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Paul, la tempête et moi

Temple de Nyon (3/3)
Diffusé sur Espace 2 le 08-09-2019
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Pour ce troisième culte, nous embarquons avec Paul, dont le bateau subit une terrible tempête, et nous voyons comment il nous montre une manière de se sortir de nos propres tempêtes - qu’elles soient intérieures ou surgissent au cours de nos vies. Entre peur, peine, courage et délivrance, dans le bateau de Paul il y a de quoi naviguer, larguer du lest et se restaurer.


Prédication : Sarah-Isaline Golay, pasteure

Co-célébrant : Claude Ruey

Organiste : Daniel Meylan

Musiciens : L'ensemble vocal "La Camerata Baroque", sous la direction de Daniel Meylan

Présentation : Guillaume Henchoz

Prédication

Paul, la tempête et moi

Sauve qui peut avec un tel texte biblique – non ?

Actes, chapitre 27 , versets 7 à 15
Actes, chapitre 27 , versets 16 à 27
Actes, chapitre 27 , versets 33 à 38

Que c’est long, ce récit, cela n’en finit pas ! On se sent enlisé et ballotté tout autant que Paul et ses compagnons dans le bateau. Beaucoup de peine pour naviguer, beaucoup de temps perdu, beaucoup de description d’une tempête qui semble ne jamais finir. Et là au milieu de ce lourd chaos à traverser, il y a Paul, terriblement agaçant, qui, comme un petit chef, alors qu’il est un prisonnier, avertit l’équipage : « Le voyage sera dangereux, vous auriez dû m’écouter, les marins ! » Presque envie de le jeter par-dessus bord ce Paul « je-sais-tout » ! Surtout au milieu du désespoir qu’ont pu vivre ces 276 passagers. Je vous épargne la fin de l’histoire : tout est bien qui finit bien, ils arrivent sur l’île de Malte, et Paul ira bien à Rome voir l’empereur.

Mais reprenons depuis le début... Ce début décrit avec beaucoup de « beaucoup » justement : beaucoup de peine, beaucoup de temps perdu, avec un danger qui ne cesse de croître et le fameux avertissement de Paul.

C’est le début de l’épreuve, de la tempête, le début des difficultés à traverser. Vous savez, quand vous sentez que tout dans la vie est lourd, pesant, fatiguant, quand vous sentez que cela ne va pas, quand on a ce sentiment qu’on va droit dans le mur et aucun autre chemin à l’horizon pour éviter le pire, quand la navigation de la barre de notre petite barque de vie commence à nous échapper, que les vents contraires se lèvent – ce moment si désagréable, prémisse d’épreuves, peut être long parfois, et parfois même on ne se rend pas compte que là, on s’épuise, on piétine, on rame, on peine...

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Ce sont les autres qui nous disent et nous avertissent qu’on tire sur la corde, qu’on file du mauvais coton, un peu comme Paul « je-sais-tout » qui avertit les navigateurs du danger à venir. Personne n’aime qu’on lui dise que là c’est trop, c’est faux, ce n’est pas la bonne piste à vivre, c’est malsain, c’est dangereux. En général on n’écoute pas trop ces voix qui mettent en garde, qui pourraient nous aider à redresser notre barre avant qu’il soit trop tard... Bref, comme l’officier romain du bateau, on n’écoute pas et on fonce droit à la cata !

Et voilà le grand saut dans la tempête, qui, nous dit le texte biblique, secoue si violemment qu’il faut jeter la cargaison à la mer. Le temps de l’épreuve qui ne permet plus de voir ni le soleil, ni les étoiles et qui fait perdre tout espoir d’être sauvé.

Là encore, Paul « je-sais-tout » dit que l’équipage aurait mieux fait de l’écouter, mais très vite il essaie de redonner courage à ses auditeurs désespérés et probablement morts de peur, par cette parole qu’un ange lui a chuchoté au cœur de sa nuit : « N’aie pas peur Paul, il faut que tu te présentes devant l’empereur et Dieu, dans sa bonté pour toi, t’accorde la vie de toux ceux qui naviguent avec toi ! »

Parole de confiance, parole d’encouragement, parole d’espérance que nous recevons aussi au cœur de nos tempêtes, paroles qui peuvent faire du bien mais qui ne nous sortent pas du guêpier dans lequel on est fourré, qui ne nous tirent pas de l’eau du puits où l’on croupit, qui n’apaisent pas l’ouragan dans lequel on est projeté.

Quatorze jours, à vivre l’horreur, quatorze jours à subir l’enfer des flots : cela peut paraître court pour qui vit des épreuves depuis des années et des années, cela peut paraître interminable pour celui qui est projeté dans les abîmes sans fin. Le temps de la tempête est toujours trop long à traverser. Il y a de quoi se dessécher, il y a de quoi pourrir au fond de la cale du bateau, il y a de quoi ne plus croire en rien, ni personne, perdre le goût de la vie, si c’est ça la vie. Il y a de quoi renoncer, abdiquer, se recroqueviller, se laisser mourir...

Paul, après les avertissements, les paroles d’encouragement, propose la dernière chose possible à faire quand rien n’a plus de sens au milieu de la terreur : manger ! Partager le pain, se nourrir de ce qui reste, se remplir l’intérieur quand tout autour de soi n’est que chaos, se remplir de douceur et du concret d’une nourriture qui a la mission de nous faire prendre conscience que, oui, nous sommes encore en vie, au fond de l’abominable tempête à traverser, nous ne sommes pas encore tout à fait morts, il reste un corps à prendre soin, il reste une âme qui vit.

Et après ? Après ce sursaut de prise de conscience que la vie est toujours là, il faut lâcher... lâcher prise, lâcher du lest, lâcher et remettre à Dieu qui seul peut pourvoir. Jeter le blé à la mer comme l’on fait les marins du récit des Actes des Apôtres. Puis ils ont jeté les ancres, les cordes, les rames, le bateau s’est brisé, et c’est à la nage, en se tenant aux planches et débris du bateau qu’ils parvinrent à terre tous sains et saufs.

Ce matin, dans nos barques de vie, la navigation n’est pas toujours facile, toutes voiles dehors, cheveux au vent. Parfois c’est aussi difficile, long, chaotique que ce récit de Paul dans la tempête. A l’image de Paul, qui devait en fait avoir tout aussi peur que ses compagnons, nous sommes invités à nous accrocher et nous raccrocher toujours et encore à la Parole et la promesse de Dieu de ne jamais nous abandonner, même au cœur de l’abominable de la vie. Qu’au fond de la cale, Dieu est celui qui garde sa main solidement accrochée à la nôtre, même si on ne voit plus rien, si on ne sent plus rien, si plus rien n’a de sens dans les flots de l’existence.

A l’image de Paul nous sommes aussi invités à nous restaurer par le pain offert par Dieu, ce pain qui est un soin pour le corps, que l’on malmène ou néglige si facilement quand tout va mal. Avec la nourriture, symboliquement, nous sommes appelés même au pire moment de nos existence à avoir du soin pour notre être, quand nous avons l’impression d’être blessés, pelés à vif, jetés à terre, tout cabossés, écœurés, écorchés. C’est là que le tout petit geste de soin à son corps, à son âme, peut être le dernier fil qui peut faire tenir encore : encore un jour, encore une nuit, encore demain, encore vivant....

Enfin, passer le cap de lâcher prise, lâcher tout, soupirer et s’alléger pour laisser notre barque sous le seul contrôle de Dieu, qui, je le crois reste la lumière, le phare et la boussole de la vie.

Dans nos tempêtes, sur nos barques ballottées sans fin, nous avons besoin de ce passage de perte de contrôle pour laisser Dieu manœuvrer pleinement, lui laisser la barre, le gouvernail et être l’ancre de la destinée de nos vies. Une manière d’accepter de ne pas être tout puissant, de ne pas pouvoir tout maîtriser de la vie ou du monde, une manière de reconnaître notre fragilité, nos limites. S’accrocher à la promesse, prendre soin de son corps, de son âme, et s’alléger de tout le reste pour survivre et retrouver la terre ferme, un jour enfin.

Victor Hugo a écrit : « Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d’une âme qu’au fond de la mer. » (Victor Hugo, « Moi, l’amour, la femme. »)

Ce matin nous avons cheminé avec ces tempêtes intérieures, ces naufrages de l’âme qui nous arrivent parfois de plein front. Il serait pourtant scandaleux pour moi de ne pas parler ici des vraies tempêtes, des cimetières que sont les rivières, les lacs, les mers et les océans. Il y en a eu des marins, des passagers qui ont dû subir les flots déchaînés, qui ont aussi lâché du lest, qui ont tout tenté, qui ont prié, crié, supplié et qui ne sont pas arrivés à s’en sortir. Il y a ces enfants, ces femmes et ces hommes qui s’entassent sur des barques de fortune, certains sont sauvés de justesse, certains meurent toujours et encore en Méditerranée ou ailleurs.

L’histoire de Paul dans le livre des Actes leur fait une belle jambe, non ? On touche ici à notre impuissance. Nantis, privilégiés, nous ne savons pas ce que c’est de devoir tout quitter, emporter notre vie dans un sac, et grimper sur un bateau pour l’inconnu, fuir la guerre, la faim, la misère, l’esclavage pour s’embarquer vers une autre espérance ou la mort sur la mer...

Face à cette actualité, comme à toute aberration humaine, ces êtres humains qui meurent de faim, subissent les tortures, les barbaries, les mutilations, je me sens à fond de cale, au bord de l’écœurement de cette humanité que je partage avec les affamés, les réfugiés, les oppressés, tout comme celle que je partage avec les tortionnaires, les dictateurs, les despotes, écœurée aussi par mon impuissance.

Je cherche auprès de Dieu ce qui serait bon de faire, quel pourrait être mon engagement. Je cherche auprès de Dieu les réponses, à comprendre le sens. Comment ne pas être une goutte d’eau dans la mer inutile ?

Paul dans la tempête s’est accroché à la promesse de Dieu, a partagé le pain avec ses compagnons pour redonner du courage. Aujourd’hui je veux m’accrocher à la promesse de Dieu de ne jamais abandonner ses enfants dans leur traversées des mers, à leur tenir la main jusqu’au bout, dans les pires moments ou dans la délivrance. Prière peut-être dérisoire face à l’urgence des choses qu’il faudrait faire pour sauver toutes les barques humaines de toutes les tempêtes de ce monde, mais au fond de ma cale, ici et maintenant c’est la seule chose qui me parait avoir encore un peu d’humanité.

Tout à l’heure, nous partagerons le pain et le vin de la Cène, un moment aussi offert pour prier pour celles et ceux qui manquent de tout et qui ont besoin d’être rassasiés de nourriture, d’amour, de soins, de sécurité d’être renouvelés dans leur dignité.

Ces trois cultes radiodiffusés ont suivi les parcours de bébé Moïse dans sa barquette, des douze tout proches de Jésus sur le lac, des centaines de passagers sur la mer avec Paul ; de l’individu, au cercle familial, au groupe nombreux. Image de la vie, de nos vies, de nos tempêtes personnelles comme celles vécues par ceux que nous aimons et encore plus loin par des inconnus.

Il y a des tempêtes qui passent, tuent ou ne tuent pas, il y a les tempêtes des âmes, des corps, celles traversées par nos proches, celles au loin qui font chavirer d’autres hommes, il y a les tempêtes du passé qui ont laissé leurs cicatrices sur les coques de nos bateaux, et celles à venir qui effraient déjà. Nos embarcations sont précaires, malgré nos capacités, nos merveilles, nos forces et nos espoirs, nous naviguons dans des coquilles de noix.

La ténacité que nous pouvons lire dans le livre des Actes, chevillée chez Paul et chez tous les membres de l’équipage, nous rappelle encore aujourd’hui à ne pas abandonner, s’accrocher envers et contre tout à la promesse du Dieu de Jésus-Christ, d’être toujours là, avec nous, que l’on vive ou que l’on meure. Croire malgré la folie du monde, croire même avec toutes nos peurs, nos petitesses, nos fragilités.

Sauve qui peut avec un tel texte biblique, non... vraiment ?

Il me rappelle ici et maintenant à m’accrocher, nous accrocher à la promesse, prendre soin de son corps, de son âme, et s’alléger de tout le reste pour survivre et retrouver la terre ferme, un jour enfin.

Amen.


Sarah-Isaline Golay, pasteure
Sarah-Isaline Golay, pasteure

Sarah-Isaline Golay est pasteure de l’EERV et a étudié à la Faculté de Théologie à Lausanne.

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Son stage pastoral s'est déroulé à Lausanne (paroisse de Bellevaux/Saint-Luc). Elle a ensuite été pasteure à Perroy dans la paroisse du Coeur de la Côte et également, en région, aumônière en EMS, ministre de la jeunesse, puis ministre de coordination.

Depuis juillet 2011, elle est pasteure de la paroisse de Chailly - La Cathédrale à Lausanne.

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