partenaire au Cameroun. Visite d’une paroisse dans la forêt camerounaise, une maison de paroisse faite de briques en terre séchée, un toit de tôles sur lesquelles tombait une forte pluie qui nous empêchait parfois de nous entendre.

Le conseil paroissial était là pour nous accueillir. Je ne parlais qu’en français. La majorité des membres du conseil ne parlait qu’en kwassio. D’autres nous servaient d’interprètes. Nous parlions des liens de communion et de solidarité à renforcer entre paroisses au Cameroun et en Suisse. Vaste question…

Une femme âgée a simplement raconté une histoire qu’on a dû me traduire en français et dont je retiens ceci :

Dans la grande forêt, une gazelle s’approche d’un trou et lui demande :

« Pouvons-nous devenir amis ? »

« Bien sûr. » répond le trou, « viens souvent me visiter, nous apprendrons à nous connaître et nous deviendrons amis. Souviens-toi de cet endroit, du chemin pour y parvenir et de la distance qui me sépare de ces arbres. »

La gazelle écoute attentivement, et s’en va. Elle se promène ensuite dans la forêt et y rencontre d’autres animaux. Un jour, elle se dit : « Je vais aller rendre visite à mon ami le trou. »

Le temps a passé. La gazelle hésite sur le chemin à prendre. Elle a oublié la distance séparant le trou de tel et tel arbre. Tout à coup, le sol s’efface sous ses pattes. Elle tombe. Elle se blesse. Elle a peur. Puis la gazelle entend une voix qu’elle reconnaît : « Je t’avais dit de suivre mes conseils. Des chasseurs m’ont transformé en piège… Maintenant, je ne peux plus rien pour toi. »

Après son histoire, la femme âgée est venue vers moi, m’a serré longuement contre elle comme on le fait là-bas, puis m’a offert à boire.

Son histoire, je ne l’ai pas encore comprise. Alors, je continue à la raconter, pour que d’autres un jour peut-être m’aident à la comprendre.

Dans tout tissage de relations entre des personnes, des paroisses, des Églises d’ici et d’ailleurs, il y a des temps qui se succèdent ou s’entremêlent :

- Des temps où nous avons la naïveté de la gazelle, qui voyage de lieu en lieu.

- Des temps où nous avons l’immobilité du trou dont l’horizon reste très limité.

- Des temps où nous avons la ruse du chasseur, capable de rester longtemps à l’affût avant de porter le coup décisif.

- Des temps où nous cédons à la tentation de préparer des pièges pour prendre le pouvoir sur les autres.

- Des temps où nous risquons d’être instrumentalisés, parce que trop frivoles comme la gazelle ou trop immobiles comme le trou.

Dans tous ces temps, ta question demeure, Sylvain : qu’est-ce qui reste dans nos vies, de quel héritage sommes-nous porteurs ?

Laissons maintenant Frédérique nous lire un passage de l’Évangile qui pourrait nous aider à reprendre cette question.

(Lecture de Luc 12, 13-21)

Sylvain Corbaz

Haha ! En voilà un twist scénaristique intéressant ! Les biens de ce propriétaire qui lui permettraient de satisfaire ses désirs les plus fous pour de nombreuses années peuvent en réalité lui être retirés en une nuit. Cet homme semble avoir un idéal basé sur le sentiment de sécurité que lui confère la fortune de ce propriétaire. Quelque chose qui semble plutôt aberrant pour Jésus. C’est en effet super absurde d’investir pour soi au lieu de se laisser guider par l’amour de Dieu et l’amour des autres.

En gros, on rejoint les paroles de sagesse de l’Ecclésiaste. Et en même temps, Jésus nous propose une finalité à tout ça. Il offre un autre point de vue en proposant de profiter de ses biens mais en gardant à l’esprit la solidarité humaine et l’amour du voisin, comme ce fut le cas il y a 300 ans après l’incendie à Taveyanne et à Gryon, comme ça a aussi été le cas ce printemps aux Posses et à Gryon.

Car oui, cette solidarité et cet amour du prochain, quels que soient nos croyances et nos idéaux, elle existe aujourd’hui aussi ! Ce n’est pas seulement un idéal du passé. Mais aujourd'hui, je veux reposer la question apportée par l’Ecclésiaste : qu’est-ce qui reste, au fond ? Qu’est-ce qui reste quand le temps file entre nos doigts comme du sable ?

Jésus répond très clairement dans le texte que nous avons entendu tout à l’heure : il reste deux choses qui valent plus que toutes les richesses que l’on peut amasser sur la terre. Il reste l’amour de Dieu sans condition et il reste la solidarité entre êtres humains, entre voisins et voisines, entre membres de la même famille, qu’elle soit large ou restreinte.

A chaque mi-été, comme à chaque grand événement, cela vaut la peine de faire un bilan de l’année écoulée. Un grand nombre de choses ont changé depuis la dernière année. Et au milieu de tous ces changements, qu’ils soient emprunts de joie ou de tristesse, qu’est-ce qui reste en nous ?

Tous les souvenirs que nous avons engrangés, cette immense constellation de chansons, de danses, de rires, de pleurs, de peurs… tout ça, ça nourrit notre manière d’être et de vivre pour aujourd’hui et pour toutes les années à venir.

Alors au moment du bilan, au moment d’inspecter les souvenirs dans la grange de notre mémoire, j’ai envie de vous lancer un défi à chacune et chacun aujourd'hui. Prenez le temps de considérer si vos souvenirs de l’année écoulée constituent un trésor essentiel pour vous, comme Jésus en parle. Si vous êtes satisfaits de la relation avec les autres, de la solidarité et l’entraide que vous vivez avec vos voisins, vos amis et famille, tentez la relation avec Dieu une fois de temps en temps. Et si vous êtes satisfaits de votre relation avec Dieu, tentez la solidarité et l’entraide. Oui, aujourd'hui, nous avons tous une responsabilité face à l’avenir : de faire vivre le trésor essentiel de Dieu. Il ne doit pas être oublié, ce trésor, et il ne tient qu’à nous de le léguer à la génération future qui, elle aussi dansera à Taveyanne !

Amen.


Sylvain Corbaz, pasteur
Sylvain Corbaz, pasteur

Pasteur suffragant depuis septembre 2018 dans la paroisse des Avançons, Sylvain Corbaz a fait ses études de théologie à Lausanne et à Rome et son stage dans la paroisse de Villette.

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